lundi 7 novembre 2011 - par
Satisfaire les marchés ?
Pour un référendum européen sur la création monétaire. Même jour, mêmes questions, comptage européen. Aller vers un peuple européen, et des Etats battants monnaie fédérale unique.
Les marchés juges et parties seront toujours insatisfaits. Inutile d’accélérer l’application de la loi sur la restriction des retraites pour garder le triple A, ils ne diminueront pas la pression sur l’Etat français pour si peu. Ce sera toujours trop peu pour eux.
Il est tout-à-fait inutile d’envisager que les marchés puissent à un moment ou à un autre se satisfaire des décisions politiques des Etats. Ce qu’on appelle les marchés sont dans un état d’incandescence, de surexcitation et de toute puissance tel qu’un retour au calme n’est pas possible. Ce retour au calme implique (au sens de suppose) une force supérieure à eux. Et il n’y en a pas.
Les Etats et leurs gouvernements ont fait de la satisfaction des marchés leur boussole. Les gouvernements se laissent gouverner explicitement par les agences de notation et affirment que le but de leur action est de garder ou de retrouver une bonne appréciation de ces marchés (une bonne note de leurs agences de notation).
Outre que ce n’est déjà pas très honorable d’affirmer sa soumission à quelques entreprises, (les agences de notation sont des entreprises) et non pas à l’ensemble des citoyens, cette injonction de plaire à ces entreprises n’arrivera jamais :
Les marchés et les agences de notation sont juges et parties et ont, dans cette logique systémique, intérêt à augmenter leurs taux d’intérêt. Ils ont intérêt à prêter plus cher. Par conséquent,
d’une part, l’équilibre financier du budget des Etats (remboursement de dette compris) ne les satisfera pas parce que la diminution de l’action de l’Etat dans l’économie abimera la croissance, diminuera les recettes de l’Etat, diminuera la création de richesses, la création monétaire… entraînant un cycle baissier préjudiciable au remboursement des dettes…
d’autre part, le maintien de l’activité économique des Etats qui peut aider à la croissance, à l’augmentation de la richesse et de la masse monétaire et permettre de rembourser la dette, s’est fait par la création de la dette !
donc, les mauvaises notes vont pleuvoir sur les têtes de tous les élèves… progressivement, en commençant par les plus endettés. Il n’y a dans la « commande » de ces agences de notation, c’est-à-dire la réponse à ces mauvaises notes que des mauvaises réponses. Qu’on aille à droite, en haut, en bas ou à gauche ou les quatre à la fois, ou les quatre successivement… on part toujours en vrille.
Mario Draghi, nouveau chef de la BCE, a baissé le principal taux directeur. La bourse est remontée ! Cette remontée est présentée dans les médias, implicitement, comme une évaluation du fait que ce nouveau chef a raison !
"La BCE peut jouer un rôle-clé pour calmer les marchés" estime Christian Schulz, économiste de la banque Berenberg. Je prends pari avec lui que le « calme des marchés » n’arrivera pas. Quoique la BCE fasse. Le calme des marchés pourra se faire si la loi reprend le dessus. Dans les règles du jeu actuel, ce calme ne se produira jamais.
Les agences des marchés sont en train de tuer leur planète. Certains virus font ça, tuent l’homme qui les porte… et meurent avec. La soumission de la sphère financière au court terme est structurelle et c’est un aveuglement. Ils doivent se nourrir et tuent toutes leurs bêtes…
Il y a une tendance forte à penser que ce type de comportement n’existe pas ou bien est maladif (exceptionnel donc), ne peut être considéré comme général, partagé par des groupes entiers, sur des périodes longues. Cette tendance à penser que chacun œuvre à son bien et ne saurait tuer qui le nourrit est un autre aveuglement. Et le caractère suicidaire de cet aveuglement mérite en soi attention et analyse.
Il nous appartient, à nous grecs, à nous Français, à nous tous, européens, de réclamer et d’obtenir un référendum sur la dette des Etats. Un référendum européen, réalisé le même jour, dans les mêmes formes, avec les mêmes questions et une totalisation (européenne) des votes. (Pas une succession de référendums se ressemblant, organisés par les Etats et soumis à des rythmes différents, à une obligation molle et incertaine, aux interprétations nationales privilégiées aux interprétations européennes).
Nous aurons une gouvernance européenne quand nous créerons un peuple européen et la solidarité dans les difficultés est un ferment d’unité. On peut rêver mieux, plus aisé, plus jouissif que la crise monétaire actuelle, certes. En remplacement de cette espérance déçue par principe du calme des marchés, on peut transformer cette proposition de référendum en Grèce en une réalisation d’un référendum fédéral européen.

