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Si rareté m’était contée - AgoraVox le média citoyen
mardi 2 mars 2010 - par ddacoudre

Si rareté m’était contée

Comme théorie sur la rareté j’ai sélectionné celle de Jean-Marie ALBERTINI dont je rapporte ci-dessous quelques extraits et que je commente dans sa finalité sociologique.

Si la production crée les besoins et si la satisfaction des besoins incite à la production à créer de nouveaux besoins, ce n’est pas demain que l’on viendra à bout de la rareté.

La rareté n’a rien de « naturel ». Dans le règne animal elle n’a pas de sens. L’animal s’adapte à son milieu ou il meurt. La rareté économique a une toute autre signification.

Elle naît de la volonté de posséder ce que l’autre possède, afin de mieux l’imiter. L’autre nous incite à désirer un bien car il craint de voir notre désir se porter directement sur lui, avec quelques conséquences fort désagréables. Il accroît notre désir des choses, qu’il nous présente en faisant semblant de nous les refuser.

Nous l’avons dit, c’est cette relation qui crée la rareté, et non une simple relation aux choses. Son « invention » complétée par celle de la monnaie, s’inscrit dans la quête d’une violence non supprimée mais détournée. Elle est un acte de paix au même titre que l’invention de la monnaie, du travail, et fonde l’activité économique. La monnaie rend les biens échangeables, le désir ne débouche plus sur le vol et la capture, mais sur la production qui permet de se procurer de la monnaie. La nécessité de produire des biens pour accumuler la monnaie institue le travail et développe la rationalité instrumentale, la technique.

La production suscite de nouveaux désirs, les excite et accroît le sentiment de rareté par le désir contrarié de ce que possède l’autre (les « locomotives »). Pour vaincre la rareté, de nouvelles techniques sont mises au point. Nos vieux démons de la violence à l’état plus ou moins brut, qui nous jettent dans la guerre (ou sa préparation, activent cette évolution. La technique et son application à la transformation du monde élargissent le champ des productions possibles. A chaque élargissement du possible, la rareté ne recule pas, elle progresse. Tout progrès technique, toute nouvelle production fait apparaître de nouveaux besoins et exige de nouvelles ressources. La rareté précédente est remplacée par une rareté nouvelle, encore plus contraignante. Les imbrications entre l’organisation des hommes et l’organisation des choses multiplie les accaparements, les inégalités, les désirs et les raretés. »

Dans cette définition de la rareté qui commande notre organisation économique, nous voyons que Jean-Marie Albertini explique un scénario comportemental des individus qui semble inéluctable, et qu’ils vont reproduire sans cesse. L’individu a pour mission de produire des biens pour satisfaire ses besoins de telle manière que la « violence » dont il est porteur se focalise sur le désir des choses et non pas sur les individus. D’une certaine manière nous pouvons en déduire que l’activité économique va servir d’exutoire à l’agressivité voire la violence, et que dans les structures mises en place pour la production des biens et services, chaque individu va pouvoir en fonction de son caractère et des capacités qu’il en ressort y avoir un rôle, ou plusieurs rôles.

Un leurre pour un esprit clairvoyant.

Jean-Marie Albertini poursuit : « nous sommes ainsi lancés dans une course sans fin qui condamne à la croissance et par-là même à la rareté. Dieu fasse que nous nous complaisions dans la poursuite de ces leurres, car aujourd’hui nos techniques sont si puissantes que le déchaînement de la violence « traditionnelle » signifierait, le suicide de l’humanité. »

Ainsi l’individu, en détournant son agressivité vers les choses pour ne pas se confronter dans des luttes traditionnelles et avoir accès aux biens qu’il convoite dans le cadre de la rareté, a conçu de quoi exterminer l’humanité.

Sous plusieurs aspects : l’un en utilisant sa technologie à la production de ses besoins dans l’ignorance des pollutions qu’il découvre.

L’autre en disposant d’armements bactériologiques, chimiques, atomiques qui font fie des frontières des belligérants.

Et enfin en réalisant les conditions d’un ralentissement de sa croissance démographique dans les pays riches. Ralentissement dont nous pouvons tirer deux enseignements.

L’un, que tout comme d’autres espèces animales lorsque les individus perçoivent qu’il y a une réduction de la capacité nourricière ils prolifèrent moins, c’est à dire font moins d’enfants ou retardent l’événement. Pour nos sociétés cela revient à dire que lorsque les revenus du ménage sont insuffisants ou incertains les couples hésitent, voire ne procréent pas. Réactualisant inconsciemment par-là la pensée Malthusienne.

L’autre que si l’activité humaine des pays riches conduit sa population à ne pas croître, cela signifie au minimum que ce mode de vie concerné ne convient pas à notre espèce humaine.

D’une certaine manière nous voyons clairement que l’individu est son propre opposant. Cela en maintenant une course à la croissance qui, si elle devait cesser conduirait les individus, par la concurrence aux armes dites de dissuasions auxquels ils se livrent, vers un suicide collectif dans le cadre de luttes communautaristes ou dogmatiques.

C’est-à-dire de luttes guidées par la foi dans une conviction inébranlable, c’est-à-dire guider par le sacré et le nationalisme politique, par le suicide altruiste.

Mais la course à la croissance n’est pas un événement incontournable, irréversible, une vérité, un absolu.

L’activité de la planète nous a démontré qu’il n’y a rien de rigide même pas les roches qui se plient, et nous nous devrions croire que nous sommes condamnés à poursuivre une course à la croissance mortelle, poursuivre un leurre.

Nous le sommes seulement parce que nous nous le répétons ou parce que nous ne voulons pas envisager d’autres formes de croissances. Cela au travers d’un conditionnement de base psychique culturel qui grave dans nos cerveaux des schèmes quasi immuables qui rejetteront comme incongrus toutes nouvelles constructions.

Par exemple aujourd’hui il ressort de notre mode de vie occidentale un accroissement de la pollution dont presque tout le monde en convient, néanmoins aucun progrès significatif, en dehors des faux-semblants populistes, n’est fait pour y apporter une solution durable. Car les bases de référence sur lesquelles on compte pour y apporter une solution sont celles qui ont justement créé ces pollutions.

C’est-à-dire, les normes qui nous permettent de comptabiliser la richesse que nous nous gravons dans l’esprit et auquel le cerveau fera appel mécaniquement pour juger d’une situation en l’absence d’une réflexion rétroactive, la monnaie.

Une dichotomie de plus.

C’est une dichotomie que de vouloir sur la base de comportements faisant appel aux « vices » développer la socialisation, tout en s’étonnant de voir, ceux mêmes qui prônent ce type de référence aux « vices » faire appel aux forces de police pour réguler les nuisances qu’ils ont fait naître dans les ghettos de la pauvreté.

Tandis que les naïfs s’écriront que les valeurs se perdent et chercheront quelques boucs émissaires chez les soixante-huitards, dans la défaillance des parents, l’émancipation de la femme, l’immigration etc.

Alors que par leur vote ignorant des systèmes qu’ils cautionnent, ils vivent sur leurs « vices » et se plaignent de ceux des autres qui se retournent contre eux.

Jean-Marie Albertini poursuit : « le passage de la société traditionnelle à la société moderne se fait au moment où le détournement de la violence, autrefois dominée par le sacré, se réalise principalement sous l’égide de la rareté économique et son instrument : la monnaie.

Certes, dans la société traditionnelle, l’économique existe ; mais il est en quelque sorte enkysté, voire intégré dans des rapports sociaux dominés par le sacré et le politique.

La maîtrise de la rareté passe alors par les interdits (du sacré et du politique), par l’exercice de la vertu privée. La pénitence, les carêmes et les abstinences nous apprennent à limiter nos besoins et à nous adapter à l’environnement, à ne pas désirer ce que possède l’autre, notamment le riche. Dans le monde moderne, la dynamique de la rareté économique devient autonome et désacralise la pensée. Cette dynamique n’a pas besoin de notre vertu, mais au contraire de nos vices, ou de certains de nos vices : ceux qui nous incite à posséder plus de choses »... « On ne déduit l’économie, ni de la morale, ni de la valeur, ni, pour ceux qui y croient, de la révolution. Par contre on peut, en leur nom, contester l’ordre économique existant » (...) « En prenant pour hypothèse que l’économie naît de la nécessité de détourner la violence originelle sur les choses, nous ne disons pas que d’autres hypothèses ne sont pas admissibles. Nous introduisons un filtre qui permet d’interpréter autrement ce que généralement les spécialistes appellent l’économie. Nous voyons des choses que d’autres ne voient pas, nous réinterprétons différemment le perçu. Bien entendu, nous ne le faisons pas par plaisir. Nous pensons que les autres hypothèses (filtres) ne nous permettent plus aujourd’hui de comprendre certains phénomènes et qu’il faut donc réexaminer l’économie à partir d’un point de vu nouveau » (...) « Si l’économie n’est qu’une façon de détourner la violence sur les choses et non de supprimer la violence, il est bien normal qu’elle soit le terrain de luttes, d’épreuves de forces, d’empoignades en tout genre. »

Dans ce scénario que présente Jean-Marie Albertini, le postulat de départ est que l’homme est violent, et qu’il transfère cette violence dans la production des choses. Si l’on s’en réfère au tableau indicatif des références caractérielles le comportement des hommes ayant besoin d’effectuer ce transfert seraient donc de nature à appartenir au groupe B (ceux qui donnent les scénarios de vie impulsifs.)

Pourtant des articles parus dans capital actualisent son point de vue. Le numéro 141 de juin 2003 de cette revue titre : « Les menteurs de l’économie », enquête sur les nouvelles ruses, des patrons tricheurs, des vendeurs baratineurs, des charlatans de la bourse, des hommes politiques qui mystifient leurs électeurs. La revue rapporte 25 pages de cas concrets. P. 64, les astuces politique pour enjoliver les chiffres ; P. 70, les plus gros bobards de l’histoire économique ; P. 76, les boniments diaboliques des super vendeurs ; P. 80, l’étonnant succès des produits attrape-nigauds ; P.84 des entreprises expertes... en cachotteries comptables ; P. 88, comment les analystes ont fait flamber la bourse ; P. 91, les rumeurs malveillantes et leurs ravages ; P. 94, Metaleurop, ou comment mener ses troupes en bateau.

Ce type de comportement nous le retrouvons ans le groupe B des personnalités narcissiques, il n’hésite pas à utiliser tous les moyens - chantage, séduction, violence verbale, mensonges - pour parvenir à ses fins, c’est-à-dire au sommet de l’entreprise et de la fortune. Et s’il essuie un échec il recommence ailleurs ».

Si ailleurs il peut recommencer de jouer son rôle, c’est qu’il existe un scénario de film social où il y aura une place pour son rôle. 

Depuis qu’il existe, ce rôle c’est trouvé sa place dans le scénario de l’économie industrielle. Également des structures systémiques se sont construites ou confortées autour de ces traits de caractères dominants, caractérisant un certain nombre d’individus et le rendre réalisable et efficient dans le fait social, que ce soit par acceptation, parce que les individus se sentent solidaire d’un but, ou par la contrainte, de manière que les structures référentielles élaborées au fil des ans réclameront que le tempérament des individus s’y adaptent, où se suicide.

Difficile à partir de ces quelques exemples de flatter les vertus du travail et de vouloir faire croire qu’il concourt à l’épanouissement de l’homme. A moins que l’épanouissement se distingue dans l’art et la manière d’exercer sa violence via l’économique.

Il est donc difficile de croire dans les vertus d’un ultra libéralisme débridé de toute contrainte tutélaire sacrée ou politique, d’une morale, d’une philosophie ou d’une éthique. Il semble que les français l’aient compris en voulant réformer le capitalisme, mais ils ne sont pas prêt à changer le scénario du film, c’est ce que va nous démontrer cette élection régionale



7 réactions


  • Hortus 2 mars 2010 13:16

    J’aimerais bien savoir ce qu’est devenu JMA (Jean-Marie Albertini). Si des lecteurs ont des pistes.


    • LeLionDeJudas LeLionDeJudas 2 mars 2010 19:50

      Il se trouve que je voyais régulièrement ce charmant monsieur à l’occasion d’un repas de famille annuel dans la région avignonaise. Mais voici bien 4-5ans que je ne le vois plus, moi-même manquant quelques réunions. Bien que d’un âge avancé il paraissait en excellente forme, je ne peux malheureusement pas vous donner de nouvelles plus récentes dans l’immédiat, nous ne sommes pas de la même génération et le lien de famille qui nous relie, par sa femme il me semble, est assez éloigné sur l’arbre généalogique. Mais j’espère pouvoir de nouveau revoir sa bonne humeur à l’occasion du prochain repas cet été.


  • Blé 3 mars 2010 08:16

    Cet article écarte d’emblée les relations de pouvoir dans notre société hiérarchisée.

    Le désir d’une minorité de s’enrichir vite et sans partage s’impose plus surement que la démocratie réelle. Quel pouvoir ont les salariés lorsqu’une entreprise ferme pour cause de bénef et de délocalisation ?

    Combien de banques ont refusé des prêts à des producteurs de céréales qui voulaient produire du blé ? Le blé ne rapportant pas assez, le banquier proposait un prêt pour du maïs céréale dont la France n’avait pas besoin mais nécessaire aux banquiers pour « leurs besoins » de bénefs.

    Je doute fort que les écologistes puissent aller à l’encontre du pouvoir des banques.


    • ddacoudre ddacoudre 3 mars 2010 14:19

      bonjour blé

      cet article ne vise pas en particulier le pouvoir hiérarchisé, qui est une organisation du dominant systémique, qui a glissé d’ailleurs comme tu le soulignes du politique au financier.

      cordialement.


    • ddacoudre ddacoudre 3 mars 2010 14:31

      bonjour trolléon

      de nos jour l’on voudrait parler d’économie comme si elle avait une conscience en soi, indépendamment des relations sociales et psychiques des individus qui se sont auto rétroactivement bâtie. formaliser par des modèles et théories systémiques à l’avantage d’ordonner et de comparer mais aussi d’imposer une rationalité de la pensé qui fait oublier l’interrogation des raisons de « nos choix ».
      du certaine manière ils sont toujours les mêmes qu’il y a des millénaires, nous avons seulement compris un peu plus leurs source et raisons d’être, ainsi qu’amélioré les moyens de les satisfaire.
      et quelque part, tout ce que nous façonnons est l’expression de notre être, en conséquence de quoi les mathématiques comme l’économie sont des langages qui parlent de nous et qu’il faut parfois décoder.

      cordialement.


  • Lisa SION 2 Lisa SION 2 3 mars 2010 11:18

    Slu DD,

    « le passage de la société traditionnelle à la société moderne se fait au moment où le détournement de la violence, autrefois dominée par le sacré, " lorsque l’on voit les tribus faire des incantations et s’excuser d’avoir tué une bête, on les trouve franchement ridicule...S’ils voyaient comment on tue les nôtres, ils nous tueraient illico ! Cet immense respect qu’il éprouvent pour la nature qui les nourrit, afin qu’elle ne les fasse jamais basculer dans la rareté qui les tuerait, alors que leur espace est friand d’abondance, est éloquent. Ce qui se fait de plus rare aujourd’hui dans notre Société, c’est bien la liberté. a+, L.S. 


    • ddacoudre ddacoudre 3 mars 2010 14:55

      bonjour lisa

      certainement qu’il y avait et il y a toujours dans certaines tribu cette compréhension de la complétude de l’homme au monde. nous aussi nous l’avons aujourd’hui, sauf que notre cupidité n’a pas su faire les ajustements nécessaires. un des responsables majeur est la théorie de la croissance, une espèce de corolaire à la rareté mis en évidence par JM.A.

      le moyen d’en sortir est de faire de l’enseignement une activité permanente pour justement que cette agressivité humaine que nous portons puisse . dissoudre la part de violence qu’elle génère par l’affirmation de soi au travers d’enseignements valorisant et imaginatif, car notre égocentrisme est attaché a nous, il suffit de bien l’employer.

      mais je n’y crois pas vu ce que j’observe du monde. il y a pas si long temps dans un commentaire un peut provocateur je disais que nous étions entrain de faire de nos école et de nos villes des camps de concentration, et que certainement il s’en suivrait des égarements eugéniques. nous commençons avec les pédophiles, demain ce sont les mains des voleurs que l’on paralysera, puis les têtes des escrots et puis ceux qui osent penser librement.

      la demande est sou-jacente, il m’arrive parfois d’écouter ou de participer à des discutions sur la délinquance, l’on sens le poids de cette informations récurrente sur le sujet qui poussent les individus à réclamer de manière exaspéré une solution qui apporterai un terme.
      bien sur en expriment ce désirs, il n’envisage rien d’irrémédiable pour l’instant, mais cela viendra. comme c’est installé la judiciarisation et la policiarisation.

      ainsi né dans cet environnement chacun le trouvera normal, et comme les maux économique perdurerons, l’on franchira un pas de plus vers l’espérance d’une solution.

      le mécanisme définie pour la rareté par JM.A s’appliquera là aussi.

      cordialement.


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