mardi 8 juin - par Patrice Bravo

RCA, Tchad, Mali : Paris dans l’embarras

L’establishment français se retrouve désormais dans une situation délicate sur le continent africain. A l’heure des bouleversements stratégiques en cours et d’une mobilisation de la société civile en Afrique pour la reprise d’une souveraineté véritable, le risque observé réside dans la volonté de l’Elysée d’utiliser des méthodes de déstabilisation pouvant être considérées comme clairement extrémistes.

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Parmi ces méthodes, on peut faire mention d’une activation des cellules appartenant au réseau françafricain, pouvant commettre des attaques ciblées contre les leaders africains s’étant libérés ou en phase de le faire vis-à-vis de l’ancienne métropole coloniale, et plus généralement vis-à-vis des forces néocoloniales. L’autre schéma pouvant être promu par ledit réseau réside dans le fait de créer des tensions intra-africaines, comme la tentative actuelle qui vise la Centrafrique et le Tchad. 

En effet, après l’arrestation récente d’un mercenaire français dans la capitale centrafricaine Bangui, en possession d’un fort important arsenal d’armes et de munition, et de la reprise sous contrôle gouvernemental de pratiquement tout le territoire national de la RCA, le tout après des années d’instabilité, Paris semble vouloir jouer le tout pour le tout. Des attaques médiatiques hexagonales visant les pays ayant choisi la souveraineté nationale et le panafricanisme comme bases de leur développement, jusqu’à la création de nouveaux défis sécuritaires pour les pays concernés, comme la promotion de tensions entre pays voisins.

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Les tout récents exemples sont là : tout d’abord une explosion dans le nord-ouest de la RCA qui tue deux policiers centrafricains et trois instructeurs russes, puis cette tentative de semer la discorde entre Bangui et N’Djamena.

Si effectivement le Tchad reste un allié officiel à ce jour pour Paris, un très grand nombre de citoyens tchadiens refusent catégoriquement d’être entrainés dans un conflit avec le voisin centrafricain, le tout via une pure instrumentalisation française. Le leadership de la République centrafricaine a en ce sens entrepris également toutes les démarches nécessaires afin que la situation avec le voisin tchadien reste sous contrôle, comme l’indique d’ailleurs le communiqué conjoint signé par la cheffe de la diplomatie centrafricaine Sylvie Baipo-Temon et son homologue tchadien.

La vive inquiétude et la radicalisation des actions de l’Elysée peuvent être vues non seulement dans le contexte de la perte d’influence en RCA – mais également à d’autres endroits dans ce qu’il continue de considérer comme son « pré-carré ». Notamment au Mali où la société civile continue de se mobiliser pour demander, entre autres, le départ des troupes françaises.

En termes de perspectives, si la meilleure réponse aux nouvelles tentatives de déstabilisation via un réseau obscur et d’un autre temps – reste sans aucun doute la pleine conscience du leadership et de la société civile d’Afrique, il faut néanmoins prendre ces défis avec le plus grand sérieux. Faut-il le rappeler : l’establishment occidental a déjà démontré à plus d’une fois être capable d’instrumentaliser des éléments extrémistes, et mêmes ouvertement terroristes, notamment comme ce fut le cas en Syrie, dans le but d’atteindre des objectifs géopolitiques. Cette éventualité est d’autant plus plausible lorsque ce même establishment voit ses intérêts datant de dizaines d’années ouvertement menacés.

Une chose est sûre. L’éveil des consciences au sein du continent africain vit une période sans précédent. La réponse médiatique panafricaine, l’analyse personnelle et non dictée depuis l’Occident au sein des populations de l’Afrique, la mobilisation populaire – représentent des éléments indéniables pour une résistance à succès face au schéma qui vise à toujours diviser pour maintenir, ne serait-ce que pour quelque temps, un règne unipolaire totalement dépassé.

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Les Africains dans leur large majorité ont soif de la souveraineté véritable pour leur continent. Et s’inspirent aujourd’hui des grands noms du panafricanisme. L’Afrique a aujourd’hui une chance unique de s’affirmer pleinement – dans l’optique de devenir à terme un bloc puissant du monde multipolaire, devenu réalité depuis ces dernières années. Même si cela déplait fortement aux nostalgiques d’un ordre international dépassé par les événements en cours.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=2796



7 réactions


  • robert 8 juin 11:31

    « Elles n’engagent que la responsabilité des auteurs »

    ce qui est faux


  • robert 8 juin 11:47

    Sur le reste de l’article, la France n’a rien à faire là bas, sauf à contrer les problèmes que la Chine et la Russie ne veulent pas affronter.


  • nemesis 8 juin 12:19

    Les bidasses seraient plus utiles dans nos banlieues.

    Tous mes collègues coopérants qui se sont rendus dans le Tassili ou au Tchad, le disaient :

    Les Touareg et les Peuls sont des peuples accueillants et sérieux, s’ils se sont soulevés c’est qu’ils avaient une bonne raison.

    Au cours des années 70, lorsque les hommes étaient employés sur les chantiers de construction en Afrique, les épouses assuraient la vie quotidienne sous les tentes. Le visiteur du désert était accueilli selon la Tradition sans fausse pudeur.


  • nemesis 8 juin 12:24

    On peut faire un // avec le soulèvement de bédouins de La Mecque auquel une expédition du GIGN a mis fin avec l’emploi de gaz de combat dans les sous-sol.

    https://www.frederichelbert.com/20130924/quand-le-gign-intervenait-en-terre-arabe-pour-liberer-la-grande-mosquee-de-la-mecque

    NB : Conversion anecdotique à l’islam des 7 volontaires du GIGN


  • microf 8 juin 14:55

    Très bon article.

    L´attitude de la France dans son pré-carré en Afrique qui consiste á y rester même au prix de la violence extrême, me rappele un précédent.

    Lorsque Moise va demander au Pharaon de laisser les Israéliens sortir d´Égypte, le Pharaon refuse et s´entête á les y maintenir au prix de la force.

    Les Israéliens feront toutefois leurs bagages et quitteront l´Egypte.

    Le Pharaon avec ses armées poursuivront les Israéliens jusqu´á la Mer rouge, et lá, le miracle se réalise, la Mer rouge se divise en deux faisant un passage aux Israéliens qui traverseront á pieds sec, la Mer rouge.

    Le Pharaon au lieu de tirer un enseignement de ce miracle, s´entêtera de plus en plus et lancera ses armées á la poursuite des Isaréliens.

    Au milieu de la Mer rouge, les eaux reviennent et engloutissent les armées du Pharaon. C´est ainsi que le Pharaon par son arrogance, fut vaincu, il rentra chez lui la tête entre les mains, plein de honte, d´avoir été vaincu par une armée qui n´avait même pas livrée bataille contre sa puissante armée.

    C´est exactement ce qui va se passer avec la France en Afrique.

    Voilá des siècles que cette partie de l´Afrique du pré-carré francais demande á la France sa Souveraineté, et la France refuse.

    La France continue toujours á traiter cette partie de l´Afrique comme des moins que rien.

    Cette partie de l´Afrique du pré-carré francais est l´une des plus riches du monde en matières premières ou en démographie ( plus de la moitié de la population a moins de 16 ans ) Hélas aussi la plus pauvre du monde oú l´on meurt encore de faim ou de maladies bénignes telles le paludisme.

    Mais comme toute chose a une fin, la France á force de s´entêtrer et de ne pas entendre les cris des africains de son pré-carré, est aujourd´hui confrontée á une concurence d´autres États tels la Chine ou la Russie pour ne citer que ces deux lá.

    Les coups de boutoirs de ces deux puissances la Chine et la Russie sont entrain de sonner la fin de la récréation de la France en Afrique, il n´est plus maintenant que question de temps, temps qui ne saurait plus tarder.

    Peut être c´était le destin de la France que les choses se passent ainsi pour elle en Afrique.


  • titi 8 juin 18:59

    @L’auteur

    « d’une mobilisation de la société civile en Afrique pour la reprise d’une souveraineté véritable, »

    Vous êtes plein d’humour.

    Tout le monde sait qui est derrière ses mouvements.

    Pour mémoire en moins de deux mois :

     Le président Tchadien meurt

    Le Mali subit un nouveau coup d’Etat

     etc...

    Vous êtes vraiment sûr que c’est la « société civile » qui agit ?



  • jacques 15 juin 18:48

    pitoyable cet échange


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