Risque majeur : mégafeux de forêt & orages de feu
« On définit le feu de forêt comme un incendie qui a atteint une formation forestière ou subforestière (garrigues, friches, maquis) dont la surface d'un seul tenant est supérieure à un hectare (10 000 m3) ». L’incendie parti de Saumos en Gironde lors d'un débroussaillage le 22 juillet 2026 a ravagé 42 000 hectares, détruit 240 maisons, dévasté la faune, paralysé toute une économie, obligé plus de 224 000 personnes à quitter la zone et qui a fait de nombreux blessés chez les pompiers a été qualifié de mégafeu. Le pire incendie que la France a connu depuis 1949 a mobilisé 2 700 pompiers, 24 moyens aériens, 1 500 militaires, 1 400 membres de Forces de l'ordre ainsi que de nombreux agriculteurs et entreprises du BTP.
Les feux forêstiers se propagent du fait de la conjugaison de plusieurs facteurs : la présence d'un combustible (végétaux inflammables), d'un comburant (l'air contient 21 % O2), forte chaleur, vent fort, faible taux d'humidité, sol et sous-sol inflammables (litière), relief, urbanisation diffuse étendue, difficulté d'accès. A l'approche de la saison estivale le Service Départemental d'Incendie et de Secours (SDIS) et l'Office National des Forêts (ONF) assurent la surveillance des massifs forestiers et prépositionnent des Groupes d'Intervention de Feux de Forêts (4 niveaux de faible à exceptionnel) en fonction de l'alerte météo. L'Ordre Particulier des Opérations recense les moyens disponibles et les Fiches d'Aides à l'Opération permettent aux intervenants une meilleure connaissance des différents secteurs. Le jeudi 23 le feu progresse à la vitesse de 1 km/h en direction du Lège-Cap-Ferret matérialisé sur les cartes du centre opérationnel départemental par trait rouge barrant l’entrée de la presqu’île. « Si les flammes franchissent cet axe, la presqu’île du cap Ferret, avec son unique route de sortie, se transforme en souricière. Les pompiers y mettent le paquet. Des camions sont alignés sur plusieurs kilomètres ». Dans la nuit du 24 au 25, la progression de l’incendie de Saumos menace l'ouest de la région bordelaise, dont trois sites industriels classés Seveso seuil « haut ».
Dans une forêt se trouvent des arbres de tous âges appartenant à différentes espèces et une végétation spontanée d'arbustes, herbes, ronces, etc. L'inflammabilité (capacité d’un matériau à s’enflammer et à maintenir sa combustion) des arbres dépend : de leur teneur en eau qui dépend du système racinaire, de l'évaporation, de l'épaisseur de l'écorce, du diamètre du fût, de la forme (fuseau, boule, cône, pyramidal, etc.), de ses caractéristiques chimiques (terpènes), de la litière et des feuilles. Un grand arbre a besoin selon son espèce de 75 à 1 000 litres d'eau par jour en été à cause de l'évapotranspiration des feuilles. « Le feu se propage mieux lorsque les teneurs en eau des feuillages sont inférieures à 80 %. Une feuille morte a besoin de 7 fois moins de chaleur pour brûler qu’une feuille verte ». Le bois est un organisme vivant riche en carbone (la cellulose contient environ 70 % de matière volatile), lors de la combustion, les atomes de carbone se libèrent et rencontrent l'oxygène pour former du dioxyde de carbone (réaction exothermique) qui va favoriser le dégagement de chaleur. La vitesse de combustion peut atteindre 0,9 mm par minute en fonction de l'essence du bois. Cyprès, mimosa, pyracantha, laurier amande, bambous sont plus dangereux que les essences de feuillus.
Le feu progresse horizontalement et verticalement, il consume la couche au sol, s'étend à la broussaille, aux arbustes, aux branches basses, au feuillage, au houppier et à la canopée. Les incendies de forêt sont classés en trois catégories. Incendies de souches, les composants organiques de l'humus, les souches et les racines sont difficiles à éteindre complétement car elles couvent dans le sol. Incendies de sous-bois sont souvent constitués d'amas de branches, feuilles mortes, aiguilles de pin, fougères, herbes sèches qui chauffés relâchent des terpènes (composés organiques volatils très inflammables). Le feu progresse très vite en surface et s'étend aux branches basses. Incendies de cimes : chutes de branches enflammées, projections à distance de brandons qui allument de nouveaux foyers et difficulté accrue pour les porte-lances à en atteindre la cime.
L'incendie provoque des courants d'air qui s'orientent en une direction plus ou moins stable qui conditionne de la marche du feu. Le poste de commandement est établi en avant du front du feu et à distance. Les causes de la propagation de l'incendie sont : rayonnement de la chaleur, flux thermique, sautes de feu (parties incandescentes transportées au-delà des fronts de feu), brandons. Toujours se méfier d'une saute de vent qui peut avoir des conséquences redoutables. Deux sapeurs-pompiers en furent les victimes piégés dans leur camion. En région montagneuse le feu a tendance à s'élever d'autant plus vite que la pente est raide. L'incendie se propage plus facilement dans une zone ensoleillée (adret) que dans la partie se trouvant dans l'ombre (ubac) et/ou en présence de couches de tourbes ou de charbons (feux souterrains).
Lors d'un feu à « foyer étendu, l'incendie présente des flancs et un front qui va en s'élargissant à mesure qu'il prend de l'extension ». Les pompiers attaquent les flancs afin de canaliser les flammes et d'avancer dans la même direction que l'incendie jusqu'à remonter à sa tête (front). L''eau reste le meilleur agent extincteur. « Les fourgons-pompes et les camions citernes sont des engins de lutte contre le feu d'action limitée destinés à palier, dans une certaine mesure, le manque de ressources en eau de certains secteurs. (...) Pour que le jet des lances soit efficace, il faut que l'eau soit projetée avec force et en quantité suffisante ». Le débit d'une lance moyenne (65/18) étant de 30 m3/h, cela donne une idée de la gestion de l'eau nécessaire. Le porte-lance doit utiliser le jet adapté (plein jet, jet diffusé, brouillard) à la situation et ne projeter que la quantité d'eau nécessaire à l'évolution à la situation.
Si les effectifs et les moyens le permettent, le directeur des secours les divise de façon à combattre sur chaque flanc afin de s'opposer à tout début d'incendie qui prendrait naissance derrière cette ligne par projection de flammèches et débris incandescents. Quand un camion citerne est vide, un autre doit être prêt à prendre la relève pendant que le premier retourne s'alimenter. C'est généralement le conducteur de l'engin qui s'occupe de la pompe (pression et quantité d'eau disponible). Lorsque l'eau se fait rare et que des habitations sont menacées on procède à des abattis, des tranchées, des coupe-claires, des levées de terre, des contre-feux en avant et sur les flancs de l'incendie afin d'enrayer sa progression.
Les mégafeux peuvent générer une énergie phénoménale a l'origine de pyrocumulonimbus, nuages apparus pour la première fois en Australie au début du siècle, et en France à Saumos. La chaleur qui s’élève en un panache de fumée et de suies est capable d'atteindre la tropopause et créer ses propres conditions météorologiques. « Les particules de fumée injectées dans l’atmosphère peuvent représenter jusqu’à 10 000 kilomètres cubes qui en se refroidissant sous l’effet des basses pressions atmosphériques peuvent donner naissance à la formation de pyrocumulonimbus, des nuages pouvant générer des éclairs et des rafales de vent ce qui a pour conséquences d’accélérer et d'étendre la propagation des feux de forêt ». La vitesse de progression du front de flammes dépend de la vitesse du vent et du taux d'humidité. En approximation : humidité inférieure à 15 %, 10 % de la vitesse - humidité 30 %, 5 % - humidité 45 %, 2,8. Un vent de 20 km/h avec une humidité de 30 % progresse de 1 km/h. Certains grands incendies progressent à la vitesse de 5 km/h, soit 100 mètres en 72 secondes et les fumées toxiques précèdent les flammes...
Le feu fixé en Gironde, une autre menace persiste, celle de « feux zombie ». Le massif des Landes est une ancienne zone humide, des fougères, des aiguilles de pin entassées continuent de se consumer dans la couche superficielle du sol. Les pompiers parcourent le site à l'aide d'une caméra thermique à la recherche des points chauds et des fumerolles afin de les noyer avec une réserve d'eau dorsale. L'incendie de « Landiras (Gironde) va devoir être surveillé pendant plusieurs mois en raison de la composition des sols faits de tourbe et de lignite » (charbon fossilisé). A Roquefort (Landes), lors des incendies de 1948 et 49 du lignite se serait consumé pendant plusieurs années.
Actions de prévention préfectorale : débroussaillement obligatoire sur les terrains situés à moins de 200 mètres de zone boisées - en zone urbaine débroussaillement sur 50 mètres autour des constructions et 10 mètres de part et d'autre des voies et accès privés - l'élargissement des chemins de « bucherons » ou pistes forestières afin de permettre l'accès des engins incendie - pare-feux, tours de guet et caméras de détection thermiques, outils numériques dopés à l'IA - moyens aériens (Canadairs, Dashs, hélicoptères, drones), pré positionnement d'engins en différents points sensibles. En période rouge : interdiction de tout feu - restrictions d'accès ou de circulation - interdiction de la vente de combustible au détail - le port d'allume-feux, de feux d'artifices, etc.
Recommandations : ne pas stocker de matières inflammables (bois, détritus, poubelle) contre les bâtiments habités, prévoir des moyens de lutte incendie (citerne d'eau pluviale, piscine, motopompe, sceau, pelle, textiles humides), placer un grillage (mailles 2 mm) sur les conduits d'aération, de ventilation et planchoir (ouverture au bord de toît), au printemps nettoyer les gouttières et s'assurer qu'aucune tuile n'est déplacée, élaguer et tailler les houppiers des arbres proches. La faible pente des couvertures locales, typiquement 14° à 22° pour les tuiles canal (45 kg/m2 environ) peut avoir une incidence sur la propagation de l'incendie. Dans 80 % des cas une maison prend feu à cause des brandons ! il faut ignifuger les menuiseries en bois : charpente, fenêtres, volets, escaliers, portes, planchers, tonnelle, clôtures, surtout celles situées dans l'axe du vent dominant ou jouxtant une dépression boisée n'est pas du superflu. Le bois conserve sa solidité jusqu'à la limite de son point d'allumage (bois tendre 280°C, bois dur 340°C). Le traitement ignifuge retarde le début de la combustion. Le PVC reste fortement déconseillé, à 80°C il se ramollit, à 170°C il fond et à 200° C dégage des vapeurs toxiques chlorées. Scénario catastrophe, le rayonnement calorique précédant le front de l'incendie fait fondre les gouttières et les ouvertures en PVC, les vitres tombent, l'apport soudain d'oxygène dans la pièce renforce le feu, mobilier et textiles s'embrasent. Une pièce prise par les flammes atteint 600°C en quelques minutes, les fumées envahissent les pièces et les gaz toxiques se répandent ; les victimes décèdent généralement par asphyxie.
En cas de départ de feu : alerter (18 ou 112), ouvrir le portail du terrain, éloigner les bouteilles de gaz, déplacer le véhicule à l'opposé de la venue du feu, enlever les éléments combustibles (linge suspendu, mobilier de jardin), fermer les ouvertures, occulter les aérations et interstices avec des linges humides, n'évacuer que sur ordre des autorités (prévoir un paquetage d'urgence : documents administratifs, assurance, vêtements, lunettes de vue, médicaments, couverture anti-feu, etc.). L'application open source Flamap.fr créée par Guillaume Rozier permet de suivre la progression des incendies, les surfaces brûlées, le vent à dix mètres du sol ; données actualisées toutes les deux heures.
La lutte contre le feu est l'affaire de tous (primo-intervenants) : ne pas prendre de risques inutiles ni porter de vêtements en tissus synthétiques (exposés à la chaleur ils fondent et collent à la peau), asperger les surfaces à risque : contre-vents, stores, portes, herbe sèche, toiture, tonnelle, pergola, canisse, et éteindre les petits foyers. A défaut d'eau on peut tenter d'éteindre les flammes d'un incendie naissant en les frappant avec une batte à feu, une pelle, des branches vertes ou en les recouvrant de terre pour étouffer le feu.
« La France est le quatrième pays européen le plus boisé, la rendant particulièrement vulnérable au risque d’incendie de forêt ». Avec l’élévation des températures et la diminution des précipitations prévues, les feux risquent d'être plus fréquents et perdurer sur une plus longue durée. « Les régions au climat méditerranéen pourraient passer de 40 à 80 jours au risque d'incendie par an avec un démarrage plus précoce au printemps et une fin plus tardive en automne. Vers la fin du siècle le risque de départ de feu se généralisera à l’ensemble du pays y compris dans des régions pas ou très peu concernées jusqu’ici ». Le changement climatique ne saurait valoir alibi, 90 % des départs de feux sont d'origines humaines dont 30 % sont volontaires (la foudre représente 2 % des départs de feux). Une correction, une précision, une remarque, un retour d'expérience ?
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