mardi 30 novembre 2010 - par
Ségolène Royal candidate à la Solferino academy
Après la Matignon academy qui occupa quelques cinq mois les médias, le nouveau jeu politique est lancé, Solferino academy. Disons pour être précis qu’il avait débuté tout doucement mais que cette fois, nous sommes en plein dans le déroulement de cette partie dont le vainqueur final aura gagné le droit de se présenter au nom du PS aux élections présidentielles. On connaît en effet une candidate dont on devine, un peu comme dans la nouvelle star, qu’elle pourra faire un excellent parcours au vu de son aisance pour interpréter son chant de présidentiable dans les médias. C’est d’ailleurs le lot de tous les candidats à ce jeu. A la différence des chanteurs de la nouvelle star, il n’y a pas un orchestre pour les mettre en valeur mais quelques journalistes qui se prêtent à ce jeu et tentent d’accompagner les acteurs politique en jouant du timing et d’une série de questions jetées comme autant de riffs incitant nos politiciens à lancer leur tirade. Dans cet exercice, Ségolène Royal est une pro, au même titre que François Hollande. Benoît Hamon est au contraire assez laborieux mais il ne se présente pas à la Solferino academy.
Contrairement aux jeux de télé réalité où chaque semaine des candidats sont éliminés, la Matignon et la Solferino academy voient le nombre de prétendants augmenter au cours du jeu. Cela fut le cas pour le poste de premier ministre. L’espace d’un jour en août, les médias ont cru que le fauteuil était vide. Pas la suite, une série de candidats furent lancés dans les médias, MAM, Baroin, Lagarde et puis Borloo qui au final, s’est planté avant la victoire, officiellement pour avoir mal géré la fausse pénurie de carburant, faute aussi impardonnable que celle d’une future star interprétant Barbelivien avec un accent punk. Fillon est maintenant à Matignon mais qui sera candidat à la présidentielle pour le PS à l’issue de cette Solferino academy prévue pour durer jusque fin 2011 et dont on ne connaît qu’un calendrier approximatif ? On sait qu’il y aura Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Ségolène Royal pour passer devant les caméras afin d’interpréter des bouts de programmes et si possible, envoyer quelques piques à l’adversaire.
On l’aura compris, si Ségolène Royal s’est déclarée sans vraiment surprendre, c’est pour occuper les médias car dans une émission politique, on invitera préférentiellement un prétendant à la Solferino academy plutôt qu’un obscur anonyme parlementaire, même s’il a des choses passionnantes à raconter et des idées surprenantes. L’effet Royal a joué puisque ce matin, elle était l’invitée de la matinale de France Inter. On imagine en coulisse que le coup était prévu depuis quelques jours car l’annonce de Royal ayant été faite le soir du 29 novembre, on n’imagine pas la radio qui joue la différence décommander un invité prévu de longue date pour le 30. Bon, on pourra toujours faire semblant de croire à l’absolue sincérité de Ségolène jurant qu’une déclaration précoce de candidature est nécessaire à un long mûrissement jusqu’à la victoire finale précédent l’ultime combat contre l’empereur nu qui va se représenter. Le fin observateur ne peut néanmoins éviter de penser qu’il n’y a pas dans cette décision une manière de se placer dans les médias et d’éviter que le temps de cerveau des électeurs ne soit par trop occupé par les déclarations des Montebourg, Valls et autres prétendant à participer au jeu. Car on sait que la mayonnaise peut monter très vite et placer au pinacle un outsider.
C’est étrange comme ce jeu paraît transparent. Sitôt candidate au primaire, Ségolène se voit questionnée sur un éventuel retrait en cas d’un DSK qui se prendrait une décision courant 2011. C’est donc clair. Tactique d’occupation du terrain peut-être décidée par le triumvir Aubry, Royal, DSK qu’on pourrait retrouver dans l’ordre ou le désordre à Matignon, Bercy et l’Elysée. Et que fait Wikileaks ? Pas le moindre câble diplomatique émané de la rue de Solferino ! Quoi qu’il en soit, cette exposition médiatique et ostentatoire des candidats aux primaires socialistes ressemble au jeu pratiqué par les ministres de Sarkozy et s’inscrit dans cette époque de profusion de fuites et autres leurres médiatiques lancés dans les tuyaux numériques pour ressortir en spray informatif. De tout ce brouillard ne peut naître que confusion et trouble dans l’opinion publique, ou alors plaire comme divertissement, un de plus parmi tant d’autres.


