Réticent devant le fascisme, Pironneau voue sa foi à Mussolini – Pertinax, lui, cherche, en Allemagne, un schéma institutionnel stable (22)
Si le futur “découvreur” de Charles de Gaulle – André Pironneau - est en quête d’un homme fort pour la France, c’est qu’il pense que l’Italie fasciste a trouvé le sien en la personne de Benito Mussolini. À la suite, nous verrons que son camarade de la rédaction de L’Écho de Paris, Pertinax, voit plus loin…
Or, l’ensemble de la trajectoire politique de Charles de Gaulle nous a montré, depuis, que, pour la France, les deux ingrédients étaient parfaitement compatibles… Il ne reste plus qu’à démasquer le sens profond de la Constitution née d’un homme qui a passé toute une partie de sa vie à préparer et à appeler – sans très bien s’en rendre compte lui-même – la victoire de l’Allemagne devenue hitlérienne… avant que de figurer parmi ses vainqueurs. Joli tour de passe-passe… enfoui sous une légende bien faite pour éblouir les yeux de la population travailleuse française, tandis que les élites, etc., etc.
Nous commençons par André Pironneau (numéro du 23 janvier 1925)… Il rend une nouvelle visite au Duce…
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« La crise italienne
Mussolini face à l’opposition
Le président du Conseil italien nous exprime sa confiance dans l’issue de la lutte »
« Rome ; janvier 1925. Le fascisme, s’il n’est pas un article d’exportation, a du moins sauvé l’Italie. Ceux-là l’oublient volontiers qui, pour les besoins de leur politique, évoquent seulement les violences dont il témoigna sans rappeler de quels crimes ces violences étaient souvent les justes représailles. Le bolchevisme avait atteint tous les organes du royaume et menaçait son existence même ; le pouvoir était entre des mains pusillanimes et le Parlement s’épuisait dans des querelles de partis. On sait comment Mussolini et ses « chemises noires » opérèrent le redressement. Le chef du mouvement fasciste avait, au grand congrès de Naples, précisé ses intentions : « Nous voulons que l’État sorte de la neutralité grotesque qu’il prétend garder entre les forces de la Nation et celles de l’Anti-Nation. » Il avait avoué son peu de goût pour le Parlement en ajoutant toutefois qu’il acceptait de « laisser au peuple son jouet ».
« Il dira lui-même : « Personne ne me refuse, jusqu’à ce jour, ces trois qualités : une intelligence discrète, un grand courage et le mépris souverain du vil argent. » Cette intelligence, un don remarquable d’intuition, lui permettront d’affronter les situations les plus difficiles ; son courage et le prestige de sa probité – car il est pauvre – les lui feront dominer. »
L’entretien, tel que Pironneau nous le rapporte, débute dans un très bon climat…
« [Pironneau :] – Dans votre tentative de « normalisation », vous êtes allé, monsieur le président, jusqu’aux extrêmes limites, de la conciliation ?
- Jusqu’aux extrêmes. »
Mais le Français n‘oublie tout de même pas qu’il est secrétaire général de l’un des plus importants journaux français…
« [Pironneau :] – En attendant, vous privez les Italiens de leurs journaux et vous vous aliénez cette puissance formidable que, dans tous les pays, constitue la presse. Quand lui rendrez-vous sa liberté ?
- Pour que la presse soit libre, il faut qu’elle soit digne de la liberté. La liberté ne confère pas seulement des droits, mais également des devoirs. »
André Pironneau n’est certainement pas d’un avis différent. Et le Duce peut très vite enchaîner :
« – Il [le peuple italien] sait que j’ai ramené l’ordre et la discipline sans quoi nul travail n’est possible, sans quoi les capitaux se cachent, s’évadent et ne veulent pas s’employer… »
Rendu à lui-même, Pironneau ne peut pas dissimuler une angoisse qui monte alors dans les milieux de la droite française et du Haut-État-Major dont L’Écho de Paris est réputé être le porte-parole…
« Il ne nous appartient pas de porter une appréciation sur la politique intérieure du chef d’un gouvernement étranger, même ami, mais il ne nous est pas défendu de rechercher si, par ses actes, il a pu, sur le terrain de la politique extérieure, témoigner à notre endroit de quelque sentiment favorable. »
C’est maintenant Pertinax qui entre en scène à propos du modèle allemand… Il s’agit du numéro du 12 novembre 1925…
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Celles et ceux qui connaissent un peu le coup d’État perpétré par Charles de Gaulle en 1958, et ses suites économiques (le franc lourd) et politiques (pleins pouvoirs, et plus tard, article 16), vont se régaler…
« Les Allemands ont chassé de chez eux socialistes et socialisme avant de rétablir leurs finances. La monnaie or triomphe par la dictature »
« Nous n’avons pas à relater ici l’histoire de la Rentenbank. Qu’il suffise de rappeler qu’elle n’a point pesé durement sur le capital de l’industrie, du commerce et de l’agriculture allemands en train de se reconstituer péniblement. Le premier comité d’experts a mis en lumière, dans son rapport, combien léger avait été le fardeau fiscal imposé à la production et à la richesse allemandes dans la tourmente. »
« Tout d’abord, les socialistes furent chassés du pouvoir où ils étaient installés depuis la révolution de 1918. La réforme commence le 18 novembre. Quelques jours auparavant, le chancelier Stresemann se sépare de leurs derniers ministres non sans leur avoir fait voter la première loi des pleins pouvoirs.
À l’aide de cette loi des pleins pouvoirs et du régime de l’état de siège, une dictature énergique se déploie librement. Elle sera encore renforcée, en février 1924, par la seconde loi des pleins pouvoirs octroyée au chancelier Marx. Aussitôt, la confiance renaît. Et encore le mot de confiance est-il trop faible. Il s’agit d’un sentiment plus fort, d’un patriotisme qui se fait plus farouche à mesure qu’il l’emporte : volonté de sauver l’unité de la patrie et de résister à l’étranger. Concurremment avec l’habile technique du Dr Schacht, l’actuel président de la Reichsbank, tel est le courant populaire que soutint le gouvernement et qui ne permit pas à la monnaie nouvelle de fléchir.
Ce ne fut pas seulement les socialistes qui furent expulsés. Le socialisme déménagea à leur suite. La loi de huit heures avait été mise en vigueur par un décret révolutionnaire du 23 novembre 1918. Débarrassé de la gauche, le chancelier Stresemann laissa froidement tomber ce texte le 23 novembre 1923. Aussi, son successeur, le Dr Marx, put-il faire régner la règle de 10 heures dans toutes les industries classées comme non dangereuses. Dans les mines, la besogne s’accrut d’une heure et demie. Neuf heures de présence furent exigées des fonctionnaires. »
« Bref, parallèlement à l’émission du Rentenmark, toute l’Allemagne fut relevée, remise sur pied par la plus vigoureuse contre-révolution. »
Voilà qui aura enchanté les nostalgiques du gaullisme et pas qu’eux… Ce qui leur fera voir les sources plus que douteuses de leur position politique…
Michel J. Cuny
