mardi 3 mai 2011 - par Grégory VUIBOUT

Robert Ménard : un Rush Limbaugh au rabais ?

Le personnage suscite la détestation ou l’admiration. Son livre « Vive Le Pen ! » a suscité de nombreuses et souvent excessives critiques. Et pourtant Robert Ménard semble idéologiquement cohérent avec lui-même, tout en incarnant une forme, certes regrettable, de modernité politique, sur laquelle devraient se pencher ses inquisiteurs.

Journaliste sans articles ni rédaction des années durant, Ménard a toujours été un profiteur intelligent des indignations sélectives des médias. Car Ménard cause, insulte, prend à partie et se plait dans une mauvaise foi totalement instrumentalisée à sa cause, d’abord morale (combat pour la liberté d’expression), puis aujourd’hui purement financière.

Un simple détour sur n’importe quel moteur de recherche le confirme. Son nom renvoie à quelques 2 millions de résultats sur un moteur comme Google. L’enfant d’Oran qui rêvait de gloire et de prospérité est en passe de se voir accomplir.

Ses « interviews » sur Itelé, sorte de face à face ou la question du journaliste importe beaucoup plus que la réponse de l’invité, sont très demandées et massivement plébiscitées. Les enquêtes d’audience le prouve, la chaine connait, grâce à lui, tous les soirs des pics d’audimat.

C’est que le bon peuple dont cette quasi élite se réclame se reconnait à plein dans l’irrévérence de son ton. Il aime les insultes distillées avec un art consommé de la répartie. Lorsqu’il dit regretté le bon vieux temps de la peine de mort on lui trouve du courage. Après tout il n’a pas totalement tord de dire que Sarkozy c’est un peu mieux que cette bande de nuls nous gouvernant, même si l’honnêteté impose de lui reconnaitre un bien trop grand nombre de conneries.

Une cohérence idéologique vérifiable, bien que populiste

Et pour chacun des sujets c’est la même astuce. Dire un peu de bien, mais uniquement en conséquence d’une fausse exigence de tempérance (illusion de tolérance oblige). Avant de clore son point de vue par un jugement qui se veut définitif parce que supposément profond. Les droits aux mariages des homosexuels ? Ah non surtout pas. Non par détestation de qui ils sont, mais à cause d’une survivance parfaitement légitime et répandue : celle de cette gène de voir deux êtres du même sexe se réclamant des mêmes droits que ceux caractérisant la normalité. L’Islam un ennemi et un recul de « francité » ? Pensez donc, la France est mixte, mais tout de même, tous ces minarets et ces prières de rue c’est à se demander si le Front National n’est pas dans le vrai. Et à lui entrouvrir les portes d’un certain bon sens, au moins sociétal, Ménard en arrive à faire du FN un parti comme les autres.

Bref avec Menard se rejoue de nouveau le mensonge inhérent à toute démarche populiste. Celle d’une dénonciation qui n’existe que sur ce qu’elle dénonce et n’a donc aucun intérêt à voir disparaitre. Et celle d’une parole à qui on attribue le mérite de la franchise là où il n’y a, au mieux, que posture de fausse indignation.

Un livre au titre volontairement provocateur

Toute sa démarche littéraire » de son livre « Vive Le Pen ! » est ici dessinée en creux.

Le titre déjà : une simple provocation. Il titre ainsi mais se dit incapable de voter pour Le Pen. Apologie d’un nom professant des idées qui le rebutent. Et pourtant l’homme a déjà dit être contre l’immigration. Mais même posture que sur l’homosexualité ou l’Islam. La tolérance du personnage l’empêche d’en appeler à des méthodes radicales, mais un peu plus de retenue serait la bienvenue.

Alors pourquoi un tel titre ? Simplement par fidélité à ses principes libéraux d’homme toujours intéressé par le combat d’une plus grande liberté d’expression. S’il a osé la provocation d’un tel titre c’est par esprit de provocation contre tous ceux qui refusent de donner la parole à Marine Le Pen.

Et de poursuivre dans ses raccourcis. Le Pen est bâillonnée là où Badiou est sans cesse invité à donner son point de vue. Reprise d’un vieux débat historique d’une comparaison entre stalinisme et extrême droite, mais sans la profondeur d’une exigence universitaire. Et surtout argument factice pour une dénonciation pas entièrement fausse. Alain Badiou s’il est souvent cité n’est pas Raphael Enthoven ou Michel Onfray non plus.

Alors certes le livre et les postures de Ménard ne méritent pas toutes ces critiques, mais une idée somme toute assez vraie (le boycott médiatique de Marine Le Pen) méritait-il un traitement si ouvertement, et superficiellement provocateur ? Pas sur.

Une regrettable modernité journalistique ?

Mais une telle propension à la provocation, au populisme et à l’enrichissement personnel dans ses façons d’informer les gens ne fait qu’illustrer une tendance beaucoup plus large du journalisme d’aujourd’hui. Celle d’un journalisme de partis pris explicites et de quasi propagande fait à grand coup de charisme et d’éloquence réellement convaincants. Aux Etats-Unis un Bill O’Reilly ou un Rush Limbaugh l’incarnent, en France c’est Ménard.

Là est peu être la vraie modernité du personnage et ce sur quoi il doit susciter la réflexion. Beaucoup plus que sur ce qu’il pense sur telle ou telle question exposées dans tel ou tel livre de piètre qualité.



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