Sur le dos : coup de couteau annoncé des États-Unis à l’Europe
L’humiliation de l’Europe occidentale et sa mise en péril par les États-Unis, à travers ce diktat concernant l’Ukraine du plan de paix de 28 points et de son application immédiate, sont le résultat d’une politique fondamentalement erronée menée par l’ensemble de l’Europe occidentale depuis la Deuxième Guerre mondiale. Seule exception l’intermède particulier que fut, en France, la présidence du général de Gaulle.
Il est surprenant d’entendre, depuis des années, des mois et des jours, des jugements répétés sur la personnalité du président actuel des États-Unis, M. Trump, le qualifiant d’homme irréfléchi, impulsif, etc., alors que l’essentiel n’est jamais abordé de front. On entend même, récemment encore, qu’il faudrait éviter de le contrarier ou de l’énerver, afin de prévenir des colères ou des décisions intempestives contraires aux intérêts de notre pays et de l’Europe. Tout cela contient peut‑être une part de vérité, mais il s’agit avant tout d’une réalité fabriquée, construite de toutes pièces par une politique défaitiste, au service du grand capital, qui domine la vie politique européenne depuis la Deuxième Guerre mondiale, et plus particulièrement depuis la chute du mur de Berlin.
Si l’on souhaite identifier les responsabilités politiques dans la situation intolérable où se trouve aujourd’hui l’Europe occidentale, il faut mentionner particulièrement Mme Merkel et sa fidèle héritière, Mme von der Leyen, deux responsables dépourvues de vision politique, mais habiles praticiennes d’une « petite » politique gestionnaire politicienne. Elles ne sont cependant pas les seules responsables. Avec elles, la plupart des dirigeants européens ne se sont pas aperçus — ou n’ont pas voulu s’apercevoir, hypnotisés par la doxa des bonnes affaires — qu’au-delà de l’Oural se trouvait un dirigeant doté d’une vision politique et géopolitique structurée de son pays et du monde, en train de reconstruire la Russie impériale et d’accroître son influence internationale, notamment en Afrique. Il entendait donc régler au plus vite les questions de frontières et d’influence avec l’Europe occidentale ; ceci explique l’agression à l’Ukraine.
Face à cette configuration, les États-Unis ne pouvaient pas continuer à s’investir dans une région devenue pour eux à la fois un fardeau et un concurrent sur certains plans. Ils ont donc choisi de se désengager, abandonnant en pratique notre Europe aux mains de M. Poutine. À long terme, ce dernier pourrait même devenir un allié stratégique pour les États-Unis dans leur rivalité avec la Chine. Les États-Unis partagent, en effet, des affinités géostratégiques et culturelles plus fortes avec la Russie qu’avec la Chine. Et, du point de vue économique, l’Europe — vieillissante et en déclin — demeure pour un temps encore un marché important pour les États-Unis, même sous domination russe.
Dans cette perspective, ce coup de poignard porté à l’Europe était annoncé depuis une quarantaine d’années. Une Europe divisée, assoupie, n’avait — et n’a toujours — aucun poids pour contrer cette évolution ; elle s’était enfermée dans une léthargie mercantiliste visant uniquement à construire une union économique. Dans cet effort, elle a perdu progressivement son âme et son importance, et cela depuis longtemps. Une preuve parmi d’autres de son recul : les interventions militaires du président Bush père puis de son fils au Moyen-Orient, menées en marginalisant presque totalement l’Europe, et ce depuis des décennies.
Il va de soi que ceux qui critiquent certains comportements de M. Trump, parfois erratiques ou proches de la caricature, se trompent sur l’essentiel. M. Trump n’est que le porte‑parole et l’exécutant d’une stratégie cohérente et mûrement réfléchie visant à renforcer la puissance nord‑américaine.
Les commentateurs et responsables politiques semblent avoir oublié qu’ils s’étaient déjà fourvoyés lorsque le « cow‑boy » Reagan accéda à la présidence des États-Unis, bien qu’il eût déjà été gouverneur. Ils se sont également trompés, récemment et gravement, au sujet de M. Poutine. Les raisons de ces erreurs ne seront pas détaillées ici. Il est cependant évident que, très souvent, elles furent motivées par des intérêts économiques personnels : on peut citer, entre autres, l’ancien chancelier Gerhard Schröder devenu haut dirigeant de Rosneft, ou l’ancien Premier ministre français François Fillon siégeant au conseil d’administration de la société russe Zaroubejneft.
Il y a cinq ans, j’écrivais déjà dans ces colonnes un article intitulé « Trump ne trompe pas », qui demeure pleinement d’actualité.
Mais il ne suffit pas d’avoir eu raison ou d’avoir anticipé juste. Il est absolument indispensable d’agir, et non plus seulement de réagir. Il faut prendre l’initiative. Tous les gouvernements européens — à une ou deux exceptions près — doivent participer à l’envoi quasi immédiat d’une grande Brigade Internationale Européenne chargée de défendre nos frontières et nos valeurs sur le territoire ukrainien. Car nos frontières se situent là‑bas : elles ne sont plus seulement menacées, elles sont déjà violées par les troupes de M. Poutine et de ses alliés. Ainsi, les soutiens européens de M. Poutine — Mme Le Pen, M. Viktor Orbán et probablement quelques autres — seront placés devant un choix fondamental : la liberté ou le servilisme, et, pour leurs partisans, l’asservissement au service des desseins de M. Poutine.
H. Ramirez —Neuilly sur Seine le 23/11/2025


