lundi 19 octobre 2015 - par Michel J. Cuny

Thomas Piketty : l’oubli des apocalypses de la veille

 Étant entendu que, pour Karl Marx, le rapport travail-capital héberge en son sein une extrême violence, et qu'il en annonce l'explosion nécessaire, Thomas Piketty ne paraît pas pouvoir se tromper lorsqu'il écrit :

« La croissance moderne et la diffusion des connaissances ont permis d'éviter l'apocalypse marxiste, mais n'ont pas modifié les structures profondes du capital et des inégalités - ou tout du moins pas autant qu'on a pu l'imaginer dans les décennies optimistes de l'après-Seconde Guerre mondiale. » (page 16)

Pas d'apocalypse depuis Karl Marx  ?... C'est un peu fort d'aveuglement ! Et dans une phrase qui s'achève très tranquillement sur l'évocation de ... la Seconde Guerre mondiale, dont nous voyons qu'elle tire allègrement son intitulé d'une certaine Première Guerre mondiale...

Pas d'apocalypse à Verdun, par exemple... Et rien d'apocalyptique ni à Hiroshima, ni à Nagasaki !... Ah, ce Marx : quel plaisantin !...

Mais portons notre attention sur les lendemains immédiats de la Seconde Guerre mondiale et sur ce qui concerne la politique française... Dès le 8 mai 1945 (pour Sétif, Guelma et Kherrata) et dès le mois de septembre suivant (Indochine), Charles de Gaulle allait prendre deux décisions qui engageraient pour longtemps la souveraineté de la France et déboucheraient directement et indirectement sur la mort de 2 millions d'êtres humains, dont 315 000 Françaises et Français.

(Sur ce point, voir : http://www.micheljcunysitegeneral.sitew.fr)

Certes, nous n'en sommes encore, là, qu'à des échantillons centrés sur la seule France et dans une forme militaire affirmée : que dire de tous les autres conflits plus ou moins apocalyptiques, et des diverses apocalypses provoquées par la faim, par la soif, et par la maladie, qui, tant qu'elles ne sont pas sanctifiées par la valeur d'échange, sont considérées comme "quantités" négligeables ?...

Et qui croira que cela n'aurait aucun rapport avec l'exploitation de l'être humain par l'être humain ?

Sans vouloir accabler Thomas Piketty - mais puisque c'est bien lui qui est cité ici -, il ne sera peut-être pas inutile de considérer que le début de sa phrase ne perdrait guère en vérité s'il était tout simplement transformé en ceci :
« La croissance moderne et la diffusion des connaissances ont permis d'aller tout droit jusqu'à l'apocalypse annoncée par Marx, mais n'ont pas modifié les structures profondes du capital et des inégalités. »

... chez les puissants de ce monde et leurs ouailles. 

C'est du moins ainsi que je me permets de le traduire.



13 réactions


  • Elliot Elliot 19 octobre 2015 14:18

    Je ne pense pas non plus me tromper quand j’interprète l’apocalypse chez Marx en termes économiques et non purement dans son aspect humain issu de la fantasmagorie.

    Ce n’est pas lui faire un procès que de décréter qu’il ne pouvait anticiper la première guerre mondiale qui ne trouva pas son origine dans les contradictions du capitalisme mais dans un regain morbide de ferveur nationaliste.
    La seconde guerre mondiale manie des concepts vaguement anticapitalistes en ce sens d’une conflagration programmée par les états de l’axe pour réduire à la passivité une ploutocratie mondiale mais au bénéfice du capitalisme national. 

    Alors que l’internationalisation est inhérente à la structuration capitaliste qui se définit en termes de croissance et qui doit s’ouvrir de gré ou de force de nouveaux marchés et de nouvelles sources d’approvisionnement, le capitalisme à l’échelle nationale est une forme de régression qui ne pouvait inévitablement qu’aboutir à l’implosion des pays qui fonctionnaient sur ce modèle.

    Il faut reconnaître que le capitalisme a jusqu’ici réussi à surmonter toutes ses contradictions mais aussi qu’on voit poindre des limites à son développement, ne fût-ce que par la raréfaction des ressources naturelles appelée à contrarier les courbes de croissance car la marchandisation du savoir et de l’économie numérique se heurte au plafond de verre des besoins réels.

    Certaines zones de la planète dont la vieille Europe sont arrivées à des formes de décroissance forcée quand bien même elles seraient masquées par d’irréelles statistiques.

    Le capitalisme est né en Europe mais ses centres nerveux se déplacent à grande vitesse vers d’autres continents. 

    Personne au début des années 90 du défunt siècle n’aurait pu prédire que la sidérurgie européenne passerait sous pavillon indien et encore moins que la vieille Europe impécunieuse serait contrainte de vendre des bijoux de famille à l’oligarchie chinoise après avoir été dépossédée de certains de ses fleurons par la capitalisme mondialiste nord-américain.

    On sent bien que l’on vit une crise systémique mais les outils et la volonté politique manquent pour expérimenter des utopies nouvelles et, en attendant, rien ne se passe comme l’avait prévu Marx mais rien n’échappe non plus à la grille de lecture de son raisonnement


    • Norbert 19 octobre 2015 14:40

      @Elliot

      " ........qui ne trouva pas son origine dans les contradictions du capitalisme mais dans un regain morbide de ferveur nationaliste."

      Je pense que l’ouvrage de Lénine : L’impérialisme stade suprême..... démontre de manière implacable que la première guerre mondiale découle des contradictions du capitalisme.

      La ferveur nationaliste oui je suis d’accord mais elle est une conséquence de la nécessité capitaliste de la guerre. Vous raisonnez en idéaliste en considérant l’idée (nationaliste) comme le moteur.

      Oui Marx est loin d’avoir tout prévu, notamment que le capitalisme se romprait à son maillon le plus faible (Révolution Russe) et comme vous le dites sa grille de lecture (matérialiste) est incontournable.


    • Elliot Elliot 19 octobre 2015 15:14

      @Norbert

      Ce que je pense, c’est que les capitalistes n’ont pas voulu la première déflagration mondiale alors que bien auparavant ils avaient inscrit la colonisation, une autre forme de guerre, à l’agenda des gouvernements qu’ils contrôlaient.

      La guerre les a pris par surprise même si elle fut propice à leurs intérêts et ils en ont bien profité de part et d’autre de la ligne de front à la fois pour améliorer leur outil de production et semer les germes déflationnistes de la grande crise de 29. 

      C’est aussi à cette époque que le marché du travail s’est massivement ouvert à la main d’œuvre féminine.

      La seconde guerre mondiale a été délibérément provoquée car les états de l’axe représentaient une forme de déshérence du capitalisme, une menace pour sa cohérence qui devaient être écrasées dans l’œuf, la barbarie de Hitler fournissant de surcroît une assise idéologique teintée de moralisme et faisant la quasi unanimité d’un rejet international qui ne demandait qu’à s’exprimer par le fer et le feu.


    • Norbert 19 octobre 2015 15:33

      @Elliot

      Oui je suis en grande partie d’accord. Justement parce que le monde n’est pas gouverné par des idées, les classes dominantes, aussi puissantes qu’elles soient, sont souvent surprises par la tournure des événements qu’elles ne contrôlent pas et elles arrivent finalement à garder leur suprématie avec une improvisation toute opportuniste. 

      Par contre je ne suis pas certain que la barbarie d’Hitler faisait la quasi unanimité d’un rejet. Par exemple le côté anticommuniste d’Hitler me semblait plutôt bien accueilli. On sait maintenant que l’extermination dans les camps était un fait connu des autres puissances qui n’ont pas manifesté beaucoup de compassion au moment où cela se produisait.


    • julius 1ER 19 octobre 2015 15:53

      @Norbert


      très juste Norbert le moteur de l’explosion guerrière au 20ie siècle était les contradictions du Capitalisme pas la ferveur nationaliste qui servait juste à masquer les motivations du Capital ...
      il fallait trouver de nouveaux marchés et pour l’Allemagne c’était difficile car les autres Empires n’étaient pas ouverts et la guerre était le moyen pour le Capitalisme allemand de se redéployer !!!

    • Aristoto Aristoto 19 octobre 2015 19:46

      @Elliot
      ha parce que la WWI n’a pas été un massacre organisé de la plèbe révolté.


    • CN46400 CN46400 20 octobre 2015 09:11

      @Elliot


      « rien ne se passe comme l’avait prévu Marx  »

      Ah bon, pas de crises de surproduction ?
      « les conditions bourgeoises de production, le régime bourgeois de la propriété, la société bourgeoise moderne, qui a fait surgir de si puissants moyens de production et d’échange, ressemble au magicien qui ne sait plus dominer les puissances infernales qu’il a convoquées. » (le Manifeste 1848)

      A part cela est-il besoin de préciser que Marx n’est pas un prévisionniste mais plutôt un analyste ?


    • Elliot Elliot 20 octobre 2015 13:21

      @CN46400

      Il reste encore à démontrer que le « magicien » ne contrôle plus les « puissances infernales ». 
      En tout cas ses expressions politiques sous toutes leurs variantes FNripoublicainesPS maîtrisent parfaitement la situation et trouvent dans les contradictions du capitalisme abondante pitance à leur embonpoint.
      Marx avait annoncé la fin du capitalisme étouffé par ses contradictions, l’avenir ne lui a pas encore donné raison. 

  • Norbert 19 octobre 2015 14:38

    " ........qui ne trouva pas son origine dans les contradictions du capitalisme mais dans un regain morbide de ferveur nationaliste."

    Je pense que l’ouvrage de Lénine : L’impérialisme stade suprême..... démontre de manière implacable que la première guerre mondiale découle des contradictions du capitalisme.

    La ferveur nationaliste oui je suis d’accord mais elle est une conséquence de la nécessité capitaliste de la guerre. Vous raisonnez en idéaliste en considérant l’idée (nationaliste) comme le moteur.

    Oui Marx est loin d’avoir tout prévu, notamment que le capitalisme se romprait à son maillon le plus faible (Révolution Russe) et comme vous le dites sa grille de lecture (matérialiste) est incontournable.


    • toubab 20 octobre 2015 08:31

      @Norbert
       Il serait enrichissant dans ce débat de se rapprocher des analyses de Lacroix-Riz concernant Le choix de la défaite, Banquiers et Industriels sous l’occupation, le rôle du Vatican......

       


    • Norbert 20 octobre 2015 09:21

      @toubab

      Absolument.


  • elpepe elpepe 20 octobre 2015 10:09

    oui a la difference qu aujourd hui le capitalisme a gagne, et adopte par tous les gouvernements mondiaux. Donc nous sommes deja rentre dans le nouvel ordre mondial, ou nous citoyens de seconde zone sont deja largement rentres en esclavage. Ceux qui s en sortiront le mieux seront ceux qui travailleront besogneux a la solde de cet etat deja nazzi dans sa structure mentale, et dans les fait d’ailleurs, car l abomination est deja au RDV avec la Lybie, Ukraine et Syrie.On peut penser que la toute nouvelle Stasi ne manquera pas de candidats, les Justes de la 2iem est tellement une minorite que l on aurait pu les compter sur les doigts d une main
    Sinon a part ca je suis extrement positif sur l etre humain et notre humanite ah ah ah ah ......


    • CN46400 CN46400 20 octobre 2015 12:06

      @elpepe


      « (...)qu aujourd hui le capitalisme a gagne, et adopte par tous les gouvernements mondiaux. »
      Comme il y a 5 siècles, c’est le féodalisme qui régnait sur tout le globe, puis le capitalisme vint... suivi, plus tard, par le socialisme (communisme)....

Réagir



https://merdekakreasi.co.id/buku/pkvgames/https://merdekakreasi.co.id/buku/bandarqq/https://merdekakreasi.co.id/buku/dominoqq/https://merdekakreasi.co.id/tentang-kami/