Réponse de Christophe OBERLIN à la tribune publiée sur AGORAVOX le 1er sept. 2015 sous le titre de « Critique de l’antiracisme psychotique »
Dans une courte vidéo[1] (11 mn), j’ai présenté récemment mon dernier essai « Quelle est la blancheur de vos blancs et la noirceur de vos noirs - Pour en finir avec les races humaines ».
Cette vidéo est à l’origine d’un article publié sur Agoravox[2]. Son texte, ainsi que la centaine de commentaires qu’il a suscitée, me poussent à apporter quelques précisions.
L’honorable commentateur, qui n’a manifestement pas lu mon livre, ne s’est pas rendu compte que le sujet traité était celui des soi-disant « races humaines », et absolument pas celui du racisme. Dans son commentaire, les références au racisme sont donc hors sujet. Par ailleurs, comme indiqué dans la vidéo, je me suis strictement limité aux aspects scientifiques. J’ai compris depuis bien longtemps que les convictions religieuses ne se discutent pas. Les mettre en cause est souvent blessant, et l’idéal de la foi n’a pas à être battu en brèche par les scientifiques. Certains scientifiques éminents sont des croyants sincères. Pour ne citer que l’exemple de l’abbé Breuil, l’un des plus grands préhistoriens français, ou mon ami Jean-Baptiste Humbert, prêtre et archéologue internationalement reconnu. Ainsi toutes les allusions de mon critique à l’Ancien Testament sont hors sujet. Je n’en parlerai donc pas, me limitant aux arguments « scientifiques » de mon interpellant.
N’ayant pas été satisfait par ma courte vidéo (qui n’était que la présentation d’un livre), le critique me prête alors une argumentation scientifique… qui n’est pas la mienne ! L’honorable aurait pu lire mon livre avant de se répandre sur le net. Car figurez-vous, si j’ai pris la peine d’écrire un livre, même court (85 pages), c’est justement que certaines explications nécessitent un développement. Et mon but dans ce livre est d’être compris par tous, sans qu’un bagage scientifique soit nécessaire. Et j’ai aussi pris le parti de l’humour et de l’auto dérision afin de rendre la lecture facile et la mémorisation aisée (on retient mieux une anecdote rigolote qu’un exposé aride).
Mais ce qui me motive surtout pour répondre, c’est la diversité des commentaires suscités par l’article de mon camarade, qui montre bien, même exclus certains propos de café du commerce, que la plupart des internautes ne sont pas totalement au point sur la question des « races ». Même si l’immense majorité dénonce le racisme.
Restons donc sur le plan strictement scientifique et sur la notion de « races » appliquée ou pas à l’homme, en mettant de côté les deux questions de la religion et du racisme.
En science, chaque mot utilisé doit avoir une définition (acceptée par tous ceux qui participent à la discussion), et chaque conclusion, si évidente d’apparence soit-elle, doit être étayée par des preuves.
Commençons donc par une question simple, et peu polémique : qu’est- ce qu’une race animale aujourd’hui ? Une race animale est obtenue à la suite d’une sélection de caractères choisis au départ : on veut avoir des chiens à pattes courtes et à poil ras : on va donc choisir un couple présentant plus ou moins ces caractères. Parmi la portée suivante on éliminera les chiens qui ne correspondent pas aux critères choisis, et ainsi pendant une dizaine de génération au moins, et en final on obtiendra des bassets donc toute la progéniture aura poil ras et pattes courtes. On aura créé une race celle des bassets. On voit donc que la race animale est la conséquence d’un projet, et qu’elle est par définition une création de l’homme. Jusque-là je pense que tout le monde est d’accord.
Alors, avant d’en venir aux « races humaines », sujet qui nous déchire, abordons plutôt la question des classifications qui elle-aussi doit être définie. La notion de race humaine étant une tentative de classement des groupes humains, abordons au préalable la notion de classification en science. Pour faire court, et je l’explique plus longuement dans mon livre, une classification, pour mériter l’appellation de scientifique, doit répondre à au moins trois critères. Le premier est de faire appel à des critères de même nature. Une classification qui consisterait à séparer des objets en lourds, bleus, longs et rugueux n’aurait évidemment aucun sens, puisqu’un même objet pourrait présenter tous ces caractères réunis (qui ne sont pas exclusifs les uns des autres), ou à l’inverse aucun.
Le deuxième critère d’une classification scientifique est que tous les objets à classer (ou en tous cas la très grande majorité) doivent y trouver leur place. Une classification qui ne permettrait pas de classer 90% des objets serait évidemment peu pertinente.
Pertinente, là est le troisième critère : une classification scientifique doit avoir un objectif, le classement ayant pour but de décrire ou d’étudier un phénomène.
Passons à l’homme.
Est-il légitime de classer les groupes humains, scientifiquement, en fonction de la couleur de la peau ? Certainement oui, s’il s’agit d’étudier la fréquence des cancers de la peau liés à l’exposition au soleil. Les populations tropicales et équatoriennes sont naturellement protégées des graves cancers de la peau que sont les mélanomes. La population australienne actuelle, population européenne implantée récemment sur une terre fortement ensoleillée, en sait quelque-chose : les mélanomes constituent là-bas un problème de santé publique majeur. Mais bien entendu, « quelle est la blancheur de vos blancs et la noirceur de vos noirs » ? Et la classification scientifique de la couleur de la peau comporte non pas deux mais une demi-douzaine de « phototypes ».
Sautons maintenant directement à la classification ethno-raciale aux Etats-Unis, toujours en vigueur aujourd’hui pour les recensements ou les inscriptions universitaires. Quels sont les groupes proposés ?
- Caucasien : s’agit-il d’une origine géographique supposée (on sait aujourd’hui que c’est totalement absurde) ou de la couleur « blanche » ?
- Noir : critère de couleur (et d’ailleurs Barack Obama dont la mère est européenne est-il noir, blanc ou « gris » ?)
- Asiatique (critère d’origine géographique assimilant allègrement les Japonais, Chinois ou Indiens)
- hispaniques (critère de langue)
- natifs (critère d’origine historique locale : ce sont les survivants des Indiens d’Amérique), etc.
On voit ici la difficulté posée par des critères de classement de nature différente pour chaque groupe (à chaque recensement, les recenseurs se prennent tellement les pieds dans leur propre tapis qu’ils rajoutent d’autres groupes qui reflètent de plus en plus l’origine géographique). Alors si l’on cherche à établir cette origine géographique, à étudier les phénomènes migratoires, pourquoi ne pas demander simplement : « Où êtes-vous né ? Où sont nés vos parents ? S’il s’agit de faire des études sur les maladies (invariablement on nous parle de maladies « plus fréquentes chez les noirs »), on oublie de préciser qu’il s’agit aux Etats-Unis de maladies de la pauvreté, et on néglige la composante socio-économique. Coluche l’aurait pressenti en son temps : les « noirs riches » sont moins malades que les « noirs pauvres » ! Alors bien entendu il y a des maladies plus fréquentes dans certaines régions du monde (et même certaines peuplées de « noirs » !), maladies qui n’ont rien à voir avec la couleur de la peau.
Revenons à notre honorable critique. Faute d’avoir lu mon livre, il me reproche l’argument de scientifiques qui soutiendraient, preuves génétiques à l’appui, que tout le monde est pareil ! Là il faut croiser ses sources, car je connais d’autres scientifiques de grand talent, qui parlent de « six milliards de races », signifiant par-là que chaque individu, à condition de tenir compte d’un grand nombre de caractères, est différent. Pourquoi en effet ne tenir compte que de la couleur de la peau, la forme du cheveu et du nez ? Pourquoi ne pas inclure d’autres caractères, comme la forme de la rate, la longueur de l’intestin, la torsion du fémur ? Et la génétique nous permet même d’inclure tous les caractères qui fondent un individu ! C’est au prix de telles études que l’on s’aperçoit que tous les individus sont différents.
Et l’on observe ensuite, et c’est logique puisque les individus se reproduisent les uns avec les autres dans la cadre d’une certaine proximité, que les caractères morphologiques (comme les caractères génétiques) se modifient graduellement en fonction de l’éloignement géographique. On ne peut placer nulle part une « barre » séparant deux groupes homogènes et différents l’un de l’autre sur un grand nombre de caractères.
Alors je constate que mon correspondant revendique la véracité de la notion de races humaines, forces citations de l’Ancien Testament à l’appui. Doit-on y percevoir la revendication personnelle d’appartenance à une race spécifique ? Et la crainte que si les races humaines n’existent pas, la sienne propre non plus ? On est là sorti de la science.
Et je regrette que quelqu’un qui m’attaque publiquement (« psychotique », « névrosé », « dément », « peu scrupuleux », et me conseille « de me taire »), signe son article d’un pseudonyme (le nom Pierre Mellifont est totalement absent des moteurs de recherche). Je suis en tous cas disponible pour un débat public qui serait plus honorable et instructif qu’une lettre anonyme.
* Quelle est la blancheur de vos blancs et la noirceur de vos noirs – Pour en finir avec les « races humaines », Christophe Oberlin, Edilivre, 2014
[2] www.agoravox.fr/tribune-libre/article/critique-de-l-antiracisme-170927



