Résidence alternée : quatre questions parlementaires relancent le débat et rappellent l’attente autour de la proposition de loi n°819
En l’espace de quelques semaines, quatre questions parlementaires issues de sensibilités politiques différentes ont été déposées au Parlement sur la question de la résidence des enfants de parents séparés. Députés du MoDem, du Rassemblement national, de l’UDR et sénateurs Les Républicains interrogent le Gouvernement sur les données statistiques, l’évolution des pratiques judiciaires et l’intérêt de favoriser davantage la coparentalité.
Cette convergence parlementaire illustre l’importance croissante du sujet et relance l’intérêt pour la proposition de loi n°819, actuellement en attente de programmation à l’Assemblée nationale, qui vise à mieux reconnaître la place des deux parents dans la vie de l’enfant après une séparation.
Une série de questions parlementaires sur la résidence des enfants
Plusieurs parlementaires ont récemment interpellé le Gouvernement sur les données et les pratiques concernant la résidence des enfants après une séparation.
Question du député Philippe Latombe (MoDem)

Dans sa question écrite n°12931 :
https://questions.assemblee-nationale.fr/dyn/17/questions/QANR5L17QE12931
Le député souligne notamment les limites des données utilisées dans le débat public :
« Une étude du ministère de la justice publiée en 2013 […] demeure aujourd'hui une référence centrale dans les prises de position institutionnelles, associatives et médiatiques. Or […] seules 624 concernaient des situations de désaccord entre parents, soit environ 10 % de l'échantillon. »
Il souligne également l’importance d’actualiser les statistiques :
« L'absence de données actualisées, ciblées et scientifiquement solides contribue […] à une polarisation durable du débat. »
Le député demande donc si le Gouvernement envisage une nouvelle étude nationale sur les décisions judiciaires récentes, afin d’éclairer le débat parlementaire.
Question d’une députée RN sur la résidence alternée

Une autre question parlementaire souligne les enjeux liés à la coparentalité et à l’équilibre entre les parents après séparation.
La députée rappelle notamment :
« Chaque année, près de 200 000 enfants en France sont concernés par une séparation parentale […] seuls 12 % d'entre eux vivent en résidence alternée. »
Elle souligne également que la résidence alternée peut constituer un modèle pertinent lorsque les conditions sont réunies :
« Le mode de garde équilibré peut déjà être demandé et mis en place et le ministère est pleinement engagé pour promouvoir la généralisation de ce modèle lorsqu'il est conforme à l'intérêt supérieur de l'enfant. »
https://questions.assemblee-nationale.fr/dyn/17/questions/QANR5L17QE12729
Question d’un député UDR

Une autre question écrite, déposée par un député du groupe UDR :
https://questions.assemblee-nationale.fr/dyn/17/questions/QANR5L17QE12759
Elle interroge également le Gouvernement sur les pratiques judiciaires et les obstacles au développement de la résidence alternée.
Question d’un sénateur Les Républicains

Au Sénat, la même préoccupation apparaît dans une question écrite :
https://www.senat.fr/questions/base/2026/qSEQ260307989.html
Cette initiative montre que le sujet dépasse les clivages politiques traditionnels et suscite un intérêt transversal au Parlement.
L’étude du ministère de la justice au cœur du débat
Les débats actuels s’appuient largement sur l’étude du ministère de la justice :
https://www.justice.gouv.fr/documentation/ressources/residence-enfants-parents-separes
Cette étude, intitulée « La résidence des enfants de parents séparés – De la demande des parents à la décision du juge », analyse plusieurs milliers de décisions judiciaires afin de comprendre comment les juges fixent la résidence des enfants.
Les parlementaires soulignent toutefois que cette étude date de plus de dix ans et qu’elle repose sur un échantillon où les situations de désaccord parental restent minoritaires. Cela nourrit la demande d’une actualisation statistique nationale.
Une opposition institutionnelle du HCE à la résidence alternée systématique
Le débat sur la résidence alternée est ancien et parfois polémique.
Le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE) s’est ainsi opposé à une proposition de loi visant à rendre la résidence alternée quasi systématique.
Dans un communiqué intitulé :
l’institution déclarait :
« La volonté de poser le principe de la résidence alternée des enfants lors des séparations parentales […] fait courir un risque majeur pour leur bien-être et leur développement. »
Le HCE estimait également que ce type de réforme pourrait être problématique dans certaines situations familiales.
Ces prises de position illustrent l’existence d’un débat institutionnel réel, opposant différentes visions de la coparentalité et de l’organisation familiale après une séparation.
La progression lente mais réelle de la résidence alternée
La résidence alternée correspond à une situation dans laquelle un enfant de parents séparés passe un temps équivalent chez chacun d’eux. (Insee)
Elle reste encore minoritaire en France, mais sa progression est régulière.
Dans le droit français, l’article 373-2-9 du code civil prévoit que :
-
la résidence de l’enfant peut être fixée chez un parent
-
ou en alternance chez chacun d’eux
Le juge aux affaires familiales apprécie chaque situation au regard de l’intérêt supérieur de l’enfant.
La loi de 2002 relative à l’autorité parentale avait déjà affirmé le principe de coparentalité, selon lequel l’enfant a vocation à maintenir un lien avec ses deux parents même après la séparation.
La proposition de loi n°819 : une réforme attendue
Dans ce contexte, la proposition de loi n°819 relative à la résidence alternée suscite un intérêt croissant.
Soutenue par de nombreux parlementaires, elle vise notamment à :
-
mieux reconnaître la place des deux parents dans l’éducation de l’enfant
-
renforcer la coparentalité après une séparation
-
encourager l’examen de la résidence alternée lorsque cela est possible
Toutefois, ce texte reste aujourd’hui en attente de programmation à l’Assemblée nationale, ce qui alimente les interrogations de plusieurs parlementaires.
Un débat parlementaire qui pourrait s’intensifier
La succession récente de questions écrites montre que le sujet revient progressivement au cœur du débat parlementaire.
Plusieurs éléments pourraient relancer la discussion :
-
l’actualisation des données statistiques sur les décisions judiciaires
-
l’évolution des modèles familiaux
-
la volonté de renforcer la coparentalité
-
l’examen potentiel de la proposition de loi n°819
Au-delà des divergences d’approche, un point semble largement partagé : l’intérêt de l’enfant et le maintien du lien avec ses deux parents restent au centre des préoccupations législatives.

