samedi 7 novembre - par Antoine Christian LABEL NGONGO

Servir son peuple ou se servir du peuple : à quoi reconnaît-on véritablement un dirigeant ?

La véritable mesure d'un homme est la façon dont il traite quelqu'un qui ne peut absolument rien lui apporter. Cette pensée devrait être l'une des premières leçons de tout dirigeant. Car gouverner, ce n'est pas simplement exercer un pouvoir, imposer des décisions ou multiplier les discours sur l'intérêt général. Gouverner, c'est avant tout porter une responsabilité envers celles et ceux qui vous ont confié, directement ou indirectement, une partie de leur destin.

Mais que penser d'un dirigeant lorsque le fossé entre ses discours et ses actes devient de plus en plus difficile à ignorer ? Que penser d'un responsable politique qui semble trouver davantage de considération auprès des puissances étrangères qu'auprès de sa propre population ? Qui se montre conciliant envers un pays accusé d'agresser le sien, tout en faisant preuve de fermeté envers ses propres citoyens ?

Et que dire lorsque des enfants sont frappés ou brutalisés dans le contexte de manifestations ou d'interventions des forces de l'ordre ? Lorsque les citoyens, déjà confrontés à la hausse du coût de la vie, voient leur pouvoir d'achat davantage amputé par des augmentations de taxes et de prélèvements ? Pendant ce temps, des mesures fiscales favorables aux plus fortunés viennent alimenter le sentiment que les sacrifices ne sont pas répartis équitablement. Une telle situation pose une question essentielle : le pouvoir est-il encore au service du peuple ou le peuple est-il devenu un simple instrument au service du pouvoir ?

I. UN DIRIGEANT A D'ABORD DES COMPTES À RENDRE À SON PEUPLE

Un dirigeant ne devrait jamais oublier d'où vient sa légitimité et au nom de qui il exerce ses responsabilités. Son rôle n'est pas de protéger prioritairement les intérêts d'une minorité privilégiée, mais de garantir les conditions permettant à chacun de vivre dignement. La justice sociale suppose notamment que l'effort collectif soit réparti avec équité, que les plus vulnérables soient protégés et que les plus aisés contribuent à la hauteur de leurs moyens.

Lorsqu'un gouvernement augmente les prélèvements qui pèsent sur les ménages modestes et les classes moyennes, tout en accordant des avantages fiscaux aux catégories les plus favorisées, il doit pouvoir expliquer clairement ses choix et démontrer leur utilité collective. De même, aucune considération politique ne devrait justifier les violences injustifiées contre des citoyens, encore moins contre des enfants. L'autorité de l'État doit protéger, pas humilier. Elle doit faire respecter la loi sans transformer la force publique en instrument d'intimidation.

Enfin, entretenir des relations diplomatiques avec un pays étranger est une chose ; fermer les yeux sur une agression ou sacrifier les intérêts de sa propre population en est une autre. Un dirigeant digne de sa fonction devrait donc être capable de défendre les intérêts de son peuple, y compris lorsque cela exige du courage face aux puissances économiques ou étrangères.

II. PEUT-ON JUSTIFIER CES CHOIX AU NOM DES CONTRAINTES ÉCONOMIQUES ET POLITIQUES ?

Toutefois, pour être honnête dans le débat, il faut également examiner les arguments susceptibles de défendre ou d'expliquer les décisions d'un gouvernement. Un pays ne se gouverne pas uniquement avec des principes moraux. Il faut financer les services publics, rembourser les dettes, attirer les investissements, préserver les emplois et maintenir des relations diplomatiques parfois complexes.

Certaines augmentations fiscales peuvent être présentées comme nécessaires pour redresser les finances publiques. Certains allègements fiscaux accordés aux entreprises ou aux investisseurs peuvent être justifiés par la volonté de stimuler l'activité économique, de favoriser l'emploi ou d'éviter la fuite des capitaux. De même, maintenir des relations avec un pays dont les actions sont contestées ne signifie pas nécessairement approuver sa politique. La diplomatie implique parfois de conserver des canaux de communication, même dans des circonstances difficiles.

Enfin, un dirigeant peut soutenir que certaines décisions impopulaires sont prises dans l'intérêt à long terme du pays. Mais ces arguments ne peuvent pas constituer un blanc-seing. Une politique économique doit être évaluée à partir de ses résultats concrets : qui en bénéficie ? Qui en supporte le coût ? Les sacrifices demandés aujourd'hui améliorent-ils réellement les conditions de vie demain ? L'existence de contraintes ne dispense jamais un gouvernement de rendre des comptes.

III. LE POUVOIR N'EST PAS UN PRIVILÈGE, C'EST UNE RESPONSABILITÉ

Au fond, le véritable problème n'est peut-être pas de savoir si un dirigeant doit prendre des décisions difficiles. Tous les gouvernements y sont confrontés. La véritable question est de savoir au bénéfice de qui ces décisions sont prises et selon quels principes. On peut accepter qu'un gouvernement demande des efforts à sa population, à condition que ces efforts soient justifiés, équitablement répartis et accompagnés de perspectives crédibles d'amélioration.

On peut comprendre les nécessités diplomatiques, à condition que les intérêts fondamentaux du pays et la dignité de sa population ne soient pas relégués au second plan. On peut reconnaître la nécessité de maintenir l'ordre public, à condition que les droits fondamentaux soient respectés et que les violences commises par ceux qui représentent l'autorité soient sanctionnées. Un dirigeant n'a pas besoin d'être aimé de tout le monde. Il doit cependant accepter d'être questionné, critiqué et tenu responsable de ses décisions.

Car la grandeur d'une fonction ne se mesure ni au nombre de privilèges qu'elle procure, ni à la proximité avec les puissants, ni à la capacité d'imposer le silence. Elle se mesure aussi à la considération accordée aux plus modestes, à la protection des plus vulnérables et à la volonté de ne laisser personne au bord du chemin.

En définitive, un peuple n'est pas la propriété de ceux qui le gouvernent. Il est la raison même pour laquelle le pouvoir leur est confié.

ET VOUS, QU'EN PENSEZ-VOUS ?

Un dirigeant peut-il réellement prétendre servir son peuple lorsqu'il lui demande toujours davantage de sacrifices, tandis que les catégories les plus favorisées semblent bénéficier de davantage de protection ?

Faut-il juger un dirigeant sur ses intentions, sur ses résultats économiques, sur sa politique étrangère ou avant tout sur la manière dont il traite les citoyens les plus vulnérables ? Et surtout, jusqu'où un peuple doit-il accepter les sacrifices au nom de l'intérêt général ?

Le pouvoir donne-t-il le droit de gouverner ou impose-t-il d'abord le devoir de servir ?

Je vous invite à donner votre avis, que vous soyez d'accord ou en désaccord. Les opinions contradictoires sont les bienvenues, à condition qu'elles soient argumentées et respectueuses.

  • La justice fiscale : peut-on demander les mêmes sacrifices à ceux qui ont peu et à ceux qui ont beaucoup ?
  • La souveraineté : jusqu'où un dirigeant peut-il aller dans ses relations avec une puissance étrangère sans compromettre les intérêts de son propre pays ?
  • La responsabilité politique : les résultats économiques peuvent-ils justifier certaines atteintes aux libertés et à la dignité humaine ?


3 réactions


  • Étirév 7 novembre 09:05

    Un « véritable » dirigeant met en haut ce qui est bien, en bas ce qui est mal.
    La morale du « véritable » dirigeant condamne ce qu’il méprise et cela c’est :
    - Le sceptique qui craint la vérité.
    - Le lâche et sa lâcheté.
    - Le pervers qui accuse les autres de la perversion qui est en lui.
    - Le méchant, qui a l’instinct du mal.
    - Le rusé qui cherche des dupes.
    - Celui qui s’abaisse, le chien humain qui se laisse battre pour un os.
    - L’orgueilleux, mendiant d’honneur et d’argent.
    - Le mesquin qui pense à la petite utilité.
    - Le timide, l’indécis, qui n’ose faire le bien.
    - Le menteur
    Sa justice n’a pas de faiblesse ; elle est intègre dans le châtiment. L’horreur du mal le rend sévère. Autant il peut être indulgent par l’effort pour le bien, autant il est inflexible pour le coupable qui fronde...
    Dans la morale du « véritable » dirigeant c’est le bien qui se fait craindre.
    Le « véritable » dirigeant s’impose par le bien.
    Le « véritable » dirigeant créé une aristocratie du bien.
    Blog


  • cassandre4 cassandre4 7 novembre 18:23

    Le meilleur dirigeant qu’on ait eu jusqu’à présent ; c’est Charles de Gaules (il n’était pa


  • cassandre4 cassandre4 7 novembre 18:24

    impossible de finir ma phrase !..


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