vendredi 4 septembre - par Michel J. Cuny

Selon P. Reynaud, une seule condition pour se rapprocher de l’Allemagne ou s’y opposer : en finir avec le Front populaire communisant (110)

Nous avons quitté Paul Reynaud alors qu’à l’occasion de son intervention devant la Chambre des députés, le 4 décembre 1936, il en appelait à une entente possible avec l’Allemagne, pays auquel la France avait sans doute mieux à proposer que d’aller s’épuiser du côté de l’U.R.S.S. et de son peuple si peu « évolué et qui, par-là même, peut être très difficilement atteint  ».
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k6264457r/f20.item.zoom

Mais quel terrain d’entente déployer entre ces deux pays, l’Allemagne et la France, qui comptent, eux, parmi « les plus évolués », selon ce qu’il nous en a dit précédemment, de sorte qu’ils ne devraient surtout pas s’affronter au risque de rendre service aux… moins évolués ? Voilà la question essentielle à ses yeux.

Prenons aussitôt un exemple typique de rapprochement possible :
« M. le docteur Schacht est venu à Paris l’été dernier. Vous avez eu une ébauche de conversation avec lui. Elle a provoqué dans l’aile marchante de votre majorité une réaction immédiate… Et nous sommes retombés dans notre torpeur diplomatique antérieure ! » (page 3325)

Belle occasion perdue, sans doute ! Approfondissons-en la signification pour comprendre sur quoi elle est venue buter…
« J’entends bien que le gouverneur de la Reichsbank avait parlé d’un sujet qui avait provoqué certaines réactions au dehors. C’est un homme qui vit tous les jours en face de ce problème angoissant : avoir des devises pour acheter les matières premières nécessaires à l’industrie allemande. La conclusion logique de ses pensées ou de ses cauchemars devait être tout naturellement : Si je pouvais avoir des pays lointains, des colonies, par exemple, où je puisse faire cultiver des matières premières sous le contrôle de mes techniciens allemands et sans avoir à les acheter avec des devises, j’aurais résolu une partie de mon problème. » (page 3325)

Les colonies… Mais c‘est justement ce dont regorge la France, si on peut oser le dire ainsi !... Par conséquent…
« Une première observation doit être faite, je crois. C’est que, lorsqu’on est un peuple de 41 millions d’habitants – 42 avec l’Afrique du Nord ; nous n’avons pas les moyens de négliger un million d’habitants – mais avec une jeunesse peu nombreuse, une union avec un peuple dont la jeunesse est sans limite, qui est un formidable réservoir de matières premières, ne doit pas être repoussée sans un examen approfondi. » (page 3325)

Pourquoi ne pas unir nos jeunesses – l’une peu nombreuse, l’autre tellement florissante -, et les envoyer dynamiser, de concert, l’économie de nos possessions coloniales ?

Sur ce terrain-là, Paul Reynaud est l’un de nos meilleurs experts… N’a-t-il pas été ministre des Colonies du 27 janvier 1931 au 6 février 1932 ? Venu sur place autant que faire se pouvait, n’y a-t-il pas constaté une étrange léthargie ?

Par conséquent, s’il s’agit d’aider à orienter la jeunesse allemande dans cette direction-là…
« Laissons de côté, pour l’instant, l’armée russe. » (page 3325)

Dans le cas contraire…
« Je suis cependant frappé, pour ma part, du grand nombre de chars d’assaut, et de chars d’assaut modernes, de l’armée russe. » (page 3325)

Mais d’où vient donc que le pacte franco-russe n’ait pas débouché sur la mise en place d’une alliance militaire entre nos deux pays ?... Allons plus loin…
« J’ai le droit de dire, à la suite des questions qui ont été posées, l’autre jour, dans une commission de la Chambre, que l’aviation de bombardement russe est de beaucoup la plus importante du monde, qu’elle est deux fois plus importante que l’aviation de bombardement allemande. Et puis, messieurs, il y a un fait nouveau, capital, c’est que la Russie est devenue un grand pays industriel, c’est qu’elle a maintenant un potentiel de guerre qu’elle ne possédait pas autrefois et que, pour ravitailler les États de la Petite-Entente, surtout si la guerre est longue, il faudrait, de nécessité absolue, s’adresser à l’industrie russe, même si la Russie n’intervenait pas par les armes dans la guerre. » (page 3325)

Halte-là, toutefois !... Qu’il s’agisse d’ouvrir les colonies françaises à l’influence allemande ou d’aller militairement contre l’Allemagne en consolidant la face militaire du pacte franco-russe, cela exige de l’État français qu’auparavant, il purifie sa situation à l’égard du… bolchevisme intérieur… C’est ce que proclame Paul Reynaud :
« Vous sentez vous-même profondément […] que notre peuple, de tout temps si jaloux et même si soupçonneux de son indépendance à l’égard de l’étranger, n’acceptera jamais qu’un gouvernement […], qui relève pour sa vie quotidienne du vote d’hommes qui relèvent, eux-mêmes, de la IIIe internationale, fasse cette politique. » (page 3325)

À peine Paul Reynaud a-t-il quitté la tribune qu’il reçoit le soutien très appuyé du député Frédéric Dupont :
« Pour comprendre la situation actuelle, il faut d’abord connaître les sentiments d’angoisse devant le communisme qui sont le propre de presque tous les peuples d’Europe et du monde.  » (page 3326)
« Il n’y a que deux pays, en dehors de la Russie, où les communistes appartiennent à la majorité ; la France et l’Espagne ; il n’y a que deux pays où il y ait un front populaire : la France et l’Espagne. La deuxième cause de notre isolement, en dehors de cette ingérence du communisme dans notre politique, c’est la politique que nous avons suivie à l’égard de l’Espagne. » (page 3326)


« De ce côté de l’Assemblée (l’extrême gauche), on nous posait la question suivante : En faveur de quel système allez-vous vous prononcer ? J’avoue, quant à moi, que, tant que les communistes feront partie de votre majorité, il n’y a pas de politique pacifique possible, il n’y a pas de politique qui puisse nous sortir de l’isolement dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui. » (page 3327)

C’est bien la ligne défendue quelques mois plus tôt par André Pironneau dans les colonnes de L’Écho de Paris : « Le Front populaire, voilà l’ennemi. »

Mais qu’allait donc déclarer le ministre des Affaires étrangères du… gouvernement de Front populaire, Yvon Delbos ? Ceci, tout simplement :
« Messieurs, rien n’est plus nécessaire, pour la tranquillité de l’Europe, qu’un rapprochement franco-allemand. » (page 3329)

En effet, poursuit-il à propos de l’Allemagne :
« Nous ne contestons aucun de ses droits légitimes, nous n’avons aucune arrière-pensée d’hégémonie ou d’encerclement et nous ne demandons qu’à trouver un terrain d’entente, notamment par notre participation commune – et certaine entrevue dont on parlait, il y a un instant, marquait précisément cette tendance – à un effort général de rénovation économique et de désarmement. » (page 3329)

Or, dès la séance du lendemain 5 décembre 1936, un événement devait venir frapper de plein fouet la doctrine en cours d’installation au sein de la droite française… Il serait le fait d’un Henri de Kérillis hors de lui, tendant tout à coup les bras en direction du… potentiel économique et militaire de la Russie des Soviets !...

Pour en savoir plus sur le présent travail, veuillez suivre ce lien...
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/

Michel J. et Christine CUNY



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