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Spectaculaires essaimages - AgoraVox le média citoyen
mardi 29 mai 2007 - par HKac

Spectaculaires essaimages

9c1c516e9c5ae77599432e8cefbfd56f.jpgIl y a peu, le jardin de la petite maison enfouie dans la végétation a été le théâtre d’un phénomène spectaculaire : un symphonie bourdonnante de vie.

Ce lopin de terre perdu aux confins de la Brenne et de la Touraine abrite depuis un an une douzaine de ruches. Elles ne m’appartiennent pas.

Un apiculteur local avec qui je fus mis en contact a déterminé que l’exceptionnelle situation du terrain augurait d’une récolte de miel pleine de promesses.

Ce lopin de prairie est à l’écart de toute pollution industrielle. Pour être honnête, il borde un champ qui est copieusement arrosé par un agriculteur. Or, visiblement, cet agriculteur est un tant soit peu consciencieux pour ne pas utiliser des produits de traitement léthaux pour les hyménoptères (Gaucho et Régent interdits !). Les colonies que j’héberge semblent bien se porter pour le moment, aux dires de l’apiculteur.

Moi-même je n’utilise aucun produit de traitement. Je laisse faire la nature. Parfois, je déplore des ravageurs (pucerons) qui s’attaquent aux rosiers ou cerisiers et les flétrissent. Toutefois, j’accepte ces inconvénients afin que les règles de la nature soient toujours privilégiées aux dépens de celles des hommes.

La nature est la cause et sa propre solution.

La prairie fleurie et tondue occasionnellement, ainsi que la présence du verger ont convaincu l’apiculteur d’y placer ses ruches. Cette année il en a même rajouté deux supplémentaires. Cela me rassure sur la qualité de l’emplacement de la maison.

Au départ, l’apiculteur avait proposé de payer un loyer pour placer ses ruches.

C’est quelque chose que j’ai refusé. Le deal est le suivant : il donne quelques pots de miel produits par les abeilles du jardin et en échange il fait ce qu’il veut avec ses abeilles sur le terrain.

Mais au-delà de ce "deal", je suis aussi gagnant sur d’autres tableaux en acceptant des ruches sur le terrain.

En effet, les abeilles vont accroitre la pollinisation du verger et donc vraisemblablement favoriser l’obtention de fruits (cerises, mirabelles, prunes, poires, pommes...).

A ce propos, lorsque j’ai visité le Jardin des Parfums et Epices à l’île de La Réunion, j’ai attentivement écouté les propos du guide aux allures fantasques qui nous expliquait les secrets du monde des végétaux. Il nous a posé la question de ce qui se passerait si les abeilles venaient à disparaitre. La réponse a été foudroyante... De dramatiques crises alimentaires et des famines que l’humanité aurait beaucoup de difficultés à résoudre, probablement alors amenée à s’éteindre. Déjà Einstein en son temps avait prédit une telle hypothèse.

En effet, c’est la pollinisation qui permet à la fleur de produire le fruit. Cette pollinisation est plus ou moins bien assurée par le vent. Mais l’action du vent est limitative. En fait, ce sont les insectes qui sont les principaux acteurs de la pollinisation. Et en particulier les abeilles, papillons et autres insectes spécialisés.

Après un an de présence de ces ruches, un phénomène impressionnant s’est produit chez moi : un essaimage.

Je n’ai pas assisté moi-même à cet évènement. Mais mon ancêtre en fut le témoin. Et, en bon reporter, il me transmet les photos ci-après.

L’étrange société des abeilles

Une colonie d’abeilles (une par ruche) est constituée d’une unique reine, de quelques centaines de faux-bourdons (durant la belle saison) et d’ouvrières dont le nombre peut s’échelonner de vingt à cent mille individus ainsi que d’œufs, larves, nymphes (couvains).

La vie et l’organisation des abeilles nous ferait peur à nous humains. Ainsi, la reine n’a pour seul rôle que de pondre ses grosso modo 2 500 oeufs par vingt-quatre heures !

Retenons qu’au départ une reine est une larve comme les autres. Cette larve lambda ne devient reine que parce qu’à un moment donné de sa vie les ouvrières se sont mises à la nourrir de gelée royale puis de continuer à lui réserver ce régime. Alors pourquoi et sur quels critères se basent les abeilles pour se mettre à programmer une reine, je ne saurai vous dire ! Un instinct de groupe et coordonné ? Je demanderai à l’apiculteur.

Donnez de la gelée royale à vos enfants et peut-être deviendront-ils rois ou reines !

Comme il ne peut y avoir qu’une seule reine par colonie, le premier travail de la première reine née est d’identifier les larves de futures reines et de les tuer. Parfois il y a un combat à mort entre deux reines nées en même temps. Et vous savez comment ça se passe ? C’est pas celle qui pique qui gagne !

Ensuite cette reine devra s’accoupler au cours d’un vol nuptial sous la forme d’une impressionante nuée faite de mâles surexcités. J’espère qu’il me sera donné un jour d’observer ce phénomène. Mon petit côté voyeur sûrement !

Et comme chez beaucoup d’espèces, ce sont les mâles les plus opportunistes qui féconderont la reine (il en faut plusieurs pour remplir sa spermathèque). Or, en donnant sa semence, le mâle meurt sur le coup en laissant son appareil génital dans la reine. Je vous invite à voir ou revoir ce dramatique film franco-japonais autour du thème de l’Eros et Thanatos, l’amour fusionnel et passionné qu’est L’Empire des sens. Vous vous imaginerez peut-être mieux le monde des abeilles avec la scène finale du film. Le faux-bourdon n’a pas d’autre rôle. Il est incapable de se nourrir (sa trompe est trop petite !). Celui qui survit devient indésirable car inutile à la colonie. Il est chassé.

A partir de là, la reine ne va avoir pour occupation durant les jusqu’à cinq ans de sa vie que de pondre. Elle ne fait rien d’autre. Tout le reste est géré par les ouvrières.

Encore une bizarrerie, un mâle nait d’un oeuf non fécondé (il faut que je vérifie ce point auprès de mon ami apiculteur car cela me semble tout simplement stupéfiant).

Alors qu’est-ce que l’essaimage ?

L’essaimage survient lorsque la ruche est pleine à craquer de miel. A ce moment-là, les ouvrières se mettent à élever quelques reines. Et fatalement, l’une des nouvelles reines voit le jour. Avant la naissance des nouvelles reines, l’ancienne reine a pour réflexe (peut-être à la suite d’un stimulus hormonal) de quitter la ruche avec la moitié de la colonie. Cette organisation est un véritable mystère.

C’est cela qu’on appelle l’essaimage. L’essaim s’envole alors dans un fracas assourdissant pour se fixer provisoirement sur la branche d’un arbre proche. Certaines abeilles, les éclaireuses, vont ensuite partir à la recherche d’un site propice pour fonder une nouvelle colonie.

Il est très important à ce moment crucial et rare de prévenir l’apiculteur afin qu’il récupère l’essaim et sa reine pour les installer dans une ruche.

Voyez par vous-mêmes le talent de l’apiculteur qui accomplit cette tâche sans aucune protection. La personne qui l’assiste munie d’une combinaison d’astronaute est mon père qui a pu en même temps réaliser ce minireportage.

d41e008e87189b4d3da4f15ad36b332f.jpgL’essaim se fixe sur un arbre proche.

65cc4f4c4f3507eac923e104208a108b.jpgL’essaim formé autour de la reine restera compact jusqu’à ce qu’un emplacement favorable soit trouvé pour fonder une nouvelle colonie.

f24908cea020c4446f4edfa04604471a.jpg

L’apiculteur arrive pour récupérer l’essaim et sa reine.


1bdf894151dff9b09ce9b240666c62b2.jpgEt hop !

3d718f5b084c1aca7344392a43b9ee46.jpg On enfume un peu.

88d8ba1422fde99a1a74aea587d377da.jpg Maintenant il faut récupérer le deuxième essaim (essaim secondaire).




ff0c6f611e710e2cd376aa75012ee367.jpg

Et voilà l’artiste !

Les abeilles semblent sensibles à certains dégagements hormonaux de notre peau, notamment celles de la peur. Elles auraient tendance à devenir agressives en présence de ces substances. Et si vous écrasez une abeille, quittez vite les lieux ! L’abeille écrasée émet une hormone d’alerte risquant d’attirer une nuée complète de ses congénères. En dehors de cela, même si vous n’êtes pas trop "hormonal(e)", il vaut mieux éviter d’être dans la trajectoire d’envol des abeilles (de sud à ouest) pour éviter de vous faire piquer (je sais de quoi je parle).

Il y aurait tant de choses à dire sur les abeilles. J’ai eu l’occasion de dialoguer avec plusieurs apiculteurs d’origines différentes. J’ai noté que c’étaient tous des personnes passionnées au regard pétillant et d’une douceur remarquable. Ca m’a fait un peu m’interroger sur les approches, attitudes et orientations de vie à envisager pour la recherche d’une existence la plus harmonieuse possible.

Pour en savoir un peu plus...

Le site perso d’un apiculteur passionné (merci à cet apiculteur pour la qualité de son site de vulgarisation que j’ai dégusté patiemment pour apporter du contenu utile à cette note)

Apiculture (Wikipedia)

Traité Rustica de l’apiculture (c’est l’ouvrage que mon ami apiculteur m’a prêté. Il doit donc être utile)

NB  : ne m’en veuillez pas si vous constatez des informations approximatives ou inexactes. Je ne suis pas apiculteur moi-même ! En revanche, signalez-les moi afin que je corrige.



6 réactions


  • alberto 29 mai 2007 14:34

    Article très sympa HK : j’applaudis des quatre mains cette petite visite dans votre verger et votre défense des abeilles.

    Bien à vous.


    • alberto 29 mai 2007 14:36

      Pardon, j’avais omis de signer mon commentaire précédent : voilà qui est fait.


  • LE CHAT 29 mai 2007 17:47

    super article hk , je suis moi même un passionné d’entomologie et ne passe pas une journée sans me faire un plan microcosmos ; en provence on a la chance d’avoir une super gamme dans les linéaires .La semaine passée , j’ai vu une petite biche ( lucanidés ) , un scarabée rhinocéros et des cetoines noires mouchetées de blanc

    bien à toi


  • Patrick LUCO 29 mai 2007 21:37

    Excellent ! Voilà ce que j’aimerais dans mon jardin ! Ces butineuses font un travail systématique qu’aucune technologie -fut-elle « de pointe » ne pourra accomplir... Maintenant à vous cerises , prunes , poires , pommes et raisins sans compter le reste ! Bravo ! ça c’est du travail !


  • HKac 29 mai 2007 23:21

    Merci à vous tous chers amis de la Nature ! La Nature exerce sur moi une fascination indescriptible. Je vous souhaite d’être témoins de ces choses de la vie qui se déroulent parfois dans nos prés. Bien à vous


  • Marsupilami 30 mai 2007 09:50

    Article syper-sympa, écolo et poétique, merci. Pour visiter le musée du miel de Gramont, c’est par ici.


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