Tout ça pour ça ! Plus jamais ça !
Tout Ça pour Ça !
Berlinguer, le Compromis Historique et l'État Profond qui a brisé l’élan du communisme italien
« Tout ça pour ça ! » : ces mots, lancés comme un crachat amer après la projection du film biopic "Berlinguer". La grande ambition d'Andrea Segre aux 7 Parnassiens, résonnent comme un verdict implacable sur l'Italie des années 1970.
Des millions de prolétaires en liesse, un Parti communiste italien (PCI) flirtant avec le pouvoir, une vision d'eurocommunisme qui osait défier Moscou et Washington... et au bout, un assassinat ciblé, une gauche brisée, et un néolibéralisme triomphant.
« Plus jamais ça » :
plus jamais cette naïveté face à l'État profond – ce deep state atlantiste, avec ses tentacules CIA, MI6 et Gladio, qui a saboté le rêve de Berlinguer pour préserver l'hégémonie impérialiste.
Ce titre à double détente, capture l'essence : une indignation pour l'échec, une vigilance pour l'avenir.
Plongeons dans cette histoire tragique, où l'ambition d'Enrico Berlinguer s'est heurtée à l'ombre impitoyable du capital mondial.
Berlinguer, l'électron libre d'un PCI en marche vers le pouvoir
Enrico Berlinguer, secrétaire général du PCI de 1972 à sa mort en 1984, n'était pas un stalinien revanchard. Issu d'une famille sarde catholique, il avait vu de près les horreurs du fascisme et les purges soviétiques – Budapest en 1956 l'avait vacciné contre le dogme stalinien.
À la tête du plus grand parti communiste d'Occident (34,4 % aux législatives de 1976 ), Berlinguer prônait un "socialisme à l'italienne" : démocratique, décentralisé, ancré dans les régions "rouges" comme l'Émilie-Romagne, où le PCI gérait déjà hôpitaux et écoles avec une efficacité qui faisait pâlir les bureaucraties chrétiennes-démocrates (DC).
Son coup de génie ?
Le "compromis historique", théorisé en 1973 dans Rinascita après le coup d'État chilien contre Allende : pour éviter un Pinochet italien, allier le PCI à la DC d'Aldo Moro, ce centriste pro-arabe et anti-atlantiste pur jus.
Berlinguer (héritier du grand intellectuel marxiste Gramsci, la chance du PCI par rapport au PCF ouvriériste) voulait un gouvernement de "solidarité nationale" pour juguler la crise pétrolière de 1973, modérer les salaires ouvriers (austérité anti-inflationniste) et réformer la société sans bain de sang. L'eurocommunisme, lancé avec les PC français et espagnol, brisait les chaînes de l'URSS : autonomie idéologique, multipartisme, droits humains. En 1976, le PCI frôle la majorité absolue ; Moro et Berlinguer négocient en secret un cabinet d'urgence. L'Italie tremble : pour la première fois, les communistes pourraient entrer au gouvernement.
L'État Profond : Gladio, CIA et la Stratégie de la Tension.
Mais l'ambition berlinguerienne heurtait de front l'État profond occidental – ce réseau clandestin, théorisé par Ola Tunander comme un "État dual" où les services visibles (SISMI italien, CIA) masquent des opérations stay-behind pour "adapterer la démocratie" par la terreur.
L’opération Gladio, révélée en 1990, en était le fer de lance : un réseau OTAN de paramilitaires anti-communistes, financé par la CIA, armé de caches secrètes et infiltrant les Brigades Rouges (BR) pour des faux drapeaux.
Dès 1969, la "stratégie de la tension" déferle : Piazza Fontana (Milan, 16 morts, attribué -faussement- aux anarchistes), attentats en série pour discréditer la gauche et justifier un coup d'État "préventif".
Les USA, via Nixon et Kissinger, voyaient rouge (lol) : un PCI au pouvoir menaçait les bases OTAN en Italie (Sigonella, Aviano) et l'axe méditerranéen pro-israélien.
Kissinger menaça explicitement Moro en 1976 : "Arrêtez ce plan de collaboration, ou vous le paierez cher."
Le Vatican et la droite DC (Andreotti, Cossiga) s'alignaient : pas de "rouges" au gouvernement. Gladio infiltre les BR – Mario Moretti, chef de l'enlèvement de Moro, lié à des officiers SISMI.
Steve Pieczenik, consultant US pour le Comité de crise italien, l'admettra en 2006 : "Nous devions sacrifier Moro pour la stabilité de l'Italie."
Le Meurtre de Moro : Le veto fatal du Deep State
Le 16 mars 1978, jour du vote de confiance au cinquième gouvernement Andreotti : Moro est enlevé via Fani par un commando BR. Cinq gardes du corps massacrés en 40 secondes – une efficacité militaire, pas terroriste.
55 jours de captivité : Moro implore dans ses lettres un échange de prisonniers, que Berlinguer refuse par "fermezza" (fermeté), craignant un chantage permanent.
Le PCI vote la confiance au gouvernement sans Moro ; Berlinguer dénonce un "coup pour stopper le processus positif".
Le 9 mai, Moro est exécuté, son corps abandonné à mi-chemin des QG DC et PCI – un message macabre. Gladio ? Le colonel Camillo Guglielmi, chef de la 7e division SISMI (Gladio), était sur place à 9h du matin, officiellement "pour déjeuner".
Les commissions parlementaires (Flamigni, 1990) et des enquêtes récentes (2018) confirment : infiltration BR par les services, "aide extérieure" pour torpiller le compromis.
Résultat : PCI marginalisé aux élections de 1979 (30,2 %), Berlinguer isolé, et l'Italie glisse vers les "années de plomb" – 14 000 attentats, 500 morts.
Le deep state gagne : pas de socialisme italien, juste un néolibéralisme Craxi qui pave la voie à Berlusconi.
L'Héritage Amer : Une Gauche Divisée, un Deep State toujours en marche
Berlinguer ( gros fumeur) meurt en 1984 à 62 ans d'un AVC sur scène à Padoue – coïncidence ou poison lent, comme murmuré par son chauffeur Alberto Menichelli ?
Le PCI s'effrite : eurocommunisme dilué en social-démocratie, dissolution en 1991 sous Occhetto.
Aujourd'hui, en 2025, avec Meloni au pouvoir et une UE atlantiste, l'Italie paie : précarité, vassalisation US. Sur X, des posts récents rappellent : "Moro-Berlinguer comme Trump-Kennedy, sabotés par la CIA."
Le film de Segre ravive la flamme : Elio Germano en Berlinguer, tourmenté mais inflexible, nous confronte à l'échec.
Tout ça pour ça ! : des espoirs immenses piétinés par Gladio et Kissinger.
Mais « Plus jamais ça ! » : plus de compromis illusoires avec la bourgeoisie ; retour à l'internationalisme prolétarien, anti-impérialiste, sans peur du deep state.
Berlinguer nous l'enseigne : le projet communiste ne meurt pas dans les urnes, mais dans les ruelles sombres de via Fani.
La lutte continue – pour un socialisme qui ne plie pas. Berlinguer continuateur de Gramsci a laissé un héritage immortel.



