Tirer les enseignements des attentats de Paris
Après le deuil, pour les observateurs, il faudra bien en venir à l'introspection et à la réflexion historique.
D'autres auteurs ont déjà associé la triste réalité de la vengeance aveugle qui a frappé Paris au sort non moins dramatique de ces autres innocents tués par les missiles occidentaux en Syrie ou en Irak. Ces fameux dégâts collatéraux inévitables en cas de guerre bien résumés par cette formule passe-partout « on ne fait pas d'omelettes sans casser des œufs « !
Depuis l'époque coloniale – qui a débuté avec la découverte de l'Amérique et les premiers comptoirs de la Compagnie des Indes - les Occidentaux se sont arrogés le droit de vouloir le bien des peuples malgré eux, le tout enrobé de considérations humanitaires ou religieuses.
Ils n'ont pas non plus oublié d'offrir à leurs élites financières le privilège de se remplir les poches par le pillage des ressources des pays réduits en servitude et administrés par la force publique.
La décolonisation a ravalé la façade mais, sauf exceptions apparentes comme quelques pays d'Amérique latine ou d'Asie, le fond d'exploitation est resté en l'état. Les maîtres sont toujours les mêmes, ils siègent dans des conseils d'administration, seul leur bras armé a changé de couleur.
Il faut bien aujourd'hui prélever quelques pourcents sur les profits pour arroser des dirigeants fantoches à qui l'on doit d'ailleurs reconnaître une grande habileté à faire monter les enchères en mettant les pays capitalistes en concurrence.
Ces proconsuls savent calculer le prix de leurs complaisances
Derrière l'intervention de Bush en Irak – avec cette légende des armes de destruction massives dont les seuls à disposer sont les puissances impérialistes – se trouvait un prétexte, calmer l'opinion publique et punir les responsables des attentats du World Trade Center et une réalité, la pression de l'oligarchie capitaliste pour contrôler les ressources pétrolières.
Les fameux think tanks américains ou autres ne sont jamais que des groupe de réflexion financés par des lobbies qui, tous, poursuivent le même but : préserver leurs capacités prédatrices.
L'Arabie saoudite, le Qatar et Israël sont les gardiens du temple capitaliste au Moyen-Orient : rien ne s'y fait sans leur accord tacite et l'émergence du fameux État islamique doit beaucoup à des financements occultes de réseaux trop bien structurés sans qu'ils aient eu des « encouragements « auprès de certains de ceux qui font mine de les combattre.
Peut-être le monstre Daesh a-t-il échappé à ses démiurges ( et encore rien n'est moins sûr ) mais il a pu se développer parce que certains l'ont toléré voire voulu.
Au risque de me répéter, je soutiens que l'irruption dans le débat de la Russie en phase de reconstruction a ébranlé quelques belles certitudes.
Ses missiles ont une efficacité surprenante si on l'a compare aux frappes à côté des cibles des interventionnistes occidentaux dont l'objectif était et reste la chute de Bachar Al Assad tout en précipitant la Syrie dans un chaos qui ne devrait pas déplaire à tout le monde.
Diviser pour régner fut de tout temps un principe politique majeur.
Bien malin celui qui pourrait dire ce qu'il va advenir de ce Moyen-Orient bouleversé.
Sans doute les frontières arbitrairement dessinées à la chute de l'empire ottoman vont-elles être redessinées puisque elles sont déjà objectivement caduques.
Peut-être la Turquie va-t-elle entrer en zone de turbulence si Erdogan s'obstine à ne pas accorder une large autonomie à sa forte minorité kurde et, en tout état de cause, il y a déjà un état kurde en Irak ( qui va déborder sur la Syrie) dont la Communauté internationale devra bien reconnaître l'existence.
De nouveaux dirigeants arabes devront bien un jour avoir le courage de venir devant leur population et lui expliquer que tous les malheurs qui l'accablent ont leur origine dans la vénalité et l' incompétence de leurs élites et qu'Israël ne joue dans cette situation qu'un rôle marginal !
Ils devront bien acter l'existence d'un état qui n'a pas leurs sympathies mais qui est une réalité insurmontable.
Un courage qui sera aussi bien nécessaire en Israël – en panne dramatique d'hommes d'état – qui, à défaut d'accepter un état palestinien viable et de renoncer à sa souveraineté usurpée sur les terres palestiniennes, devra gérer sur son sol une population hostile dont on ne fait rien aujourd'hui pour gagner les faveurs et à laquelle il faudra bien un jour accorder des droits.


