Quelle honte !
La plupart des médias et des porte-paroles politiques français ont montré leur satisfaction lors de la chute de Bachar el-Assad à la fin de 2024.
Sans se préoccuper de la situation des plus confuse qui ne pouvait que dégénérer. Très vite le nouveau pouvoir lance une offensive meurtrière contre les Kurdes.
Il faut dire que durant 12 ans de guerre civile, les rebelles s’opposant au dictateur, sont vite rejoints par les forces de l’EI. Ces dernières ayant récupéré la plupart des armes libyennes lors de la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. Sans compter les groupes armés islamistes appuyés par la Turquie afin d’affaiblir les Kurdes syriens soutiens des autonomistes kurdes du PKK.
Rappelons que le traité de Sèvres, après la Première Guerre mondiale, en 1920, instituait une province kurde autonome à l’est de la Turquie. Le traité ne fut jamais appliqué. Les Kurdes restèrent alors éparpillés en Syrie, en Irak, en Iran et en Turquie. Lors de la coalition contre Daech, les Etats-Unis, la France et la Grande Bretagne soutenant les Kurdes, principales victimes de l’EI, arrivent à éradiquer les islamistes de la région. Les Kurdes furent essentiels dans cette victoire, et y perdirent de nombreux combattants. Ils avaient repris Kobané en 2015 là où les hordes armées de l’EI avaient formé leur "califat". Dans cette région la minorité kurde avait pu bénéficier alors d’une autonomie dans le nord-est de la Syrie.
Mais le 8 décembre 2024 tout cela fut oublié, les Kurdes abandonnés à leur triste sort. « Kobané est assiégée par les forces du nouveaux pouvoir syrien, parrainé par la Turquie et financé par le Qatar » (A. Frachon, Le Monde du 6 février 2026). Ses milices sont souvent composées de nombreux islamistes d’hier, ne cherchant qu’à « casser du Kurde », à se venger par le sang de leur défaite de 2015.
C’est d’autant plus une honte que c’est là que « le nouveau maître de Damas, Ahmed Al-Charaa, a imposé le 30 janvier, aux chefs du parti kurde syrien de mettre fin à l’expérience du Rojava. Elle aura duré douze ans, sans menacer personne » ibid.
C’est là, en effet, que des Kurdes et des arabes musulmans et des chrétiens, ont inventé une "confédération démocratique" unique au monde.
Un "savoir vivre" selon des principes à la fois féministes, écologiques et libertaires. C’est là que furent accueillies des veuves de cette guerre, des femmes mariées de force, répudiées, divorcées, ou celle qui refusent le mariage.
Dans ce « village des femmes », des organisations féministes kurdes essayèrent de construire une société à petite échelle, libre, gérée par les femmes. Elles pensaient que le village serait économiquement autosuffisant, par une production agricole et le travail manuel.
Une communauté fondée sur la culture vivrière et l’artisanat, garantie d’indépendance, d’entraide et de paix, à l’écart de la technocratie déshumanisante.
« Nous commençons par la femme parce qu’elle est la base, mais cela ne veut pas dire qu’on efface l’homme. L’homme qui vivra ici devra se montrer compréhensif pour l’esprit nouveau que nous construisons, loin du pouvoir masculin et de la mentalité machiste qui marginalise la femme et n’y voit qu’une marchandise ou un corps dont il peut disposer pour le plaisir » Raman Mardin, coordinatrice du Village des femmes. Courrier international du 21 décembre 2017 ; Taha Khalil pour le « Daraj », Beyrouth.
ROJAVA était un lieu privilégié. C’était l’expérience d’une autre façon de vivre, aux antipodes de la domination, des spoliations, de la concurrence effrénée et des exploitations des femmes, des hommes et de la nature. Un art de vivre, où "Liberté, Égalité, Fraternité", ne sont plus de vains mots trompeurs et manipulateurs par la parole de Prédateurs profondément cyniques, pour qui, l’autre n’est que l’instrument de leur pouvoir.
« C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. » Montesquieu.
Au sein d’une humanité plongée une fois de plus dans "le bruit et la fureur", de plus en plus désespérante, victime des fantasmes délirants des élites de tous bords, cet îlot d’espoir fut englouti en silence.
Le SILENCE des féministes et de ceux qui pérorent continuellement dans les médias, prétendant défendre « nos valeurs démocratiques », est assourdissant. Ce n’est pas ainsi que les jeunes vont croire qu’il est encore possible de « vivre ensemble » !
Philippe Annaba.

