jeudi 11 juillet 2013 - par Résistance

Qui veut couler le bac ?

Révélation du Syndicat National des Personnels de Direction de l'Éducation Nationale (SNPDEN, syndicat de chefs d’établissements affilié à l’UNSA et lié au PS) en cette fin d’année scolaire : le bac coûte un milliard et demi d’euros en cours non assurés – les professeurs étant occupés à surveiller les épreuves, puis à corriger les copies. Le SPNDEN n’a pas encore calculé ce que coûtent les élèves qui doivent redoubler leur terminale. Ce sera pour une prochaine fois…

Cette offensive est copieusement relayée par les grands médias, qui commentent favorablement la proposition du SNPDEN : alléger l’examen terminal au profit du contrôle en cours de formation (CCF pour les intimes).

Fait intéressant, ce ne sont pas les proviseurs qui ont ouvert le feu. En septembre 2012 déjà, un communiqué commun de la Fédération des Conseils de Parents d’Elèves (FCPE), de l’Union Nationale des Lycéens (UNL) et de l’Union Nationale des Étudiants de France (UNEF), tous les trois proches du PS aussi (eh, oui ! rappelez-vous : l’UNEF-SE, proche du PCF, s’est réunifiée avec l’UNEF-ID « socialiste » en 2001…) pondaient un communiqué commun demandant le développement du CCF, au motif que le bac actuel « n’évalue qu’une restitution scolaire de connaissances à un moment donné », ce qui est une double idiotie :

  • d’abord parce que les candidats doivent maîtriser toutes les connaissances acquises en terminale (voire avant, selon les disciplines) ;
  • ensuite parce que le bac n’a jamais demandé « une simple restitution de connaissances » : on demande quand même aussi aux candidats de réfléchir un peu ! Ce communiqué caricature donc grossièrement l’examen terminal (qui veut noyer son chien déclare qu’il a la rage…).

Plus intéressant encore, les trois syndicats roses reprochent au bac d’ « ignore[r] totalement les compétences [souligné par nous] des élèves » issues du « socle commun ».

Que cache cette offensive ?

Le cheval de Troie est déjà dans la place : l’Éducation Physique et Sportive, les Travaux Personnels Encadrés (TPE, importés des États-Unis par Claude Allègre), et depuis cette année, les Langues Vivantes, sont évaluées en cours d’année par les professeurs de l’établissement, voire par les professeurs que le candidat a en cours (chaque proviseur fait sa cuisine comme il l’entend). Si cette pratique se généralise, c’est à terme la fin du bac national.

En effet, rien n’est plus facile que de gonfler les pourcentages de réussite à l’examen en surnotant les CCF. Cela fait des années que les recteurs et les inspecteurs font pression sur les correcteurs pour qu’ils surnotent les copies de bac (le gag du barème sur 24 points pour les épreuves de français de l’académie d’Orléans-Tours vient de nous le rappeler). Le CCF permet aux proviseurs d’arriver en renfort dans cette manœuvre, ce qui n’est pas rien : leurs moyens de pression sur les professeurs sont plus directs (note administrative, répartition des classes, confection de l’emploi du temps… : un protal qui vous a dans le nez peut vous pourrir la vie au bahut !).

D’autant que les techniques de « management » imitées du privé prolifèrent dans l’Éducation Nationale depuis dix ans : le lycée est vu comme une entreprise, et les parents d’élèves comme des clients qu’il faut satisfaire (notamment en permettant aux élèves d’avoir le bac). Dans cette logique, autant être très généreux lors des CCF… Il suffit de regarder les résultats obtenus actuellement aux TPE : ils sont tellement mirobolants que les élèves eux-mêmes en plaisantent !

Puis, quand le taux de réussite au bac atteindra 95 %, y compris dans les classes où les élèves sèchent la moitié des cours (ça existe !), la deuxième phase de l’offensive démarrera, sur le mode : « le bac ne vaut plus rien, tout le monde l’a, et il coûte encore X millions, autant le supprimer carrément ».

Supprimer le bac : quel intérêt, et pour qui ?

Actuellement, les conventions collectives sont liées au diplôme. Elles fixent par exemple, par branche d’activité, un salaire minimum sous lequel l’employeur n’a pas le droit de descendre si vous avez, par exemple, le bac, bac + 1, etc. Faire sauter le bac, qui est la clé de voûte de l’édifice, ferait effondrer toute l’architecture des conventions collectives… pour le plus grand bonheur du patronat, qui déteste ces « rigidités »… parce qu’elles protègent les salariés !

Il sera alors temps de passer à la dernière phase du plan : la mise en place du contrôle continu permanent par le patronat lui-même. Dans leur livre « Tableau noir » paru en 1998 chez EPO, Gérard de Sélys et Nico Hirtt citaient (p. 51) un rapport du cercle patronal European Round Table (ERT) intitulé « Investir dans la connaissance - l’intégration de la technologie dans l’éducation européenne » (Bruxelles, février 1997). On pouvait notamment y lire ceci : « L’usage approprié des TIC [Technologies de l’Information et de la Communication] dans le processus éducatif va imposer d’importants investissements en termes financiers et humains. Ils généreront des bénéfices à la mesure des enjeux. » Déjà en 1995, la Commission Européenne écrivait dans un Livre Blanc qui se référait explicitement aux travaux de l’ERT : « l’individu doit pouvoir faire valider des compétences indépendamment du fait qu’il passe ou non par une formation diplômante. » (op. cit., p. 40). On retrouve ici le terme de « compétences », introduit dans le vocabulaire de l’éducation à la demande du patronat européen (et repris avec enthousiasme par la FCPE, l’UNL et l’UNEF !). L’année suivante, une table ronde de l’OCDE concluait que « la technologie crée, ce qui est une première, un marché mondial de la formation  » [souligné par nous]. Ces idées sont à l’origine de la dévastatrice loi LRU sur l’autonomie des universités, mise en place par l’UMP, et jamais remise en cause par le PS…

Mais, me direz-vous, et les lycéens pauvres qui n’auront pas accès aux services (forcément payants !) de ce « marché mondial de la formation » ? L’OCDE a tout prévu : ce sera aux États d’ « assurer l’accès à l’apprentissage de ceux qui ne constitueront jamais un marché rentable et dont l’exclusion de la société en général s’accentuera à mesure que d’autres vont continuer de progresser ». (op. cit., p. 42). En clair : les profs du public devront assurer la garde des élèves qui n’ont pas les moyens d’entrer dans le système patronal d’acquisition et d’évaluation de compétences. C’est ce qui ce passe déjà aux États-Unis, qui servent de modèle en la matière… et où le système scolaire est le plus coûteux et le plus inefficace de tous les pays riches !

Et voilà pourquoi le bac « coûte trop cher » ! À propos, la contribution de la France au budget de l’Europe s’est montée cette année à 23 milliards d’euros. Mais ça, bien sûr, c’est donné…

Didas Kalos

http://www.resistance-politique.fr/article-qui-veut-couler-le-bac-119005521.html



14 réactions


  • Robert GIL ROBERT GIL 11 juillet 2013 09:13

    et nos politiques, nos actionnaires, nos riches et le medef, ils nous coutent combien ?


  • amiaplacidus amiaplacidus 11 juillet 2013 09:42

    Couler le bac ? Mais c’est déjà fait, autrement y aurait-il des prépas ?

    Petite information : les bacs français ne sont plus reconnus (sans examen d’entrée) en Suisse pour l’accès aux écoles supérieures, déjà depuis plusieurs années dans les écoles polytechnique et depuis cette année dans la plupart des facs, sans à l’université de Genève où il y a un sursis d’une année.
    Cela fait d’ailleurs copieusement râler les quelques élèves suisses qui, faute d’arriver à obtenir l’équivalent suisse du bac, passait le bac français, réputé très facile à obtenir.


  • lulupipistrelle 11 juillet 2013 12:12

    Actuellement, les conventions collectives sont liées au diplôme. 


    Même dans le privé ? Mais c’est carrément une mafia... L’Education nationale a réussi à définir ses critères comme universels ? 

    Plus général je ne comprend pas que d’autres définissent la teneur de contrat entre deux partis, ni définissent les règles d’embauche...dans le privé.. 


    En passant ils sont très cons ceux qui fixent les règles... On était embauché dans une banque avec un bac, il y a trente ans, maintenant il faut une licence... Si c’était pas dévaluer le bac ,ça... 

  •  C BARRATIER C BARRATIER 11 juillet 2013 15:56

    Autrefois le bac professionnel était un diplôme tout à fait terminal, maintenant il ouvre la voie au « post bac ». Le bac pro comme du reste le bac de technicien reposent déjà beaucoup sur le contrôle en cours de formation associant l’entreprse pour les savoir-faire.
    Tout le monde en fait continue après le bac, - le privé admet même en BTS des gens qui ne l’ont pas. Il suffit de payer.
    Le bac sans contrôle en cours de formation ne mesurerait plus rien. Il est vrai que c’est un beau gâchis, et qu’on paie des milliers de professeurs à ne pas faire classe dès le début juin. Et attention, cela supprime les cours de seconden première et terminale, parfois de BTS dans les lycées techniques (devenus polyvalents)
    Le bac fait le bonheur des boites à bachot, payantes. Il est obtenu par tous les élèves qui ont bossé normalement plus pas mal d’autres qui rencontent la chance de leur vie. Peut on imaginer qu’on accorde ou refuse le bac sur les acquis soigneusement mesurés, puis qu’on ouvre un rattrapge avant la rentrée de septembre pour ceux qui ne l’auraient pas eu ? Un examen qui ne concernerait qu’environ 10 % des élèves de Terminale, et ne supprimerait aucun cours.
    Je partage les points de vue exprimés sur le gâchis de ce bac inutile qui n’est même pas un sas d’entrée dans le supérieur, les étudiants abandonnement majoritairement dès la première année !
    Je témoigne qu’à l’embauche il ne sert à rien, je m’occupe d’une cellule emploi, aucune entreprise ne se fie à ce diplôme. Aucune pour embaucher même à l’essai.
    Sans ce faux bachotage et ce folklore on pour venir à une pédagogie que j’ai essayé avec quelque succès de promouvoir : voir en table des news,

    Pédagogie et méthodes actives, le lycée de demain ?

     http://chessy2008.free.fr/news/news.php?id=198



    • lulupipistrelle 11 juillet 2013 18:26

      C’est ça oui,un peu plus de contrôle continu... pour un peu plus bidonner les chiffres ? et donner un peu plus de pouvoir aux profs dans leurs établissements ? 


      Déjà que le livret de notes (depuis la seconde) s’est imposé pour entrer à l’Université... il ne serait justement pas là le vrai problème ? des notes gonflées par les profs de lycée sensibles, une mauvaise évaluation des postulants, et un retour de la réalité dès la première année d’études supérieures ?...
      Que faites-vous des vrais candidats, les candidats libres, qu’on appelle en jargon administratif, les candidats individuels ? J’ai bien ri de cette manoauvre langagière, c’est comme si l’administration avait officialisé le fait que les autres sont des candidats soumis, ha,ha,ha. 

      Non un système d’examen terminal en interne, genre contrôle continu, suppose pour avoir la moindre valeur une sélection à l’entrée du lycée , comme en Allemagne... 

    • lulupipistrelle 11 juillet 2013 18:51

      Sinon, on peut aussi remplacer le bac par un examen d’entrée à l’Université... 


    •  C BARRATIER C BARRATIER 11 juillet 2013 19:54

      Casser le fonctionnement de tous les établissements tout le mois de juin pour querlques candidats libres ne tient pas la route ! Les candidats libres peuvent passer un bac en dehors des jours d’école. Dans les lycées professionnels, les universités délivrant des diplômes professionnels, il y a des lustres que le diplôme est délivré en contrôle continu et que les candidats libres passent l’examen ponctuel. Mieux encore, avec la validation des acquis de l’expérience, des tas de diplômes professionnels sont délivrés en contrôle continu. Tous ces diplômes donnent la garantie de trouver un emploi, et de progresser dans la carrière.
      Faut il continuer à casser les lycées tout le mois de juin pour un bac acquis d’avance pour presque tous, avec un examen possible pour les « individuels » ou les recalés du contrôle continu ? Faut il continuer à casser les lycées pour un diplôme bidon qui ne sert à rien ?
      Ce qui est certain, c’est que le contrôle continu est plus exigeant et oblige les élèves à travailler tout le temps. Voulons nous continuer à avoir une école de la paresse qui ne sert à rien ?
      En contrôle continu ou en examen ponctuel, ce sont bien les professeurs qui notent et pas des pharmaciens, pilotes d’avions, artisans...chacun son métier et sa compétence, non ? Ou bien pensez vous que ce sont les parents qui noteraient mieux ?? Ou vous ??


    • lulupipistrelle 11 juillet 2013 20:06

      Mais enfin à qui croyez-vous vous adressez ? J’ai passé mon bac il y a bien longtemps, et tous les établissement ne fonctionnaient plus 15 jours avant les examens, que ce soit le bac ou le brevet... 


      L’année scolaire interminable est un idiotie... supprimez quelques semaines de vacances à l’automne et en hiver et tout ira très bien


      Non , Monsieur le contrôle continu n’est pas plus exigeant il donne tout pouvoir aux profs, c’est différent...

      Je vous que vous ne dites mots sur le livret scolaire, et sur la mauvaise évalution des candidats via ce livret... 

      Bon au fond tout ça n’a plus d’importance... les élèves qui le peuvent fuient le public, on ne voit pas comment vous pourrez instaurez un système de contrôle continu qui excluerait les établissements privés... 

      Ah mais vous voulez aussi supprimer les établissements privés sans doute ? 

      ha,ha,ha. 



    • non667 11 juillet 2013 20:30

      à lulu
      et donner un peu plus de pouvoir aux profs dans leurs établissements ?

      c’est le contraire ! quel prof pourrait se permettre de faire échouer un élève à partir du moment ou celui ci a mis son nom sur une copie ! c’est le prof qui est noté . plainte de l’élève , des parents ,de la direction ++++....au dessus  ! celui-ci se verrait classé illico facho,nazi rn et lhlpsdnh  !
       depuis 68 toutes les réformes (et dieu sait s’il y en a ) vont dans le même sens  ! saboter l ’E.N.


    • lulupipistrelle 11 juillet 2013 23:05

      Rassurez-vous un diplôme peut être plus utile .. justement pour échapper à la servitude d’un emploi... Quand on est instruit et intelligent pour faire du fric... on n’a pas besoin d’un emploi...



    •  C BARRATIER C BARRATIER 12 juillet 2013 13:33

      Vous êtes très représentatif de ceux qui trouvent qu’il n’y a encore pas encore assez de jours de suppressions de cours. Peut être un enseignant n’ayant jamais assez de vacances ? Vous savez sans aucun doute que tout au long de l’année des professeurs non remplacés sont appelés à travailler sur les sujets, les barèmes...avec suppression de leur cours. Vous savez aussi que les professeurs correcteurs qui n’ont plus d’élèves, donc plus de copies à corriger ni de cours à préparer, sont payés à la copie pour la correction...
      Le faux problème que vous soulevez est résolu depuis des décennies : le privé sous contrat d’association fait comme le public...et pour le privé hors contrat il y a l’examen.
      Contrôle continu, validation des acquis, on sait faire et on fait beaucoup dans tous les diplômes qui donnent à tous les coups un emploi...on ne le fait pas pour le bac général qui ne sert qu’à protéger les enseignants d’heures de cours....que les professeurs qui les voient supprimer allègrement ne jugent probablement pas tellement indispensables pour attendre les vacances et le chômage.


    • lulupipistrelle 12 juillet 2013 13:57

      Ah là je vois où vous voulez en venir... il serait intéressant en effet d’évaluer les élèves admis dans la filière générale, quand on ne les accepte ni dans le technique, ni dans les filières pro, et qui ne sont là que pour faire nombre ... il y a des classes qu’on ne ferme pas grâce à eux et des postes qui sont maintenus... 


      Oui, votre proposition de contrôle continu, ne peut qu’entraîner logiquement une sélection à l’entrée du lycée, voire la fin du collège unique...sinon comment se fier à l’appréciation de profs qui sont juges et parties ? 
      J’ai des neveux allemands, chez eux c’est effectivement un système qui relève du contrôle continu qui sanctionne les études secondaires... seulement tout le monde n’est pas admis au gymnasium...

    • urigan 12 juillet 2013 23:30

      Erreur. Minime mais erreur quand même : en CCF les professionnels sont associés à la notation des élèves dans jes sequences d’évaluation.


  • plexus plexus 31 juillet 2013 00:10

    Rappeler aussi que, chez les « fritz » l’éducation nationale n’est (ou n’était pas, si c’est resté comme ce que j’ai connu) une forteresse face à une autre forteresse, celle des employeurs.
    Et surtout, chez nous, pas d’immixtion sacrilège de « l’économique » dans « l’enseignement !!!
    Il y a coopération entre les deux, et cela se vérifie encore plus dans l’enseignement technique, avec un système d’équivalences et de passerelles jusqu’à ingénieur.
    Parce que, quelles que soient les proclamations de gens drapés dans leurs toges, la finalité du truc,c’est bien que les jeunes trouvent du boulot, là où il y en a, avec les compétences idoines.
    Deux flashes rapide : un allemand me disant : vous savez, seulement 15% de nos jeunes obtiennent le bacc : nous n’en avons pas besoin de plus, et on ne peut pas en payer plus.
    Et aussi : chez eux, mais je ne bée pas d’admiration stupide, le »PRO« est bien considéré.
    Chez nous, le »TECHNIQUE« c’était (c’est toujours ?) le parent pauvre, la sous humanité, par rapport à la »noblesse« des »latin-grec", car les maths ne sont venues qu’après, avec un parfum d’utilitarisme, vaincu avec le temps.
    Sous pompidou, il y a eu un décret prévoyant un contingent de 1500 enseignants par an allant faire un stage en entreprise...on n’en a pas vu beaucoup.....
    C’est comme ça.
    Et ça ne peut pas marcher.


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