Réflexions sur la Matinale de France Info. Trop souvent emblématique d’un naufrage journalistique en cours
Trop souvent emblématique d’un naufrage journalistique en cours comme aujourd’hui ce 20 octobre 2026 en France. Réflexions bien sûr sur la campagne électorale, la démocratie et l’information aussi. Ici à l’œuvre des gens du service public de l’information qui visiblement ne craignent pas d’avoir à rendre des comptes à une autorité quelle qu’elle soit. Et cet exemple n’est malheureusement pas exceptionnel. C’est inévitable, impossible d’y échapper en fait pour un citoyen français sauf à se couper de ce qui se dit sur l’agora médiatique dont les échos se propagent partout. L’agora médiatique qui nous concerne tous et à l’influence de laquelle nul en réalité ne peut se soustraire. Est-ce alors une fatalité que nous devrions supporter sans rien dire ?

Ici la matinale de France Info du 20/10/2026.
→ Violences du 17 octobre, couvre feu, pouvoir d'achat... Le "8h30 franceinfo" de Manuel Bompard (Agathe Lambert Simon Le Baron, 23 mn)
Interrogation à charge (quelle surprise) d’un responsable politique finissant par dire en substance « je vais vous répéter pour la 4ème fois la réponse que je vous ai déjà faite..... » Puis, finalement, le numéro habituel se poursuivant « Arrivé à ce point, il ne reste plus qu’à aller vérifier dans son entretien sur LCI du 18/10/26 ce qu’a dit réellement Jean Luc Mélenchon et en réponse à quelle question précisément ». Un grand merci pour le temps de parole ainsi torpillé. Séquence suivie par la rubrique « Les informés du matin ».
→ Les informés du matin du mardi 20 octobre 2026 (Benjamin Recouvreur, Agathe Lambret, Renaud Dély 20 mn).
On retrouve ici à peu près le même contenu à charge mais cette fois-ci avec un interlocuteur absent dans une recension œcuménique de procès d’intention tous basés sur le même principe, des paroles tronquées et décontextualisées comme à chaque fois depuis très très longtemps maintenant. Avec cerise sur le gâteau bien sûr, la dernière citation accordée à la critique de Raphaël Glucksmann déployant ses slogans de campagne renvoyant le mouvement LFI au niveau du RN. Du grand/petit art. On reconnaît l’artiste à ses œuvres dit-on.
À nous d’être provocants.
Soyons aussi provocants que ces gens alors. Que ces gens aient le courage d’aller au bout de leur logique, qu’ils s’engagent dans des partis, des mouvements, les comités de soutien qui leur conviennent mais qu’ils ne s’attribuent plus le titre de journaliste sur le service public qui plus est. Peut-être que le moment est venu pour ces gens d’avoir le courage et l’honnêteté de leurs convictions afin de pouvoir encore mieux et encore plus clairement les exposer et les défendre. Les notions de justesse ou précision concernant les citations attribuées, de neutralité, de diversité, d’équilibre des temps de parole accordées aux uns et aux autres ne sont pas des dimensions mineures et facultatives du fonctionnement attendu des médias dans une démocratie. Encore moins dans le cadre d’une élection présidentielle. Elles gagneraient alors à être respectées et pratiquées pour un gain général de crédibilité et de clarté. Qui est contre ce cadre et ces pratiques ? Qui n’en veut pas ? Il faudrait peut-être en donner l’exemple alors. Le climat social et politique, la valeur accordée à la parole politique et à celles de ceux en charge de l’information seraient revalorisés un petit peu déjà. Ce serait un bon début pour faire mieux et repartir du bon pied.
Ou alors tant pis. Changeons les règles du jeu. Parlons clairement de journalistes d’information et de journalistes engagés. C’est en réalité le cas, alors faisons-le dans la clarté pour tout le monde. Après tout il est demandé maintenant à certains spécialistes de signaler leurs différentes activités afin que les choses soient claires et que, si conflits d’intérêt il y a, le grand nombre d’entre nous qui sont destinataires des informations apportées puisent se faire une idée en connaissance de cause. Autrement comment pouvons-nous parler de démocratie en France au niveau d’exigence qui est celui de nos concitoyens (et de celui qu’affichent ces gens d’ailleurs) ? Entretenus que nous sommes dans ce genre de confusions sauf pour les initiés. Sinon quelle différence ici avec les chaînes d’info et leurs parti-pris qui elles aussi pourraient être interrogées par ailleurs au niveau de leur cahier des charges d’informateur leur permettant de se faire attribuer et de conserver les moyens et autorisations de diffusion. Qui est encore dupe de ces jeux et manèges de plus en plus insupportables. Comme une gifle et un pied-de-nez permanent à la possibilité d’un débat public loyal, équitable et le plus serein possible. Par des institutions publiques ou privées d’information parfaitement contrôlables dans le cadre juridique actuel si la volonté politique en existait.
Rien ne changera jusqu’à la prochaine élection présidentielle.
Qui peut en douter ? Rien ne changera jusqu’à la prochaine élection présidentielle. Tout ceci perdurera jusqu’à l'élection. Sauf notre lucidité de plus en plus aiguisée qui nous fait moins dupes. Ces gens, là où ils en sont rendus, habillés d'importance et de condescendance, ne comprennent pas que dorénavant, à force de nous avoir pris pour des imbéciles et des ignorants en nous poussant sans le vouloir à nous réinformer loin d’eux et à réfléchir par nous-mêmes, nous illustrent désormais sans le vouloir les manœuvres auxquelles ils participent afin d'entraver la survenue d’une démocratie authentiquement citoyenne dont ils ne parlent jamais. Nous connaissons maintenant par cœur ces règles non écrites qui président aux fonctionnement de nos médias. Chacun se différentiant avec ses allégeances plus ou moins visibles et fluctuantes. Le dosage mesuré d’informations équitables qu’ils accordent à leurs concitoyens pour donner le change sur par exemple la place accordée à l’explication des revendications sociales. Un point devenu de plus en plus risqué à minorer ou biaiser sans prendre le risque d’être démasqué par encore plus de gens. La place démesurée réservée à l’exacerbation des violences et la recherche de boucs émissaires où ils se retrouvent si facilement. Chacun préservant consciencieusement un solide déséquilibre au bénéfice d’un certain type de politiciens dont ils accompagnent les communications et les manœuvres en croyant encore que nous sommes toujours en nombre suffisant pour ne rien y comprendre. Ayons enfin une pensée d'encouragement aussi pour ceux qui travaillent dans ces organismes parce qu’ils aiment un métier et qu’il faut bien gagner sa vie en attendant des jours meilleurs.
Espoirs.
Heureusement que tout le service public de l’information n’a pas abdiqué et qu’il reste encore par intermittence quelques lumières pour tenter d’informer honnêtement et faire réfléchir nos concitoyens. Rarement aux heures de grandes écoutes. Je prie d’avance madame la médiatrice de n’en pas faire un exemple de la diversité de traitement de l’information qui témoignerait de votre neutralité. Cette astuce, trop utilisée, agace plus de monde qu’elle n’en trompe maintenant.
Merci à ces personnes et bon courage à elles. Par ailleurs, Radio-France et France-Info reste pour l’ouverture à la curiosité et aux chemins de la connaissance et des arts une grande radio. Dommage pour ce type de gâchis.


