samedi 18 juillet - par Desmaretz Gérard

Santé : les dangers des eaux de baignades estivales

Le corps d'un trentenaire a été repêché samedi 4 juillet vers 7 heures à la hauteur du 67 quai de Valmy dans le canal Saint-Martin à Paris. Le corps très gonflé, indique que l'homme a séjourné probablement plusieurs jours dans ce lieu de baignade autorisé au public depuis la mi-juin. L'homme a été transporté à l'Institut médico-légal pour y être autopsié. Chaque année, ce sont environ 1.000 décès par noyade accidentelle qui sont enregistrés en France, et une noyade sur quatre s’avère mortelle. La France a depuis le 17 juin traversé une vague de chaleur précoce d’une intensité inconnues dans les annales météorologiques. « La moitié des départements ont été placés en alerte rouge et les records de chaleur sont tombés les uns après les autres ». L'air chaud en provenance du Maroc a transité par la péninsule ibérique et s'est retrouvé piégé (dôme de chaleur) sous les hautes pressions d'un puissant anticyclone. On a enregistré 131 morts entre le 19 juin et 11 juillet. Selon la ministre, « 65 % de ces noyades ont lieu sur des points de baignade non surveillés ou non autorisés ».

JPEG

Parmi les causes les plus courantes de noyades en surface : les grandes catastrophes, naufrages, inondations, tsunami, ruptures de barrage, lâchés d'eau, raz-de-marée, épisodes caniculaires propices à une baignade dans un lieu interdit, noyades de jeunes enfants (piscine), jeux aquatiques, utilisation d'un engin de plage (matelas pneumatique, paddle, etc.), touristes surpris par la marée, pêcheur qui glisse dans l'eau, chavirage d'une petite embarcation, etc. Paradoxalement, la noyade fait peu de victimes chez les individus qui ne savent pas nager (16 % de la population).

« Dans 90 % des cas de noyades, il y a pénétration de liquide dans les poumons. Les autres cas correspondent à un blocage respiratoire sans inhalation de liquide par suffocation à cause d'un spasme laryngé qui empêche l'inondation pulmonaire et provoque simultanément l'asphyxie ». La noyade survient par « submersion des voies respiratoires par inondation des voies broncho-alvéolaires » (asphyxie hydraulique). La pression hydrostatique augmentant d'un kilogramme par tranche de 10 mètres de profondeur, le volume du corps diminue et s'alourdit. La flottabilité devient de plus en plus négative et a pour effet de chasser l'air contenu dans les poumons et d''accélérer la descente. Chez plus d'un tiers des victimes, l'autopsie révèle une proportion notable d'alcool dans le sang.

La noyade est dite « primitive » quand la victime a respiré de l'eau par submersion : personne ne sachant pas nager, baigneur imprudent, épuisé ou roulé dans les vagues. Au début, la fermeture de la glotte (réflexe pharyngé) bloque la respiration et empêche l'eau de pénétrer dans l'arbre bronchique. Si la victime garde la tête hors de l'eau, le réflexe pharyngé est levé et la respiration peut reprendre. La victime se signale généralement par des cris et s'agite afin de se maintenir en surface. Mais si la victime a le visage immergé, elle peut boire la tasse, «  la glotte se ferme automatiquement et l’eau va dans l’estomac, pas dans les poumons ». L’eau n’envahit les poumons que si on perd connaissance à cause du manque d’oxygène et que les réflexes protecteurs naturels du corps sont abolis. « Cela ne veut pas dire pour autant qu’il ne peut pas y avoir de pneumopathie d’inhalation, c’est-à-dire de l’eau qui va dans les poumons  ».

La noyade peut survenir aussi après une perte de connaissance, c'est la noyade secondaire : choc thermique (delta de température) - exercice intense - repas copieux - choc laryngo-pharyngé - choc traumatique, épigastrique, génital, cervical (sinus-carotidien), voire oculaire (réflexe occulo-cardiaque). « Des lésions squelettiques, des tissus mous, de la tête et des blessures internes peuvent survenir, en particulier chez les surfeurs, skieurs nautiques, plaisanciers, victimes d'inondations, et occupants de véhicules submergés. Les personnes qui plongent en eau peu profonde peuvent subir des lésions cervicales et du rachis (lesquelles peuvent être à l'origine de la noyade ».

Qu'il s'agisse d'une noyade primitive ou secondaire, le mécanisme de la submersion (étudié par Strumza) comporte trois phases : une apnée volontaire ou réflexe, la victime panique (aquastress) - le besoin de respirer amorce la deuxième phase, levé du processus apnéïque et reprise respiratoire, une petite quantité d'eau est inhalée (hypoxie) - asphyxie par submersion avec pénétration de l'eau dans les voies respiratoires et digestives, les alvéoles pulmonaires sont lésées, la victime alourdie par le liquide coule. Le processus va alors passer par trois états : la mort apparente, le cœur bat encore, le noyé a de la spume aux lèvres et ses téguments sont bleuâtres. Mort clinique, le cœur continue à battre quelques minutes après l'arrêt respiratoire, mais ne tarde pas à apparaître une fibrillation cardiaque. Mort réelle avec l'arrêt cardiaque et anoxie du tronc cérébral. La mort est essentiellement due à l'anoxie. « les victimes ne passent pas forcement par toutes ces étapes. Dans des cas extrêmes, l’inconscience, l’absence de respiration et de circulation, sont immédiates ». En eau froide, l'hypothermie généralisée peut contribuer à ralentir la fréquence cardiaque en provoquant une vasoconstriction des artères périphériques et en détournant le sang oxygéné des extrémités et de l'intestin vers le cœur et le cerveau et augmenter les chances de survie ; réflexe plus efficace chez les enfants.

La noyade en eau douce et en eau de mer ne présente pas le même syndrome humorale (liquides organiques). « Contrairement aux autres asphyxies, intervient dans la noyade l'inégalité des tensions osmotiques entre le plasma (salinité de l'ordre de 9 g/l) et le liquide de submersion, eau douce, salée ou chlorée (piscine) ». La pression osmotique est une caractéristique d'une solution hypertonique (les ions dissous passent à travers la membrane). Cette pression se manifeste pour l'attraction de l'eau hypotonique (contenant le moins de sel) vers le liquide hypertonique au travers d'une membrane à perméabilité sélective comme cela est le cas pour les poumons.

Dans le cas d'une noyade en eau douce, l'eau passe en quelques minutes dans le sang ce qui va contribuer à une augmentation de la masse sanguine (1 à 3 litres) et à la destruction des hématies chargées de transporter l'oxygène et le CO2. Lors de son passage dans les poumons, l'eau « lessive » le surfactant (substance qui tapisse l'alvéole pulmonaire l’empêchant de s’écraser sur lui-même) et détruit des alvéoles capillaires qui laissent alors passer le plasma. La dilution des électrolytes du plasma : sodium, calcium, magnésium est responsable de la fibrillation cardiaque. L’œdème pulmonaire se constitue en quelques heures (quelques minutes dans une eau chlorée piscine. « Saler l'eau des piscines au même taux que le sang (9 gr/li) permettrait de réduire la réaction œdémateuse  ». En eau de mer le phénomène est inverse, le sang et le plasma hypotoniques par rapport au milieu passent sous l'effet de la pression osmotique dans l'eau. Le sang va des alvéoles vers les bronches entraînant une diminution de la masse sanguine (hémoconcentration), le maximum est atteint en quelques minutes (3 à 4 min). L'inondation alvéolaire entraîne un œdème aigu pulmonaire quasi immédiatement, « rarement une fibrillation ventriculaire »

Le terme hydrocution popularisé par le médecin militaire Georges Lartigue en 1953 et qui englobe plusieurs étiologies (causes des maladies) est contesté depuis les Congrès de Monaco (1947) et celui de Cannes (1951). L'« hydrocution » (mot valise) ne saurait expliquer toutes les noyades. En cas de noyade par hydrochoc ou choc thermique, les médecins parlent de choc thermodifférentiel. Une hypersensibilité à l'eau peut aller jusqu'à une perte de connaissance brutale (expérimentation du docteur roumain Radvan). Le sujet peut couler à pic sans signe annonciateur. le choc (manifestation brutale) peut survenir dès le contact de l'eau, au bout d'un certain temps ou plus rarement après la sortie de l'eau. Après un repas copieux, l'immersion en eau fraîche peut être à l'origine d'un malaise vagal en lien avec l'augmentation de la température du corps après la digestion, « mais non d'un arrêt cardiaque ». Le terme noyade sèche popularisé en 2017 suite au décès d'un enfant 7 jours après avoir bu la tasse dans une piscine reste une aberration. L'enfant est mort de problèmes cardiaques. L'OMS ayant tardé à faire son mea-culpa, des journalistes ont repris le terme.

Les maladies d'origine hydrique (dermatite et otite du baigneur, gastro-entérite) sont propagées par l'eau contaminée. Les cyanobactéries (algues bleu-vert) peuvent causer : une irritation de la peau, des yeux, du nez et de la gorge, maux d'estomac, diarrhées, vomissements, maux de tête, faiblesse musculaire, fièvre. La gravité de l'infection dépend de la durée d'exposition, de la charge et du mode de contamination (contact, ingestion, inhalation). Conditions favorables aux zoonoses : cours d'eau lent, peu profond, eau chaude, présence d'éléments nutritifs (azote, phosphore), pH entre 6,8 et 7,4 et eau saumâtre. Cette bactérie peut détruire les tissus d’où son surnom de « bactérie mangeuse de chair » et entraîner une septicémie. La leptospirose au diagnostic difficile « en raison de la variété de nombreuses souches, des nombreux symptômes et de leur similitude avec les symptômes d’autres maladies ». Les symptômes : fièvre, maux de tête, frissons, douleurs musculaires, inflammation oculaire se manifestent une dizaine de jours après l'infection. Le tableau peut devenir alarmant : inflammation du cerveau, méningite, des éruptions cutanées, destruction des globules rouges, insuffisance rénale, coloration jaune de la peau, confusion mentale, dépression, inflammation du muscle cardiaque (myocardite). Le taux de mortalité de 3 % peut atteindre 20 % dans les cas sévères.

Les calamités naturelles ou catastrophes industrielles peuvent elles aussi rendre l'eau impropre à la baignade : eaux contaminées à la suite d'un orage, pollution après une crue, débordement des égouts, déversement d'engrais chimiques, etc. Recommandations : ne pas se baigner en cas de plaies, abrasions, tatouage ou piercing récent - choisir un lieu sans algues - ne pas plonger tête la première ni sauter - ne pas avaler d'eau - éviter de mettre la tête sous la surface - porter des bouchons auriculaires et des lunettes de natation - rester le moins longtemps dans l'eau - prendre une douche dès la sortie - changer de maillot et bien s’essuyer.

Comment réagir lorsque l’on est témoin d’une noyade : appeler ou demander à quelqu'un d'appeler les secours (numéros d'urgence) - porter assistance à la victime sans mettre sa propre vie ou celle d'autrui en danger - maintenir les voies aériennes hors de l'eau - l'extraire rapidement de l'eau - victime inconsciente, la transporter en position déclive (tête vers le bas) - désobstruction des voies respiratoires. Si la victime est inconsciente et ventile la mettre en PLS - si elle est consciente et qu'elle ventile, en position assise et la rassurer. En cas d'arrêt cardio-respiratoire pratiquer bouche-à-bouche et massage cardiaque externe (30 compressions thoraciques pour deux insufflations), poursuivre jusqu’à l'arrivée des secours ou que la victime retrouve une respiration normale. La respiration d'oxygène est recommandée. Ne faut pas réchauffer un noyé car l'hypothermie préserve les fonctions bulbaires. Les chances de ranimation sont exceptionnelles après une douzaine de minutes. Même si la victime semble se rétablir, elle doit être transportée vers un centre hospitalier, des complications pulmonaires, mécaniques ou infectieuses peuvent survenir plusieurs heures après le sauvetage. « L'inhalation de bactéries ou de spores peut entraîner une pneumopathie et diminuer la sécrétion alvéolaire de surfactant et favoriser la survenue d'atélectasies (rétractation des alvéoles) responsables d'une mauvaise ventilation des zones pulmonaires atteinte  ». Une correction, une précision, une remarque ?

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°



11 réactions


  • Mustik E-Z 2027 18 juillet 12:02

    Merci, tant de complexité c’est impressionnant pour le profane...


  • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 18 juillet 16:45

    30 compressions thoraciques pour une inhalation, cela me paraît beaucoup. Si vous pouviez développer.


  • Jean Keim Jean Keim 19 juillet 07:38

    << une noyade sur quatre s’avère mortelle. >> En fait quand on est noyé on est mort.


  • ETTORE ETTORE 20 juillet 13:15

    C’est quand même étonnant, qu’aucune assoc bien pensante, n’ait encore porté plainte,

    pour non traduction des panneaux d’avertissement.

    Manquement gravissime,

    qui pourrait conduire à des tentatives de noyades insuffisemment explicites, en conseils de sauvegarde.

    via les textes et les hieroglyphes trop esotériques,

    pour des Champollions hors diplômes total !

    A l’époque heureuse et inclusive, que nous vivons, et avec les déjantés actuels de la bien pensance,

    certains réclamerons des panneaux en braille pour les mal voyants,

    des panneaux multilangues, pour les non comprenants,

    et peut être même, une interface IA,

    à activer via QR CODE,

    qui vous donnera les dernieres statistiques des lacher de vannes !

    Mais sachez que :

    L’EAU, MOUILLE !


    • Francis Francis 20 juillet 15:32

      @ETTORE

      C’est quoi, des tentatives de noyades ?


    • ETTORE ETTORE 20 juillet 16:56

      @Francis

      «  »«  »@ETTORE«  »«  »«  »«  »«  »C’est quoi, des tentatives de noyades ?«  »«  » ...................................................................... ...................................................................... ..........

      1/C’est un gars qui s’échine à essayer de couler, alors qu’il pourrait flotter, si il s’agitait...moins !

      2/Tout acte visant à entrer dans l’eau, dans le but, de revenir à l’état initial des premiers amphibiens.....

      3/Si aucune des deux conditions ci dessus ne convient, on peut dès lors parler de « suicide par noyade »

      Mais c’est rare, très rare, C’est généralement réservé à la volonté de faire,

      de certains politiques,

      qui en prime,

      rajoutent des balles dans le dos, pour un meilleur rendu en finition..


Réagir



https://merdekakreasi.co.id/buku/pkvgames/https://merdekakreasi.co.id/buku/bandarqq/https://merdekakreasi.co.id/buku/dominoqq/https://merdekakreasi.co.id/tentang-kami/