Thomas Piketty : l’oubli des apocalypses de la veille
Étant entendu que, pour Karl Marx, le rapport travail-capital héberge en son sein une extrême violence, et qu'il en annonce l'explosion nécessaire, Thomas Piketty ne paraît pas pouvoir se tromper lorsqu'il écrit :
« La croissance moderne et la diffusion des connaissances ont permis d'éviter l'apocalypse marxiste, mais n'ont pas modifié les structures profondes du capital et des inégalités - ou tout du moins pas autant qu'on a pu l'imaginer dans les décennies optimistes de l'après-Seconde Guerre mondiale. » (page 16)
Pas d'apocalypse depuis Karl Marx ?... C'est un peu fort d'aveuglement ! Et dans une phrase qui s'achève très tranquillement sur l'évocation de ... la Seconde Guerre mondiale, dont nous voyons qu'elle tire allègrement son intitulé d'une certaine Première Guerre mondiale...
Pas d'apocalypse à Verdun, par exemple... Et rien d'apocalyptique ni à Hiroshima, ni à Nagasaki !... Ah, ce Marx : quel plaisantin !...
Mais portons notre attention sur les lendemains immédiats de la Seconde Guerre mondiale et sur ce qui concerne la politique française... Dès le 8 mai 1945 (pour Sétif, Guelma et Kherrata) et dès le mois de septembre suivant (Indochine), Charles de Gaulle allait prendre deux décisions qui engageraient pour longtemps la souveraineté de la France et déboucheraient directement et indirectement sur la mort de 2 millions d'êtres humains, dont 315 000 Françaises et Français.
(Sur ce point, voir : http://www.micheljcunysitegeneral.sitew.fr)
Certes, nous n'en sommes encore, là, qu'à des échantillons centrés sur la seule France et dans une forme militaire affirmée : que dire de tous les autres conflits plus ou moins apocalyptiques, et des diverses apocalypses provoquées par la faim, par la soif, et par la maladie, qui, tant qu'elles ne sont pas sanctifiées par la valeur d'échange, sont considérées comme "quantités" négligeables ?...
Et qui croira que cela n'aurait aucun rapport avec l'exploitation de l'être humain par l'être humain ?
Sans vouloir accabler Thomas Piketty - mais puisque c'est bien lui qui est cité ici -, il ne sera peut-être pas inutile de considérer que le début de sa phrase ne perdrait guère en vérité s'il était tout simplement transformé en ceci :
« La croissance moderne et la diffusion des connaissances ont permis d'aller tout droit jusqu'à l'apocalypse annoncée par Marx, mais n'ont pas modifié les structures profondes du capital et des inégalités. »
... chez les puissants de ce monde et leurs ouailles.
C'est du moins ainsi que je me permets de le traduire.

