Quelle évolution attendre pour les néo-paganismes (dont le christianisme) ?
Tout d’abord définissons les néo-paganismes : Ce sont toutes les réactivations des anciens modes religieux présents en Europe dans des passés plus ou moins lointains. Ceci inclut (liste non exhaustive) : la néo-sorcellerie/Wicca (Gardner), le néo-shamanisme (Laponie), le néo- « asatruisme »(Scandinavie), l’hellénisme (Grèce et Rome antique), le khémitisme (culte romain d’Isis), le néo-druidisme(Toland), les néo-magiciens (E. Levi), les néo-nécromanciens (Kieckhefer), etc…..
Tout ceci est sujet à débat (telle ou telle catégorie ? telle ou telle pratique est-elle néo ? etc.…). Certaines pratiques sont liées à un fondateur récent, d’autres ont vivoté de longs siècles, etc.…
Le christianisme primitif (très très proche du culte de Dionysos y compris avec l’apothéose finale….) doit-il être inclus ? Le pastafarisme, la religion du monstre en spaghettis volants, (qui connaît un grand succès dans le milieu), a-t-il sa place ? Ce sont des débats en cours. Bref la diversité domine.
Mais vous voyez l’idée.
Pourquoi faire une telle catégorie qui s’oppose, en France, aux différents monothéismes « magiens » classiques et institutionnalisés ?
Parce que ces pratiques correspondent à un passage classique dans l’histoire comparée (Toynbee, Spengler, etc.….) : Quand une société entre au stade de la décadence et que les populations (nous donc) commencent à avoir « peur » (cf l’article sur la malédiction actuelle sur notre société), il y a un appel fait au « passé » pour trouver des solutions différentes de celles qui ont amené dans le trou, la société concernée (par exemple l’esclavage moteur de l’empire romain qui a entraîné une réflexion sur le sujet quand la situation est devenue tendue dans le dit empire. Ceci aboutira au christianisme institutionnel et triomphant).
Ce passage est également visible dans la littérature de l’imaginaire ( Science Fiction, fantasy, etc....) c’était, jusque dans les années 1970, le « Futur », l’« Anticipation » qui étaient prédominants (Cycle de Fondation, Cycle du non-A, Capitaine Future, Starship Trooper, vaisseaux spatiaux, etc...). Maintenant c’est la fantasy (barbares, chevaliers, princesses, fées, elfes, dragons, magie ….) qui domine très largement le genre.
Bref, il s’est passé « quelque chose » dans les années 1970…. Qui a dit choc pétrolier ? Qui a dit peak oil américain ? Mais c’est M. Jancovici et M. Laherérre :-)
Donc pour en revenir au cœur du sujet de cet article, il y a eu un retour collectif, même si limité aux marges sociales (toujours plus sensibles et réactives que le « main stream ») vers des « formes » du passé suite à la pression (économique et sociale) sur nos sociétés et leur population.
Mais cela ne suffit pas pour avoir un avenir. Ce retour vers le passé a permis de prendre du recul sur les croyances actuelles ( en particulier la religion du progrès et l’emprisonnement de nos consciences dans la techno-machine : l’utilisation du smartphone est le symptôme le plus évident mais pas le plus dangereux => Pensez à utiliser les rituels de protection adéquats : C’est une attaque magique suivant la définition de Giordano Bruno !).
Mais c’est insuffisant pour qu’une quelconque spiritualité ait un avenir, notamment avec la religiosité seconde du catholicisme qui est en train de débuter : Nous en avons pour quelques siècles et cette religiosité seconde sera sans doute beaucoup plus tolérante que sa version passée (attention ce n’est pas une certitude, c’est une probabilité) mais le catholicisme entre dans sa phase de fossilisation (il n’y a qu’à voir le positionnement politique des derniers papes...).
D’après l’histoire comparée, apparaîtra ensuite la spiritualité/religion du futur « main stream » qui est en train de commencer sa mise en place en ce moment même. Nous sommes à l’année zéro de la prochaine ère (équivalent à l’an 0 après JC : naissance du christianisme et en même temps mise en place de l’empire romain avec César et Auguste, nous suivons exactement cette trajectoire : l’âge du césarisme selon Spengler en Europe et nous en avons pour quelques siècles, deux d’après l’étude de Spengler).
Beaucoup, à ma connaissance, se sont retrouvés dans le néo-paganisme parce qu’ils (et surtout elles) étouffaient dans la société et surtout dans la spiritualité (ou le plus souvent la non-spiritualité) proposée sans trop voir ou anticiper ce qu’il fallait faire après cette « initiation ». Pour ceux qui connaissent la kabbale, cela correspond au passage du « voile ». Bravo d’être arrivé là et d’être sorti du « matérialisme institutionnel » (« Malkuth »), beaucoup ont préféré renoncer ( il était plus facile de se rendormir notamment avec les doudous « laicité » et/ou « athéisme » fournis gracieusement par le système). Mais le travail n’est pas terminé. « Un voyage de mille lieux commence par un premier pas » (si ce n’est pas Gandalf qui l’a dit, cela aurait pu l’être). Un premier pas est fait mais il y a maintenant une suite, une longue suite...
Le point c’est que le refus de prendre la « bouillie main stream » permet certes de se différencier du nihilisme ambiant (aka « naitre » ou « renaitre spirituellement ») mais pour ensuite se développer il faut viser un « point qui nous dépasse » (sinon comme tout adolescent on revient simplement aux valeurs parentales après la période rebelle plus ou moins longue et plus ou moins extrême).
Vous noterez qu’il y a une autre religion magienne qui est prête à prendre la suite du catholicisme en Europe….et qui est exactement sur cette logique de l’après religiosité seconde (elle a peut-être lu Spengler). Vous pouvez ployer le genou devant elle ou décider de partir pour « autre chose ». Mais être « neutre »(ou « laïc » ou « athée »), c’est aujourd’hui, malgré le discours « panglossien », beaucoup plus se « soumettre » que refuser ses pratiques...
Vouloir se contenter de reprendre et singer les formes du passé est stérile : la religion gauloise n’est pas réapparue après le retrait et la disparition de l’empire romain. Il faut dépasser ce « retour vers le passé » et mettre en place un projet spirituel collectif … sur plusieurs siècles : Le futur, un futur que nous ne connaîtrons pas mais que nous pouvons définir.
Vous vous souvenez dans les prières chrétiennes le « pour les siècles et les siècles ? Cela prend un autre sens dans cette optique, n’est-ce pas ?
En clair : nous avons redécouvert (cf littérature anciennement interdite maintenant accessible par tous) à travers des sous-cultures marginales des manières de faire anciennes (divination, méditation, cercle, coven, bosquet, prière, dévotion, rituels, sabbats, esbats, etc...) mais ensuite ? (sans parler du fait que Charmed, Harry Potter et Le Seigneur des Anneaux ont donné du Glamour, dans son sens premier, à ces pratiques ….).
Si aucun développement n’est possible ces pratiques vont lasser et tomber en désuétude puisqu’elles ne permettront aucune évolution personnelle ou collective si elles se contentent d’évoquer un passé ou un univers largement fantasmé.
L’évolution des pratiques est d’ailleurs naturelle.
Prenons l’exemple de la Wicca, le néo-paganisme le plus connu actuellement. Comme indiqué dans un article précédent, c’était à l’origine un culte de la Nature, genre du « scoutisme écologiste » pour adultes (la Red Lodge aux US, Ernest Seton Thompson, etc...). Comme une part importante de l’ésotérisme anglo-américain, elle a ensuite évolué vers une pratique de licence sexuelle (pour adultes majeurs et consentants, il vaut mieux le préciser de nos jours ….) avec une touche de SM pour la Wicca (le fouet et le skyclad, Merci Gardner !).
Avant de connaître une nouvelle évolution dans les années 70, pour réinstaller la libération personnelle sous le prisme du féminisme et de la prise de conscience écologique. Merci Starhawk ! Il y a donc eu une nouvelle évolution (qui a permis son succès au US et en Occident en général).
Vous noterez que dans chacun de ces cas, la pratique spirituelle et/ou religieuse est restée présente et est la colonne vertébrale du culte. Même si je crois que cette partie est restée présente en partie à l’insu ou en dépit de ses néo-fondateurs de 1970 qui étaient manifestement plus athées (et moins éthiques) que ce qu’ils annonçaient. Mais c’est un autre sujet.
Dans le travail « magique » d’évolution, il est donc maintenant nécessaire de projeter des formes de spiritualité non plus dans le passé plus ou moins récent mais vers le futur. Certes le passé est à conserver et à étudier, ce n’est pas un rejet, plus un dépassement, notamment une prise en compte des erreurs, des exagérations voire des abus….C’est à mon avis, la raison pour laquelle Jésus et surtout ses disciples ont conservé l’ancien testament comme « texte sacré » même si cela contredisait le nouveau testament. Paradoxalement cela évite une réécriture de l’histoire en rappelant les erreurs passées et cela protège donc le message christique. Le marcionisme n’a pas réussi à s’imposer : Darwin a parlé !
En pratique : pour travailler sur le futur (voyance/prévision, sorts/actions, etc.) comme classiquement dans toute magie, il est « nécessaire » d’utiliser des « images » qui vont orienter notre conscience. Quelqu’un a dit talisman ? :-) By the way un courant politique « moldu » mondial a bien compris l’utilisation des « images talismaniques ». Il a donc pu fasciner les populations pendant des décennies…
Ceci explique, à mon sens, pourquoi autant de gens ont commencé à s’intéresser à la magie et aux rituels de protections (magie blanche)) et pourquoi « on » explique sans arrêt dans les films et les livres « mainstream » que la magie c’est « mal » voire « ridicule ».
Alors que pour prendre un exemple classique que tous les lecteurs de cet article (même les plus sceptiques) doivent connaître : la passion pour l’« ésotérisme » du président Mitterrand démontre que certains, « au plus haut niveau », utilisent des savoirs mystifiés, pour éviter que le bon peuple vienne voir cela de trop près, tout en utilisant ses fameux savoirs…..
Petite note amusante : F.Hollande, lorsqu’il était président de la République Française, a tenté d’utiliser ces fameuses méthodes (convergence logique ou connaissance ésotérique, j’hésite entre les deux mais je penche pour la deuxième). Mais sa superficialité, son manque de courage et surtout sa duplicité ont entraîné la conséquence logique d’un esprit « divisé » (et diviseur) : l’inverse du but visé et son image devenue d’un ridicule XXL.
Par chance pour réfléchir et infléchir notre évolution collective et les voies possibles, nous avons plusieurs modèles disponibles à grande échelle que nous pouvons utiliser comme « talisman » (car soyez rassurés nous ne reviendrons jamais au moyen âge : un sort de divination des plus basiques vous apprendra que nous avons connu un changement d’ère en 1503 à Cérignole qui est équivalent à l’apparition des « fils du vent » d’Epona, en 2000 avant J.-C dans les steppes eurasiennes. Ce premier changement, la domestication du cheval, a ensuite contraint les évolutions de toutes les sociétés postérieures).
Je rappelle qu’un talisman permet d’intégrer de la magie à travers un support matériel, Dans notre société où l’image est reine, Hollywood est donc l’usine à talismans de notre monde. A nouveau, le rituel de protection est indispensable avant de déguster ses productions …..
Je vous propose donc quelques modèles qui peuvent servir de talismans à tout magicien/sorcière/druide/nécromancien/wicca/intellectuel compétent, libre à vous, bien sur, d’en amener/choisir d’autres.
Nous avons déjà un modèle/talisman pour les magiciens et les sorcières dans le « Dune » de F. Herbert. On peut y retrouver en vrac : L’art de la mémoire (un travail de base classique du magicien au moyen âge), la maîtrise corporelle (idem mais plutôt dans la Grèce antique, le catholicisme mettant plus l’accent sur l’ascèse), l’attaque et la défense magique (un classique du 19eme/debut 20eme siècle avec la propagande à grande échelle), etc…. S’il y a un seul livre à lire pour préparer le néo-paganisme au futur, c’est celui là (jusqu’à l’Empereur-Dieu de Dune, après les deux autres volumes sont intéressants mais loin d’être du même niveau). Ce modèle d’étude est, à ma connaissance, validé par au moins un ordre druidique
Nous avons un modèle de druide « futuriste » dans le manga « Nausicaa de la vallée du vent » (valable aussi dans l’anime plus « glamour », mais le manga est plus complet). Là ce sont carrément des paysans français qui ont proposé ce modèle/talisman (il y a deux ans…. Ce qui se passe aujourd’hui était prévu dans des « cercles de réflexions » sur la Terre...) pour faire évoluer le rapport à la terre dans notre société. Sorcière verte et magicien vert, si vous ne le connaissez pas, ce modèle est donc à découvrir et à étudier. Là nous ne parlons pas de réflexions d’un intellectuel dans sa tour Orthanc mais de personnes travaillant réellement avec la Terre et qui valident (et utilisent) ce talisman.
Nous disposons également du modèle qui fait l’actualité en ce moment : le modèle du film Avatar pour Druide/Shaman, spectaculaire (image) mais plus dans une optique d’exemple que de support pour réflexion. Mais vous pouvez étudier le modèle du film, le livre « Le nom du monde est forêt » de U. Le Guin. Notons également que « La vallée de l’éternel retour » du même auteur est un support intéressant de méditation « active » pour imaginer les contraintes sur notre société future.
Si vous cherchez un modèle de Nécromancien dans le « futur », à un niveau plus anecdotique, il y a Solo Leveling, le manhwa à succès actuel. Il existe aussi une série de romans : Le cycle du tombeau scellé de Tamsyn Muir qui projette des nécromanciens dans le futur.
Attention comme la « sorcière », le mot « nécromancien » est un mot qui doit être manié avec précaution.
Cet archétype m’apparaît intéressant mais il est en plein démarrage. E. Lévi met en garde contre des pratiques traditionnellement attribuées aux nécromanciens. Comme la sorcière, le concept de nécromancien doit être manipulé avec précaution mais, comme la sorcière, des modèles de nécromancien positifs apparaissent au fur et à mesure dans l’imaginaire. Je pense que c’est n’est pas un hasard. Notons qu’un nécromancien, sur le modèle de la Nouvelle-Orléans (cf « la Princesse et la Grenouille » de Disney) ou de la fête des morts (« Coco » de Disney/Pixar) peut être beaucoup plus coloré et « joyeux » qu’un « classique » adorateur d’Hadès et de la noire faucheuse.

N’oublions pas les chevaliers Jedi de Star Wars qui donnent là aussi un vision de mystique dans un âge technologique (mais là, c’est un modèle qui, d’après un sociologue « magicien », a plus été une image (talisman) utile pour les arts martiaux : Au point qu’il existe même maintenant un art martial du sabre laser. Oui, il y a démonstrations et compétitions en France de cette discipline si vous êtes intéressé),
Vous l’avez compris il faut sortir des modèles passés, qui ne reviendront pas, et projeter les pratiques actuellement marginales vers le futur pour répondre aux nouveaux défis (et l’IA n’est PAS un défi, c’est une diversion).
C’est plus compliqué qu’une approche rétrograde ou involutive : Il ne s’agit pas de lire des livres ou des documents anciens (même si c’est la Bible) et d’étaler ensuite sa « science » sur les réseaux sociaux, des articles ou en faisant du porte-en-porte en annonçant l’apocalypse, mais c’est aussi beaucoup plus constructif et utile.
L’âge du retro-paganisme est terminé. Le travail est maintenant nécessaire pour le futuro- paganisme.
Par Lombre Von Trek et Dathynne Hiero



