Réprimer les opposants
Nous avons eu une déclaration du général Bonneau responsable de la Défense opérationnelle du territoire [DOT].
Celle-ci franchit la barrière entre la défense du territoire et l’imposition brutale de décisions politique
Malgré la communication préalable, le ministère et le général n’ont pas daigné répondre.
Le texte litigieux fut le suivant :
« Si nous avons un engagement majeur à l’Est, par exemple, je pense que cela ne se passera pas sans agitation sur le territoire national », a prévenu le général Bonneau.
« Je pense que nous pourrions avoir des actions menées par des ‘proxies’ [intermédiaires], du sabotage et aussi des manifestations car je ne suis pas sûr que tous nos concitoyens soient favorables à ce type d’engagement »
Vous avez ultérieurement ajouté
« Dans la phase de montée en puissance, la Gendarmerie risque d’être impactée. Sans attendre forcément un engagement en tant que tel, je pense qu’on aura des manifestations, des actions, des retours en sécurité intérieure sur le territoire national. C’est à cette hypothèse que nous devons nous préparer », a conclu le général Bonneau
Mon général,
avec tout le respect que je vous dois, vos récents propos outrepassent vos prérogatives. Protéger les convois entre dans vos prérogatives, mais en aucun cas de réprimer les manifestations des citoyens français mécontents d’une décision d’engagement à l’est.
Tout d’abord, le cadre géographique déconsidère votre position. Une opération ennemie sur le territoire national pourrait justifier vos propos. La défense du territoire est un devoir sacré des armées.
Seulement, l’est, nous en sommes d’accord, ne désigne pas Strasbourg. Ça désigne, l’Ukraine, ou bien la Pologne ou l’un des pays Baltes. À la grande rigueur, la Moldavie ou la Roumanie. Bref des territoires lointains sans la MOINDRE frontière commune avec la France.
Certes, certains commentateurs semblent désormais désireux de considérer l’ensemble du territoire de l’UE comme leur nation. Comment le dire : les idées des uns et des autres les regardent, il demeure les faits : cassez une vitrine en Pologne, vous serez (à raison) poursuivi par un procureur polonais qui vous adressera la parole en Polonais et les policiers seront en uniforme polonais. Une réaction normale, les Polonais sont chez eux et pas chez nous. Donc, excusez-moi de le rappeler, mais cela prouve qu’une opération en Pologne serait une opération EXTÉRIEURE.
Désolé pour les commentateurs qui n’ont pas compris cela, je les invite à vérifier la réalité de mon propos pour se rappeler que, malgré les rêves des européistes, la Pologne (ou tout autre pays du même tonneau) n’est pas la France.
On m’objectera les traités. Certes, que dit l’article 5 de l’OTAN ?
Article 5
Les parties conviennent qu'une attaque armée contre l'une ou plusieurs d'entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d'elles, dans l'exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l'article 51 de la Charte des Nations Unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d'accord avec les autres parties, telle action qu'elle jugera nécessaire, y compris l'emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l'Atlantique Nord.
Toute attaque armée de cette nature et toute mesure prise en conséquence seront immédiatement portées à la connaissance du Conseil de Sécurité. Ces mesures prendront fin quand le Conseil de Sécurité aura pris les mesures nécessaires pour rétablir et maintenir la paix et la sécurité internationales.
Les mots clés sont considérés : Il s’agit donc d’une déclaration d’équivalence, pas d’une stricte égalité.
Ensuite, la phrase clé est : telle action qu'elle jugera nécessaire.
Avec seulement un : y compris l'emploi de la force armée,
On le constate, l’emploi de la force armée n’est pas obligatoire et la force de réaction nucléaire de la France fut constituée justement en raison de cette ambiguïté. Rien ne garantit le feu nucléaire US si un état de l’OTAN était attaqué. D’ailleurs la Bundeswehr fut constituée pour défendre l’Allemagne sans recourir à ces armes.
Cela signifie que si les baltes. qui multiplient les extensions d’un espace aérien qu’ils sont incapables de défendre, nous n’avons que l’obligation de réfléchir. Nous pourrions par exemple nous limiter à envoyer un tweet de la présidence de la république avec la mention : Joli le mig.
Donc, mon général, si il y a un engagement majeur à l’est, il ne s’agira pas de défense du territoire national et de la population française, mais d’une décision politique.
Dès lors, l’engagement de moyens de maintien de l’ordre contre les opposants à cette décision relèverait d’une intervention de l’armée dans le débat politique. En ce sens, peu importe votre opinion, elle n’est pas légitime pour commander une intervention des moyens que vous avez l’honneur de commander dans cette décision.
Bien au contraire !
Dois-je vous rappeler la conception classique du contrat social ? Pour éviter la guerre du tous contre tous, l’état se saisit du monopole de la violence légitime. Le mot clé est ici : légitime.
Utiliser les moyens financés par les impôts pour peser dans le débat politique, surtout sur une décision qui éveille tant de débats contribue à affaiblir cette légitimité. Celle qui incite les Français à payer les impôts. Vous savez l’argent pour payer les salaires de vos hommes, les factures de vos fournisseurs.
Ajoutez à cela les résultats désastreux du maintien de l’ordre public, comme l’a démontré la rocambolesque entreprise des monte-en-l’air du Louvre. Entre ce constat de manque et la volonté d’intervenir dans le débat public, le manque de retenue de certains hauts gradés crée la menace d’un schisme entre la nation et son armée.
Ensuite, il sera inutile de vous plaindre d’une éventuelle propagande russe ! Ils n’étaient pas derrière vous au moment de faire cette déclaration provocante. Vos hommes n’étaient pas au Louvre. Aucun narratif ne peut changer ces faits.
Occupez-vous de cela, au lieu de vous faire les prétoriens du pouvoir !
A cela s’ajoute, permettez-moi de vous le dire, l’imputation injurieuse envers ceux de vos concitoyens en désaccord avec la volonté de nous engager à l’est. J’entends bien que le monde médiatique et nombre de personnes aiment à présenter les citoyens français en désaccord avec le pouvoir comme un ramassis d’imbéciles et de traîtres.
Vous semblez partager cet avis, seulement, comme chef d’une partie de nos forces militaires, vous devriez éviter de mordre la main qui vous nourrit.
En complément, et pour votre conscience, je me permettrais de vous rappeler un certain nombre de faits. Notre actuel ministre des affaires étrangères fut employé par une université américainei, d’autres furent rémunérés par des thinks-thanks US comme l’atlantic councilii. Là, l’argent file, j’aimerais voir la même preuve dans le camp anti Kievien. A minima, chez ceux désireux de nous engager contre la Russie, il existe une confusion entre les intérêts d’un certain nombre de cercles américains et ceux de la France. Pour cette raison, je vous rappelais la différence entre Baltes ou Polonais et la France. Oserais-je rappeler que le ministre des affaires étrangères polonais s’était réjoui de la destruction de Nord Stream, conduit où des entreprises avaient des parts. La confusion ne fonctionne que dans le sens de l’abandon des intérêts français, polonais ou baltes, n’abandonnent pas leurs intérêts en notre faveur.
Où sont les traîtres ? Permettez à un proxy, dont vous ne pourrez pas prouver l’aliénation à des intérêts étrangers d’avoir son opinion !
De même, l’argument de l’imbécillité. Quel camp nous a, à de multiples reprises, vendu les armes miracles qui assureraient la victoire de l’Ukraine ? En face, nous avons toujours dit qu’un pays de 40mio d’habitants ne vaincrait pas une nation de 146mio d’ha. L’année 2025 touche à sa fin et l’armée russe, fut pratiquement tout le temps à l’offensive.
Certes, beaucoup se basent sur la vitesse des opérations russes pour en faire une preuve de faiblesse. La critique serait pertinente si les Russes avaient proclamé leur volonté de faire tomber rapidement la Kievie. Un militaire de votre talent l’aura sans doute constaté, le commandement russe n’a jamais manifesté de telles ambitions depuis la retraite de Kherson.
En ce sens, votre propos manquait de respect envers ceux de vos concitoyens en désaccord avec une éventuelle décision d’engagement contre la Russie. Cette incorrection outrepassait vos fonctions, vous auriez pu vous distancier. Simplement dire que, si le politique vous demandait de réprimer, vous seriez obligé d’obéir eut été compréhensible. Mais là, vous vous êtes lié et votre propos politique coupe l’armée d’une partie de la nation.
Je vous prie d'agréer, mon Général, l'expression de ma considération distinguée.


