Référendum et Nicolas Sarkozy
Les contradictions dans les discours de Sarkozy ne sont pas une découverte. On pourrait dire que Sarkozy ne ment pas, il a seulement des sincérités successives en fonction de son intérêt du moment.
"Croyez-vous que, si je suis élu, je vais aussitôt dire aux Français : 'Excusez-moi, j'ai besoin de vous demander votre avis sur un autre sujet ? " (mars 2007).
"Il y a une idée centrale dans mon projet, c'est redonner la parole au peuple français par le référendum" (février 2012).
Le référendum a mauvaise presse en France. Parce qu'il a été d'abord un plébiscite napoléonien. S'il a été utilisé après la seconde guerre mondiale pour faire adopter la Constitution en 1945 et 1946 (2 fois), il a surtout connu une seconde jeunesse avec le président De Gaulle. Mais celui-ci a toujours donné au référendum un aspect "plébiscitaire" pour obtenir le soutien à sa politique et à sa personne contre le danger d'une opposition militaire et politique.
Avec ses proclamations contre les "corps intermédiaires", c'est avec cette tendance que Nicolas Sarkozy semble vouloir renouer dans une situation qui est certes difficile mais qui n'a pas la même intensité dramatique qu'à l'époque et avec une légitimité que des talonnettes ne suffisent pas pour être à la hauteur.
Un moment, le référendum a pu paraître en voie de normalisation en France quand il a porté sur les statuts de la Nouvelle Calédonie (1988, référendum national) ou de la Corse (2003, réservé aux citoyens français en Corse), sur le traité de Maastricht (1992), le projet de constitution européenne (2005) ou le passage au quinquennat (2000). A chaque fois, la question était claire et le débat pouvait en présenter les conséquences.
La particpation a été inégale, particulièrement importante quand les référendums ont donné lieu à un véritable débat national comme lors des deux traités européens, Maastricht et le projet de constitution européenne, avec des discussions qui ont montré que les Français pouvaient s'intéresser à la politique, y compris aux questions européennes pourtant négligées lors de toutes les élections.
Dans ses ouvertures démocratiques à responsabilité très limitée, Nicolas Sarkozy a même fait inscrire dans la Constitution la possibilité d'un pseudo référendum d'initiative populaire en 2008. En réalité, il s'agit d'un référendum qui pourrait être organisé à l'intiative des membres du Parlement (184 députés ou sénateurs) soutenus par un dixième des électeurs (environ 4 500 000). Pour les référendums prévus par l'Union européenne, 1 000 000 de signatures de citoyens européens suffisent.
Mais, même si les conditions, difficiles, exigées par la réforme de 2008 étaient remplies, le référendum pourrait ne pas avoir lieu. Il suffirait pour cela que la proposition de loi soit examinée par le Parlement dans un certain délai. C'est encore un faux semblant, une contrefaçon démocratique dont, par ailleurs, les lois organiques d'application n'ont toujours pas été publiées.
Pendant le quinquennat, le président Nicolas Sarkozy n'a pas fait preuve d'un amour démesuré pour les référendums suivant les règles constitutionnelles ou simplement démocratiques. Il lui a même porté de très mauvais coups : en France, en faisant adopter par voie parlementaire un traité qui avait été préalablement rejeté par référendum, passant outre à la volonté du peuple français ; en Grèce, en se permettant d'intervenir dans un pays étranger pour empêcher un référendum proposé par le gouvernement légitime !
Nicolas Sarkozy semble encore s'acharner contre le référendum en le mettant à nouveau sur la table dans des conditions très discutables.
La France a déjà une constitution qui fait de son système de gouvernement une monarchie républicaine. Président, Nicolas. Sarkozy a disposé pendant cinq ans de tous les pouvoirs (présidence de la République, majorité absolue à l'Assemblée nationale, au Sénat, au Conseil constitutionnel) et il a suscité un rejet qui s'est exprimé à travers tous les scrutins du quinquennat, réussissant même à perdre la majorité au Sénat !
Maitre absolu de la politique française depuis cinq ans, il veut se décharger de cette responsabilité sur une partie de la population en dressant les victimes de sa politique les unes contre les autres. Désignant des coupables de remplacement.
Il devrait pourtant y avoir place pour un référendum dans une république apaisée et qui veut progresser vers plus de démocratie. Encore faut-il vouloir et la participation et le débat démocratiques et ne pas en faire un tour de passe-passe au service d'un clan qui veut masquer les problèmes pour se maintenir au pouvoir.
