mardi 5 mai - par Napakatbra

Surfaces illégales : un couple révèle une fraude à 418 milliards d’euros (rien qu’en région PACA)

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Pendant des années, presque personne n’a vérifié si les géants de la grande distribution respectaient vraiment les règles d’urbanisme commercial. Jusqu’au jour où un couple de locataires de galerie marchande s’est mis à compter les mètres carrés, un par un. Leur découverte : des surfaces illégales partout, et un système qui ferme les yeux.

Article original (avec vidéos) publié sur Les mots ont un sens.

« Avec Carrefour, je positive ! »

Martine Donnette et Claude Diot sont d’anciens commerçants. À la fin des années 1980, ils perdent leur magasin, floués par un Carrefour tout‑puissant qui déplace leur boutique dans un coin perdu de la galerie tout en doublant leur loyer de façon unilatérale. Derrière, ce sont plus de dix ans de vie en caravane.

Hyper-mensonges

Un jour, en étudiant les dossiers de la grande surface qui les a ruinés, ils remarquent que les chiffres ne collent pas : 16 000 m² de surface exploitée ne sont pas déclarés. Alors ils fouillent, creusent, calculent, comparent. Et ils découvrent que ce n’est pas un bug isolé, mais un schéma qui se répète un peu partout.

En 1994, ils créent l’association En Toute Franchise. Leur idée : vérifier que les grandes enseignes respectent les règles d’urbanisme commercial. On ne rajoute pas 2 000 m² à un hypermarché comme on pose une cabane dans un jardin. Aujourd’hui, l’assoce regroupe 2500 adhérents ou associations affiliées.

Honnêteté en promo

Concrètement, Martine et Claude retrouvent toujours les mêmes techniques :

  • réserves discrètement transformées en rayons de vente,
  • petites extensions répétées pour rester juste sous les seuils,
  • surfaces « oubliées » dans les dossiers,
  • changements d’usage sans autorisation.

Ils alertent les préfets. Mais souvent, rien ne se passe. Alors ils saisissent les tribunaux. Parfois, ils gagnent : des juges reconnaissent l’existence de surfaces illicites et obligent les préfets à agir, voire condamnent l’État pour ne pas avoir utilisé ses pouvoirs (vérification, mises en demeure, fermetures partielles etc.). Parfois ils perdent, ou les victoires sont renversées en appel. Le droit est complexe, les enseignes très bien défendues, et l’administration pas toujours pressée de se fâcher avec un gros acteur économique.

Hyper-surfaces en eaux troubles

Ce que cette histoire raconte, au fond, dépasse largement quelques mètres carrés de carrelage en trop :

  • Centres‑villes : plus les grandes surfaces en périphérie s’étendent, plus les rues commerçantes se vident.
  • Environnement : chaque nouveau bâtiment ou parking, c’est du sol artificialisé en plus.
  • Égalité devant la loi : quand on tape sur un petit resto pour quelques tables non autorisées, mais qu’on laisse des milliers de m² irréguliers à une grande enseigne, le message est clair : certains sont vraiment plus égaux que d’autres.

418 milliards d’euros, rien qu’en PACA

Dans leur livre, Martine Donnette et Claude Diot finissent par avancer un chiffre qui claque : 418 milliards d’euros. Ce montant ne sort pas de nulle part, mais de la somme de toutes les surfaces commerciales qu’ils estiment illégalement exploitées, et de toutes les amendes encaissables par l’État s’il s’en donnait la peine. Et cela uniquement pour la région PACA !

Petit exercice de style : ramené à la population française, on taperait dans les 5 500 milliards d’euros ! Pour rappel, le montant de la dette française est actuellement de 3 400 milliards…

La force du combat de Martine et Claude, ce n’est pas d’avoir tout gagné. C’est d’avoir montré que des citoyens peuvent mettre l’État face à ses propres lois. « Trop gros pour être empêché » ne devrait jamais être un argument recevable.

Deux vidéos pour conclure. La première est une présentation très superficielle. La seconde est un Envoyé Spécial dédié à nos deux héros.

Vidéos à voir sur "Les mots ont un sens"

Article original publié sur Les mots ont un sens.
Auteur : Napakatbra / LMOUS.
Article sous licence Creative Commons CC BY‑ND 4.0.

Image d'illustration : © Envoyé Spécial l | Capture vidéo YT modifiée par IA par LMOUS



3 réactions


  • Étirév 5 mai 12:20

    Selon Philip K. Dick (écrivain à l’origine des films « Blade Runner » ou « Minority Report »), ce sont les gens simples qui s’opposeront au pouvoir fou : « Les gens ne peuvent pas vivre de cette manière, ébranlés par les puissances politiques et économiques. Un jour il y aura la résistance. Une résistance forte et désespérée. Et pas des hommes forts et puissants mais des petites gens, des chauffeurs de bus, des épiciers, des laveurs de vitres, des serveurs » ou des petits commerçants. Blog : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/


  • yvesduc 5 mai 14:59

    Excellent article, merci. Martine Donnette est une héroïne qui a fait un travail remarquable. Les grandes surfaces engendrent chômage et centres-villes désertifiés. La fraude sur les surfaces prospère sur fond de « corruption » des partis politiques, car les grandes surfaces sont de grands donateurs.


  • Eric F Eric F 5 mai 15:40

    Il y a désormais une opération non de blanchiment mais de verdissement, les grandes surfaces font des parkings couverts coiffés de panneaux solaires (chinois) ...sous peine d’amende.

    Concernant les « arrangements » sur la superficie notamment la reconversion d’entrepôts en galerie marchande ou espace de vente, on peut effectivement le constater, ce qui surprend c’est l’ampleur et le montant indiqué -5500 milliard en transposant au niveau national parait quand même pousser le bouchon, c’est une fois et demi le PIB annuel-. En tout cas pour les communes les super et hyper sont des aubaines en taxes et emplois...sinon c’est la commune voisine qui en profitera.

    Sur la question du petit commerce de proximité, les prix y sont fatalement supérieurs (facteurs d’échelle), et les restrictions de circulation et stationnement sont un obstacle rédhibitoire. Les boulangeries du quotidien et pharmacies subsistent, les supérettes ont une place, la restauration à emporter se défend, mais on ne retrouvera jamais la cascade de tous les commerces où l’on faisait tour à tour la queue pour les emplettes du quotidien.


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