lundi 6 septembre 2010 - par Entre Ombre et Lumiere

Raoul Follereau, romancier de sa propre Histoire

Dans ce nouvel article nous allons exposer comment Raoul Follereau s’est doté, à partir de 1958, d’un passé aussi vertueux que factice, faisant croire qu’il a consacré sa vie, prioritairement à toute autre occupation, à la défense des lépreux. C’est beau. Mais, le problème, c’est que c’est faux. Analyse.

"N’importe quel mensonge, à force d’être répété, finit par être cru"

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Lors de nos articles précédents, nous avons longuement exposé la vie cachée de Raoul Follereau, plus particulièrement celle antérieure à la seconde guerre mondiale, ainsi que la nature des convictions politiques qu’il a conservées tout au long de sa vie.

Nous allons donc démontrer dans ce nouvel article, preuves à l’appui, que l’épisode de la rencontre, dans le désert du Sahara, entre Raoul et Madeleine Follereau et des lépreux relève d’une légende savamment orchestrée par Raoul Follereau en personne, légende qu’il narrera à chaque fois qu’il le pourra.

Encore aujourd’hui, la Fondation Raoul Follereau n’hésite pas à diffuser massivement ce mythe de l’homme "qui a consacré toute sa vie pour les lépreux".

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Nous agissons ainsi en pensant aux salariés de la Fondation mais plus particulièrement encore aux dizaines de milliers de bénévoles, de donateurs et de sympathisants qui pensent, de toute bonne foi, contribuer à l’œuvre d’un homme qui prétendait avoir consacré sa vie pour les lépreux alors qu’en réalité, Raoul Follereau fut, au moins entre son vingtième et quarantième anniversaire, le promoteur des conceptions pétainistes et maurrassiennes d’une France (très) blanche, (très) catholique et (très) peu républicaine.

Nous livrons nos pièces à conviction à nos lecteurs qui seront seuls juges : il vous appartiendra de vous faire votre propre intime conviction et de répondre à la question suivante : Raoul Follereau fut-il, ou non, un faussaire de sa propre Histoire ?

Faussaire : personne qui commet une atteinte à la confiance publique en réalisant un faux

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Rappels de la vie de Raoul Follereau, entre 1920 et 1943

Pour alimenter cette partie de notre article, nous nous sommes partiellement basés sur les travaux exposés par Étienne Thévenin dans sa biographie Raoul Follereau, Hier et aujourdhui. ainsi que sur les éléments contenus dans Les Œuvres complètes de Raoul Follereau commentées par André Récipon.

Nous avons complétés voire corrigés ces éléments par les documents probants que nous avons pu retrouver sur internet Dans la mesure du possible, la source est systématiquement citée. Pour le reste, nous renvoyons à nos articles déjà disponibles sur notre blog.

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En septembre 1920, Raoul Follereau quitte Nervers où il est né dix-sept ans plus tôt pour Paris . Il s’inscrit en facultés de droit et de philosophie. À cette époque, L’Action française, le mouvement monarchiste de Charles Maurras règne en maître dans le quartier latin. Raoul Follereau devient alors un inconditionnel du théoricien du "nationalisme intégral" (voir notre article sur ce sujet ici). Cet engouement pour le maurrassisme durera toute sa vie : Raoul Follereau ira même jusqu’à faire graver une citation de Charles Maurras sur sa sépulture (voir la photo de sa tombe ici).

Extrait du téléfilm Au Plaisir de Dieu sur les Camelots du Roi au début du XXème siècle

Fin 1920, Raoul Follereau fonde, avec quelques amis poètes, comme lui, un cercle littéraire intitulé La Jeune Académie. Dans le courant des années 1930, cette association disposera même d’une libraire et d’une troupe de théâtre. L’objectif de Raoul Follereau est de promouvoir le Lyrisme et l’Idéal dont l’absence serait, selon lui, "une des causes de la tristesse et de l’inquiétude de la jeunesse" (ici). Par le terme "Idéal", Raoul Follereau désigne en même temps la Foi (dans une acceptation proto-nationale-catholique c’est à dire à la fois catholique ultramontaine et nationaliste, en opposition radicale avec la séparation de l’Église et de l’État et au laïcisme qui en découle) et le Patriotisme (par opposition aux apatrides et autres internationalismes) (voir notre article sur le sujet ici).

Pendant toutes les années 1920 et au moins jusqu’au milieu des années 1930, Raoul Follereau tente de se faire connaître comme poète et auteur (par exemple, ici en avril 1921, ici en avril 1923 ou ici en avril 1926). Cependant, ses pièces de théâtre et ses recueils de poésie seront uniquement édités par La Jeune Académie dont il assure la direction. Il développe par ailleurs d’incontestables talents de conférencier.

En 1923, Raoul Follereau obtient ses licences de philosophie et de droit ; il part en septembre effectuer son service militaire en Allemagne. Précédemment, le 10 juin, il avait animé une conférence à l’Hôtel des Sociétés Savantes intitulée Dieu est Amour (ici).

Le 22 juin 1925, Raoul Follereau épouse Madeleine Boudou à Nevers.

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Il s’inscrit à Paris à la conférence du stage pour exercer la profession d’avocat mais renonce assez rapidement. Peu après, Raoul Follereau entre comme secrétaire de rédaction (c’est-à-dire adjoint du rédacteur en chef) au quotidien du soir L’Intransigeant. Ce quotidien qui fut farouchement antidreyfusard à l’époque de l’Affaire est un quotidien important dans le paysage de la presse française des années 1920. Sa ligne éditoriale est foncièrement droitière et très nationaliste, "ce qui convient assez bien à Raoul Follereau" écrit Thévenin.

Pour son voyage de noces, Raoul Follereau emmène son épouse Madeleine en Italie du Nord. Depuis 1922, le régime italien a basculé dans le fascisme sous la férule de Benito Mussolini. Raoul Follereau, converti aux vertus de la civilisation latine promue par Charles Maurras depuis le retour de ce dernier des premiers jeux olympiques modernes de 1896 à Athènes, s’enthousiasme pour le dictateur italien et multiplie les voyages en Italie et les actes d’allégeance vis-à-vis du Duce (voir notre article ici).

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Entre mai 1926 et octobre 1927, Raoul Follereau est chroniqueur dans un mensuel des sorties parisiennes La Rampe (par exemple, ici).

Début 1927, Raoul Follereau franchit une étape capitale dans son parcours : il fonde la Ligue d’Union latine pour "défendre la civilisation chrétienne contre toutes les barbaries et tous les paganismes". La Fondation Raoul Follereau présente la Ligue d’Union latine comme une officine littéraire dont la tâche aurait été exclusivement limitée à l’édition d’œuvres d’auteurs injustement méconnus. Ce faisant, elle escamote habillement la nature première de La Ligue d’Union latine qui fut avant tout un organe de propagande au services des conceptions politiques nationales-catholiques de son fondateur. Selon Raoul Follereau, qui ne croit pas à l’égalité républicaine, les poètes et les artistes constituent une élite qui doit diriger le peuple (voir notre article ici et la presse de l’époque qui indique ici que la Ligue d’Union latine a pour but d’"unir et fédérer les élites latines pour la défense et la gloire de leur civilisation"). Selon Raoul Follereau, la France, fille aînée de l’Église, doit être LE phare catholique et chrétien de l’humanité. Le reste n’est qu’"Anti-France". Dans ses éditos, Raoul Follereau décline ainsi ses convictions ultranationalistes et cléricales.

À partir de 1927, Raoul Follereau mutliplie les conférences, en France et à l’étranger, au cours desquelles il promeut sa conception de la latinité qui présente un sérieux avant-goût de pétainisme : Ordre, Dieu, Travail, Famille, Patrie (notamment Faudra-t-il arracher les cordes de la lyre ? ou Le sourire de la France). Il organise également, telle une agence de voyage, des "voyages d’étude et de propagande française et d’Union latine" dans divers pays d’Europe latine et centrale (par exemple, publicité ici ou ici pour un voyage en Europe centrale datée d’avril 1930, ici, en avril 1933, publicité pour des voyages organisés "aux trois grands foyers de notre race" : Grèce, Espagne, Italie).

À partir d’octobre 1930, c’est en Amérique du Sud qu’il entreprend de nombreux voyages "de propagande française". À l’époque, ces pays d’Amérique du Sud et d’Amérique centrale s’éveillent politiquement et, tout comme la majeure partie des pays d’Europe, sont secoués par des soubresauts militaires et ultranationalistes (voir notre article ici). Il s’investit particulièrement dans une action de propagande "nationale et catholique" intitulée L’Œuvre du livre français à l’étranger qui consiste à collecter des fonds afin de financer l’envoi à l’étranger d’ouvrages littéraires "sélectionnés pour leur moralité" et leur conformité à l’idéal que défend Raoul Follereau (ici, mention en janvier 1931 d’une "œuvre de propagande nationale et catholique", ici, mention en avril 1931 d’"ouvrages dignes de la France et soigneusement sélectionnés quant à leur valeur et à leur moralité" ; ici, mention en octobre 1931 d’"ouvrages soigneusement choisis d’un point de vue national et moral").

Pendant l’hiver 1931, Raoul Follereau dispense des "cours de culture latine" à l’École de Psychologie de Paris (ici).

Dans le courant des années 1930, Raoul Follereau poursuit ses travaux littéraires et ses conférences : par exemple, sa Jeune Académie publie en 1933 son quatrième ouvrage de poésie Les Îles de Miséricorde (ici ou ici). En 1934, des pièces de théâtre de Raoul Follereau sont diffusées sur Radio Alger ("Notre bel Amour" ici et "Les nouveaux chevaliers" ici). Raoul Follereau organise également des concerts au cours desquels il intervient (ici), entre autres conférences (ici). Raoul Follereau y est référencé dans l’annuaire de la société des Orateurs-Conférenciers.

Ses activités de la défense de la civilisation latine se poursuivent également : par exemple il tient en novembre 1935 une conférence sur la place de la France dans le monde (ici) ; en octobre 1935, il signe un article dans la revue "Le Front Latin" qui est une association de "combat pour la sauvegarde de la culture latine à travers le monde" (ici).

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Sur le plan politique, Raoul Follereau approuve la prise de pouvoir au Portugal de Salazar et l’instauration, en 1933, de l’Estado Novo, régime autoritaire fortement inspiré par la doctrine maurassienne. À la même période, Raoul Follereau se reconnait dans l’austrofascisme du chancelier autrichien, Engelbert Dollfuss. De façon générale, Raoul Follereau éprouve de la sympathie à l’égard des mouvements politiques (européens ou sud-américains) pourvu qu’ils soient antibolcheviques, nationalistes et catholiques. Raoul Follereau y reconnait des signes de sa conception de la latinité.

Son attachement pour le dictateur italien Mussolini s’est amplifié depuis le milieu des années 1920 et Raoul Follereau s’engage résolument en faveur de l’Italie fasciste après l’invasion, par cette dernière, du dernier pays non colonisé d’Afrique : le royaume d’Éthiopie (1935) (voir notre article ici). Il multiplie à cette fin les initiatives : éditos dans L’Œuvre latine, pétitions, ...

L’année 1936 est un virage pour Raoul Follereau. Pour au moins deux séries de raisons.

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D’un point de vue "spirituel", Raoul Follereau découvre Charles de Foucauld. Il faut savoir qu’à l’époque, les catholiques se divisent à propos de Charles de Foucauld. Tandis que les uns y voient un ermite mystique, témoin de la fraternité universelle (par exemple Louis Massignon ou René Voillaume), d’autres y voient l’ancien officier militaire, missionnaire nationaliste et adepte d’une colonisation chrétienne dans une Algérie française. (Georges Gorrée, par exemple). Cette deuxième facette correspond bien à Raoul Follereau qui transforme alors en 1937 sa Ligue d’Union latine en Fondations Charles de Foucauld. Raoul Follereau se donne alors pour mission de collecter des fonds afin de reconstruire "l’Église du Sahara" afin de "glorifier le visage de la France chrétienne". Certains, cependant, s’émeuvent de ce qu’ils estiment être un détournement de la notoriété et de l’image de Charles de Foucauld dans un but excessivement nationaliste plutôt que spirituel : dix ans plus tard, en 1948, Louis Massignon réclamera (et finira par obtenir) que Raoul Follereau cessât d’utiliser le nom de Charles de Foucauld pour ses "œuvres". La Fondations Charles de Foucauld se renommera alors en Ordre de la Charité.

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D’un point de vue politique, Raoul Follereau subit en 1936 deux évènements majeurs : l’avènement du Front Populaire en France et la guerre civile en Espagne. Léon Blum incarne toute l’Anti-France à lui tout seul : juif, socialiste (ce qui, aux yeux de Raoul Follereau, n’est guère différent de bolchevique) et franc-maçon. La guerre civile espagnole, quant à elle, est la concrétisation du choc des civiliations (chrétienne versus paganismes et autres barbaries) auquel Raoul Follereau se prépare depuis dix années avec sa Ligue d’Union latine. Raoul Follereau vit cette période comme une véritable guerre sainte dans laquelle il engage toutes ses forces.

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C’est à cette période que Raoul Follereau travaille alors et collabore avec des antisémites notoires, tels ceux du journal La Libre Parole et du Centre de Documentation et de Propagande : Henry Coston, Henri-Robert Petit, Jacques Ditte , Comte Armand Chastenet de Puysegur et autres Louis Darquier de Pellepoix (voir notre article ici). Dans ce contexte, Raoul Follereau intervient à de nombreuses reprises en Algérie française, et plus particulièrement en Oranie. Non seulement l’antisémitisme y est très répandu depuis le décret Crémieux de 1871, mais en plus, l’Oranie est composée d’une partie très importante de "néos", ces Espagnols devenus citoyens Français qui sont très sensibles au sort de leur patrie d’origine. Raoul Follereau muliplie les conférences à plusieurs périodes (vingt-cinq pour le seul mois de décembre 1936). Dans la ville de Tiaret, par exemple, le journal local relate que Raoul Follereau "part en croisade contre tout ce qui est l’Anti-France" et plus particulièrement contre "ces oiseaux de proie" venus "s’abattre sur la France", ces "financiers internationaux qui sont de partout et de nulle part et dont le porte-monnaie remplace le coeur et qui forment la société du Komintern" (voir notre article ici).

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C’est aussi à cette période (1936) que Raoul Follereau fait connaissance avec les soeurs de Notre Dame des Apôtres, celles qui, plusieurs années plus tard, mettront Raoul Follereau sur les rails de la bataille de la lèpre. Mais jusqu’en 1943, de lépreux, il n’en est jamais question dans la vie de Follereau.

Jusqu’en septembre 1939, la vie de Raoul Follereau poursuit son cours, alternant entre voyages de propagande française et autre promotion de la latinité. Quelques semaines avant la seconde guerre mondiale, Raoul Follereau part en Amérique du Sud pour un nouveau cycle de conférences.

En septembre 1939, Raoul Follereau a trente-six ans et nulle trace d’actions ou d’initiatives en faveur des lépreux. Ce qui fait dire à Étienne Thévenin (page 139) : "jusqu’à là, la vie de Raoul Follereau était très éloignée de celle d’un apôtre des lépreux". Nous sommes bien d’accord.

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À partir de juin 1940, Raoul Follereau s’engage résolument aux côtés du Maréchal Pétain dans une forme de collaboration implicite avec le régime de Vichy  : il parcourt villes et villages de la France non occupée afin de promouvoir les principes moraux de la Révolution Nationale de l’État français et l’unité autour du Maréchal Pétain (voir notre article ici).

Le 15 avril 1943, Raoul Follereau anime à Annecy une conférence "Ce que le monde doit à la France" dont les bénéfices sont destinés au financement d’une léproserie en Côte d’Ivoire. C’est à cette date que, pour la première fois de sa vie, Raoul Follereau entreprend quelque chose en faveur des lépreux. Il a un peu moins de 40 ans. Néanmoins, c’est loin d’être une exclusive. Le financement d’Adzopé est une des causes soutenues (et non la seule) à l’occasion de ces conférences organisées sous l’égide de l’Heure des pauvres.

L’invention du mythe de "l’homme qui a consacré sa vie pour les lépreux"

Dans la première partie de cet article, nous avons exposé les principaux moments de la vie de Raoul Follereau entre son arrivée à Paris en 1920 et le 15 avril 1943, date de sa première initiative connue en faveur des lépreux.

Nous allons maintenant effectuer un bond de quinze ans en avant. Nous sommes à Tokyo, en 1958. Raoul Follereau participe alors au VIIème Congrès International de la Lèpre. Jusqu’ici, rien que de très ordinaire : Raoul Follereau est un conférencier hors-pair : c’est un métier qu’il maitrise largement. Depuis le début des années 1950 (la découverte des sulfones pour soigner les lépreux), il enchaîne les réunions publiques et les initiatives en faveur des lépreux, avec beaucoup de succès.

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Mais ce soir-là, un élément nouveau va apparaître dans l’historiographie de Raoul Follereau. Car ce soir-là, pour la première fois de sa vie, Raoul Follereau raconte un épisode jusqu’à lors inédit de sa vie : sa conversion en faveur des lépreux à l’occasion d’une rencontre, un jour, dans le désert du Sahara (Les Œuvres complètes de Raoul Follereau, Les Livres B, page 275).

Nous avons la chance exceptionnelle de bénéficier de deux enregistrements de Raoul Follereau narrant cet épisode :

  • le premier date du 28 janvier 1968, diffusé par la Télévision Suisse Romande (version intégrale ici) ;
  • le second a été diffusé le jour du décès de Raoul Follereau, le 6 décembre 1977 ; sa date d’enregistrement effective n’est pas mentionnée mais cela importe peu pour notre démonstration (version vidéo ici).

L’histoire est toute simple : alors qu’il réalisait un reportage dans le désert, sur les pas du Père Charles de Foucauld, pour le compte d’un grand quotidien de Bueno Aires, La Nación, Raoul Follereau tombe en panne d’auto. Et pendant que le guide fait le nécessaire, des hommes décharnés surgissent de nulle part. Raoul Follereau s’inquiète alors de qui sont ces hommes. "Des lépreux" lui répond-on. En quelques questions, Raoul Follereau découvre alors le sort dramatique de ces pauvres hères condamnés au rejet social et à l’errance. Et c’est ce jour-là, affirme Raoul Follereau, qu’il décida de ne plaider qu’une seule cause, celle des lépreux :

"(...) et c’est ce jour-là que j’ai décidé de consacrer ma vie à ces millions d’hommes que notre ignorance pour la plupart du tout, mais aussi, il faut le dire, notre égoïsme et notre lâcheté ont fait des lépreux."

"(...) et c’est ce jour-là que je me suis décidé à ne plus plaider qu’une cause, une seule cause pour toute ma vie, celle de ces millions d’êtres que notre ignorance, mais aussi, il faut le dire, notre égoïsme et notre lâcheté ont fait des lépreux."

Et quand a eu lieu cet épisode digne de Saül qui tombe de cheval, ébloui par le Saint-Esprit ?

Selon Raoul Follereau, entre 1923 et 1928. Les dates se bousculent mais les faits qu’il mentionne sont là pour témoigner : il avait 25 ans (1928), il venait de se marier (1925) et se destinait à devenir un avocat et journaliste (1923) :

  • "Il y a quarante ans, dans quelques semaines (...)" => l’émission date de janvier 1968, soit aux alentours de 1928,
  • "j’ai commencé en 1935, (...) j’avais fait des études et je me préparai à une carrière d’avocat (1923) et de journaliste, aussi (...) je venais de me marier (1925), j’avais 25 ans (1928) (...)"

Raoul Follereau va alors multiplier les références, écrites ou orales, à cet épisode fondateur qui aurait orienté toute sa vie. Selon les sources, la fixation de la date ne sera jamais très précise : elle évolue de la fin des années 1920 au milieu des années trente :

  • 19 octobre 1963, lors d’une conférence Une bataille pas comme les autres, Raoul Follereau fait remonter la date de son récit à "trente ans", puis répètent à plusieurs reprises "trente ans" ou "trente années" pendant lesquelles "il a passé sa vie à aimer les lépreux" (Les Œuvres complètes de Raoul Follereau, Les Livres B, page 14) (1963 - 30 = 1933) ;
  • fin 1966, Raoul Follereau publie La seule vérité, c’est de s’aimer ; le premier tome commence ainsi : "Quarante années de lutte. Au début, seul ou presque. Deux millions de kilomètres parcourus (...) Cent deux pays visités (...), Deux milliards de nos vieux francs distribués (...). Ce fut le bilan de mon existence" (1966 - 40 = 1926) ;
  • dans le tome 2 du même ouvrage, page 393, il rapporte un article de presse, écrit en 1965, qui commence ainsi : "la Bataille de la lèpre qu’il y a trente ans, Raoul Follereau engageait dans le monde et qu’il poursuivit, presque seul (...)" (1965 - 30 = 1935) ;
  • page suivante, Raoul Follereau écrit : "après trente ans de lutte contre la lèpre, isolé parfois mais jamais las, simplement, sûrement, j’ai le droit de dire : la bataille est gagnée" (1966 - 30 = 1936) ;
  • page 404, nous lisons "Depuis 1925, Raoul Follereau parcourt le monde, messager de la Charité" ;
  • page 411, nous lisons un texte de 1960 qui dit "il y a vingt-cinq ans que, vagabond de la Charité, Raoul Follereau parcourt le monde pour visiter les lépreux" (1960 - 25 = 1935) ;
  • page 413, nous lisons dans un texte daté en 1962 "1956 (...) pour le vingt-cinquième anniversaire de son premier voyage sur les routes de la Charité" (1956 - 25 = 1931), "Sur les routes de la Charité, Raoul Follereau y fut toute sa vie", Raoul Follereau a "durant ces trente années, distribué près de deux milliard d’anciens francs aux pauvres" (1962 - 30 = 1932) ;
  • page 91 du tome Les Conférences des Œuvres complètes de Raoul Follereau, André Récipon lui même (fils spirituel de Raoul Follereau, président pendant plus de trente ans de ce qui fut la Fondation Raoul Follereau) fixe la date de la rencontre des lépreux à 1933 puis indique que Raoul Follereau et lui avaient 62 ans à eux deux. Or, Raoul Follereau est né en 1903 et André Récipon en 1925 : cela repousse la date de la rencontre des lépreux à ... 1945 ;
  • le 2 février 1968, Raoul Follereau présente un texte à l’Académie des sciences d’outre mer intitulé Quarante ans de lutte contre la lèpre et pour les lépreux (1968 - 40 = 1928) ;
  • en 1978, les éditions Flammarion publient le dernier livre écrit par Raoul Follereau intitulé Cinquante années au services des lépreux, cinquante souvenirs (1977 - 50 = 1927) ;

Nous ne sommes pas à deux ou trois années près, mais entre 1925 et 1936, cette volatilité peut surprendre : si Raoul Follereau était sur les traces de Charles de Foucauld pour un reportage pour le compte du journal La Nación , ne suffirait-il pas de retrouver ledit article publié par ce journal ? Malheureusement, cet article semble ne jamais avoir été retrouvé. A-t-il été recherché ? Nous n’en savons rien. Quoiqu’il en soit, ni la Fondation Raoul Follereau, ni Étienne Thévenin n’en font état. Nous pouvons donc légitimement nous poser la question de savoir s’il a existé.

Cette volatilité de dates cache surtout un triste réalité : personne ne saurait dire exactement quand elle a eu lieu et seul Raoul Follereau est en mesure d’affirmer qu’elle a effectivement eu lieu. C’est donc parole contre parole. Le problème, c’est que la période de sa vie entre 1920 et 1943 est à l’opposé de ce qu’il prétend avoir été.

En effet, les engagements réels de Raoul Follereau de l’époque - que nous n’avons pas à juger, nous nous limitons au fait de les décrire - ne sont tout simplement pas compatibles avec un homme qui prétend n’avoir consacré le reste de sa vie, à compter de ce jour, qu’à la défense des lépreux.

Concernant plus particulièrement la date aujourd’hui retenue par la Fondation Raoul Follereau, 1936, celle-ci nous semble particulièrement inadéquate : 1936 correspond malheureusement aux preuves que nous avons exposées démontrant l’antisémitisme de Raoul Follereau. Nous ne pensons pas que la défense des lépreux passe nécessairement par l’antisémitisme et l’antibochevisme viscéral.

Enfin, et nous achèverons notre démonstration là-dessus, nous ne sommes pas les seuls à douter de la véracité de cette rencontre de Raoul Follereau avec les lépreux.

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Car l’Ordre de Malte, lui aussi, partage nos réserves et nos doutes. Et il n’hésite pas à le dire et à l’écrire, sans être réellement contredit. Et il nous plait de considérer que l’Ordre de Malte présente plus de garanties d’objectivité que les dirigeants de la Fondation Raoul Follereau. Dans le dossier de presse que l’Ordre adresse chaque année aux médias dans le cadre de la Journée Mondiale des Lépreux, l’Ordre de Malte affirme (source ici, page 7), tout comme il le fit à chaque année antérieure :

"En 1938, Justin Godard, Président des Œuvres Hospitalières françaises de l’Ordre de Malte, approche un jeune journaliste, un certain Raoul Follereau, pour lui demander de faire, pour le compte des Œuvres Hospitalières, un reportage sur la lèpre en Afrique. Celui-ci, touché par ce qu’il voit, décide de s’engager personnellement dans ce combat."

Comme nous pouvons le constater, nous sommes loin du reportage de 1925 demandé par un grand journal argentin sur Charles de Foucauld.

Un mensonge ? Pour quel mobile ?

Après avoir démontré le caractère romancé, total ou partiel, de ce récit de Raoul Follereau sur sa rencontre avec les lépreux, il convient de s’interroger brièvement sur les motifs qui auraient pu pousser Raoul Follereau a procéder ainsi.

Différentes pistes de réflexion peuvent être ainsi ouvertes, sans pour autant prétendre apporter une réponse formelle :

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  • En tout premier lieu, n’oublions pas que Raoul Follereau était un précurseur du marketing caritatif, autrement dit du charity business : certains de ses contemporains furent ulcérés par la démagogie et le populisme qui caractérisent les "coups de com" de Raoul Follereau. Mieux que quiconque, à l’époque, Raoul Follereau use et abuse des arguments ad misericordiam et du pathos. Ce n’est pas pour rien qu’Étienne Thévenin suppose que Raoul Follereau s’est brillamment formé à la psychologie des masses : il savait manier les ficelles de l’émotion de son auditoire, quitte à prendre des libertés avec la réalité. Son objectif est d’ouvrir le cœur, et surtout le porte-monnaie, de ses spectateurs. Cette histoire de la rencontre avec les lépreux est belle, elle est émouvante : le public a envie d’y croire, Raoul Follereau l’a bien compris et il est parfaitement possible d’imaginer qu’il a souhaité privilégier l’efficacité du propos à sa véracité.
  • De façon plus prosaïque, cela permet à Raoul Follereau, puis à la Fondation Raoul Follereau de gommer le passé antisémite et collaborationniste de Raoul Follereau.
  • Du même coup, cela permet à Raoul Follereau de se faire passer pour "l’homme qui a consacré sa vie pour les lépreux". Aujourd’hui, la Fondation Raoul Follereau ne se gêne pas pour le faire, communiquant ainsi sur un Raoul Follereau aseptisé et idéalisé ... un vrai petit produit du marketing caritatif ... bien que non conforme à la réalité historique.
  • Accessoirement, cela permet à Raoul Follereau de rompre tout historique avec l’Ordre de Malte qui semble prétendre que Raoul Follereau a initialement travaillé pour les lépreux dans le cadre de l’Ordre avant de se décider à jouer "sa carte perso".

Conclusion

Dans cet article, nous n’avons pas souhaité porter un jugement sur le passé de Raoul Follereau. Nous avons notre propre sentiment personnel, nos lecteurs l’auront probablement compris, mais notre blog ne vise pas à critiquer Raoul Follereau pour ce qu’il a été.

Notre blog, et cet article en particulier vise à résister à une campagne de désinformation et de propagande qui est contraire à la réalité historique : en souhaitant se faire passer pour "l’homme qui a consacré sa vie pour les lépreux", Raoul Follereau occulte et dissimule les quarante premières années de sa vie et prétend entrer dans l’Histoire pour ce qu’il n’est pas.

  • Être fasciste dans les années trente n’a, à la réflexion, rien d’exceptionnel.
  • Être pétainiste en 1940 n’a rien d’extraordinaire non plus (1940 : 40 millions de pétainistes, disait Amouroux).
  • Être antisémite en 1936 n’a, malheureusement, rien de rare dans les milieux catholiques de France de l’époque.

Raoul Follereau fut un homme de son temps et nous en prenons acte, sans juger ni condamner.

Mais, entre reconnaître que Raoul Follereau fut un homme de son temps et faire croire qu’il a été autre chose que ce qu’il fut réellement, il y a un cap que nous refuserons de franchir.

Comme le disait Napoléon 1er, "l’Histoire est un mensonge de personne ne conteste". Voilà le rôle de notre blog, notre unique rôle : tenter de préserver l’Histoire d’un de ses faussaires. Quelles qu’aient été ses autres qualités par ailleurs.

Accéder à tous nos articles :

http://follereau-entre-ombre-et-lumiere.over-blog.com/ ou ici.



16 réactions


  • Chris du Fier Chris du Fier 6 septembre 2010 19:08

    Comme c’est beau de réecrire l’ histoire à partir de Wikipédia.

    Tiens !.. Je vais m’ y mettre.. Encore faudrait-il que ces courageux dénonciateurs de l’ horrible R. Follereau se décident à se nommer......

    Ombre et Lumière, c’est un peu cours pour faire un procès d’ intentions.

    Allons.. Un peu de courage. Découvrez-vous.


    • Entre Ombre et Lumiere Entre Ombre et Lumiere 6 septembre 2010 21:00


      Merci pour votre message.
      Dommage qu’il soit hors-sujet.
      La prochaine fois, n’hésitez pas à rebondir sur le sujet de l’article plutôt que l’éluder au moyen d’arguments ad hominem.


    • Chris du Fier Chris du Fier 6 septembre 2010 23:13

      Qu’ ya t-il à rebondir sur l’ article ?

      C’est un brûlot contre un homme dont le patronyme est affiché sur de nombreuses léproseries à travers le monde que vous n’ avez certainement pas visité. MOI SI.

      Qu’ il ait été maurrassienu trotskiste. Pourquoi le salir ?...
      Ce n’est certainement pas les pensionnaires de ces établissements qui argumenteront avec vous.

      C’est pas joli, joli.


    • Entre Ombre et Lumiere Entre Ombre et Lumiere 7 septembre 2010 08:10


      Merci pour votre message.
      Ce que vous dites est intéressant, mais il nous semble que vous pratiquez une confusion.
      Nous démontrons que Follereau travestit sa propre Histoire, vous nous répondez « oui, mais il a beaucoup fait pour les lépreux ».
      Quel rapport ?
      Sous prétexte que Raoul Follereau a beaucoup fait pour les lépreux, cela l’autoriserait à mentir sur son passé ?
      C’est le faussaire d’Histoire que nous dénonçons, pas l’homme de convictions.


  • Radix Radix 6 septembre 2010 20:40

    Bonsoir

    De mon parcours en école religieuse (la meilleure fabrique d’athées au monde) j’ai retenue une chose c’est que le Raoul il nous gonflait grave !

    Car non content de nous faire les poches pour les quêtes incessantes destinées à alimenter sa fondation, il fallait se taper le panégyrique de l’individu. Avec les copains ont le supportait car on imaginaient, connaissant les curés qui ne donnent jamais rien pour rien, que les pauvres lépreux devaient se taper des sermons interminables sur les bienfaits de la conversion avant d’être soignés !

    On souffrait tous ensembles !

    C’est peut-être cela la solidarité !

    Radix


    • Chris du Fier Chris du Fier 6 septembre 2010 23:14

      Vous les avez fréquenté, vous, les lépreux ?? pour savoir si ils supportaient ou pas les sermons interminables que vous avancez ??



    • Radix Radix 7 septembre 2010 15:24

      Bonjour

      Les lépreux j’en ai vu pour la première fois de ma vie au... Portugal !

      C’était en 1971 sous Salazar, le grand copain du Raoul ! Avec ses guerres coloniale ce Caudillo de pacotille (pléonasme) affilié à l’opus dei, il avait ramené au pays plein de soldats atteint de la lèpre et j’ai vu ces jeunes gens, sans jambes’ mendier dans les rues de Guimaraès car leur pension d’invalidité ne leurs permettaient pas de vivre !

      Alors... Ta GUEULE !

      Radix


  • Castor 7 septembre 2010 09:36

    Ce qui m’étonne, c’est cette constance à exposer des arguments en défaveur de la personne de Raoul Follereau.

    Diable : un blog dédié, 7 articles sur agoravox, voilà qui est proche de l’obsession !

    • Entre Ombre et Lumiere Entre Ombre et Lumiere 7 septembre 2010 10:21


      Vous avez raison, notre enquête peut effectivement paraître à charge. Permettez nous de vous répondre en détail.

      Pour avoir échangé avec quelques historiens et certains membres du clergé catholique, les casseroles liées au passé de Raoul Follereau et ses manœuvres pour le dissimuler sont une sorte de secret de polichinelle. Dans les milieux catholiques et humanitaires, beaucoup de gens savent, mais personne n’ose réellement en parler publiquement. Les catholiques sont gênés de devoir dézinguer l’un des leurs. Et les humanitaires n’aiment pas se casser du sucre sur le dos les uns les autres. Seul l’Ordre de Malte ose publiquement remettre en cause la vérité officielle selon Raoul Follereau dans le lien que nous citons dans notre article.

      Et celui qui s’aventure à critiquer Raoul Follereau est accablé d’ignominies. Lorsque le Canard Enchainé a révélé, en 2002, les malversations de la Fondation Raoul Follereau (voir la fiche Wikipédia de la Fondation Raoul Follereau), Michel Récipon a rétorqué qu’au final, c’étaient les lépreux qui en avaient subi les conséquences car les dons ont chuté. Voyez le cynisme de l’argument : la Fondation peut faire ce qu’elle veut car celui qui s’y oppose est aussitôt qualifié d’ennemi des lépreux. Avec ce genre de raisonnement, la Fondation jouit d’une sorte d’immunité : passez, il n’y a rien à voir ! Donc, c’est la loi du silence qui prévaut.

      La Fondation Raoul Follereau profite de ce silence pour avancer tranquillement ses pions. Elle n’hésite pas à profiter de cette image panégyrique de « l’Apôtre des Lépreux », du « Vagabond de la Charité ». Dans sa biographie assez honteusement hagiographique, Étienne Thévenin n’hésite pas à comparer Raoul Follereau à l’Abbé Pierre, Sœur Emmanuelle ou Mère Teresa.

      La stratégie de la Fondation Raoul Follereau est claire : elle veut faire reconnaitre Raoul Follereau comme saint. Nous en avons apporté la preuve ici.

      Alors, effectivement, notre blog peut paraître partial. C’est clair. Mais il s’inscrit dans un contexte spécifique : nos articles constituent un travail de rééquilibrage face à une entreprise que nous n’hésiterons pas à qualifier de propagande.


    • Castor 7 septembre 2010 10:29

      Je conçois parfaitement votre désir de rééquilibrage.

      Mais comprenez aussi que cette entreprise puisse passer pour une entreprise de démolition systématique et qu’elle puisse heurter, et ce d’autant plus qu’elle vise un homme dont les oeuvres ont quelque part racheté les fautes que vous exposez.
      Dins min coin, on dit « un peu ça va, trop, ça se voit » !

    • Entre Ombre et Lumiere Entre Ombre et Lumiere 7 septembre 2010 12:08

      Oui, nous ne comprenons, bien que nous le regrettions. Nous préférerions parler de « nettoyage » plutôt que de « démolition ».
      Vous risquez d’être déçus : nous avons encore plusieurs articles sous le coude ! Savez vous notamment que les comptes des fondations reconnue d’utilité publique sont disponibles en ligne ? (ici !) Nous y apprenons par exemple que la Fondation Raoul Follereau disposait au 31.12.2009 de presque 20 millions d’euros de réserves financières principalement placées en actifs immobiliers et boursiers.
      Il n’y a donc personne, à la Fondation Raoul Follereau, pour dire que les donateurs souhaitent aider les lépreux et non investir dans des parts de Sicav ?
      Alors : démolition ou nettoyage ?


    • Castor 7 septembre 2010 15:37

      Pourquoi ne pas exposer tout simplement vos griefs relatifs à cette gestion de SICAV plutôt que de consacrer 7 articles à démolir la réputation d’un homme ?

      Cette entreprise est-elle si ardue qu’elle vous contraint à un si long préambule ?

       smiley

    • Entre Ombre et Lumiere Entre Ombre et Lumiere 7 septembre 2010 16:25

      Et si on jouait à inverser les rôles ?

      Imaginez que demain, vous apprenez que votre voisin sollicite la générosité publique en s’octroyant d’un passé élogieux que vous savez partiellement faux.
      Imaginez qu’avec un sens consommé du « coup de pub » votre voisin accède en quelques années à une notoriété mondiale.
      Imaginez que des âmes crédules de bonne foi se répandent dans la presse et les librairies pour vanter les pseudo-mérites du grand homme.
      Imaginez que ses réseaux arrivent à renommer votre rue avec son patronyme et vont même jusqu’à ériger une statue juste devant chez vous.
      Imaginez que votre voisin conçoive un dispositif juridique ingénieux pour verrouiller sa fondation et faire en sorte qu’il soit seul maître à bord, disposant du pouvoir de révoquer librement toute personne s’intéressant de trop près à sa gestion.
      Imaginez que sa fondation accumule ainsi les réserves, permettant ainsi d’offrir un boulot à vie aux personnes qu’il a personnellement choisies et à son fils qui lui succédera.

      Que feriez-vous ?


    • Castor 7 septembre 2010 16:31

      Soyons clair :

      Si tel est le cas, dites-le sans ambages et cessez de tourner autour du pot.

      Là, 7 articles pour marteler que Follereau était un salaud, vous passez à côté de ce qui semble pourtant votre préoccupation majeure : la gestion à des fins privées d’une fondation qui recueille les deniers du public.

    • Entre Ombre et Lumiere Entre Ombre et Lumiere 7 septembre 2010 17:13

      C’est votre point de vue et il a sa logique.
      En ce qui nous concerne, nous préférons procéder pas à pas, en posant chacune de nos affirmations sur des bases documentées, certaines et incontestables.
      Cela peut vous paraître fastidieux mais nous souhaitons être inattaquables en ce qui concerne la crédibilité de notre démarche et le sérieux de nos affirmations.
      Une armée qui se précipite trop vite dans le bataille prend le risque de se faire attaquer sur ses arrières. Parlez-en à Von Paulus.
      Nous avons donc décidé d’avancer étape par étape, lentement mais sûrement.


  • morice morice 7 septembre 2010 10:00

    faudra qu’on m’explique un jour le but du jeu : l’auteur ne fait pas partie de la fondation, c’est un fait. 


    tous ces articles ne parlent que de Follereau

    la vie de Folllereau et son engagement vers l’extrême droite est bien documentée quoi qu’il peut en dire.

    votre but est donc celui-ci :

    Bonjour,
    Merci pour votre mail.
    Nos sources concernant Follereau sont systématiquement citées dans nos articles.
    Elles sont publiques et facilement disponibles sur le net.
    Par ailleurs, nous sommes à la recherche de tout document et de toute information sur Raoul Follereau, sur la Fondation Raoul Follereau et sur les méthodes de travail des Récipon, père et fils.
    Il est grand temps de rétablir la vérité et la transparence sur ces sujets.
    C’est une question de respect pour les donateurs et pour les bénévoles qui, par milliers, pensent offrir temps et/ou argent à une cause généreuse alors qu’ils ne font, à leur insu, qu’enrichir une PME familiale de charity business.
    Par avance, nous vous remercions pour votre aide et votre soutien


    très bien : mais quel est le but réel ? De créer une association pour remplacer celle existante ? de demander aux gens de cesser les dons ? avez-vous pensé aux moyens juridiques pour y arriver ? Vous parlez de Charity Business : il faudrait le DEMONTRER par enrichissement personnel ; comme cela a été fait pour l’ARC. C’est très bien de sensibiliser, mais ça ne suffit pas : on pourra très bien vous rétorquer que ça ne conduit à pas grand chose, les faits étant déjà connus. Avez-vous au moins contacté des journalistes pour enquêter dans ce sens ?

    Or le rapport de l’IGAS de 2002 semblait explicite pourtant !
    • détournement de 4,5 milliards de Francs CFA (6 millions de dollars de l’époque) pour l’achat de plantations de palmiers et d’hévéas par le représentant local de la Fondation Raoul Follereau en Côté d’Ivoire ;
    • diverses malversations détectées en Guinée et à Madagascar ;
    • d’autres faits similaires à celui de la Côte d’Ivoire furent constatés au cours des années antérieures et seraient à l’origine de l’enquête de l’IGAS réalisés en 2001 sur la période mai 1999 à janvier 2000 ;
    • constitution de réserves financières disproportionnées par rapport aux besoins réels de trésorerie de la Fondation Raoul Follereau au lieu de les consacrer au financement d’actions concrètes sur le terrain ;
    • octroi de soutiens financiers et/ou logistiques importants à des mouvements religieux de tendance catholique traditionaliste, dont, notamment, trois cardinaux catholiques conservateurs, ces soutiens étant sans rapport avec la lutte contre la lèpre ;
    • relents d’antisémitisme de la part d’André Récipon, entre autres convictions religieuses catholiques intégristes.

    À la suite de cette polémique, Michel Récipon affirme que des changements sont intervenus. Par exemple, l’ensemble des structures juridiques anciennement existantes dont l’opacité avait été fortement critiquée par l’IGAS est rassemblé sous une seule organisation : la Fondation Raoul Follereau

    Néanmoins, cinq ans plus tard, en 2007, des doutes sérieux subsistent sur l’effectivité des changements dans les pratiques et les méthodes

    plus ce boulet :

    Entre temps, le 24 juin 2005, le Père François Lefort des Ylouses a été condamné à huit ans de prison et à diverses amendes pour crimes pédophiles (viols, attouchements sexuels, corruptions de mineurs) par la Cour d’Assises des Hauts-de-Seine pour des faits commis sur des enfants hébergés au foyer d’enfants des rues de Rufisque au Sénégal. Bien que proclamant son innocence, l’accusé ne fit pas appel de cette décision.

    Or, au moment des faits, au milieu des années 1990, le Père François Lefort était secrétaire général de la Fondation Raoul Follereau envoyé au Sénégal et bénéficiera, lors de son procès, du soutien actif de cette dernière. Dans ses réquisitions, le Procureur Général Olivier Auféril stigmatisa les milieux humanitaires qui ont soutenu l’accusé et qui pratiquent, selon lui, « une charité type XIXe siècle, voire du néo-colonialisme ». Il décerna une ironique « mention spéciale » à la Fondation Raoul Follereau, qui, rappela-t-il, a interrompu tout financement au foyer d’enfants des rues de Rufisque après la dénonciation des agissements du Père François Lefort.


    pourquoi la fondation est-elle toujours intouchable, voilà la vraie question : vous levez depuis longtemps un ARC bis : tentez de faire bouger davantage encore, en étudiant en détail le « Charity Business » dont vous parlez. POURQUOI AUCUN JOURNAL n’ose mettre sur papier les faits ?


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