jeudi 20 août - par Patrice Bravo

Renforcement des pouvoirs des services secrets : l’Allemagne s’inquiète de la réforme du renseignement

JPEG

Une rupture de tabou historique vient d’avoir lieu en Allemagne avec l’adoption par le gouvernement allemand de la proposition du projet de loi sur la réforme du droit des services de renseignement en Allemagne.

Depuis plusieurs années, en particulier depuis l’arrivée du gouvernement à Berlin, le pays est en train de rejoindre les fantômes de son passé historique. L’opposition dénonce le risque de voir la création d’une « police secrète » d’État, une police politique. 

Le projet de loi sur la réforme du droit des services de renseignement en Allemagne, qui a été adopté hier par le Conseil des ministres fédéral, représente la révision la plus vaste et la plus fondamentale des fondements juridiques du Service fédéral de renseignement et de l'Office fédéral de protection de la Constitution dans l'histoire de la République fédérale d'Allemagne. La loi n’a pas encore été promulguée. Le processus législatif entre désormais dans sa phase de débat parlementaire au Bundestag. Le Parlement n'a pas encore fixé de date précise pour la première lecture en séance plénière.

Wolfgang Kubicki, président fédéral des Démocrates libres (DFP), a vivement critiqué ce projet de réforme du droit des services du renseignement. Il a qualifié ce projet de « rupture historique d'un tabou » et a déclaré : « Je ne veux pas d'une police secrète en Allemagne », estimant que le texte remet en cause la séparation fondamentale entre la police et les services de renseignement. 

« Ce que [le ministre fédéral de l'Intérieur Alexander Dobrindt (CDU)] envisage, c'est une rupture historique avec un tabou. Tout ce que l'Union [CDU/CSU] a toujours souhaité en matière de pouvoirs d'intervention, sans obstacles juridiques trop contraignants, va désormais être accordé aux services de renseignement intérieurs. Il est presque inconcevable que la Cour constitutionnelle ne se saisisse pas de la question. La stricte séparation entre les services de renseignement et la police repose sur des raisons précises, notamment historiques. Je ne veux pas d'une police secrète en Allemagne. Je souhaite un contrôle judiciaire total en cas d'atteinte aux droits fondamentaux et un État qui comprenne que la liberté ne se défend pas en la restreignant », a-t-il publié sur son compte X. 

Le Tageszeitung (taz) fait savoir que « les visites secrètes des domiciles devraient être autorisées », disons plutôt officialisé car c’est une pratique courante en Allemagne.

En juillet dernier, Hans-Georg Maaßen, ancien directeur de l'Office fédéral pour la protection de la Constitution, a porté un regard critique sur cette évolution. « Une atteinte très grave à nos libertés fondamentales et civiques pourrait se profiler et avec ce projet de loi, une ligne rouge est franchie », avertit-il. « Les citoyens devraient examiner de très près ce qui se trame », a-t-il martelé.

« Le sabotage, l’espionnage, les cyberattaques et les opérations clandestines menées par des puissances étrangères exigent de nouvelles réponses. En transformant les services de renseignement en véritables agences de renseignement, nous renforçons les piliers essentiels de notre architecture de sécurité. Nous dotons ces services de capacités opérationnelles et de pouvoirs actifs pour lutter efficacement contre le terrorisme d’État moderne et la violence extrémiste », se félicite le ministre fédéral de l'Intérieur Alexander Dobrindt (CDU) durant sa conférence de presse lors de l’annonce de l’adoption de la réforme du droit des services de renseignement en Allemagne. 

« L’Allemagne est constamment la cible d’attaques hybrides visant notre société libre, nos valeurs et notre sécurité. Pour remplir son devoir de protéger ses citoyens, l’État a besoin de pouvoirs et de capacités accrus. À l’avenir, nos services de renseignement doivent pouvoir opérer à un niveau moderne et sur un pied d’égalité avec nos partenaires européens. Ce projet de loi jette les bases de cet objectif, tout en renforçant le contrôle et, partant, en accroissant la confiance dans la protection de notre société par l’État », a stipulé Nina Warken, ministre fédérale chargée des missions spéciales et commissaire aux services de renseignement. 

Cette réforme des services de renseignement allemands transforme l'Office fédéral de protection de la Constitution (BfV) et le Service fédéral de renseignement (BND), de simples organismes de collecte d'informations, en agences d'intervention actives. Elle autorise les cyberattaques (contre-attaques informatiques), la neutralisation des infrastructures informatiques ennemies, l'accès aux caméras privées et publiques, ainsi que l'analyse avancée des données grâce à l'intelligence artificielle. 

« L’opposition craint un manque de contrôle constitutionnel et y voit une violation historique d’un tabou », souligne l’ARD. « Les Verts critiquent le manque de contrôle dont souffriraient les services de renseignement, jugés plus puissants. Ils estiment également que la stricte séparation entre les services de renseignement et la police est menacée. « Avec cette réforme, Dobrindt tente d'estomper cette séparation », a déclaré à l'ARD Konstantin von Notz, expert en politique intérieure du parti vert. « À l'avenir, les agents pourront agir contre les citoyens, sans aucune transparence ni respect de l'État de droit, contrairement à la police », met-il en garde.

Pierre Duval 

Les opinions exprimées par les analystes ne peuvent être considérées comme émanant des éditeurs du portail. Elles n'engagent que la responsabilité des auteurs. Observateur Continental se dégage de toutes responsabilités concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes 

Abonnez-vous à notre chaîne Telegram : https://t.me/observateur_continental

 

Source : http://www.observateur-continental.fr/?module=articles&action=view&id=8062



3 réactions


  • SilentArrow 20 août 14:19

    Chassez le naturel...


  • La Bête du Gévaudan 20 août 16:26

    ... alors que la Chine, la Russie, l’Iran etc, c’est tellement transparent ah ah ah ! Les tiers-mondistes me feront toujours marrer ! A mon avis, les Schleus ne font que mettre leurs services d’équerre pour gérer la nouvelle situation...

    Quant à l’autonomisation croissante de l’état par rapport à la société, c’est une conséquence inévitable de l’immigration de masse multiculturelle voulue par la gauche... La société devenant hétérogène et conflictuelle, l’état se place naturellement au centre du jeu.

    Le problème des gauchistes est leur inculture crasse : la gauche anéantit les conditions pré-politiques de la liberté ! Mais pour comprendre cela, il faut avoir un peu de culture ! Plus le domaine des moeurs (la société) recule, plus le domaine de la loi (l’état) s’accroît... c’est mécanique ! Or, la gauche a attaqué triplement les moeurs (la société) : immigration de masse hétérogène, politiquement correct (terrorisme intellectuel), étatisation économique.

    On peut songer aux Prix Nobel de Crétinerie Crasse (PNCC) du genre Bourdieu, Deleuze ou Sartre ! Il faut vraiment être totalement débile, inculte et inconséquent pour avoir attaqué la société et promu l’état ! Le résultat est sous nos yeux : sociétés faibles et fragmentées, états centralisés et dominants. Et comme on ne change pas une équipe qui perd, la gauche continue de combattre les tentatives de redressement de la société (AfD, RN, etc.).


  • jjwaDal jjwaDal 21 août 04:53

    Il me semble que quand on prétend être « meilleurs » que les autres on évite de les copier, non ?... Nos prétendues « démocraties » qui laissent entrer en masse des individus qui ne partagent nullement nos valeurs, se servent maintenant des effets collatéraux inévitables pour rebasculer à nouveau vers des valeurs passées ou l’Etat de droit théorique n’était en fait que de l’arbitraire déguisé. C’est patent quand on voit des citoyens traqués et sanctionnés pour l’expression de leur opinion, quand elle dérange des intérêts puissants, politiques et/ou financiers. Rien de bien nouveau sous le soleil. Le jeu populaire en occident consiste à critiquer Chine ou Russie au motif que l’arbitraire et la surveillance du citoyen y serait la règle tout en faisant des démarches actives pour leur ressembler, derrière le paravent de valeurs qui ne sont plus incarnées. Nos dirigeants côtoient et serrent la main de dirigeants commanditaires de crimes de guerre de masse ou « anciens » terroristes (Al Jolani en Syrie par ex), tout en prenant le citoyen lambda pour un « agent de l’étranger » dès qu’il dérange le narratif avec lequel on lessive le cerveau des masses au quotidien. L’Occident est en train de glisser vers le fascisme (c’est clairement visible aux USA) et l’Allemagne a une culture du phénomène qui devrait tout citoyen conscient des leçons administrées dans la violence par notre histoire collective. Nous voulons copier la Russie et la Chine ? Nous y allons tout droit.


Réagir