mardi 13 février - par vlane

Rapport Human Rights Watch 2018 : les lacunes impardonnables ( Mauritanie )

Quiconque qui lira ce rapport sera frappé par la subtile volonté d’étouffer les séquelles de l’esclavage en milieu négro-mauritanien et le rôle déterminant de bien des maures dans la lutte pour les droits de l’homme en Mauritanie. Ainsi, il y a tromperie dès le début rien qu’en présentant la Mauritanie comme un état composé de 3 groupes ethniques selon leurs propres mots : les beydanes descendants des conquérants arabes et berbères, les hratines et les négro-mauritaniens surtout quand les auteurs du rapport précisent que les hratines sont les descendants d’esclaves car cela laisse entendre que c’est homogène chez les négro-mauritaniens ; il n’y aurait pas aussi de nombreux descendants d’esclaves qui souffrent tout autant des séquelles de l’esclavage.

 

Cette fausse grille de lecture n’a que trop duré sachant que rien que ce mois un sanglant accrochage a eu lieu dans la communauté soninké à propos de descendants d’esclaves quasiment lynchés. Les photos circulent, les uns en sang, les autres le crâne tailladé par des anciens maîtres lors d’un mariage qui a mal tourné. Les uns parlent des cimetières réservés aux descendants d’esclaves, les autres crient que les descendants d’esclaves n’ont pas le droit de diriger la prière en présence des nobles. 

 

Human Rights Watch présent à Nouakchott pour son rapport 2018 ne pouvait ignorer ces événements. La presse et les réseaux sociaux sont pleins de revendications et de témoignages de ces mouvements négro-mauritaniens pour dénoncer l’omerta à propos des séquelles de l’esclavage encore vivaces en milieu négro-mauritanien. 

 

D’ailleurs, en un clic, HRW pourrait mettre la main sur les travaux de chercheurs négro-mauritaniens qui font état de l’articulation de cette condition servile mais cela ne les intéresse visiblement pas car ce serait trop compliqué à nuancer dans un rapport. Le plus simple est de continuer à minimiser ce qui se passe chez les négro-mauritaniens car c’est plus discret tout le monde étant noir.

 

Ainsi, pas une fois, pas une ligne pas un mot pour dire cela noir sur blanc mais vu que c’est trop gros de le taire, les auteurs du rapport trouvent une sournoise pirouette sur le dos des autres et écrivent « Il convient de noter que les Beydanes n’étaient pas tous propriétaires d’esclaves et qu’ils n’étaient pas non plus le seul groupe ethnique en Mauritanie à pratiquer l’esclavage ». Là encore, il faut éviter que le mot négro-mauritanien ne soit associé à l’esclavage même négro-mauritanien. 

 

Ensuite, il faut être un peu sérieux quand on donne des chiffres sinon il faut s’abstenir : d’où sortent les 70% de maures blancs et noirs et 30% de négro-mauritaniens ? Vaut mieux dire que l’état refuse toutes statistiques à ce sujet comme on en trouve aux USA sachant qu’en France c’est interdit sauf qu’il faut préciser que ce régime a mis fin à la discrimination positive concernant les hratines qui existait jusque-là, donnant ainsi des arguments aux mouvements radicaux hratines qui n’ont rien à envier à leurs homologues beydanes d’extrême droite bien représentés sous ce régime ou négro-mauritaniens tout aussi radicaux.
 

De plus comment expliquer l’affaire mkheitir en trahissant son combat, les raisons du lynchage à tous les étages de la république en omettant de parler des premiers acteurs de cette affaire à savoir les « zwayas » ? Les auteurs du rapport les ont remplacés par « les mauritaniens qui disent… » 

Toujours pour mettre en avant les négro-mauritaniens, comment peut-on parler de l’affaire Mkheitir en ne citant que la brave Fatima Mbaye et en oubliant l’incontournable maître Mohamed Ould Moïne qui a subi toutes les pressions, étant lui-même Zaoui, Mkheitir étant de sa tribu, ayant été sur tous les fronts à la télévision en arabe là où la guerre se mène car cette affaire est une affaire au cœur de la communauté maure ? Encore s’il ne parlait pas français mais il est bilingue, comment ne pas dire un mot de lui ? Ce n’est pas sérieux. On sent que les auteurs ont été influencés par des contacts qui n’aiment pas maître Moïne car son côté flamboyant ne leur revient pas même s’il a fait un excellent travail.

De même peut-on parler sérieusement des défenseurs des droits de l’homme en Mauritanie sans parler de l’activiste mauresque Mekfoula Mint Brahim ? Sachant que deux hommes ont été récemment arrêtés car ils projetaient de l’assassiner à cause de ses positions courageuses à propos de Mkheitir et du droit des femmes. Sous prétexte que Mekfoula s’exprime en arabe, elle n’a droit à aucun honneur, pas une médaille de nos chancelleries occidentales qui en distribuent allègrement. Ce n’est pas sérieux, ce n’est pas juste. 
 

Là encore, les auteurs ressortent encore et toujours les vieilles histoires de la brave Aminetou Mint Mocar qui fait un travail remarquable dans son rayon mais qui tient aussi parfois des propos outranciers contre le régime qui devraient normalement lui valoir quelques distances venant des diplomates accrédités en Mauritanie.

 

Pour le reste, même si HRW a publié à part une alerte récemment à son sujet, est-ce sérieux de terminer un rapport à présenter ce 12 février qui ne contient pas un mot à propos d’Abdallahi Ould Yali, poète hartani de talent, arrêté depuis le 24 janvier sans aucune raison officielle défendable ? Poète apprécié même des maures blancs ennemis de Birame Dah Abeid… La seule raison plausible c’est de le malmener pour le rendre méchant et radical comme ce que les services compétents ont fait avec Birame, histoire de faire peur aux maures blancs et les pousser politiquement vers le régime. 
 

On peut excuser des petites organisations de tant de lacunes mais pas Human Rights Watch. En vérité, c’est toujours la même histoire, ces organisations sont victimes de l’orientation de certains informateurs sur place ayant chacun un combat personnel à mener en manipulant si possible des organisations étrangères. Les chancelleries occidentales, les organisations internationales en Mauritanie comptent beaucoup plus de négro-mauritaniens que de maures. 
 

Cela s’explique par mille raisons défendables dont la moindre est de compenser ainsi une certaine discrimination vécue comme telle dans l’administration mauritanienne mais le résultat est que les collaborateurs négro-mauritaniens consciemment ou non influencent les étrangers dès leur arrivée dans ces sortes de dossiers comme les maures blancs essayent aussi de les éclairer voir de les enfumer aussi. A cela il faut ajouter l’élite beydane d’opposition qui se sert de tous ces problèmes à propos des noirs pour affecter le pouvoir. 

 

Cela dit nous donnons raison à HRW à propos des lois et de la liberté d’expression en Mauritanie : 
 

A propos des lois, l’état a compris l’intérêt des textes même s’ils ne sont souvent appliqués qu’en fonction des intérêts de l’arbitraire. Ce régime est celui qui a le plus produit de textes de toute l’histoire de la république. Il y en a autant que de permis de recherche en matière minière. Cela permet de dire à l’occident « voyez nous avons des lois à ce sujet » et les vieilles démocraties ne sont pas toujours malheureuses de servir cette littérature à leurs citoyens pour justifier une certaine connivence à l’occasion d’intérêts inavouables dans cette cupide guerre froide géopolitique où les occidentaux se tirent dans les pattes même en Mauritanie. 
 

La nouveauté c’est que le pouvoir mauritanien a compris aussi qu’il pouvait faire voter n’importe quoi faisant ainsi d’une aberration une loi qu’il faudra bien entendu respecter car il s’agit d’une loi. Ainsi désormais quiconque lutte contre les discriminations avec la rhétorique engagée qui va avec, peut être taxé d’incitation à la haine raciale ou d’atteinte de la sûreté de l’état. 
 

L’assemblée passe son temps à voter des lois ou à valider des engagements douteux, ce qui permet à l'occasion de protéger le pouvoir en impliquant les élus représentant le peuple souverain notamment quand il a fallu voter la douteuse convention chinoise de pêche, contre on ne sait quelles colossales commissions occultes, qui sur 25 ans fera de nos eaux une mer d'eau douce. Pendant ce temps la loi fondamentale à savoir la constitution reste bancale et tout le monde s’en accommode. La langue française n’y est plus pas même comme deuxième langue de travail or c’est le cas de fait partout dans l’administration. Le statut du conseil constitutionnel ne l’autorise pas à dire un mot à propos de l’usage de l’article 38 tyrannique piqué chez les algériens etc.
 

Si demain Aziz venait à être invité par Trump à visiter la Nasa, notre assemblée nationale voterait la veille une loi à propos des martiens. En attendant un poète opposant extradé, emprisonné et présenté à un tribunal pour terrorisme est libéré après avoir composé un poème à la gloire de son geôlier. L’humiliation vaut désormais justice sauf que la crédibilité du pouvoir n’est pas épargnée face à ces alliés arabes qui ont arrêté et expulsé cet opposant et sa famille pour faire plaisir au régime mauritanien croyant contribuer à notre sécurité nationale.

 

Quant à la liberté d’expression : s’il n’y avait rien à risquer pourquoi 99% de l’élite d'opposition se taisent ou se cachent sur internet pour s’exprimer ? Pourquoi toujours les mêmes au front ? En tant que mauritaniens, nous savons que le pouvoir surveille toute la république de près et rien n’y échappe. De là que régulièrement des audios, des mails embarrassants se retrouvent sur la place publique laissant K.O tel et tel opposants bien agités jusque-là.
 

De même, ce pouvoir n’hésite pas à s’en prendre même à l’emploi des membres innocents de la famille pour atteindre quelqu’un. En matière de coups psychologiques sans laisser de trace physique tout y passe : le salaire qui prend du retard, le contrôle fiscal abusif, le non renouvellement d’un passeport etc.  Cela n’est peut-être pas dû au sommet du pouvoir, Aziz ayant certainement d’autres chats à fouetter mais probablement juste le zèle de certains. On raconte que ce premier ministre inspire la terreur justement par ces procédés qu’on ne peut qualifier autrement qu’en se servant de gros mots.

Cela dit, ce régime reste le plus civilisé parmi les régimes de cette nature autoritaire qu’on trouve en afrique et dans le monde arabe. Un régime qui méprise au plus point l’impuissance des civils et ne comprend que la loi de la force. De là qu’il ne s’attaque aux civils par la terreur psychologique que lorsque ces derniers lui déclarent une guerre ouverte depuis l'étranger avec des moyens pas toujours défendables sans s’encombrer de bonne foi… Face à un régime pareil, il ne faut pas jouer au plus vicieux, ne pas jouer à la manipulation ni à l'intoxication. On perd à tous les coups surtout que ce régime se paye désormais le luxe de battre les civils avec les mots. C'est un comble... 

VLANE



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