vendredi 9 octobre - par Michel J. Cuny

Rangée derrière un anticommunisme débridé, la France des Daladier, Pironneau, etc., s’offrait sans retenue à l’Allemagne hitlérienne (125)

Dans son article de L’Époque du 1er décembre 1939, André Pironneau revient sur l’« éloquente déclaration de M. Édouard Daladier sur les buts de guerre de la France  » de la veille…
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« Défense de son sol : le président du Conseil a justement rappelé qu’aucune soif de conquête ne dirige nos actes, mais seulement la volonté de vivre « libres » alors que notre liberté était mise en péril certain par le même agresseur qui, de l’Autriche, de la Tchécoslovaquie et de la Pologne avait fait des martyrs. Ainsi, guerre imposée par les maîtres félons de l’Allemagne et dont « la forme inattendue est loin de nous être défavorable  ». »

Comment André Pironneau interprète-t-il cette dernière formule ? Comme ceci, et c’est bien lui qui souligne :
« Nous lui savons un gré particulier d’avoir précisé que « la puissance de nos moyens nous permettait le cas échéant d’attaquer le moment venu, avec le minimum de pertes et la certitude du succès ». Car, de même qu’une politique statique ne donne que des déceptions, une stratégie passive ne serait qu’une stratégie de souffre-douleurs.  »

Dans l’immédiat, voyons où la première attaque a été immédiatement portée…
« Communistes et pacifistes sont des traîtres ; ils doivent subir les rigueurs d’une même loi, et leur propagande qui pénètre à la faveur de souffrances et de sacrifices inévitables doit être, M. Daladier l’a promis, « traquée sans trêve ni merci  ».  » 

Voilà, pour l’intérieur…

Et deux jours plus tard, dans l’article qu’il publie le 3 décembre 1939, il en vient à l’extérieur, et ceci, pour désigner l’adversaire que, par-delà, l’Allemagne, il faut s’empresser de désigner pour démontrer à celle-ci… qu’on est tout de même… avec elle… contre un ennemi commun…
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Et André Pironneau s’en donne à cœur joie dans ses « Commentaires aux communiqués  » :
« L’abominable agression soviétique contre la Finlande a provoqué dans le monde autant d’indignation que d’écœurement. Comme l’a écrit l’Evening News, « Staline voulait la violence. Il a machiné la mort des Finlandais aussi froidement et aussi impitoyablement que n’importe quel assassin de l’Histoire. L’Histoire le connaîtra comme un homme qui a conjuré par toutes les ruses la guerre la plus lâche et la plus injustifiée  ».
Les Finlandais donnent un magnifique exemple d’héroïsme. Ils se battent et malgré l’écrasante supériorité du nombre, l’armée rouge, sur terre, ne peut enregistrer aucun succès. Certes avec ses 1.500 kilomètres de frontière, il est difficile à la Finlande de retenir l’ennemi. D’autre part, avec ses 70.000 lacs et ses marais recouverts d’impénétrables forêts, elle est impraticable aux divisions cuirassées.
Le terrain du secteur sud où le lac Ladoga forme une partie de la frontière se prête particulièrement à une tactique défensive s’aidant des objectifs naturels et ne réclamant que des effectifs relativement peu importants.
Dans les zones abordables, au sud du lac Ladoga, dans cet isthme entre le lac et le golfe de Finlande, de solides fortifications avec obstacles anti-chars ont été établies. Au nord du lac, des défenses surtout anti-chars ont été récemment créées.
C’est au nord, en Laponie, où les objectifs sont moins importants, que le terrain plus uni serait, malgré les forêts, un peu plus favorable au déploiement de grandes unités. La seule action sérieuse serait celle qui permettrait, mais au prix de considérables efforts, à l’armée rouge d’atteindre par terre, au nord du golfe de Botnie, la frontière suédoise.
Reste l’aviation. Certes, de violents bombardements ont cruellement atteint Helsinki mais il faut observer que, plus de 80 p. 100 de la population finnoise habitant la campagne, l’efficacité des raids peut être assez réduite. Cependant aux milliers d’appareils soviétiques la flotte aérienne finlandaise ne peut opposer que 200 unités dont un certain nombre, il est vrai, de bonne qualité.
Le maréchal Mannerheim a adressé à ses troupes une ardente proclamation. Si jamais elles pouvaient vaincre ! »

De son côté, la Chambre des députés s’active contre le député communiste André Marty… Nous voici à la séance du 7 décembre 1939… La parole est à Maurice Drouot, rapporteur...
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«  La Chambre est saisie par M. le garde des sceaux d’une requête de M. le procureur général près la cour de Douai, sollicitant l’autorisation d’exécuter un mandat d’arrêt décerné le 29 novembre 1939 par M. le juge d’instruction de Dunkerque contre M. André Marty, député. Vous avez donc à décider si l’immunité parlementaire, qui fait échec à l’exercice de l’action publique, doit être levée ou non. » (page 2079)


« Pour vous permettre de statuer en connaissance de cause sur la requête qui nous est soumise, c’est-à-dire pour vous mettre à même, non pas d’apprécier si l’inculpation de M. Marty est fondée ou non – c’est l’affaire des juges – mais simplement d’apprécier si elle est déterminée par des mobiles touchant à l’administration de la justice ou, au contraire, par des mobiles entachés de passion politique, il convient de vous en exposer très brièvement l’objet.
Le 6 novembre dernier, sur le territoire de Rexpoëde, sous un tas de paille, un cultivateur découvrait deux sacs du poids de soixante-dix kilogrammes, remplis d’exemplaires du numéro du 4 octobre 1939 d’un hebdomadaire intitulé Le Monde, édité à Bruxelles, et dont l’entrée en France est interdite par un arrêté du ministre de l’intérieur en date du 16 octobre 1939.
De toute évidence, ces deux sacs avaient été importés à la faveur de la nuit en un lieu convenu où des hommes prévenus en devaient prendre livraison.
Dans l’hebdomadaire ainsi importé était inséré un article de M. Marty sous ce titre : « Une lettre ouverte d’André Marty à M. Léon Blum, directeur du Populaire. »
C’est cette lettre qui est incriminée. » (page 2079)

Voici ce qu’on aura pu y trouver...

« À propos de l’interdiction de l’Humanité, on lit dans l’article :
« L’Humanité fut alors interdite. Quelques jours après éclatait la guerre et la classe ouvrière française n’avait pas son journal, à un moment où il était plus nécessaire que jamais, car l’Humanité eût dénoncé aux masses comment venait la guerre et elle en eût dénoncé le caractère impérialiste, anti-ouvrier, contre-révolutionnaire.  »
Et plus loin :
« Pourquoi donc cette guerre est-elle injuste ?
Pour y répondre, il faut rechercher non celui qui a commencé, mais quelles classes mènent la guerre et dans quels buts. La réponse est aisée.
« Trois États impérialistes – Angleterre, France, États-Unis – riches de ressources essentielles de matières premières, d’immenses ressources économiques, financières et humaines, conquises par la guerre, le pillage et l’exploitation des travailleurs, tiennent dans leurs terres plus de la moitié du monde. Et ils entendent conserver et accroître ces immenses territoires et sources d’exploitation.
Mais trois autres États impérialistes – Allemagne, Italie, Japon – pauvres de ces richesses, veulent ravir au premier groupe les marchés, sphères d’influence et domaines coloniaux  », etc…
« La course au profit n’existant plus en U.R.S.S., le seul souci du pouvoir socialiste, c’est le bonheur de l’homme.
C’est pour cela que l’U.R.S.S. ne peut vouloir que la paix, à l’inverse de vos chers amis Daladier, Chamberlain et compagnie, sans cesse assoiffés de profits et de pillages, parce que gouvernements de pays capitalistes. C’est pour cela que l’U.R.S.S., l’État socialiste, est une force essentielle de paix.  »
Et plus loin, à propos de la Pologne, on lit :
« L’État réactionnaire polonais a été liquidé, parce que son armée, cependant bien équipée et bien armée, a lutté sans aucun enthousiasme, sans aucun patriotisme, à l’inverse de l’armée populaire espagnole qui, mal équipée, mal armée, a magnifiquement combattu pendant trente-deux mois avec un moral qu’aucune défaite ne peut abattre. Pourquoi ?...
…l’armée polonaise a lutté sans aucun enthousiasme, parce que la classe ouvrière et la paysannerie de ce pays étaient brutalisées et martyrisées par l’État réactionnaire polonais.  »
À propos de l’action du Gouvernement français, on lit qu’il met en œuvre « des méthodes qui se différencient de moins en moins de celles d’Hitler. En agissant ainsi, ce gouvernement se démasque bien comme menant une guerre contre les intérêts du peuple. »
Et enfin la conclusion :
« Nous sommes fiers que notre glorieux parti communiste mérite une telle haine et une telle répression de la clique impérialiste de France avec ses laquais de votre espèce. Et, comme nos maîtres aimés, nous ne cesserons la lutte qu’à la victoire contre notre ennemi qui est chez nous.


À bas la guerre impérialiste ! »
Signé : « André Marty, député de Paris.  »
Messieurs, le parquet a estimé que l’auteur de cet écrit avait contrevenu notamment aux décrets des 24 juin, 1er septembre et 26 septembre 1939 qui interdisent, sous peine d’amende et d’emprisonnement, le premier, les publications d’inspiration étrangère de nature à nuire à l’intérêt national, le second, les publications de nature à exercer une influence fâcheuse sur l’esprit de l’armée et de la population ; le troisième, les publications tendant à propager les mots d’ordre de la IIIe Internationale et des organismes qui s’y rattachent.
Le premier et le troisième de ces décrets édictent, en outre, la preuve facultative de l’interdiction des droits énoncés dans l’article 42 du code pénal.
Votre commission, messieurs, a donné avis favorable à l’admission de la requête de M. le procureur général près la cour de Douai. Elle a, en conséquence, l’honneur de vous proposer le texte suivant :
« La Chambre autorise la levée de l’immunité parlementaire en ce qui concerne M. André Marty.  »

M. le président.
« Il n’y a pas d’opposition à la discussion immédiate… La discussion immédiate est ordonnée.
Personne ne demande la parole dans la discussion générale ?...
Je consulte la Chambre sur le passage à la discussion de l’article unique.
(La Chambre, consultée, décide de passer à la discussion de l’article unique.)  » (page 2080)
« Personne ne demande la parole ?… Je mets aux voix l’article unique.
(L’article unique, mis aux voix, est adopté.)  » (page 2080)

Dans le Journal Officiel… rien sur le mode de scrutin, ni sur les résultats…

À pas feutrés, la « diplomatie française » s’avançait déjà vers cette politique de collaboration qui aura semblé devoir triompher à Montoire le 24 octobre 1940, le tout passant par la « porte ouverte » de Sedan au milieu du mois de mai précédent…

À votre bon cœur, Adolf !…

Pour en savoir plus sur le présent travail, veuillez suivre ce lien...
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/

Michel J. et Christine CUNY




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