Théorème de Thomas et manipulation des masses
Le principal souci de William Isaac Thomas, sociologue américain (1863- 1947.) était d'étudier les phénomènes et les individus dans la totalité de leur contexte social. Rejetant le déterminisme économique ou technologique considéré comme seul facteur du changement social, Thomas voit dans les valeurs et attitudes humaines des éléments importants dans la transformation des sociétés. Il a contribué ainsi à la création d'une discipline psychosociologique autonome. C’est en 1923 qu’il présente dans The Unadjusted Girl, sa notion de définition de la situation. La définition de la situation c’est le moment préalable à l’action, au cours duquel l’individu examine la situation à laquelle il fait face et réfléchit à ce qu’il souhaite faire. Contrairement au modèle behavioriste, il affirme ainsi que l’action n’est pas la réponse automatique à un stimulus, mais qu’elle résulte d’un point de vue particulier sur une situation donnée. Thomas considère notamment que les individus tendent à définir la situation de façon hédoniste, tandis que la société leur enjoint de la définir de façon utilitaire, notamment en plaçant la sécurité au premier plan.

Le théorème de Thomas s’énonce comme suit
« Si les hommes définissent des situations comme réelles, alors elles sont réelles dans leurs conséquences ».
Puisque la définition de la situation qu'un individu produit constitue un préalable à son action, alors pour saisir les comportements individuels il ne faut pas se référer à la réalité mais à la façon dont les individus la perçoivent.
Exemple-1 : Le discours lepéniste sur l’immigration
L’écart entre le “ ressenti ” et la réalité. Le Point écrit : “ l’ampleur du phénomène migratoire est, partout dans le monde, largement surestimée par les opinions publiques, ce qui contribue beaucoup au fait que le “ ressenti ” de son impact économique le soit aussi. Un sondage réalisé par le German Marshall Fund indique ainsi qu’aux États-Unis les personnes interrogées évaluent en moyenne à plus de 40 % la part de la population immigrée alors qu’elle n’est en réalité que de 12, 5 %. En France, selon le même sondage, les Français évaluent à 25 % la population immigrée alors qu’elle n’est que de 8, 2 % ”.
Principales causes des idées fausses sur l’immigration
- Le flou sémantique et statistique qui entoure la question de l'immigration. Un amalgame est souvent réalisé dans le langage courant entre les notions d'étrangers et d'immigrés, ainsi que le caractère administratif et parcellaire du système statistique français en matière de flux migratoire. La notion d'immigré, définie en 1992 par le Haut Conseil à l'intégration repose sur les critères de nationalité et de lieu de naissance. « Un immigré est une personne née étrangère à l'étranger et résidant en France ». La population immigrée ne recoupe pas totalement la population étrangère contrairement à un amalgame souvent fait dans le langage courant.
- La politisation de la question de l'immigration. En effet, les conjonctures politiques ne sont pas neutres et elles structurent les flux d'entrée, les modes d'accueil des immigrants. Elles sont d'autant moins neutres que les statistiques produites ont été introduites dans un but de « gestion » de ce phénomène par des directives ministérielles.
- La méconnaissance à la fois qualitative et quantitative de l'immigration dite irrégulière. Entre régularité et irrégularité, la frontière est mouvante et il est difficile de circonscrire la population des « sans-papiers ».
Les principales fausses rumeurs sur l’immigration
- Les immigrés sont responsables de la majorité des infractions criminelles
Dans son dossier sur l’immigration, “ Valeurs actuelles ” écrit : “ si les groupes mafieux étrangers développent leur présence dans l’Hexagone, les activités illicites des organisations françaises représentent encore 80 % des infractions liées à la criminalité organisée ”. Les 20% restants sont à répartir entre immigrés et étrangers.
- La mondialisation a provoqué une invasion
Concernant le taux d’émigration, qui rapporte les migrations à la population mondiale, il ne s’est accru que de 2, 5 à 3, 2 % (entre 1970 et 2013), nous dit le journal Le Point. Seulement près de la moitié des migrations internationales ont lieu des pays du Sud vers les pays du Nord, les autres s’effectuant du Sud vers le Sud ou du Nord vers le Nord. La mondialisation n’a pas provoqué une invasion des pays riches par des hordes d’immigrés en provenance des pays pauvres. À titre d’exemple, plus de deux millions de Français vivraient actuellement à l’étranger, soit 60% de plus qu’en 2000. D’après la dernière étude de la Maison des Français de l’étranger, il s’agirait d’une population fortement diplômée : plus de la moitié des personnes interrogées sont titulaires d’un master ou d’un doctorat. 79% travaillent (contre 64% pour la population nationale), 57% des actifs gagnant plus de 30.000 € nets par an (alors que selon l’INSEE le revenu annuel net moyen français en 2010 s’élevait à 19.500 €). Parmi les émigrés exerçant une activité professionnelle, 28% gagneraient plus de 60.000 € nets par an. C’est donc, comme pour tout immigré, la motivation financière qui est le moteur principal de l’émigration française vers d’autres cieux.
Trois catégories de migrants semblent particulièrement intéressantes :
- Les émigrés patrimoniaux sont des personnes détentrices de patrimoine ou des très hauts revenus qui quittent la France en raison du niveau de la fiscalité sur le patrimoine et le capital. D’après les estimations, entre 200 et 400 milliards d’euros de capitaux ont quitté la France en 20 ans, ce qui représenterait un manque à gagner annuel pour le Trésor public de l’ordre de 9 à 10 milliards. Ils contribuent ainsi à l’appauvrissement de la France.
- Les jeunes entrepreneurs qui s’expatrient pour toutes les raisons qui concourent à façonner un écosystème entrepreneurial peu propice à la prise de risque en France. Les registres du ministère des Affaires étrangères nous permettent de constater qu’au moins 75.000 Français seraient, à l’étranger, à la tête d’une entreprise de 10 salariés au moins. A minima, 750.000 emplois auraient donc été créés à l’étranger. D’autres études avancent le chiffre d’un million d’emplois.
- Les émigrés désabusés représentent le contingent de jeunes diplômés qui ne peuvent s’épanouir en France et qui vont vérifier si l’herbe n’est pas plus verte ailleurs.
- La France est un pays « accueillant et trop gentil »
La France accueille en moyenne chaque année, depuis le début du XXIe siècle environ 200.000 migrants, ce qui ne représente que 0, 33 % de la population française. A titre de comparaison, l’Allemagne a accueilli sur son sol en 2012 plus de 1 million de migrants. Avec son taux d’immigration, la France est l’un des pays les plus fermés de l’OCDE : seul le Japon, réputé xénophobe et quasi hermétique, a un taux plus faible.
Des chercheurs suédois ont réalisé une étude mondiale afin d’évaluer la tolérance de citoyens vis-à-vis de gens perçus comme étant « dune autre race ». Le site du Washington Post a publié le 15 mai 2013 un résumé de cette enquête. D’après cette enquête, la France tient le flambeau de l’intolérance en Europe, avec 22,7 % des gens qui disent qu'ils ne veulent pas d'un voisin d'une "autre race".
- Les immigrés font plus appel aux aides sociales que les Français
La surconsommation par les immigrés d’aides sociales, qu’on retrouve de la même façon dans les autres pays riches, s’explique simplement par le fait qu’ils constituent une population dans l’ensemble peu qualifiée et défavorisée, par ailleurs discriminée sur le marché du travail, donc naturellement plus susceptible de percevoir des prestations que la moyenne des natifs.
- L’immigration pèse sur les finances publiques
Dans ses 34 pays membres, l’OCDE estime que l’immigration présente en moyenne un impact budgétaire légèrement positif : + 0, 35 % du PIB. Selon l’OCDE, "sur la longue période que représente une vie, l’immigration, qu’elle soit qualifiée ou non, contrainte (regroupement familial) ou choisie (sélection des travailleurs), présente un impact à peu près neutre sur les finances publiques d’un pays".
Comme la France accueille en moyenne 200.000 nouveaux immigrés par an, cela se traduit automatiquement par un gain positif en termes d’investissements humains. En effet, depuis sa naissance jusqu’à l’âge de 25 ans, on peut estimer que le coût moyen d’un homme ou d’une femme en France est de l’ordre de 150.000 à 200.000 Euros. Or les nouveaux immigrés sont en très grande majorité dans la force de l’âge. En prenant une moyenne de 100 K€ par individu, la France gagnerait 20 milliards d’Euros par an en termes de force de travail.
De plus, compte tenu du vieillissement de sa population d’une part et du taux de fécondation plus élevé dans la population issue de l’immigration d’autre part, ce sont les enfants de ces immigrés qui contribueront le plus à la retraite des vieux Français.
Exemple 2 : Le discours sioniste.
Les thèmes du "Peuple élu" et de la "Terre promise" sont mythiques, fruits imaginaires d'une réalité historique à retrouver. Plus concrètement, ces mythes sont une surcompensation imaginaire cultivée par une population qui aurait été réduite en esclavage du temps des pharaons. Si les juifs pensent appartenir au "peuple élu", cette croyance irrationnelle va engendrer des effets réels, au plan individuel comme au plan collectif. Illustration parmi d'autres du théorème de Thomas. Penser qu'ils ont des droits sur un territoire qui leur aurait été donné par Dieu lui-même, donne aux Juifs sionistes, un sentiment très fort de légitimité lorsqu'ils spolient, tuent et chassent les Palestiniens qui y vivaient depuis toujours. Étant le seul peuple élu de Dieu, ils s’arrogent tous les droits (et bafouent toutes les décisions de l’ONU), y compris le droit d’interdire aux "peuples non élus" de se défendre, et de prétendre au développement économique ou social. Voici ce que déclare Ovadia Yousef, leader spirituel du Shas, la troisième formation de la Knesset : « Il est interdit d’être magnanime avec eux (les Arabes). Il faut leur lancer des missiles et les annihiler. Ce sont des démons. Le seigneur devrait leur infliger les actes qu’ils commettent, pourrir leur semence, les exterminer et les faire disparaître de ce monde. ». Cela ne vous rappelle-t-il quelqu’un qui disait, vers les années trente, à peu près la même chose à propos des juifs ?
Exemple-3 : Le Théorème de Néfertiti
L’Institut du Monde Arabe, à Paris, accueille une exposition intitulée Le Théorème de Néfertiti.
Qu’est-ce en fait que le théorème de Néfertiti selon les concepteurs de cette exposition ?
Eh bien, ce serait, tout d’abord, l’ensemble des mécanismes, ou des circonstances, qui fait qu’un objet d’art, voire un simple objet, lorsqu’il est offert aux regards et, donc, placé en situation d’être vu, contemplé, admiré – dans un musée, dans une galerie , au sein d’une collection –, voit conséquemment son statut changer, advient à celui d’œuvre d’art, voire d’icône…La magie de l’ostentation, le simple fait d’être montré et d’être vu, d’être mis en valeur et observé, change la nature de l’objet exposé. Les conditions dans lesquelles cet objet est montré ou celles dans lesquelles il est contemplé, modifient, elles aussi, la façon dont il est perçu. On pense à Marcel Duchamp s’emparant d’un urinoir et lui conférant, par là-même, le statut d’œuvre d’art. Le théorème de Néfertiti prend la mesure de ces changements : c’est un corollaire du Théorème de Thomas.
Conclusion
Une société est composée d'individus : leur état d'être en est pour une part le reflet. Et l'on peut étendre ce schéma à tout ce qui concerne l'humain, ses peurs et ses croyances. Car, dans ce théorème de Thomas, se trouve exprimée toute la question du levier essentiel de pouvoir sur soi et sur les autres : la peur et l'espérance. Et sans une solide confiance en soi, sans une solide cohérence intérieure, c'est la porte ouverte à tous les errements et autres dérives.
Hannibal Genséric
http://numidia-liberum.blogspot.com/2012/09/theoreme-de-thomas-et-mnipulation-des.html

