Retour sur les terroristes d’hier
En février 2026, les Etats-Unis abandonnent le « Rojava » qu’ils avaient jusque-là protégé durant leur lutte contre l’Etat islamique en Syrie. « Désolé, mais nous n’avons plus besoin des Kurdes » ose dire l’ambassadeur américain en Turquie.
Or c’est à Rojava que des Kurdes, des femmes arabes musulmanes et des chrétiennes syriaques, ont inventé une "confédération démocratique" unique au monde. Un "savoir vivre" selon des principes à la fois féministes, écologiques et libertaires. C’est là que furent accueillies des veuves de cette guerre, des femmes mariées de force, répudiées, divorcées, ou celle qui refusent le mariage forcé.
Dans ce « village des femmes », des organisations féministes kurdes essayèrent de construire une société à petite échelle, libre, gérée par les femmes. Elles pensaient que le village serait économiquement autosuffisant, par une production agricole et le travail manuel.
Une communauté fondée sur la culture vivrière et l’artisanat, garantissant l’indépendance, l’entraide et la paix, à l’écart de la technocratie déshumanisante. La coordinatrice du Village des femmes disait en 2017 : « Nous commençons par la femme parce qu’elle est la base, mais cela ne veut pas dire qu’on efface l’homme. L’homme qui vivra ici devra se montrer compréhensif pour l’esprit nouveau que nous construisons, loin du pouvoir masculin et de la mentalité machiste qui marginalise la femme et n’y voit qu’une marchandise ou un corps dont il peut disposer pour le plaisir ».
Le « Rojava » était un lieu privilégié. C’était l’expérience d’une autre façon de vivre, aux antipodes de la domination, des spoliations, de la concurrence effrénée et des exploitations des femmes, des hommes et de la nature. Elles avaient créé un nouvel art de vivre, où "Liberté, Égalité, Fraternité", n’étaient plus de vains mots trompeurs et manipulateurs par la parole de Prédateurs profondément cyniques, pour qui, l’autre n’est que l’instrument de leur pouvoir.
Au sein d’une humanité plongée une fois de plus dans "le bruit et la fureur", de plus en plus désespérante, victime des fantasmes délirants des élites de tous bords, cet îlot d’espoir fut englouti en silence.
Après la reprise en main de la Syrie, par Ahmad al-Charaa, un chef islamiste (Daech) prétendument repenti, qu’est devenu le "Village des femmes" ? Plus aucune nouvelle. Rayé de la carte.
Honte aux Etats-Unis, honte à l’Union européenne. Honte à la France, victime plusieurs fois des attentats de l’Etat islamique (132 morts, le 13 novembre 2015 au Bataclan, 98 morts lors de l’attentat de Nice le 14 juillet 2016, revendiqués par Daech).
Le « Rojava » est abandonné au massacre alors que le sang de ces femmes a déjà tant versé, par leur lutte contre ces violeurs et ces tueurs. Ainsi est anéanti le seul espoir sur cette planète du seul « art de vivre », digne des enfants à naître ! Et un président de la République, une semaine avant l’anniversaire de l’attentat de Nice, serre la main et signe des contrats avec l’ancien chef de Daech ! C’est le résultat du cynisme le plus destructeur des pouvoirs de la géopolitique humaine.
Le silence des féministes et de ceux qui pérorent continuellement dans les médias, prétendant défendre « nos valeurs démocratiques », est assourdissant. C’est profondément écœurant !
Ce n’est pas ainsi que les jeunes vont croire qu’il est encore possible de « vivre ensemble » !
Philippe Annaba

