lundi 14 septembre - par ddacoudre

Retraites et Sécurité sociale : ouvrons enfin une nouvelle assiette de cotisation fondée sur la puissance productive des machines

Mesdames et Messieurs les secrétaires généraux,
Chers camarades,

À l’approche des prochaines échéances électorales, les déficits de la Sécurité sociale et des retraites vont une nouvelle fois occuper le débat public. Nous entendrons les propositions habituelles : allonger la durée de cotisation, retarder l’âge de départ, réduire certaines prestations, augmenter les prélèvements ou rapprocher davantage les différents régimes.

Depuis plus de trente ans, les mêmes solutions sont appliquées et conduisent aux mêmes régressions.

En 1993, la réforme Balladur a fait passer progressivement la durée d’assurance de 37,5 à 40 ans pour les salariés du privé. Elle a étendu le calcul de la pension des 10 aux 25 meilleures années et remplacé l’indexation sur les salaires par une indexation sur les prix. Les réformes suivantes ont prolongé cette évolution : rapprochement des régimes, allongement de la durée d’assurance, recul de l’âge de départ et développement de l’épargne retraite par capitalisation.

Les mobilisations ont parfois ralenti les réformes, comme en 1995, mais elles n’ont pas permis aux salariés de préserver durablement leurs acquis.

Je ne formule pas ce constat depuis un bureau. Je l’ai vécu comme responsable syndical. Dans une ville de près de 400 000 habitants, nous nous sommes retrouvés à environ 150 personnes sous une banderole pour défendre des droits qui concernaient pourtant des dizaines de milliers de salariés.

Cette disproportion entre l’importance des enjeux et la faiblesse de la mobilisation doit être regardée lucidement. Les salariés n’ont pas toujours trouvé la volonté, la confiance collective ou le courage nécessaires pour défendre leurs propres droits. Ce constat n’est pas un reproche moral : il révèle l’affaiblissement progressif de la conscience syndicale et du rapport de force.

Trente années de discrédit du mouvement syndical

Depuis les années 1990, une stratégie constante a présenté les cotisations sociales comme des « charges », les droits collectifs comme des privilèges, les grèves comme des prises d’otages et les syndicats comme les défenseurs d’un monde dépassé.

Cette représentation répétée a produit ses effets. Les organisations syndicales ont progressivement perdu une partie de leur capacité à structurer la colère sociale. Mais la colère, elle, n’a pas disparu.

Elle a resurgi avec les Gilets jaunes sous la forme d’un mouvement puissant, mais extrêmement hétéroclite, regroupant des citoyens jusque-là éloignés de toute organisation, des travailleurs, des retraités, des indépendants, des abstentionnistes et des militants provenant de sensibilités politiques très différentes.

Des militants du Rassemblement national ou de sa mouvance y ont également trouvé un terrain favorable. Ils ont été particulièrement visibles dans certains rassemblements où le drapeau tricolore était employé comme signe de ralliement identitaire — même si ce drapeau appartient évidemment à tous les Français et ne saurait être abandonné à un parti.

La colère exprimée par les Gilets jaunes possédait des causes sociales légitimes. Mais, faute d’organisation permanente, de représentation reconnue et de projet économique commun, elle a souvent tourné au pataquès. Des revendications contradictoires se sont additionnées sans déboucher sur une construction capable de modifier durablement les règles économiques.

À l’heure où circulent de nouveaux appels à ressortir les Gilets jaunes le 17 octobre, les organisations syndicales doivent s’interroger : vont-elles une nouvelle fois attendre que la colère se développe en dehors d’elles ou vont-elles reprendre l’initiative en proposant une revendication à la hauteur des transformations économiques ?

Une revendication syndicale ancienne devenue actuelle

En 1971, dans le cadre des négociations nationales des carrières et matériaux de construction, j’ai porté au nom de l’organisation syndicale la revendication d’une taxation des machines qui remplaçaient des emplois.

Le patronat avait alors opposé un argument simple : taxer les machines risquerait de ralentir les investissements.

Cet argument devait être entendu dans le contexte industriel de l’époque. Mais, depuis 1971, l’automatisation, la robotique, l’informatique et désormais l’intelligence artificielle ont profondément transformé la production. La puissance productive des machines a progressé beaucoup plus rapidement que la population active et que le nombre d’heures travaillées.

Le problème est maintenant évident : notre protection sociale demeure principalement financée par des prélèvements assis sur les revenus du travail, alors que la production dépend de moins en moins de la seule quantité de travail humain directement employée.

Plus les machines permettent de produire avec moins de salariés, plus elles réduisent potentiellement l’assiette salariale sur laquelle reposent les cotisations. Ce qui constitue un progrès technique devient alors une fragilité sociale.

La circulation réelle de l’argent

Le capital avance les sommes nécessaires au fonctionnement de l’entreprise : salaires, cotisations, matières, énergie, équipements, services et investissements.

Le travail humain, associé aux machines et aux savoirs accumulés, transforme ces avances en biens ou en services. La vente de cette production fournit ensuite le chiffre d’affaires permettant à l’entreprise de couvrir ses dépenses, de renouveler son activité et, lorsqu’elle y parvient, de dégager une marge.

La boucle fondamentale peut être résumée ainsi :

Capital avancé → salaires, cotisations et dépenses de production → travail humain et puissance des machines → biens et services → consommation → prix payés → chiffre d’affaires → reconstitution et augmentation possible du capital.

Les cotisations dites « patronales » sont juridiquement versées par les employeurs, mais elles constituent économiquement un élément du coût de production financé par la valeur ajoutée de l’entreprise. Selon la situation du marché et de la concurrence, leur poids peut être réparti entre les prix, les marges et l’évolution des rémunérations.

Une cotisation assise sur la puissance productive automatisée ne serait donc pas une confiscation d’un capital immobile. Elle participerait à la même circulation économique que les autres dépenses de production. Les sommes recueillies deviendraient des pensions, des remboursements de soins, des prestations et des revenus qui retourneraient en grande partie vers l’économie par la consommation.

Ce que mesure la réserve machine

Dans La République de l’énergie humaine, j’ai cherché à mesurer la puissance productive accumulée dans les machines, les infrastructures, les savoirs et l’organisation.

En retenant, à titre d’hypothèse pédagogique, une productivité horaire moderne environ dix fois supérieure à celle de 1870, les 30 millions d’actifs actuels produisent théoriquement autant que 300 millions d’actifs travaillant avec les moyens de cette époque.

La différence représente environ 270 millions d’« équivalents emplois-machine ».

Ce chiffre ne désigne ni 270 millions d’emplois réellement supprimés ni une somme d’argent déposée quelque part. Il constitue un indicateur de la puissance productive supplémentaire fournie par l’accumulation technique et scientifique.

Le calcul énergétique du Modèle Joule permet d’exprimer cette puissance en équivalent de travail humain. Il ne crée pas une réserve monétaire disponible : il révèle une capacité productive réelle que la comptabilité actuelle enregistre seulement à travers la productivité, la valeur ajoutée, les équipements et les résultats des entreprises.

La revendication consiste à transformer cette mesure physique et économique en une assiette de financement social applicable dans notre système monétaire.

De la « taxation des machines » à une cotisation sur la production automatisée

L’expression « faire cotiser les machines » est une simplification. Une machine ne peut évidemment pas verser elle-même une cotisation. L’entreprise propriétaire ou utilisatrice acquitterait une contribution calculée à partir d’un indicateur représentant la part de production obtenue grâce aux équipements, aux logiciels, aux robots et aux systèmes automatisés.

Cette contribution pourrait être désignée comme une :

Cotisation sociale sur la valeur productive automatisée.

Sa mise en œuvre demanderait de déterminer :

  1. la manière de mesurer la part de valeur ajoutée attribuable à l’automatisation et aux équipements productifs ;

  2. le taux nécessaire pour couvrir tout ou partie des déficits sociaux ;

  3. les modalités permettant de ne pas pénaliser les investissements indispensables ;

  4. les mécanismes évitant les délocalisations ou les contournements comptables ;

  5. la différence à établir entre un investissement qui complète le travail humain et celui qui remplace durablement une assiette de cotisation salariale.

En 2025, le déficit des régimes obligatoires de base de la Sécurité sociale et du Fonds de solidarité vieillesse s’est élevé à 21,6 milliards d’euros, dont 7,2 milliards pour la branche vieillesse.

Il ne s’agit donc pas de prélever les 25 189 milliards d’euros d’équivalence énergétique obtenus dans mon étude comme s’ils constituaient une somme disponible. Ce montant représente une capacité productive théorique exprimée en monnaie. L’objectif est d’en tirer une assiette réelle, vérifiable et limitée, permettant de collecter les 21,6 milliards nécessaires sans prétendre transformer directement toute l’équivalence énergétique en monnaie.

Une occasion historique pour les syndicats

Un mouvement spontané comme celui des Gilets jaunes peut exprimer puissamment une souffrance. Il ne possède cependant ni les structures, ni les compétences permanentes, ni la représentativité nécessaires pour expertiser une nouvelle assiette sociale, la négocier avec le patronat et l’inscrire durablement dans la loi.

Les organisations syndicales disposent encore de cette capacité.

Porter la cotisation sur la valeur productive automatisée leur permettrait de reprendre l’initiative, non par une opération de communication, mais en apportant une réponse concrète à une contradiction devenue centrale : comment continuer à financer les retraites, la santé et la protection sociale lorsque les machines accomplissent une part croissante de la production ?

Il ne suffit plus de défendre chaque droit au moment où il est attaqué. Il faut proposer la nouvelle source de financement permettant de le garantir.

Je demande donc à votre organisation :

  • de soumettre cette proposition à ses économistes et spécialistes de la protection sociale ;

  • d’examiner contradictoirement le calcul de la réserve machine ;

  • d’étudier une assiette juridiquement et économiquement applicable à la valeur productive automatisée ;

  • de porter cette question dans les débats intersyndicaux et électoraux ;

  • et de me faire connaître les raisons précises pour lesquelles cette revendication pourrait être retenue, corrigée ou rejetée.

Cette proposition provient d’une revendication syndicale formulée dès 1971. L’évolution technique lui donne aujourd’hui une urgence et une justification nouvelles.

Les syndicats peuvent laisser la colère sociale continuer à se disperser dans des mouvements sans organisation ni débouché, au risque qu’elle profite principalement au Rassemblement national. Ils peuvent aussi lui donner une perspective, une revendication et une force collective.

La possibilité de reprendre le devant de la scène existe. Encore faut-il décider de la saisir.

La balle est désormais entre vos mains.

Respectueusement et fraternellement,

Giardino André
Syndicaliste retraité – Essayiste
Auteur de La République de l’énergie humaine
Présentation du Modèle Joule

Au-delà du capitalisme et du communisme — Le Modèle Joule https://modele-joule.ddacoudre.chatgpt.site/edition/index.html

Téléphone : 0695485763

Pièces jointes proposées :

  • ANNEXE 1 : Méthode de calcul de la réserve machine actualisé.

Au 11 septembre 2026, la « valeur machine » du Modèle Joule peut être évaluée à environ 26 920 milliards d’euros par an, en équivalent comptable.

Calcul actualisé

Nous conservons les conventions du Modèle Joule :

Élément

Calcul

Résultat

Population active de référence

30 millions

Énergie annuelle par personne

300 kcal × 24 h × 365 jours

2 628 000 kcal

Énergie humaine productive

30 millions × 2 628 000

78 840 milliards kcal

Productivité actuelle supposée

10 fois celle de 1870

facteur 10

Équivalent fourni par les machines

9 × 30 millions

270 millions d’emplois humains

Énergie machine équivalente

270 millions × 2 628 000

709 560 milliards kcal

Le dernier PIB annuel complet publié par l’Insee est celui de 2025 : 2 991,1 milliards d’euros. Insee — Comptes nationaux annuels 2025

La valeur monétaire d’une kilocalorie productive devient donc :

2 991,1 milliards €÷78 840 milliards kcal=0,03794 €/kcal2\,991,1\ \textmilliards € \div 78\,840\ \textmilliards kcal = 0,03794\ €/\textkcal

La valeur machine est alors :

709 560 milliards kcal×0,03794 €=26 919,9 milliards €709\,560\ \textmilliards kcal \times 0,03794\ € = 26\,919,9\ \textmilliards €

Résultat à retenir

La valeur productive annuelle attribuée aux machines représente, selon les conventions du Modèle Joule, environ 26 920 milliards d’euros en valeur 2025.

L’ancien résultat était de 25 189 milliards d’euros, parce qu’il reposait sur un PIB arrondi à 2 800 milliards. L’actualisation ajoute donc environ 1 731 milliards d’euros, soit 6,9 %.

Pourquoi le résultat correspond exactement à neuf PIB

Il existe une simplification importante :

Valeur machine=(facteur de productiviteˊ−1)×PIB\textValeur machine=(facteur\ de\ productivité-1)\times PIB

Avec un facteur de productivité égal à 10 :

(10−1)×2 991,1=9×2 991,1=26 919,9 milliards €(10-1)\times 2\,991,1 =9\times2\,991,1 =26\,919,9\ \textmilliards €

Ainsi, même si nous remplacions les 30 millions d’actifs par le chiffre plus récent de 31,4 millions, le résultat final en euros resterait identique : l’énergie machine augmenterait, mais la valeur attribuée à chaque kilocalorie diminuerait proportionnellement.

La précision indispensable

Ces 26 920 milliards ne sont pas une somme d’argent disponible, ni une richesse supplémentaire qui s’ajouterait au PIB. Ils représentent :

l’équivalent monétaire théorique de la capacité productive que les machines substituent au travail humain, selon le facteur de productivité retenu par le Modèle Joule.

C’est donc une valeur comptable annuelle de capacité productive, et non un capital dormant que l’on pourrait directement prélever.

À titre d’illustration, une cotisation théorique de 0,08 % sur cette valeur représenterait environ :

26 919,9×0,08%=21,54 milliards €26\,919,9 \times 0,08\% = 21,54\ \textmilliards €

Mais, pour transformer cette démonstration en cotisation applicable, il reste à définir comment répartir cette valeur machine entre les entreprises : selon leur valeur ajoutée automatisée, leurs équipements productifs, leurs gains de productivité ou le nombre d’emplois humains remplacés. C’est désormais le point technique central.

  • ANNEXE 2 : Schéma de la boucle économique et proposition d’assiette sociale.

LA BOUCLE ÉCONOMIQUE ET LA COTISATION SOCIALE SUR LA VALEUR PRODUCTIVE AUTOMATISÉE

1. Pourquoi représenter la boucle économique ?

Le débat sur le financement de la Sécurité sociale s’arrête généralement au premier mouvement de l’argent : l’entreprise verse les salaires et les cotisations, le salarié cotise et l’État prélève des impôts et des taxes.

Mais cette première opération ne suffit pas à expliquer le fonctionnement de l’économie. Il faut suivre l’argent jusqu’à son retour.

Lorsqu’un capital est engagé dans une entreprise, il permet de verser des salaires, d’acquitter des cotisations, d’acheter des matières, de l’énergie, des services et des équipements. Le travail humain, associé aux machines, transforme ces dépenses en biens ou en services. Ces derniers sont ensuite mis sur le marché et vendus à un prix.

Le prix payé devient le chiffre d’affaires de l’entreprise. Ce chiffre d’affaires doit permettre, dans la durée, de couvrir les dépenses de production, de renouveler les équipements, de financer un nouveau cycle d’activité et, lorsque cela est possible, de dégager une marge permettant de rémunérer ou d’augmenter le capital.

La boucle fondamentale peut donc être représentée ainsi :

Capital avancé → salaires, cotisations et autres dépenses de production → travail humain associé aux machines → biens et services → mise sur le marché → prix payés → chiffre d’affaires → reconstitution du capital, financement d’un nouveau cycle et augmentation éventuelle du capital.

Sans retour des sommes engagées par l’intermédiaire des ventes, l’entreprise ne peut durablement poursuivre son activité.

2. Les revenus qui permettent d’acheter la production

La production ne peut être vendue que s’il existe, en face d’elle, une demande solvable. Cette demande provient de trois grandes catégories de revenus.

Les revenus directs

Les entreprises versent des salaires en contrepartie du travail. Une partie de ces salaires est ensuite utilisée par les salariés pour se loger, se nourrir, se chauffer, se déplacer, s’équiper et accéder aux différents services.

La consommation des salariés devient alors le chiffre d’affaires des entreprises.

Les revenus socialisés ou différés

Les cotisations sociales, les impôts et les taxes alimentent la Sécurité sociale, l’État et les collectivités publiques.

Ces ressources sont ensuite transformées en :

  • retraites ;

  • remboursements de soins ;

  • indemnités ;

  • prestations familiales ;

  • allocations ;

  • traitements des agents publics ;

  • services collectifs ;

  • commandes publiques.

Les bénéficiaires utilisent à leur tour une partie de ces revenus pour consommer. Les prélèvements initiaux reviennent ainsi, au moins en partie, vers les entreprises sous la forme de chiffre d’affaires.

Les revenus financiers

Les entreprises et les organismes financiers versent également des intérêts, des dividendes, des loyers et différentes rémunérations du capital.

Ces revenus peuvent être consommés, épargnés ou investis. Ils participent donc eux aussi à la circulation économique.

La circulation complète peut être résumée ainsi :

Capital avancé → salaires, prélèvements et production → revenus directs, socialisés et financiers → consommation → prix payés → chiffre d’affaires → reconstitution, rémunération et augmentation possible du capital.

Ce ne sont pas nécessairement les mêmes entreprises qui récupèrent exactement ce qu’elles ont engagé. Le retour s’observe au niveau du circuit économique pris collectivement. Une partie de la consommation peut également alimenter les importations ou une partie des revenus peut être épargnée. Mais le principe comptable demeure : toute somme versée par un acteur est reçue par un autre et réapparaît quelque part dans les comptes de l’économie.

3. Ce que contient le prix payé par le consommateur

Le salarié devenu consommateur ne rachète pas seulement la part de salaire contenue dans le bien ou le service qu’il acquiert.

Le prix peut comprendre :

  • les rémunérations du travail ;

  • les cotisations sociales ;

  • les matières premières ;

  • l’énergie ;

  • les fournitures ;

  • les prestations achetées à d’autres entreprises ;

  • les impôts et taxes liés à la production ;

  • l’entretien et l’amortissement des équipements ;

  • les frais de financement ;

  • les dépenses de recherche et d’innovation ;

  • la marge de l’entreprise.

Dans une économie concurrentielle, l’entreprise ne peut pas toujours répercuter immédiatement et intégralement l’augmentation de ses dépenses dans ses prix. Elle peut être contrainte de réduire sa marge, d’améliorer sa productivité, de modifier son organisation ou d’abandonner une production devenue insuffisamment rentable.

Mais, dans la durée, une entreprise qui ne retrouve pas dans ses ventes les sommes nécessaires à la poursuite de son activité finit par disparaître.

Cela signifie que les cotisations versées par l’employeur ne restent pas définitivement à sa charge. Elles constituent une dépense de production que l’entreprise doit chercher à couvrir par son chiffre d’affaires, donc par les prix payés par l’ensemble de ses clients.

4. La faiblesse de l’assiette actuelle des cotisations

La protection sociale repose encore principalement sur les rémunérations du travail humain.

Une entreprise qui emploie beaucoup de salariés verse une masse importante de cotisations sociales. À l’inverse, une entreprise fortement mécanisée ou automatisée peut augmenter sa production tout en employant proportionnellement moins de personnes. Sa contribution sociale par l’intermédiaire des salaires diminue alors relativement à sa capacité productive.

La machine ne perçoit aucun salaire. Elle ne cotise ni pour la maladie, ni pour la famille, ni pour le chômage, ni pour la retraite. Pourtant, elle peut remplacer une partie du travail humain ou multiplier considérablement sa puissance productive.

Le problème n’est donc pas l’existence des machines. Elles libèrent l’être humain de tâches pénibles, dangereuses et répétitives. Le problème vient du maintien d’un financement social reposant principalement sur le nombre de salariés, alors que la production dépend de plus en plus des équipements, des robots, des logiciels et de l’automatisation.

Le développement technologique réduit ainsi progressivement l’assiette salariale qui finance la protection sociale, sans faire disparaître les besoins de santé, de retraite, de solidarité et de protection.

5. La valeur machine dans le Modèle Joule

Le Modèle Joule propose de mesurer la puissance productive des machines en emplois humains équivalents.

La comparaison historique retenue repose sur l’hypothèse selon laquelle la productivité actuelle serait approximativement dix fois supérieure à celle de 1870. Dans cette convention, un actif d’aujourd’hui, associé aux machines, produit autant que dix actifs auraient pu produire avec les moyens techniques de 1870.

La part humaine représente une unité. La part attribuée aux machines et à l’organisation technique représente donc neuf unités.

Les conventions de calcul sont les suivantes :

  • population active de référence : 30 millions de personnes ;

  • énergie annuelle conventionnelle par personne : 2 628 000 kilocalories ;

  • énergie humaine productive annuelle : 78 840 milliards de kilocalories ;

  • facteur de productivité retenu : 10 ;

  • équivalent humain attribué aux machines : 270 millions de personnes ;

  • énergie machine équivalente : 709 560 milliards de kilocalories.

Le dernier produit intérieur brut annuel complet publié par l’Insee est celui de 2025. Il atteint 2 991,1 milliards d’euros.

La valeur monétaire conventionnelle d’une kilocalorie productive est donc :

2 991,1 milliards d’euros ÷ 78 840 milliards de kilocalories = 0,03794 euro par kilocalorie.

La valeur machine devient :

709 560 milliards de kilocalories × 0,03794 euro = 26 919,9 milliards d’euros.

La valeur productive annuelle attribuée aux machines représente donc, selon les conventions du Modèle Joule :

Environ 26 920 milliards d’euros en équivalent de capacité productive.

La même opération peut être présentée plus simplement :

Valeur machine = (facteur de productivité – part humaine) × PIB.

Avec un facteur de productivité égal à 10 :

(10 – 1) × 2 991,1 milliards = 26 919,9 milliards d’euros.

Le facteur 10 constitue une convention historique et productive qui devra être vérifiée, discutée et éventuellement ajustée par des spécialistes de l’économie, de la productivité, de l’histoire du travail et de la comptabilité nationale.

6. Ce que représentent réellement ces 26 920 milliards d’euros

Cette somme ne constitue pas un capital disponible sur un compte bancaire. Elle ne représente pas davantage une richesse supplémentaire qui viendrait s’ajouter aux 2 991,1 milliards d’euros du PIB.

Elle exprime l’équivalent monétaire théorique de la capacité productive attribuée aux machines par rapport au travail humain de référence.

Il faut donc distinguer :

  • le PIB, qui mesure la valeur ajoutée effectivement produite pendant l’année ;

  • la valeur machine, qui représente une capacité productive humaine équivalente ;

  • l’assiette sociale applicable, qui doit reposer sur des éléments observables dans les comptes des entreprises.

La valeur machine du Modèle Joule est un instrument de mesure et de démonstration. Elle permet de rendre visible la puissance productive que le système comptable actuel attribue principalement au capital, alors qu’elle résulte de siècles de travail humain, de connaissances, d’apprentissages, d’inventions et d’accumulation technique.

7. Proposition d’une cotisation sociale sur la valeur productive automatisée

L’objectif n’est pas de taxer aveuglément les machines ni d’empêcher les investissements.

Il est de faire participer la capacité productive automatisée au financement de la vie sociale lorsque cette capacité complète, multiplie ou remplace le travail humain.

La nouvelle contribution pourrait être appelée :

Cotisation sociale sur la valeur productive automatisée.

Son principe serait le suivant :

Lorsqu’une entreprise utilise des équipements, des robots, des logiciels, des algorithmes ou des dispositifs automatisés pour produire, une partie de la valeur ainsi obtenue entre dans une nouvelle assiette de cotisation sociale.

La machine ne paierait évidemment pas elle-même la cotisation. L’entreprise contribuerait en fonction de la capacité productive automatisée dont elle bénéficie.

Une formule de transition pourrait être étudiée :

Assiette productive automatisée de l’entreprise = valeur ajoutée de l’entreprise × coefficient d’automatisation.

Puis :

Cotisation sociale machine = assiette productive automatisée × taux de cotisation.

Le coefficient d’automatisation pourrait prendre en considération :

  • la proportion de travail effectuée par des équipements automatisés ;

  • le rapport entre la valeur ajoutée et le nombre d’heures humaines nécessaires ;

  • les gains de productivité obtenus grâce aux équipements ;

  • la valeur et l’amortissement des machines, robots et logiciels productifs ;

  • la diminution du travail humain nécessaire pour produire une même quantité ;

  • les différences de productivité entre les secteurs économiques.

Ces critères devraient être définis secteur par secteur. Une usine automobile, une entreprise de transport, une banque numérique, un commerce, une exploitation agricole ou un cabinet médical ne peuvent pas être évalués de manière identique.

Cette évaluation devrait être confiée à une instance nationale paritaire réunissant les organisations syndicales de salariés et les représentants des entreprises, assistés de statisticiens, de comptables et de spécialistes de la productivité. Le pouvoir politique fixerait le cadre légal et resterait présent à titre consultatif dans l’évaluation économique.

8. Une illustration du rendement possible

Sur une valeur machine théorique de 26 919,9 milliards d’euros, une contribution de 0,08 % représenterait :

26 919,9 milliards × 0,08 % = environ 21,5 milliards d’euros.

Cette comparaison montre qu’un taux apparemment très faible appliqué à une capacité productive très large peut représenter une ressource sociale importante.

Elle doit cependant être présentée avec transparence. Puisque la valeur machine théorique correspond à neuf fois le PIB, une contribution de 0,08 % appliquée à cette valeur équivaut comptablement à environ 0,72 % du PIB effectivement produit.

Ce calcul ne constitue donc pas encore une prévision de recettes. Il permet de mesurer l’ordre de grandeur d’un financement possible. Le rendement réel dépendrait :

  • de la définition juridique de l’assiette ;

  • du coefficient d’automatisation retenu ;

  • du taux de cotisation ;

  • des exonérations éventuelles ;

  • du traitement des importations ;

  • des règles européennes ;

  • des mesures destinées à prévenir les délocalisations et les contournements comptables.

9. Les garanties nécessaires

Pour que cette cotisation soit économiquement viable et socialement juste, plusieurs garanties devraient être prévues.

Elle ne devrait pas pénaliser indistinctement tout investissement. Une machine qui protège la santé des salariés, supprime une tâche dangereuse, réduit la consommation d’énergie ou permet de maintenir une activité sur le territoire ne peut pas être traitée exactement comme une automatisation uniquement destinée à supprimer des emplois et à augmenter la rentabilité financière.

Le dispositif devrait donc :

  • préserver les investissements nécessaires à la sécurité et à la transition écologique ;

  • tenir compte de la situation des petites entreprises ;

  • appliquer des règles comparables aux productions importées ;

  • empêcher la délocalisation artificielle des bénéfices et des équipements ;

  • publier les méthodes de calcul utilisées ;

  • garantir que les sommes recueillies financent exclusivement la protection sociale ;

  • faire l’objet d’une évaluation annuelle par les acteurs sociaux.

L’objectif n’est pas d’opposer les salariés aux machines. Il est d’adapter le financement social à une économie dans laquelle la machine prend une place croissante dans la production.

10. La question posée aux organisations syndicales

La revendication d’une contribution des machines au financement social fut déjà avancée syndicalement en 1971. Elle fut alors écartée au motif qu’elle risquait de freiner les investissements.

Plus d’un demi-siècle plus tard, les investissements ont considérablement augmenté, l’automatisation s’est généralisée et les machines ont remplacé une part toujours plus importante du travail humain. Pourtant, la Sécurité sociale continue de dépendre principalement des rémunérations versées aux personnes employées.

La question posée aux organisations syndicales est donc simple :

Pourquoi continuer à faire reposer l’essentiel du financement social sur le travail humain, alors qu’une part croissante de la production est réalisée grâce aux machines, aux robots, aux logiciels et à l’intelligence artificielle ?

La cotisation sociale sur la valeur productive automatisée ne prétend pas fournir immédiatement une formule achevée. Elle constitue une revendication à expertiser, à négocier et à transformer en proposition applicable.

Les organisations syndicales disposent de l’expérience, de la légitimité sociale et des structures nécessaires pour conduire ce travail. Elles pourraient ainsi reprendre l’initiative sur une question essentielle : assurer le financement durable de la Sécurité sociale sans faire dépendre son avenir du seul nombre de salariés employés.

Conclusion

La machine est le produit du travail, de l’intelligence et des connaissances accumulées par les générations humaines. Elle multiplie la capacité de produire, mais elle ne participe pas directement au financement de la vie sociale lorsqu’elle réduit la masse salariale.

La proposition peut donc être résumée en une phrase :

Lorsque la machine complète, multiplie ou remplace le travail humain, la valeur productive qu’elle apporte doit contribuer, elle aussi, au financement de la protection sociale.

Il ne s’agit pas de refuser le progrès technique. Il s’agit d’éviter que le progrès technique détruise progressivement l’assiette sociale qui permet aux êtres humains de vivre.

Source du PIB : Insee, Comptes nationaux annuels 2025, publication du 29 mai 2026.

  • ANNEXE 3 : Hélice 1995.

Graphique de l'hélice :

Ce graphique se passe de commentaire la régression de la culture critique est nette et la progression du populiste tout autant que la place du monde transmis par les médias que répètent les réseaux sociaux. pour plus d'indication suivre le lien https://ddacoudre.over-blog.com/2026/06/lire-la-societe-en-image.html.

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