jeudi 13 novembre 2025 - par Jules Seyes

Racisme social et informatique

Voilà deux concepts difficile à lier dans nos cerveaux, n’est-ce pas ? Et pourtant, il est au cœur de ce que beaucoup nomment la pensée mondialiste

JPEG

En théorie marxiste, il existe deux classes basiques : Les possédants et les travailleurs. Cela peut être les souverains, bureaucrates, prêtres qui exploitent une large masse de paysans organisés en communautés villageoises dans la phase asiatique.

Ou les propriétaires d’esclaves et les esclaves dans le mode de production antique avant qu’ils ne soient remplacés par les féodaux qui exploitent les serfs. Le sommet est alors atteint avec les capitalistes et les prolétaires, phase ultime avant la grande révolution prolétarienne… qui n’est pas venue.

 

Toutefois, si il a toujours existé des relais, par exemple le curé du village durant la période féodale, une nouvelle classe semble être devenue nécessaire : La bourgeoisie moyenne : A la fois salariée, mais aussi protégée du travail manuel et disposant d’une forme de protection statutaire. Pour l’essentiel, elle se caractérise par un haut niveau d’études : Ingénieurs, écoles de commerce… Elle instaure ainsi une pyramide à trois étages :

  • La bourgeoisie supérieure : Détentrice à la fois des postes supérieurs de l’état et des entreprises, elle posséde une partie du capital et se caractèrise par des revenus mixtes. Elle possède aussi le contrôle de l’épargne populaire qu’elle peut orienter selon ses intérêts. Ex Black rock et son PDG.

  • La bourgeoisie moyenne : Si elle dispose d’une petite épargne, souvent de son propre logement, celui-ci ne la protège pas contre les aléas de l’existence. Elle sert donc de relais et de transmission des volontés de la bourgeoisie supérieure à laquelle elle aimerait s’intégrer, tout en subissant la peur du déclassement.

  • Le peuple, ou l’immensité des travailleurs. Souvent enfermés dans un salariat, trop souvent précarisé, il est la force qui fait tourner l’économie : Pompier, caissières, ouvriers, tous ces indispensables de la COVID que l’on a bien du laisser se rendre sur leur lieu de travail… avant de les oublier de nouveau !

Ce système fonctionne à la manière d’un véhicule :

Le peuple est le moteur, la force motrice qui propulse l’ensemble vers l’avant. Sans lui, la société est incapable de bouger ou d’accomplir quoi que ce soit. La bourgeoisie inférieure est la chaine de transmission et enfin, la bourgeoisie supérieure, le volant et les pédales, qui bien au chaud dans l’habitacle orientent et dirigent l’ensemble du véhicule.

Telle est la situation actuelle et des millions de travailleurs se lèvent chaque matin pour assurer les mille et un services dont nous avons l’habitude. Que ce soit assembler des voitures, gérer la pompe et sa caisse ou servir le café.

Seulement, pour la bourgeoisie, ce peuple lui semble autant de pris sur ce qui leur revient. Dans sa nouvelle, "la mère des mondes" Isaac Asimov explique ce qui se passe lorsqu’une minorité désire se réserver les douceurs et les charmes de l’existence. Un complexe de culpabilité qui se dissimule bien vite en racisme, car sinon la contradiction serait insupportable pour l’instinct affectif.

 

Il faut donc bien vite, déshumaniser le travailleur. Seulement, une précaution inutile autrefois : Les usines, les ateliers exigeaient voracement de la main d’œuvre et, comme le dit Gabin dans les grandes familles : Le matin, son père était à l’entrée de l’usine, montre en main, pour voir qui arrivait en retard. L’exploitation capitaliste la plus sauvage n’empêchait pas un certain paternalisme et le patron connaissait encore l’ouvrier.

Aujourd’hui, l’objectif est inverse : ignorer le travailleur, en rester loin et le réduire à un numéro interchangeable. Another Brick on the Wall !

 

Pourquoi un tel changement d’attitude ? Certes, il y a l’ampleur des opérations : Dans le film, "Les grandes familles", l’actif industriel à l’origine de la fortune des Schoudlers, la sucrerie de Sonchelles est une grande batisse. Quelques centaines d’ouvriers. Il est possible de connaître tout le monde. Au contraire, certaines usines modernes emploient des dizaines de milliers d’ouvriers. Elles restent pourtant assez rares et la différence d’échelle ne saurait expliquer cette déshumanisation.

Elle réside dans un autre facteur plus subtile : L’informatique ! Aujourd’hui, il est possible de s’envoyer des mails, de se parler, sans jamais se parler. Comme vous le voyez, informatique et racisme social peuvent bien s’entendre.

Autrefois, même avec le téléphone, il restait un contact, une humanité, une place pour les engueulades. Désormais on peut éviter. Voilà une explication plus satisfaisante, elle demeure pourtant en dessous de la véritable ampleur de la déshumanisation : Normes, procédures, tout favorise le geste répétitif, sans sentiment ni humanité. Officiellement, cette répétitivité doit permettre d’assurer la qualité. On peut y croire !

En réalité, une quantité incroyable de travail est investie pour préparer la mécanisation et l’automatisation. Avec leurs exigences procédurales, les systèmes d’audits y mènent tout droit.

La question est pourquoi ?

 

La réponse est l’espoir de la classe sociale supérieure de pouvoir remplacer le travailleur par des machines. Un espoir fou qui existe depuis des années et c’est jusqu’ici avéré non fructueux. Seulement, rien n’interdit d’essayer à nouveau et avec l’IA des milliards sont investis dans ces technologies. La robotique et les drones font exactement l’objet d’investissements aussi massif.

Y parvenir, permettrait de reprendre à la classe travailleuse ses raisons d’être : Défendre, produire, se reproduire. Si la technique s’y prêtait, nous assisterions alors à un bouleversement total de la lutte des classes marxiste au sens où la classe exploiteuse n’aurait plus besoin de prolétaires. Inutile de s’engager dans de complexes négociations sociales.

Vu le nombre d’innovations à réaliser, il est difficile de dire si cet espoir technique se réalisera ou pas. Manipuler des matériaux flexibles, changer des couches, gérer le linge sont des tâches d’une complexité redoutable. Constatons juste que, pour beaucoup, la perspective semble crédible. Fut-ce au prix d’une perte de performance considérée comme acceptable.

Ce nouveau monde est dans l’esprit d’un certain nombre de personnes qui envisagent de réduire le peuple à des surnuméraires dont on se débarrassera en une ou deux générations :

 

The most important question in 21st-century economics may well be, 'What should we do with all the superfluous people, once we have highly intelligent non-conscious algorithms that can do almost everything better than humans ?'

Yuval Noah Hararii

Vous lisez bien : La question la plus importante au 21è siècle sera quoi faire de tous ces individus superflus une fois que nous disposerons d’algorithmes hyper intelligents, non conscients et capables de tout faire mieux que les humains.

Vous remarquerez que dans son esprit, l’idée que l’humain, son frère de race puisse avoir une valeur intrinsèque n’est même pas envisagée.

 

Cet espoir recoupe les efforts de promotion des théories malthusiennes au cours des dernières années. Depuis le rapport du club de Rome, on agite la peur de manquer, la crainte de voir le peuple détruire la biosphère avec son confort (Mais pas les jets des milliardaires !). L’effort est trop durable, trop constant pour tenir du hasard. Il exprime une position de classe, l’espoir d’un groupe social. Peut-être pas l’ensemble de ses membres, mais celui d’un nombre suffisant d’individus qui, à force de ne jamais s’entendre dire non, se prennent pour dieu ou son équivalent moderne. Ca pourrait rester une poignée de fous, mais, faute de contre pouvoir, au sein de la classe, ils sont ceux qui la polarisent.

Bien sur, pour les bourgeoisies inférieures et supérieures, retomber dans le peuple des travailleurs est le symbole du déclassement. Un rappel effrayant de ce qui attend ceux incapables de se conformer aux attentes de leur classe. On comprend que cela conduise à développer des sentiments extrêmes. Même si, la bourgeoisie inférieure risque de connaître certains mécomptes avec ces fameux algorithmes.

Pourtant, le discours actuel sur les surnuméraires, les investissements massifs dans la robotique vont plus loin : Une volonté de ne vivre qu’entre soi, d’échapper au regard du peuple qui juge les élites à l’aunes de leurs privilèges pour leur demander d’honorer leur part du contrat social.

Au vu des actuels résultats de ces élites, on comprend que ce jugement puisse devenir génant. Qu’il renvoie à une certaines mauvaises consciences vus, qu’en occident, depuis 1989 et l’effondrement du communisme, ces élites ont échoué à assurer le développement du niveau de vie des populations.

L’IA, l’informatique, l’automatisation seraient la réponse à cette mauvaise conscience. Enfin des travailleurs parfaits : Ils ne se plaignent pas, ne réclament pas, sont gentils et polis. Les élites auraient enfin atteint leur Graal : La paix dans l’entre soi. Or, elles maîtrisent les investissements de l’industrie privée et, bien souvent, ceux de l’appareil de recherche d’état. Ils ont donc les moyens de pousser l’effort technologique dans le sens qui les arrange.

Mieux, cette évolution offrirait enfin la possibilité de déclasser les travailleurs, ou, si la technique ne suit pas complètement, une large partie d’entre eux. Plus de ces caissières, de ces pompiers, de ces ouvriers que l’on doit impérativement laisser travailler, même pendant les confinements : Les machines feront tout et le peuple verra ses raisons d’être disparaître.

En résumé, les raisons suivantes expliquent le racisme social :

  • La peur de la remise en cause du contrat social : Le marxisme le prouve, on peut remplacer une classe supérieure, jusqu’ici, le peuple restait nécessaire.

  • La peur de la contradiction et de la revendication.

  • La peur du déclassement et de la mésalliance.

     

Comme on le voit, l’amour de la technologie des élites, contient une portion assez inquiétante qui doit être surveillée avec soin. Sinon, l’automatisation, au lieu d’être libératrice sera la pire aliénation de l’histoire.

 



5 réactions


  • toto toto 13 novembre 2025 17:42

    Aujourd’hui la populace est complice...

    Tout le monde veut profiter des facilités offertes par le progrès technologique

    personne ne se plains de l’absence de caissières au supermarché ni du manque d’artisans car tout le monde préfère acheter du neuf a bon marché fabriqué par des robots.

    Jadis dans les villages,un vieux mourait et le village perdait une âme...

    Un artisan disparaissait et tout le village perdait l’équilibre...

    Les gens ne voient tout simplement pas vers quel abime ils glissent


  • Zolko Zolko 14 novembre 2025 12:12

    tous ces individus superflus

    Yuval Noah Harari

     

    pourquoi ça ne m’étonne pas ?


    • Jules Seyes Jules Seyes 14 novembre 2025 12:56

      @Zolko
      car vous vous tenez informé ?


    • Zolko Zolko 14 novembre 2025 14:15

      @Jules Seyes

      algorithmes hyper intelligents capables de tout faire mieux que les humains

       
      un de mes fils fait des études pour être luthier : je suis curieux de découvrir quand l’IA fabriquera des guitarres et des pianos. Ce genre de déclaration n’est donc pas seulement suprémaciste, mais con en plus. 

    • Jules Seyes Jules Seyes 15 novembre 2025 09:51

      @Zolko
      Sans aller dans le détail, l’idée est que l’IA alimente des robots.
      On verra ce que cela fera.
      Disons qu’au plan technique, ils pensent avoir une solution


Réagir



https://merdekakreasi.co.id/buku/pkvgames/https://merdekakreasi.co.id/buku/bandarqq/https://merdekakreasi.co.id/buku/dominoqq/https://merdekakreasi.co.id/tentang-kami/