mardi 3 novembre - par Jean-Luc Picard-Bachelerie

Repères chronologiques de la montée en puissance d’une Révolution

Il n’est jamais meilleur moment pour apprendre une page d’Histoire de son pays qu’un autre moment qui y ressemble dans notre actualité. Pour les apprentis révolutionnaires qui auraient besoin de jauger l’instant présent à un autre instant du passé, ou pour ceux qui veulent tout simplement réviser une leçon apprise il y a longtemps, voici la chronologie de la montée de la colère, des conditions qui ont été réunies, et des premiers instants de violence qui ont conduit à faire basculer un régime qui se croyait éternel et invincible.

1. La montée de la crise (1786 – Juin 1789)

• 20 août 1786 : Calonne (ministre des Finances) informe Louis XVI de la faillite imminente. La dette américaine et le service de la dette étouffent l'État (financement de la guerre par un emprunt à 8 à 10%).

• Février – Mai 1787 : Assemblée des Notables. La noblesse et le clergé refusent l'impôt foncier universel (la subvention territoriale). Jusqu’alors, ils en étaient exemptés !

• Mai 1787 – Mai 1788 : Fronde des Parlements. Les magistrats (nobles) bloquent les réformes fiscales. Colère populaire croissante contre l'impôt et la vie chère.

• 13 juillet 1788 : Orage de grêle dévastateur sur le nord de la France. Destruction des récoltes : hausse brutale du prix du pain et crise de subsistance pour l'hiver 1788-1789.

• 8 août 1788 : Face à la banqueroute, Louis XVI convoque les États généraux pour le 5 mai 1789.

• 25 août 1788 : Rappel de Necker aux finances, perçu par le peuple comme le seul garant de la survie financière et du pain.

• Janvier 1789 : Publication du pamphlet de Sieyès Qu'est-ce que le Tiers-État ?. L'opinion bourgeoise s'organise.

• 27-28 avril 1789  : Émeute Réveillon à Paris. Les ouvriers du faubourg Saint-Antoine pillent une fabrique suite à des rumeurs de baisse de salaires (environ 250 morts). La tension sociale est explosive.

• 5 mai 1789 : Ouverture des États généraux à Versailles. Le roi ne cherche qu'à lever des impôts.

• Le blocage du vote par ordre : La coutume impose 1 vote par ordre (Clergé, Noblesse, Tiers État). La Noblesse et le Clergé s'allient à 2 contre 1 pour protéger leurs privilèges.

• La revendication du vote par tête : Le Tiers État exige que chaque député compte pour une voix (1 homme = 1 voix). Avec 578 députés et des alliés chez le bas-clergé, le Tiers y obtiendrait la majorité absolue.

• 5 mai – 16 juin 1789 : Six semaines de paralysie politique totale sur le mode de scrutin.

• 17 juin 1789  : Face au blocage du vote par ordre, le Tiers État se proclame Assemblée nationale (coup de force juridique).

• 20 juin 1789 : Serment du Jeu de paume (interdiction de se séparer avant d'avoir une Constitution).

• 23 juin 1789 (Séance royale) : Louis XVI tente d'imposer son autorité. Il casse les décisions du Tiers État et ordonne aux trois ordres de continuer à siéger séparément. C'est lors de cette séance que Mirabeau lance sa célèbre réplique (« Nous sommes ici par la volonté du peuple… »). Necker marque publiquement son désaccord avec le roi en refusant d'y assister.

• 23–26 juin 1789 (Le basculement vers la manière forte) : Devant le refus catégorique des députés de se disperser, la Cour (Marie-Antoinette, le comte d'Artois et les princes) convainc le roi d'abandonner la voie politique et de préparer une intervention militaire. Louis XVI signe en secret les ordres d'acheminement de 20 000 soldats (des régiments mercenaires étrangers) autour de Paris et Versailles pour encercler et dissoudre l'Assemblée.

• 27 juin 1789 : Louis XVI cède en apparence et accepte le vote par tête en ordonnant à la noblesse et au clergé de rejoindre l'Assemblée. En coulisses, il ordonne le regroupement de 20 000 soldats autour de Paris et Versailles pour dissoudre l'Assemblée par la force.

 

2. L'explosion : Du 11 au 17 juillet 1789

Samedi 11 juillet

• 15 h 00 : Louis XVI renvoie Necker et le remplace par le baron de Breteuil (un conservateur strict). La nouvelle se propage lentement vers Paris.

Dimanche 12 juillet

• 09 h 00 : La nouvelle du renvoi de Necker arrive à Paris. Effroi : le peuple craint une banqueroute immédiate et un massacre de l'Assemblée par les troupes royales.

• 12 h 00 : Camille Desmoulins monte sur une table du Café de Foy au Palais-Royal. Il appelle aux armes et propose la cocarde verte.

• 14 h 00  : Les manifestants pillent le musée de cire du curé Curtium pour en sortir les bustes de Necker et du duc d'Orléans.

• 16 h 00 : Affrontements sur la place Louis XV (actuelle place de la Concorde) et au jardin des Tuileries entre la foule et le régiment du Royal-Allemand (Prince de Lambesc).

• 20 h 00 : La foule incendie 40 des 54 barrières d'octroi (les postes douaniers où l'on taxe le pain et le vin à l'entrée de Paris).

Lundi 13 juillet

• 06 h 00 : Pillage du couvent Saint-Lazare : recherche de blé, farine et armes.

• 08 h 00 : Les électeurs parisiens se réunissent à l'Hôtel de Ville. Création d'un Comité permanent et d'une milice bourgeoise (48 000 hommes) pour rétablir l'ordre face aux troupes du roi ET contenir le peuple.

• 10 h 00 : Pillage des armuriers de la capitale et du Garde-Meuble de la Couronne (armes anciennes, sabres).

• 17 h 00  : Une délégation réclame les armes déposées aux Invalides. Le gouverneur Sombreuil refuse.

Mardi 14 juillet

• 09 h 00 : Environ 40 000 personnes massées devant les Invalides.

• 10 h 00 : Prise des Invalides. La foule saisit 30 000 à 40 000 fusils et des canons, mais ne trouve pas de poudre.

• 10 h 30 : La foule marche vers la forteresse de la Bastille où ont été transférés 250 barils de poudre.

• 11 h 30 : Première délégation de l'Hôtel de Ville reçue par le gouverneur de Launay pour négocier la livraison de la poudre.

• 13 h 30  : Incidents dans la première cour. Les gardes de la Bastille ouvrent le feu. Début de l'affrontement armé (une centaine de morts chez les insurgés).

• 15 h 30 : Arrivée des Gardes-Françaises (soldats ralliés au peuple) emmenés par le sergent Élie avec les canons pris aux Invalides. Ils braquent les canons sur la porte de la Bastille.

• 17 h 00 : Capitulation de la Bastille. La foule s'empare de la poudre et libère les 7 prisonniers.

• 18 h 00 : Le gouverneur de Launay est emmené vers l'Hôtel de Ville. Il est lynché en chemin. Jacques de Flesselles (prévôt des marchands) est abattu sur les marches de l'Hôtel de Ville. Leurs têtes sont mises au bout de piques.

Mercredi 15 juillet

• 09 h 00  : Louis XVI se rend à pied devant l'Assemblée à Versailles et annonce le retrait des troupes qui entourent Paris.

• 12 h 00 : Jean-Sylvain Bailly est nommé maire de Paris ; La Fayette est nommé commandant de la milice bourgeoise (décret de naissance de la Garde nationale).

• 14 h 00 : Début de la démolition de la Bastille menée par l'entrepreneur Palloy.

Jeudi 16 juillet

• Louis XVI rappelle officiellement Necker.

• Début de l'émigration des nobles (le comte d'Artois, frère du roi, quitte la France).

Vendredi 17 juillet

• Louis XVI se rend à l'Hôtel de Ville de Paris.

• Bailly lui remet la cocarde tricolore (le blanc royal enserré par le bleu et le rouge de Paris). Le roi la fixe à son chapeau, validant la victoire de la Révolution municipale.

 

3. L'engrenage jusqu'à la Marche des femmes (Fin juillet – Octobre 1789)

• 20 juillet – 6 août 1789 : La Grande Peur. La nouvelle de la prise de la Bastille et des rumeurs de « complot aristocratique »/brigands provoquent la panique dans les campagnes. Les paysans s'arment et brûlent les châteaux et les registres seigneuriaux.

• Nuit du 4 août 1789 : Pour stopper la jacquerie paysanne, l'Assemblée nationale décrète l'abolition des privilèges et des droits féodaux.

• 26 août 1789 : Vote de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.

• Septembre 1789 : Blocage politique. Louis XVI refuse de sanctionner (signer) les décrets du 4 août et la Déclaration des droits. Le prix du pain grimpe à nouveau suite à de mauvaises livraisons sur Paris.

• 1er octobre 1789 : Banquet des Gardes du Corps à Versailles. Des officiers piétinent la cocarde tricolore en présence de la reine Marie-Antoinette. La nouvelle scandalise les Parisiens.

Les 5 et 6 octobre 1789 : La Marche des Femmes

• 5 octobre (Matin) : À Paris, 6 000 à 7 000 femmes des halles s'assemblent devant l'Hôtel de Ville en criant « Du pain ! ». Elles décident de marcher sur Versailles (20 km) armées de piques et de balais. La Fayette et la Garde nationale les suivent à quelques heures de distance.

• 5 octobre (Après-midi) : Arrivée des femmes à Versailles. Une délégation est reçue par le roi, qui promet du blé.

• 6 octobre (Aube)  : Des manifestants pénètrent dans le château de Versailles. Des gardes du corps sont tués. La reine doit fuir son lit de justesse.

• 6 octobre (13 h 00)  : Sous la pression de la foule massée sous ses fenêtres, la famille royale est contrainte d'abandonner Versailles. Elle rentre à Paris (« le boulanger, la boulangère et le petit mitron »), escortée par la foule et s'installe au palais des Tuileries. L'Assemblée déménage aussi à Paris : le roi et les députés sont désormais sous la surveillance directe du peuple parisien.



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