jeudi 30 avril - par Christophe Cros Houplon

Rapport de la commission d’enquête sur le service audiovisuel public : un brin de muguet du pouvoir macroniste pour Vincent Bolloré

Près de cinq mois d’auditions, plus de 65 personnes entendues, énormément de reprises sur les réseaux sociaux et des débats on ne peut plus houleux sur certains médias d’information, notamment et surtout ceux du groupe Bolloré.

 

On peut dire que la commission d’enquête parlementaire sur le service public a fait le buzz. Un show non-stop qui dépassa de beaucoup la curiosité des téléspectateurs de LCP, et pour cause : on parle d’argent public et de gabegies en période de restrictions budgétaires, on met sur le grill des vedettes des médias, le cocktail a de quoi attirer le chaland, jamais en reste, et pas forcément pour de mauvaises raisons, de taper à bras raccourcis sur ce sommet qui nous demande de nous serrer la ceinture en sirotant un millésime Rothschild.

 

Demandée par le parti d’Éric Ciotti dont le rapporteur Charles Alloncle est membre, la commission parlementaire soulève en soi un vrai sujet, celui de l’utilisation des fonds publics à dessein de financer un service audiovisuel public que le président Macron a au tout début de son quinquennat fragilisé en lui coupant le financement de la redevance.

 

Rien de mieux pour privatiser un service public que de réduire son financement : on crée un trou, ici un accroissement du déficit, puis on hurle au loup. Ou plutôt :

- on lâche la bride sur le cou du Rassemblement National et de son allié,

- on met en scène un député Horizons, Jérémie Patrier-Leitus, c’est-à-dire un président de la commission parlementaire laissant volontairement son rapporteur conduire les débats absolument n’importe comment qui après avoir annoncé qu’il allait s’abstenir de voter le rapport finit par voter pour après l’avoir publiquement étrillé,

- enfin on en arrive à un précédent : pour la première fois l’assemblée nationale a mis son blanc-seing par 12 voix contre 10 à un rapport qui n’a strictement rien à voir avec ce qu’on attend d’un exercice parlementaire étant donné qu’il multiplie fake news, insinuations et caviardages volontaires.

 

Précisons que le fond du sujet méritait amplement une commission d’enquête, également que les gabegies au sein de France Télévisions, il n’y a qu’à se baisser pour en ramasser, les auditions les ayant par ailleurs à juste titre révélées.

 

L’ennui n’est pas là : le service audiovisuel public en effet vit dans ses sommets au-dessus de nos moyens, les salaires et les frais accordés y sont indécents, les primes de départ hallucinantes, les parts de gâteau offertes aux sociétés de production amies du pouvoir démentielles. Si on veut tailler dans les dépenses, il suffit en effet de viser juste, et la commission là-dessus a servi à mettre le projecteur là où il faut. Mettre sur le grill une Elise Lucet à qui on demandera en vain de révéler le salaire de ministre qu’elle touche et se voir opposer une fin de non-recevoir par l’intéressée, d’habitude plus prompte quand il s’agit de dénoncer les privilèges des grands patrons qu’elle poursuit telle une tique, nous autres qui payons la note avons en effet le droit de savoir, comme on dit.

 

L’idée de cette commission naquit d’une vidéo volée qui fit à juste titre grand bruit, révélée par le site classé à la droite de la droite L’incorrect, où l’on surprit les journalistes Patrick Cohen et Thomas Legrand en plein conciliabule avec des responsables du Parti Socialiste afin de fragiliser médiatiquement Rachida Dati. Prenant appui sur ce prétexte on ne peut plus hors-clou, Ciotti utilisa son droit de tirage annuel et obtint la création d’une commission d’enquête.

 

Jusque-là rien à redire.

 

Notons au passage que Ciotti au même titre que le RN milite pour la privatisation du service public dont il se dit comme ses nouveaux amis la victime. Difficile là aussi de lui donner tort : on ne peut pas dire que la neutralité du service public, lequel a ce qui s’appelle une ligne éditoriale on ne peut plus agressive envers eux, soit la première qualité de France Télévisions.

 

Ajoutons qu’avant la suppression de la redevance et la menace de nouvelles coupes budgétaires, la maison dirigée par Delphine Ernotte produisait beaucoup plus d’émissions d’investigations problématiques pour les amis oligarques d’Emmanuel Macron qu’aujourd’hui.

 

Depuis quelques années, Madame Ernotte, reconduite dans ses fonctions l’an passé après un rapport de la Cour des Comptes désastreux qu’on rangea dans un tiroir avant de le ressortir opportunément juste après sa reconduction, est devenue Macron compatible. Chatte échaudée craignant l’eau froide, elle n’embête plus trop le pouvoir en place : sous prétexte de fournir au téléspectateur des documentaires épris de positive attitude, on se contente sur le service audiovisuel public de taper sur le grand méchant loup de l’histoire, le groupe Bolloré.

 

Mécène acquis à la cause de Ciotti et de Jordan Bardella, Bolloré, quant à lui, se sait la victime du grand méchant service public qui vit sur la gabegie. Ce tube maison, tout aussi juste que celui du camp d’en face, est ressassé jusqu’à plus soif sur Europe 1 et CNEWS, puis repris en boucle chez Hanouna. Bolloré, ils sont un paquet à vouloir le dégager via l’ARCOM de la TNT.

 

Il faut dire qu’entre les fake-news de Télé Bolloré et celles de France 2 il y a comme un degré de différence, le premier y allant de manière beaucoup plus décomplexée. Sur CNEWS on privilégie ce qu’on appelle le journalisme d’opinion (à droite toute, s’entend), alors que chez Ernotte c’est plus feutré et (sauf vidéo volée) mieux emballé.

 

On va concéder à Pascal Praud que remplacer une enquête à charge sur Xavier Niels par un documentaire animalier c’est politique. De même que de faire de l’immigration et de la dénonciation des violeurs sous OQTF une obsession. La méthode choisie diffère mais des deux côtés du gué on défend une idéologie.

 

A suivre les débats de la commission d’enquête et la manière désastreuse dont ils furent conduits conjointement par un président de commission totalement dépassé par un rapporteur procureur et ce dernier laissé en roue libre, le tout sur le dos du service public, on peut se poser la question de fond. Une commission d’enquête parlementaire est là pour mettre en lumière des faits, pour révéler ce qui est caché, pour titiller des gens qui ne veulent pas parler et sont contraints sous serment à le faire, aucunement pour que des extraits tronqués des débats soient publiés sur les réseaux sociaux et que le texte final comporte autant d’arrangements avec la vérité.

 

Notamment et surtout quand la matière est aussi fournie concernant le sujet de fond qui est celui de la neutralité et de la gabegie.

 

Comment accepter de rendre public un rapport aussi contestable et d’ailleurs contesté par autant de députés confinés à deux minutes de temps de parole par personne auditionnée sans pouvoir à tout moment rebondir sur les réponses incomplètes qu’on leur a fournies ?

 

Ces méthodes, celles du rapporteur Alloncle, avalisées quelles que soient ses dénégations publiques par le président de la commission qui trouve là de quoi fragiliser ce service public qui à ses yeux coûte bien trop cher, nous les reconnaissons, ce sont bel et bien celles du groupe Bolloré.

 

Lequel vient d’engranger en œuvrant en coulisses un joli brin de muguet apporté sur un plateau d’argent par le pouvoir macroniste.



11 réactions


  • Com une outre 30 avril 10:07

    Vous avez de la chance d’avoir lu un rapport qui ne sera pas publié avant lundi prochain.


  • Buzzcocks 30 avril 11:05

    Jamais la droite ne privatisera le service public. Ils vont juste mettre des types plus convenables au commande. Quand Sarkozy est arrivé au pouvoir, il a fait virer l’enquiquineur Schneiderman pour le remplacer par Paul Amar. Il a même pu sortir du formol Patrick Sabatier, son ami, pour animer des jeux.

    Voir Ciotti lutter contre la gabegie du public, quand on sait qu’il a mis sa mère en hopital public au lieu de la placer en ephad à sa charge... C’est cocasse. Et le FN, le détournement de fonds publics, ils sont les spécialistes.

    On voit en Hongrie, tous les proches d’Orban fuient le pays avec des mallettes de liquides avant que la justice passe. Et en Hongrie, ils n’ont pas privatisé les chaines publiques, bien au contraire, c’était Tele-Orban.


  • Jules Seyes Jules Seyes 30 avril 17:42

    Le problème est que les auditions ont été publiques.
    Avant même le contenu, les Français semblent avoir plébiscité la méthode.
    Comment dites-vous ?
    Rapporteur procureur ? Exactement le terme que les Français attendaient d’un parlementaire chargé de contrôler l’action du gouvernement.
    Avec deux cents milliards de déficits annuels, les Français attendent exactement cela : des gens qui factuellement portent le fer dans la plaie purulente payée par leur travail.
    Votre article offre au moins l’occasion de pointer la réflexion sur ce que doit être le rôle du parlement. Un groupe de godillots qui approuve ou des procureurs qui remettent les comptes en ordre !


    • Christophe Cros Houplon Christophe Cros Houplon 30 avril 19:34

      @Jules Seyes

      Les gens qui lorsqu’ils s’expriment le font au nom de tous les français comme vous le faites ici sont ce que j’appelle des Tartuffe. Non, Jules Seyes, vous et ceux qui pensent exactement comme vous n’êtes pas « les français » mais « des » français. Les auditions en effet ont été publiques, tant mieux d’ailleurs, et ont soulevé d’énormes gabegies. C’est en effet le rôle d’une commission parlementaire de le faire et donc notamment de son rapporteur.

      Ce qu’exprime mon texte et à propos duquel vous êtes totalement passé à côté pour retomber dans vos obsessions habituelles, c’est que le rôle d’un rapporteur de commission n’est ni de publier des extraits tronqués des auditions sur Twitter, ni d’écrire dans son rapport des tas de choses qui ne correspondent pas à ce qui fut exprimé en séances, notamment en y ajoutant de façon systématique des insinuations et des opinions personnelles.

      Une commission parlementaire ce n’est pas du journalisme d’opinion, ce n’est pas un plateau de Pascal Praud mais une enquête devant donner lieu à un rapport factuel qui correspond à ce qui fut dit. Rien à voir avec votre délire sur les godillots.


    • Dzan 3 mai 11:46

      @Jules Seyes

      Ah le bon vieux temps de l’ ORTF avec son ministre de l’ Information -Michel Droit qui allait à l’ Elysée pour parler avec De Gaulle des questions à lui poser.

      Soyez pateient, avec Jordy ou Tantine l’ OOOOrdre va être mis.


  • LeMerou 1er mai 04:53

    @Christophe Cros Houpion,

    Bonjour,

    Votre article est plein de contradictions, grosso modo, vous êtes pour les révélations des abus et autres mais pas comme cela à été fait, tout aurait du être discret, dans une bonne entente, entre copains discutant sur notre dos, comme c’est pratiqué habituellement non ?

    L’on s’offusque très fortement à « gauche » que soit publié les résultats d’une enquête menée à juste titre sur l’audiovisuel public, son fonctionnement, son manque de neutralité, et son coût prohibitif aussi. L’on entend tout, de la part de cette « gauche » concernant ce dernier, les quasi insultes aussi allant bon train.

    Comment cette commission à t-elle osé ? dévoiler un de nos bastions. Ne parlons pas des « gabegies » tellement elles paraissent normal au yeux des intéressés. Bref ce n’était est plus une enquête mais un procès, un comportement intolérable des questionneurs, etc, etc, Sans compter non plus l’argument ultime que cette dernière est télécommandée par l’extrême droite.

    Pour avoir visionné en direct quelques séances, je peux vous dire qu’il y a de quoi être outré par le comportement de quelques « interrogés », malgré qu’ils/qu’elles se savent tous filmés en direct. Démontrant qu’ils/qu’elles pour certains se sentent parfaitement intouchables, évoluant dans un organisme financé par les Français.

    Un petit monde qui vit dans une « grandeur » complètement en dehors des réalités quotidiennes car « protégés » en quelque sorte et les quelques « débordements » du rapporteur dont ont a fait grand cas étant pour ma part, bénins devant la mauvaise foi, la narquoiserie, la suffisance, etc..

    Pour ma part je suis pour un l’existence d’un organisme audiovisuel public, sachant très bien que la « neutralité » est difficile à tenir, car on ne mord pas la main de son maître, toutefois cela permet d’avoir un autre son de cloche comme l’on dit. Mais ne pas voir ou en constater les dérives, en plus de son coût irrationnel c’est être dans le déni de la réalité.

    Surtout dans cette époque de dette abyssale, d’augmentation des recettes par des jeux financiers machiavéliques demandés à la majorité de la population.

    « que le texte final comporte autant d’arrangements avec la vérité » Le rapport n’ayant pas été publié et même si quelques extraits ont « fuités » expurgés, ou sortis du contexte, à bon ou mauvais escient selon, vous vous faites l’écho de ceux qui hurlent au scandale. reprenant leur assertions à ce sujet.

    En gros M. Bolloré le méchant, télécommandant le « politique » pour détruire le gentil service public, afin de propager sa parole malsaine.

    Tout ce que je vois, dans cette affaire que l’audiovisuel public soit au service de l’état, à « droite » ou à « gauche » c’est qu’il me coûte bien trop cher, au vu de ce qu’il rapporte. Ce « service » se devant à minima d’être autosuffisant financièrement et ne pas coûter de plus en plus à l’état, c’est à dire nous.

    Il y a bien d’autres « services publics ou agences » qui devraient aussi subir des audits publics dans la plus parfaite neutralité, pour juger de leur efficience et de leur utilité aussi.


    • Christophe Cros Houplon Christophe Cros Houplon 1er mai 06:52

      @LeMerou

      En gros vous reprochez à mon article, parfaitement équilibré et qui ne fait nullement l’impasse sur les gabegies, de ne pas reprendre à la lettre la vulgate CNEWS et d’inventer comme cela vous arrange les arrangements avec la vérité du rapporteur en les qualifiant de « sortis du contexte ». On dirait, c’est rigolo, les dénégations de Zemmour en plein révisionnisme. Typique de cette famille de pensée qui n’assume jamais la portée de ses propos.


  • Panoramix Panoramix 1er mai 09:58

    Donc le rapport est exact sur le fond mais l’exprime de manière tendancieuse et exagérée. Mais en quoi est-ce un cadeau de la Macronie qui n’a pas voté la publication mais se sont abstenu, auraient-ils du bloquer ? Il serait simple de faire un « rapport correctif » certes non officiel, mais gardant les vrais problème et éliminant les exagérations et extrapolations.


    • Christophe Cros Houplon Christophe Cros Houplon 1er mai 13:00

      @Panoramix

      Tous les macronistes ne se sont pas abstenus, à commencer par le président macroniste de la commission.

      Macron (je parle de lui, pas d’Edouard Philippe ou d’Attal) n’arrête pas depuis 2017 de multiplier cadeaux, clins d’yeux et coups de main au RN. Nous sommes d’accord qu’en fin de second mandat il n’a plus la main sur la totalité de ses troupes, mais il a encore quelques affidés.


  • Christophe Cros Houplon Christophe Cros Houplon 1er mai 13:04

    @tout le monde

    Admirez le genre de crottes de nez d’un de ces andropausés que j’humilie d’article en commentaire. Publié anonymement dans la case articles en modération à laquelle je suis le seul à avoir accès. Ca vole haut !

    STOP THE STEAL : retour sur la plus grosse pantalonnade de toute l’histoire des Etats Unis d’Amérique. quand on ne sait pas, ou pas assez, on appelle l’IA ... alors que votre domaine c’est la drogue et l’anus, quelle perte pour le lecteur !


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