Thinker with no View, ou itinéraire des prospectivistes pas gâtés
Bonjour. Dans l'attente du prochain livre de la communauté Thinkerview, avec ses possibles 200 pages sur la prospective et la France, je profite de l'occasion, en tant que looser adhérent au club des prospecteurs anonymes, pour vous expliquer le pourquoi, le temps d'un long article, ces dernières décennies la philosophie prospectiviste française a fabriqué des thinkers with no view, des hérétiques à la moraline bipolaire ambiante, de vrais impubliables.
Pour ceux qui l'écoutent, Sky de Thinkerview se désole fréquemment de l'absence de prospective, et souvent lorsqu'il survole les dégâts sur la France avec ses invités, il a recours à l'humour noir, à une saillie cynique en forme de question, une vibe Michel Audiard sur fond de la blague trop trash qu'on sort à ses potes à 3h du mat, le tout pour garder le flow et ne pas trop s'énerver.
Avec le temps, parfois c'est avec peine qu'il cache son dépit ou sa colère, moque leur absence, leurs manquements et finalement prend parfois pour cible de son mépris les prospectivistes qui en vivent, sachant que pour la plupart, la seule question sur laquelle ils travaillent le futur, c'est : est-ce que la demande va être supérieure à l'offre ou l'inverse ? Autrement, ils sont à l'armée et du coup leur champ de possibilités à réfléchir est contenu dans des variables militaires restreintes.
Les autres, les prospectivistes sauvages, dont je fais partie, n'en vivent pas, et au mieux ont servi d'inaudibles lanceurs d'alertes sacrificielles. J'en veux pour preuve mes vieux articles sur les effets du cannabis sur la formation du cerveau des nourrissons ou celui sur la contraception et la paternité.
Aujourd'hui, un peu plus de dix ans plus tard, comme prevu dans mes articles, on constate que les nouvelles générations ont plus de difficultés scolaires, sont moins capables de gérer leurs émotions, un ensauvagement, et c'est de la cocaïne qui circule de plus en plus facilement dans le sang de certaines femmes enceintes.
La prospective en France est bien loin du professeur Jiang et de son succès sur YouTube avec son usage prospectiviste de la théorie des jeux. La France ne veut déjà pas voir sa réalité, alors celle du monde et de l'avenir n'en parlons pas, elle n'y ressent que son déclin. La curiosite prospective n'y est pas la bienvenue, surtout si elle vient des membres des classes populaires.
Bourdieu aimait affirmer que la sociologie est un sport de combat, principalement parce qu'un bon sociologue finit par mettre en évidence un aspect de la lutte des classes. En étant gentil, on pourrait la comparer au judo. La philosophie prospectiviste, un bon prospectiviste met en évidence les rapports entre des forces qui se font la guerre hors limite, c'est plutôt le MMA.
Et comme ce sport, la philosophie prospectiviste est devenue mainstream dans l'Hexagone depuis peu, même si la France fournit des combattants et des entraîneurs à l'UFC depuis les années 2000. Les combattants des premières générations faisaient leur propre mix, les prospectivistes aussi : l'un allait chercher le clinch thaï, l'autre la philosophie taoïste, la clé de jambe du jiu-jitsu, l'autre l'Art de la guerre de Sun Tzu, le crucifix, les Mémoires de saint Ignace de Loyola fondateurs des jésuites, le front kick, Le Mythe de la Guerre-Éclair de Karl-Heinz Frieser, etc.
Et puis à l'épreuve du réel, on voit quelle technique est la plus appropriée dans quel contexte, face à quel adversaire, quelle plausible et quel fusible… puis après quelques années de pratique et de beaucoup d'efforts ingrats, le philosophe prospectiviste finit comme un combattant qui a sué son âme à l'entraînement mais n'arrive jamais jusqu'au ring du débat public ou à une prise en considération par les décideurs politiques.
Contrairement aux combattants de MMA, ils se retrouvent dans l'impossibilité d'exprimer leur art avec l'appréciation des foules, voire même d'un peu de respect venant des autres intellectuels. Ils peuvent jouer au devin pour faire du clic sur polymarket, mais en restant loin de tout sujet qui fâche. Sky peut reprocher aux philosophes prospectivistes leurs manquements, mais C'est la France qui en a tué l'esprit dans l'œuf au fur et à mesure de son brainwash.
En premier lieu, la philosophie nécessite la liberté de penser, liberté d'autant plus facilement perdue ces dernières années qu'en vérité elle ne concerne que très peu de personnes bien incapables de la défendre.
Ce qui est majoritairement donné à être perçu et défini comme de la pensée intellectuelle moderne française, ce sont des émotions qui s'arment d'arguments pour affirmer une sincérité confondue avec de la vérité dans le cadre d'une narration générale elle-même composée d'émotions collectives contrôlées.
Pas d'analyse grand angle ou multiparadigme, pas de thèse-antithèse-synthèse, pas d'ethos du vrai, du juste et du beau, pas d'usage libre de l'esprit critique sans vérifier d'abord s'il est légalement autorisé et quels efforts les indignés professionnels vont y mettre pour vous attaquer personnellement plutôt que répondre à votre logique.
Et puis rien de tout cet héritage du bon usage de la pensée n'est resté nécessaire pour les pouvoirs décisionnaires en place dans une société d'opinions numériquement stimulées.
La vérité est devenue, pour enrichir son penseur, la pièce de fiction la plus capable de mettre des mots nouveaux sur une émotion déjà ressentie comme vraie pour lui redonner vie et intensité dans le storytelling fragmenté qui sert de conscience publique.
Vous avez peur, madame ? Vous avez raison d'avoir peur, parce que… arguties qui se veulent intelligentes… j'ai t'y pas raison, ma brave dame ? Achetez, votez, consommez votre sensation de sécurité, et hop vous voilà un intellectuel à succès. T'as peur d'être un mâle bêta, mon petit gars ?
Dans une société où le sachant fait office de fournisseur de prêt-à-penser à armes égales avec le chanteur, le philosophe de fourgue a moralines sans transcendance, l'historien de filtre à acceptable d'une histoire rendue spectaculaire sinon rien, le sociologue et sa science du trop tard contemporain d'expert en progrès social, le journaliste de musicien pour chambres d'écho à éléments de langage, le journaliste d'investigation de gardien de la flamme au service des grands brûlés de la vérité sur l'oligarchie mondialisée, et où même le besogneux démographe est rendu peineux poseur d'hypothèses où fondées ne rime pas avec audible.
Non, le philosophe prospectiviste n'avait rien à faire dans cette société à part y être rapidement mis en danger, accusé de tout et n'importe quoi finissant en -isme ou -phobe.
La nature même de cet art de penser vous force à vous sortir l'âme de la noyade généralisée des cœurs et des esprits sous l'overflow des simulations numériques. Il faut se sevrer du soma social, apprendre à lire les détails, chercher à utiliser son esprit comme d'une vigie intellectuelle pour un équipage France qui préfère être envoûté par les sirènes.
Rêver l'horizon souhaitable, le trajet le plus fiable, le cap éthique à suivre, et… au mieux finir seul sur un îlot de raisons gardées constamment heurté par des flots de bêtises sur lesquels de moins en moins de Français ont appris à nager.
L'idée de danger pour le prospectiviste, notamment d'être mis à mort socialement par les conséquences de l'usage de sa philosophie, est selon vous exagérée ?
Un peu de jeu de rôle : vous êtes là, jeune philosophe des années 2000, vous aimez la France, vous vous attristez de la montée de la violence dans le quartier où vous avez grandi, vous vous en demandez les sources, la causalité, jusqu'où cela va aller, quelles solutions d'avenir. Bref, avec toute la naïveté d'un post-adolescent qui y met son bon cœur, vous arrivez à ces vérités :
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La violence de la société augmente au fur et à mesure du plus grand nombre de familles monoparentales. L'enfant développe par instinct de survie une agressivité supérieure envers le monde en tentant de protéger sa mère nourricière faute d'un père pour s'en charger. C'est naturel chez l'humain comme chez les animaux.
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Les banlieues sont les plus fortes concentrations de familles monoparentales.
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L'État fournit plus d'aide à une mère isolée qu'à une famille de jeunes mariés, incitant les jeunes couples précaires à se séparer plutôt qu'à fonder une famille.
Donc ?…
Si vous arrivez à l'idée que l'aide sociale fabrique de la violence, attention : vous êtes en danger d'être a minima de mauvais goût. Si vous persistez et vous vous dites : « Mais ils le savent, les élites, et ils ne font rien », vous vous retrouverez incapable de leur accorder la moindre estime.
Si en bon prospectiviste vous cherchez les causes legales – qui a voté quoi, quand, pourquoi, quelle intention de départ pour quelles conséquences –, le tout pour déterminer une chaîne causale suffisante pour la projeter vers un scénario d'avenir,
sur ce sujet vous tombez sur une icône intouchable comme Simone Weil, qui a idéologiquement institué la femme en pilier moral promue chef de famille contre le père alcoolique qui buvait les aides sociales. La mère est forcément courageuse et mue par un amour sacrificiel pour ses enfants ; le père est né suspect de n'être qu'égoïste jouisseur bien incapable avec ces mêmes enfants.
Des lois votées sans même l'hypothèse de faire passer les parents devant une estimation psychologique pour déterminer lequel des deux est le plus capable d'être le chef de famille,
et vous comprenez pourquoi certaines mères abusives se retrouvent sur plusieurs générations en situation de toute-puissance pour bousiller leurs enfants, même quand le père, rendu jetable, n'est ni alcoolique ni dangereusement criminel.
Enfants qui pour partie deviendront à problèmes, surtout quand, pour assurer seule son autorité, leurs mamans ont menacé de couper leur zizi ou de brûler leurs nénés, ce qui tristement aura une influence perturbatrice sur leur sexualité, leurs rapports avec les femmes et leur parentalité. Sans parler des hommes battus qui, pour beaucoup, choisissent de servir de punching-ball au sadisme violent de la mère de leurs enfants plutôt qu'elle ne s'en prenne aux gosses.
Une enquête de terrain plus tard et vous constatez que la France est caricaturalement passée du père alcoolique qui se saoulait avec l'argent des aides sociales à la mère qui doit rester femme avant tout et qui paie ses soins de beauté, sa petite chirurgie esthétique, son auto-bronzant, sa trentième paire de chaussures et parfois même son shit, avec les mêmes aides qui ne servent toujours pas le meilleur intérêt de l'enfant, surtout son équilibre alimentaire.
À chaque fois, si vous regardez bien, ce sont des pulsions d'achat et de consommation promues et valorisées par la société, dont l'assouvissement est jugé privilégié par rapport aux besoins de l'enfant par des parents pour qui ce dernier n'est pas leur priorité narcissique.
Mais attention, ces réalités – qu'il suffit de sortir de chez vous et de gratter un peu de datas – n'existent pas médiatiquement. Personne en politique n'a trouvé une manière d'en tirer profit électoral, et rien qu'évoquer Simone, c'est être en danger d'accusations d'antisémitisme, même si c'est faire insulte à cette grande dame qui ne se cachait pas derrière sa religion pour affirmer et défendre son point de vue.
Il n'est pas difficile de penser qu'à son époque elle avait raison. Le problème vient d'avoir choisi une réponse idéologique généraliste plutôt qu'une réponse équilibrée au cas par cas, plus délicate et plus proche de la réalité des destins blessés en France et de l'évolution de sa société.
Un philosophe prospectiviste, lorsqu'il faisait une projection qu'il voulait réaliste sur la montée de la violence et sur comment réussir à la stopper, devait tenir compte de ces réalités, aussi sûrement que du nombre estimé des crimes dont les victimes n'ont pas porté plainte.
Son honnêteté intellectuelle est la raison même de sa déchéance face à l'ordre moral féministe où diantre les prisons pour femmes condamnées pour maltraitance sur enfants n'existent pas, ne s'y trouvent que les victimes des hommes restées incomprises…
Si vous arrivez à la conclusion que n'importe quel humain, comme tout animal doté d'instincts de survie, développerait une même agressivité supérieure dans les mêmes conditions de surreprésentation de familles monoparentales et donc d'enfants en nécessité de sécuriser eux-mêmes leur espace vital en y incarnant la violence pour protéger leurs mères d'un monde perçu comme hostile, sans distinction d'origine, de religion, etc.
Et bien, c'est probablement vrai, mais c'est une vérité trop fade pour le besoin de storytelling, elle n'arrange personne.
Au contraire, vous heurtez la sensibilité de tous ceux pour qui l'explication unique d'un problème complexe, c'est justement la religion, les origines, l'immigration, l'homme, le patronat, les soucoupistes, etc.
Et là, par contre, vous trouverez une pléthore de politiques et autres intérêts qui en tirent un profit électoral ou financier et sont par là même motivés pour vous faire taire avec votre petit point de vue de prospectiviste que personne ne sait même ce que c'est.
Toute une dramaturgie de gauche contre droite finit rapidement d'accord sur la nécessité de nier cette réalité sociologique.
Quand même, un peu de décence : on veut bien détourner l'attention, subdiviser les prolos, capitaliser les votes issus des peurs fédératrices, ne jamais rappeler que ce sont les grands groupes industriels qui ont fait du lobbying pour favoriser l'immigration pour ensuite ne rendre des comptes qu'à leurs actionnaires en délocalisant, le tout pour mieux laisser ces immigrés déracinés sur le carreau du chômage français dans une sorte d'externalisation des pertes vers la société pour privatiser quelques gains de plus. Mais quand même, on ne va pas faire porter le chapeau de la violence aux familles monoparentales, question d'image…
Bonne intention qui, in fine, permet aussi de nier l'idée qu'il peut suffire de politiques qui favorisent l'établissement de jeunes familles traditionnelles mariées, de sécuriser et valoriser le rôle du père, pour mécaniquement affaiblir un des moteurs de croissance de la montée progressive de la violence en France et d'un de ses corollaires, la criminalité.
Ce n'est pas la solution ultime, mais à choisir entre la violence du père de famille qui naturellement se porte vers une verticalité de lutte des classes et celle d'ados livrés à la rue pour y devenir adultes, plutôt naturellement horizontalisée vers faire de la casse, un choix a été fait.
Voilà le genre de murs sur lesquels une simple recherche en philosophie prospectiviste suffit à vous claquer la tête. Des souffrances réelles, des vies brisées, des enfants privés de leur plein potentiel, des nourrissons qui respirent du shit au quotidien,
et personne n'en a eu que faire parce que ce ne sont pas les combats qui comptent à la télé ou sur les réseaux sociaux. Au contraire, cela ferait perdre de l'audience ou des électeurs, stigmatiser, faire voter à l'extrême… Et bien maintenant que la situation bousille encore plus de générations, payez vos égoïsmes, vos lâchetés intellectuellement nourries pour masquer vos absences de souci d'humanité.
Un effet secondaire d'une aide sociale mal calibrée induit et participe sur plusieurs générations une montée naturelle de la violence lente mais certaine. Cette violence devient une norme, un habitus, sur laquelle les générations s'adaptent pour en tirer profit. Du coup, elle s'auto-anoblit en étant sensible à l'importation symbolique des guerres du passé ou du Moyen-Orient, le colonialisme, le nationalisme, des produits dérivés du nazisme – peu importe le cosplay qui la légitimise et donne l'illusion d'un narratif de contrôle, de camps, d'ennemi et de leaders légitimes.
Le tout en développant des commerces moralement acceptables d'un point de vue hypercapitaliste comme le souligne Michéa, mais surtout criminels et destructeurs de destins d'un point de vue légal. Violence qui finit par être suffisamment contagieuse et impactante pour planter les bases du décor d'hystérie bipolaire des prochaines présidentielles 2027.
Et le petit prospectiviste avec son « mais quand même, vous pourriez au moins faire une campagne de prévention pour les bébés et le shit , personne n'est plus trahi que le parent qui va au boulot dans l'espoir d'offrir une meilleur vie a son gosse et qui le soir en fumant son petard a table pour calmer son stress bousille le sens meme de son effort sans le savoir », on lui expliquait que non : ce serait reconnaître la faillite de la politique de machin, salir l'image des banlieues, pas de budget, ou peu importe tant que le résultat était le même – nier cette réalité.
Bref, la prospective années 2000, c'était aussi devenir le con qui a un peu raison tout seul au milieu de conflits d'intérêts qui tous lui font comprendre qu'il ferait mieux de sortir du game.
La violence a son cycle. Tant que les gens n'en auront pas marre de chercher des coupables toujours trop impunis pour exciter leurs colères, ils ne chercheront pas des solutions basées sur le réel mais sur son déni utile et sa clientélisation fictionnelle.
Du coup, que faire avec sa petite philo prospectiviste, aller claquer une 32 hits combo avec son pote dealer qui lui explique qu'il a peut etre raison mais son boulot c'est juste vendre du sourire.. Ok... Game Over.
Quelques années plus tard, vous vous réveillez un peu curieux, l'estomac noué avec toutes ces images de morts et de destructions, et vous vous dites : la guerre, c'est sérieux, ceux qui la veulent ne jouent pas pour perdre. Ils ont un agenda, une stratégie, des timings opérationnels multidimensionnels – politiques, économiques, médiatiques, logistiques – qui leur sont propres.
Après tout, la philosophie prospectiviste, c'est aussi essayer de découvrir des patterns, des similitudes probantes, des signes avant-coureurs valables, des trappes à complotiste...
Alors, le lobby pro-guerre internationale, comment fait-il pour ajuster et imposer son agenda, sa propre temporalité et inertie, sur les démocraties ? Est ce qu'il y a des pattern visible de sa methode ?
Et merde, la réponse à la question vous intéresse.Tant qu'à avoir la nausée, autant lui faire sens, non ?... Ok, un petit reboot du game prospect vs reality, la version pirate internationale. Vous alignez des faits liés aux élections favorisant les guerres des 20 dernières années, cela donne ça :
Nicolas Sarkozy a été élu avec le soutien massif des médias, l'omni-président, si massif que certains ont développé un rejet sarkophobe de sa présence. Son opposante, Ségolène Royal, a été choisie par un sondage la désignant comme la seule candidate de gauche capable de le battre, puis lors d'une primaire influencée par ce sondage.
Ségolène Royal a pour caractéristique d'être à la fois crédible politiquement mais est munie d'une personnalité clivante, a tenu des propos qui font peu de sens, et a in fine permis la victoire de Sarkozy en faisant une élection pour laquelle elle n'était pas préparée.
Résultat : Nicolas Sarkozy est élu sur, notamment, une promesse de régler le problème de l'immigration, puis fait la guerre en Syrie, ce qui entraînera une aggravation du problème de l'immigration en Europe.
Volodymyr Zelensky doit sa carrière aux médias. Son rôle de président dans une série à succès a permis à son image d'être habituelle et rassurante pour le job au point qu'il en devient le favori des sondages, puis gagne les réelles élections avec la plus grande marge depuis la création des élections présidentielles en Ukraine.
Il est élu sur la promesse de faire la paix avec la Russie et de lutter contre la corruption. Il fait bombarder sa population russophone, la Russie réagit. Guerre en Ukraine, et aujourd'hui ses collaborateurs sont accuses de corruption et le Sénat américain lance des enquêtes pour savoir où est passé l'argent pour le soutien, et surtout des armes dont il reconnaît avoir perdu la trace pour une valeur d'un milliard de dollars.
Côté français, Hollande a reconnu publiquement avoir signé les accords avec la Russie, mettant par là même la France en position de garante de leur respect, pour permettre à l'Ukraine d'avoir plus de temps pour se préparer à la guerre, donc d'être en mesure de faire une guerre plus longue.
Macron, son successeur, lui aussi candidat massivement soutenu par les médias, après quelques gesticulations présentées comme pacifistes en bout de table de Poutine, fait tout son possible avec l'Angleterre et une partie de l'Europe pour faire durer la guerre.
Pourquoi il est prevu de faire prolonger cette guerre ? Pour donner le temps aux plans de relances et de financements des industries d'armement et assimilés de s'imposer.
Donald Trump doit une part importante de sa carrière aux médias, notamment le reality show The Apprentice, et une part de son dernier succès électoral aux médias sociaux, podcasts et autres TikTok. Son opposante, Kamala Harris, a été désignée d'autorité sans primaires démocrates, après une performance difficile du vieillissant Joe Biden.
Kamala Harris a pour particularité d'être crédible politiquement mais est munie d'une personnalité clivante, a tenu des propos qui font peu de sens, et a in fine permis la réélection de Donald Trump en faisant une mauvaise campagne pour laquelle elle n'était pas préparée.
Résultat : Donald Trump, qui a été élu avec un résultat que le Parti républicain n'avait pas obtenu depuis 20 ans, notamment sur la promesse d'être le candidat de la paix et du pouvoir d'achat américain – même si, en regardant de plus près son premier mandat, il pratiquait déjà la diplomatie de la menace de mort avec les talibans. Il a commencé une guerre de décapitation avec l'Iran qui place le prix du gallon d'essence américain à un record historique et engendre un ralentissement de la croissance mondiale, voire pire.
Pour info, une guerre de décapitation, c'est simplement des assassinats avec des agents infiltrés et quelques missiles pour le choc et surtout pour masquer médiatiquement, avec des images de décombres, l'usage de ces mêmes agents.
Le mot « guerre », ces dernières années, est mediatiquement utilisé pour masquer la réalité des rapports de force. Il n'y a pas de guerre à Gaza. Il y a une armée moderne full set contre une poignée d'hommes à qui on a laissé avoir un fusil second hand parce que ça passe mieux à l'image que des cailloux pour justifier de les massacrer. Qui a peur de l ecrasante puissance militaire des gazaouis ? Il n'y a pas de guerre au Liban-Sud, pas de conflit entre deux armées opérationnelles modernes, c'est de la guérilla.
Bref, fort de ces faits non contestables, un prospectiviste se pose ce genre de question. Attention, c'est si vous cherchez à y répondre que vous prenez un risque.
Est-ce que toutes ces élections clés ont pour point commun d'avoir été gagnées par le candidat le plus soutenu, voire le plus créé, par les médias et les instituts de sondage ? Si oui, est-ce que le vote pacifiste utile, celui de ne pas devenir le proxy des autres, c'est de choisir le candidat le moins soutenu médiatiquement ? La question de savoir si les médias sont soumis au lobby pro-guerre ne se pose plus.
Est-ce que, lorsque l'élection concerne spécifiquement un candidat qui va déclarer une guerre dans le timing de leurs agendas, les médias – ou directement le complexe militaro-industriel américain – se garantissent sa victoire en désignant une personnalité clivante comme son meilleur adversaire ? Si le pattern se reproduit dans un pays, est-il judicieux d'envisager qu'une guerre va s'y déclarer pendant le mandat suivant ?
Est-ce que les aspirations à la paix des peuples ukrainiens et américains, exprimées majoritairement dans leurs votes, n'ont pas été sollicitées pendant les campagnes présidentielles pour justement faire gagner le candidat qui va faire primer et respecter l'agenda militaire ? Si oui, est-ce la preuve que l'oligarchie militaire pense ne plus avoir besoin de la démocratie forte de son emprise sur les storytelling nationaux ?
Si vous level up le curseur de philosophie, vous arrivez à des questions encore plus problématiques :
Est-ce que le pouvoir des médias privés, à force d'étudier la société et d'en marketer la pensée, a dépassé le pouvoir des peuples à s'autodéterminer, notamment vers plus de pacifisme ?
Si qui contrôle le storytelling contrôle l'autodétermination du peuple, notamment dans ses périodes électorales, est-ce que la démocratie traditionnelle est le système politique le plus fragile pour préserver la paix ? Le moins capable de résister aux fauteurs de guerre ? À la prédation économique des groupes internationaux ?
Si oui, est-ce que la démocratie doit se mettre à jour, reconnaître la réalité des nouveaux pouvoirs pour réellement mettre en place un système d'équilibre capable de redonner au peuple son autodétermination ?
Qui pour penser le up to date ? Qui pour en faire une motivation fédératrice ? Qui pour faire la transition concrète de gouvernement ? Comment ? En combien de temps ? Etc., etc.
Je vous rassure : toutes ces questions ont en commun d'être trop en dehors des narratifs officiels. Elles n'ont aucun espace mainstream d'expression porteuse, donc elles n'existeront pas tant que le réel ne les rendra pas nécessaires.
Et du coup, votre carrière de philosophe prospectiviste non plus. Elle ne consiste qu'à se poser avant les autres des questions qui n'intéressent personne, D'autant plus que pour y réagir intelligemment, il faut sortir du confort de son positionnement narratif dans le storytelling général…
Pas de « je suis telle étiquette, donc je dois dire… » Pas de « vous êtes telle étiquette, alors ma morale m'oblige à vous dire non plus… » Rien, nada. Pas de buzz, de trash talk, de trend, de « regarde comment ma moraline passe mieux à l'image que la tienne ». Non, les questions que se pose un philosophe prospectiviste sont hors intérêt des foules sentimentales.
Pire, la philosophie prospectiviste vous place naturellement en dehors des gens qui ne veulent pas réfléchir par eux-mêmes mais juste répéter ce qu'ils pensent qu'il faut dire pour avoir bon avec la maîtresse bien-pensante… Vous voilà devenu le vrai thinker with no view. Et la curiosité isole d'un monde de demi-vérités marketées plus sûrement qu'elle ne fait de vous le borgne roi des aveugles.
Alors, trop seul avec votre petite philosophie, mais quand même un animal social, vous vous dites : j'arrête de regarder vers le futur, je vais faire comme tout le monde au bistrot, je vais parler des news. Je vais juste prendre les outils utiles pour déterminer si un scénario est plausible, focus sur la chaîne décisionnelle des événements, découper la propagande avec et essayer d'y voir plus clair.
Enfin, vous pouvez cooker votre homemade petite théorie du complot entre amis. Tout est dans le dosage : une planche de data à découper, un peu de « qui a eu le pouvoir de décider de quoi, quel intérêt, quelles conséquences ? » Un bon rasoir d'Occam pour bigorner les os du placard, mijoter à esprit critique doux, une pincée de mauvaise foi, une petite goutte de sérum de vérité pour le goût, et vous voilà prêt à trinquer avec vos amis complotistes – les seuls qui vous acceptent encore…
Au menu des derniers scénarios plausibles issus de l'actu, le plat du jour, c'est : Donald Trump est un tueur pulsionnel qui a fait foirer des années de planifications, d'infiltrations, d'investissements, de corruption, de guerre à faire durer en Ukraine pour tester le matos, les drones, et affaiblir la Russie dans son soutien à l'Iran, le tout en vue de prendre le contrôle du pétrole iranien.
Il a tout fait foirer pour une envie pulsionnelle de tuer précipitamment un ayatollah Khamenei de 84 ans, qui lui avait senti le coup venir depuis l'année d'avant et était prêt à mourir en martyr et donc devenir historiquement immortel.
Dès son premier mandat, D.J. Trump pratique la diplomatie dite de la menace de mort – que cette dernière soit sociale, économique ou tout court, de préférence en relation bilatérale tête à tête.
Il est même respecté pour ça, comme l'affirme Wesley Hunt, un ancien capitaine de l'US Army, lorsqu'il raconte que Trump a clairement dit à un chef taliban via un traducteur mal à l'aise : « Si vous touchez au moindre cheveu d'un seul Américain, je vais vous tuer », en lui sortant une photo satellite de sa maison – la version chic du « fais gaffe, je sais où t'habites et j'ai un gros gun ».
Le problème de cette méthode de diplomatie, c'est que, comme les autres méthodes, elle nécessite d'avoir une parole crédible. Seulement, dans cette variante, pour l'obtenir, il faut tuer.
Le mix data autour de la prise de décision meurtrière décrit une fatigue psychologique après avoir été la cible d'un sniper : on a envie de tirer le premier. Une volonté de crédibiliser une position de killer années 80 dans des négociations où il ne se sentait pas pris au sérieux. Il ne suffisait pas d'être célèbre pour virer des candidats de téléréalité afin de faire peur aux Iraniens.
De surcroît, la décision semble avoir été prise sur la pente savonneuse du « c'est maintenant » :
les agents infiltrés sont en place, la fenêtre de tir, c'est tout de suite ou jamais, la vie des agents est en risque permanent d'être repérée, capturée et torturée. On ne sait pas si on aura une autre fenêtre de tir. Le kill, il est sûr maintenant. Bref, une décision meurtrière prise dans des conditions pulsionnelles. L'enquête est encore en cours pour savoir qui a mis les coordonnées de l'école sur la liste des cibles ; pour l'instant, on accuse une IA.
Seulement, cette décision était anticipée, voire même a été induite par l'attitude mesurée et les postures faiblardes de l'Iran l'année précédente. L'ayatollah Khamenei exprimait déjà publiquement qu'il se sentait prêt au martyre. Les Iraniens se savaient espionnés et ont fait les proies faciles tout en ayant préparé une contre-attaque militaire qui restera dans les annales de la guerre.
Ce scénario a le mérite d'expliquer l'impréparation des bases américaines aux premiers jours de riposte, pourquoi les membres de l'OTAN n'ont pas été prévenus, les ambassades pas préparées à gérer le départ des ressortissants américains au Moyen-Orient, et quantité de flottements, de malaises de militaires et de réactions comme la démission de Joe Kent, maitre espion high level, qui, comme d'autres, tente d'empêcher que cette décision – qui n'était pas vraiment d'entrer en guerre – ne le devienne, tout en préservant l'image de Trump par un 'c'est de la faute de Netanyahu'.
Ce dernier est un personnage complexe, mais pour les besoins du narratif focus la prise de decision, on peut le décrire comme un homme qui a passé sa vie à vouloir venger son frère. Né trop tard pour chasser de vrais nazis, il en a modifié la définition par « ennemis d'Israël » pour mettre en place des campagnes successives de chasses « aux serpents » dont il veut couper les têtes, ennemis qui, par ailleurs, sont souvent les plus utiles à éliminer pour le lobby pétrolier américain – financement oblige. Sa carrière au pouvoir se retrouvant elle aussi amenée à une période d'opportunité restreinte, il aurait tendu la planche savonneuse du « c'est maintenant » à Trump en étant lui-même expert en diplomatie de la menace de mort, donc, entre collegues, il est convaincant.
Encore une fois, c'est de l'analyse avec une petite dose de prospective : comment un seul maillon faible narcissique mais néanmoins décisionnel peut ruiner une stratégie de conquête impériale planifiée et exécutée depuis plusieurs décennies.
Bien sûr, cette possibilité d'explication ne sera jamais médiatisée telle quelle, quelque soit sa vertu à aider à faire sens aux propos et tweets sur Truth Social de Trump, surtout lorsqu'il se pose en killer et aime à rappeler de temps en temps que Mohammad ben Salman ou l'Inde a intérêt à être gentil avec lui… sinon…
On ne peut pas publiquement débattre du fait de savoir si la diplomatie américaine est une diplomatie de la menace de mort. Non. On peut en faire un angle d'appréciation prospectiviste sur l'évolution possible des relations internationales avec les USA, mais ce ne sera jamais de l'histoire officielle.
L'histoire de comment un homme a trahi ses millions d'électeurs, engendré la mort d'enfants innocents, impacté a minima financièrement des centaines de millions de vies dans le monde, le tout sur une envie de tuer trop tentante pour un homme qui a passé sa vie à être célèbre en jouant le killer de téléréalité, et qui a cru que cette fois aussi son public allait le soutenir et même l'aimer pour ça comme d'habitude – non, cela ne sera pas dans les livres d'histoire.
Et donc, encore une fois, un prospectiviste, même en essayant de faire comme tout le monde, du focus sur les news, se retrouve hors du domaine de l'acceptable mainstream. No fame, no gain, juste des ennuis à fronts multiples.
En conclusion, même si je comprends que quand on aime la France, on en a souvent le cœur meurtri et que l'on préfère en rire qu'en pleurer, surtout lorsque, comme Sky et la communauté Thinkerview, on regarde souvent sous le capot des apparences,
jeter la pierre sur le vide de la prospective en France, de la pensée stratégique, c'est quand même méconnaître le rejet de ceux qui ont essayé ces dernières décennies de regarder avec curiosité le présent, la réalité des rapports de pouvoir en face, pour en deviner un avenir probable.
C'est comme se moquer des mecs trop amoureux de la curiosité qu'une femme France a fait courir jusqu'à leur perte tout en ayant choisi dès le début le beau parleur pour son dévolu,
ou reprocher à des jeunes universitaires de ne pas avoir fait un choix de carrière sacrificielle pour une science qui n'était ni valorisée, ni reconnue, ni garantissant un salaire motivant, et qui par ailleurs vous bannit de toute reconnaissance sociale. À la fac, je ne compte pas le nombre de fois où j'ai été insulté de manipulateur dangereux par des lâches, surtout s'ils sentaient qu'il y avait un peu de réel dans mes propos. Pour eux, l'important, c'est une fiction dans laquelle ils pouvaient briller et prospérer, pas de soigner la réalité.
Même à l'armée ou en école de guerre économique, mes potes geeks avec leurs théories du possible – « j'ai refait la campagne napoléonienne avec les stratégies de Sun Tzu, j'aurais eu moins de pertes » – c'est bien gentil pour occuper l'ennui avec des petits jeux, mais bon, de là à les prendre au sérieux… « On est dans la vraie vie, pas dans La Stratégie Ender. Va prévoir la demande en café, le petit geek. Les adultes doivent parler de vrais budgets. Ton imaginaire, il coûte trop cher, le geek. Va jouer tes hypothèses… »
Aujourd'hui, de la même manière que l'on admet que la Russie, en ayant laissé des libertés aux hackers, a un avantage lorsqu'elle a besoin d'en trouver chez elle – avantage que la répression en France n'a pas permis de disputer pendant longtemps –, on ne veut pas admettre que l'absence de vision stratégique en France est due à la répression intellectuelle et au mépris institutionnel infligés à ceux qui ont essayé de penser le réel plus loin.
Les temps changent, en partie grâce à Thinkerview, et j'espère le succès de leur prochain livre. Mais motiver des jeunes curieux vers une science de l'impuissance contemporaine – dont j'espère avoir, dans cet article, montré quelques facettes néanmoins pertinentes de son usage – sans les prévenir des dangers ni militer pour que la société leur fasse a minima une place respectable a defaut de les garder en prison de silence, c'est gâcher des vies à avoir parfois pertinence et raison sur des terres stérilisées de toute forme de possibilité d'en faire quelque chose de bien.
Amicalement, Barbouse. Keck Mickael.
P.S. : Forcément, il y a un peu de ma life, et on peut lire cet article comme une sorte de pub pour ThinkerView, un livre qui fait réagir avant même d'être lu. Si c'est le cas, tant mieux, ils le méritent. Au moins Sky ne pretend pas poser les questions du peuple a sa place pour credibiliser des narratifs bidons.
J'espère que vous comprendrez, dans une période de regain d'intérêt pour la prospective, que mon but dans cet article, c'est de vouloir prévenir le jeune étudiant des risques de vouloir regarder le réel avec la prospective. Et si je règle de vieux comptes, c'est pour naïvement espérer que la France qui veut réfléchir leur fasse une meilleure place que celle qui a été dévolue à ma génération. Mon cas personnel de fou en queste mystique est ailleurs.
Me juger est facile, mais en attendant, mes vieux articles ici sur Agora prouvent que j'ai travaillé pour prévenir sur les dégâts invisibles subis par des enfants dont aujourd'hui les citoyens vivent dans la peur visible de leurs comportements. Et je les ai écrits en n'étant qu'un fou mystique au RSA, mort socialement, financièrement, easy target, qui en même temps devait et doit toujours gérer en priorite son problème de Kundalini empli de visions et d'ententes de voix. Avez-vous fait mieux avant de me juger ?
Combien de votre temps de cerveau disponible avez-vous utilisé pour lutter émotionnellement contre un -isme ou un -phobe sans armée, sans chars, ni missiles, pas même de milices entraînées et financées pour réellement être un danger sur vos vies, pendant que vous n'avez vu ni honneur ni respectabilité à prendre en compte les blessures humaines bien réelles en bas de vos rues avec une approche thérapeutique de retour et de maintien à un minimum de décence commune et de souci de l'humain ?
Il y a une limite au pouvoir de la démocratie tradtionnelle à canaliser les violences animales de l'humain : les faire s'exprimer sans sang versé, les diffuser jusqu'à les essouffler, les court-circuiter par la parole, et autres tactiques pour préserver l'unité d'une nation. Limite d'autant plus rapidement atteinte dans une période historique sans espoirs fédérateurs fiables. Au contraire, le désespoir est un très bon combustible pour la violence, et la peur qui prive de l'audace de vivre et d'avoir de l'espoir est son meilleur allié… Entrez dans l'esperance comme disait jean paul, mais faites en quelques chose de bien...Vous voilà prévenu, garantie sans gluten ni conservateurs.



Plus sérieusement (ou pas) comme on dit dans la novlangue visant la standardisation : entre « neuro-atypiques », etc.