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Trinquons avec Etienne de La Boétie ! - AgoraVox le média citoyen
mercredi 25 mai 2016 - par VICTOR Ayoli

Trinquons avec Etienne de La Boétie !

Au bistro de la Toile :

- Alors Victor, ça y est ? C'est le foutoir général ? Le « ça va péter ! » qui fait rêver certain et trembler d'autres ?

- Bof. Qui lo sa ? On verra bien. Mais ça sent bon ou mauvais, selon le bord dans lequel on se trouve. En tout cas, il y a déjà un résultat que, personnellement, je trouve rafraîchissant : les ouvriers sont de retour ! Oubliés, humiliés, moqués, exploités, menacés quotidiennement du couperet du chomdu, ils baissaient la tête et se réfugiaient derrière les rodomontades mensongères du Front National. Et là, miracle, il existent de nouveau ! Le gouvernement, les patrons, les « zélites » auto-proclamées découvrent de nouveau la force des ouvriers, des manards, de ceux qui n'ont à vendre que leurs bras ou leurs boyaux de la tête. Les esclaves se rebiffe !

- « Debouuuuut les damnés de la teeeeeere ! »

- Ne rigole pas Loulle. C'est rafraîchissant cette renaissance. Tiens, écoute ce qu'écrivait un minot de 19 vendanges, Etienne de La Boétie. Je te lis, c'est dans « Discours de la servitude volontaire » : « Je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent, qui n’a pouvoir de leur nuire qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire. Chose vraiment étonnante - et pourtant si commune qu’il faut plutôt en gémir que s’en ébahir, de voir un million d’hommes misérablement asservis, la tête sous le joug, non qu’ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés et pour ainsi dire ensorcelés par le seul nom d’un, qu’ils ne devraient pas redouter - puisqu’il est seul - ni aimer - puisqu’il est envers eux tous inhumain et cruel. Telle est pourtant la faiblesse des hommes : contraints à l’obéissance, obligés de temporiser, ils ne peuvent pas être toujours les plus forts. »

- Fatche, c'est vrai qu'il envoie le caganis ! Continue.

- « Quel est ce vice, ce vice horrible, de voir un nombre infini d’hommes, non seulement obéir, mais servir, non pas être gouvernés, mais être tyrannisés, n’ayant ni biens, ni parents, ni enfants, ni leur vie même qui soient à eux ? De les voir souffrir les rapines, les paillardises, les cruautés, non d’une armée, non d’un camp barbare contre lesquels chacun devrait défendre son sang et sa vie, mais d’un seul ! Non d’un Hercule ou d’un Samson, mais d’un homme et souvent le plus lâche, le plus efféminé de la nation, qui n’a jamais flairé la poudre des batailles ni guère foulé le sable des tournois, qui n’est pas seulement inapte à commander aux hommes, mais encore à satisfaire la moindre femmelette ! Nommerons-nous cela lâcheté ?

Appellerons-nous vils et couards ces hommes soumis ? Si deux, si trois, si quatre cèdent à un seul, c’est étrange, mais toutefois possible ; on pourrait peut-être dire avec raison : c’est faute de cœur. Mais si cent, si mille souffrent l’oppression d’un seul, dira-t-on encore qu’ils n’osent pas s’en prendre à lui, ou qu’ils ne le veulent pas, et que ce n’est pas couardise, mais plutôt mépris ou dédain ? C’est le peuple qui s’asservit et qui se coupe la gorge ; qui, pouvant choisir d’être soumis ou d’être libre, repousse la liberté et prend le joug ; qui consent à son mal, ou plutôt qui le recherche… Plus les tyrans pillent, plus ils exigent ; plus ils ruinent et détruisent, plus on leur fournit, plus on les sert. Ils se fortifient d’autant, deviennent de plus en plus frais et dispos pour tout anéantir et tout détruire. »

- ...teng ! Ca réveille. Un sacré coup de pied au cul !

- Et ce n'est pas fini. Ecoute cette phrase. Elle explique les grèves actuelles : « Mais si on ne leur fournit rien, si on ne leur obéit pas, sans les combattre, sans les frapper, ils restent nus et défaits et ne sont plus rien, de même que la branche, n’ayant plus de suc ni d’aliment à sa racine, devient sèche et morte. »

- Trop bon Victor ton mec !

- Et ça date de près de 500 ans. A une époque où on te coupait les claouis et le citron pour pas grand-chose. Mais c'était un rude, un mangeur de magret l'Etienne ! Un minot de Sarlat, macarelle ! Je te refilerais son bouquin. Tè, écoute encore un peu :

«  Et tous ces dégâts, ces malheurs, cette ruine, ne vous viennent pas des ennemis, mais certes bien de l’ennemi, de celui-là même que vous avez fait ce qu’il est, de celui pour qui vous allez si courageusement à la guerre, et pour la grandeur duquel vous ne refusez pas de vous offrir vous-mêmes à la mort. Ce maître n’a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps, et rien de plus que n’a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu’il a de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D’où tire-t-il tous ces yeux qui vous épient, si ce n’est de vous ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s’il ne vous les emprunte ? Les pieds dont il foule vos cités ne sont-ils pas aussi les vôtres ? A-t il pouvoir sur vous, qui ne soit de vous-mêmes ? Comment oserait-il vous assaillir, s’il n’était d’intelligence avec vous ? Quel mal pourrait-il vous faire, si vous n’étiez les receleurs du larron qui vous pille, les complices du meurtrier qui vous tue et les traîtres de vous mêmes ? Vous semez vos champs pour qu’il les dévaste, vous meublez et remplissez vos maisons pour fournir ses pilleries, vous élevez vos filles afin qu’il puisse assouvir sa luxure, vous nourrissez vos enfants pour qu’il en fasse des soldats dans le meilleur des cas, pour qu’il les mène à la guerre, à la boucherie, qu’il les rende ministres de ses convoitises et exécuteurs de ses vengeances. Vous vous usez à la peine afin qu’il puisse se mignarder dans ses délices et se vautrer dans ses sales plaisirs. Vous vous affaiblissez afin qu’il soit plus fort, et qu’il vous tienne plus rudement la bride plus courte. Et de tant d’indignités que les bêtes elles-mêmes ne supporteraient pas si elles les sentaient, vous pourriez vous délivrer si vous essayiez, même pas de vous délivrer, seulement de le vouloir. »

Le maître actuel, Loulle, c'est la finance, les banksters, les multinationales voyoux. Et puis écoute ça :

« Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. Je ne vous demande pas de le pousser, de l’ébranler, mais seulement de ne plus le soutenir, et vous le verrez, tel un grand colosse dont on a brisé la base, fondre sous son poids et se rompre. »

 

- Olé ! Trop bon ton jeunot Victor ! Trop bon. Tè ! Tournée générale !

 

- A la nôtre et à la mémoire de notre pote Etienne. Etienne de La Boétie !

 

Illustration, merci à Chimulus

 



18 réactions


  • sparker808 (---.---.48.194) 25 mai 2016 13:09

    Merci pour la piqure de rappel...


  • straine straine 25 mai 2016 13:21
    Hiérarchie chez les rats

    Une expérience a été effectuée sur des rats. Pour étudier leur aptitude à nager, un chercheur du laboratoire de biologie comportementale de la faculté de Nancy, Didier Desor, en a réuni six dans une cage dont l’unique issue débouchait sur une piscine qu’il leur fallait traverser pour atteindre une mangeoire distribuant les aliments. On a rapidement constaté que les six rats n’allaient pas chercher leur nourriture en nageant de concert. Des rôles sont apparus qu’ils s’étaient ainsi répartis : deux nageurs exploités, deux non nageurs exploiteurs, un nageur autonome et un non nageur souffre-douleur.

    Les deux exploités allaient chercher la nourriture en nageant sous l’eau. Lorsqu’ils revenaient à la cage, les deux exploiteurs les frappaient et leur enfonçaient la tête sous l’eau jusqu’à ce qu’ils lâchent leur magot. Ce n’est qu’après avoir nourri les deux exploiteurs que les deux exploités soumis pouvaient se permettre de consommer leur propre croquette. Les exploiteurs ne nageaient jamais, ils se contentaient de rosser les nageurs pour être nourris.

    L’autonome était un nageur assez robuste pour ramener sa nourriture et passer les exploiteurs pour se nourrir de son propre labeur. Le souffre-douleur, enfin, était incapable de nager et incapable d’effrayer les exploités, alors il ramassait les miettes tombées lors des combats. La même structure-deux exploités, deux exploiteurs, un autonome et un souffre-douleur ñse retrouva dans les vingt cages où l’expérience fut reconduite.

    Pour mieux comprendre ce mécanisme de hiérarchie, Didier Desor plaça six exploiteurs ensemble. Ils se battirent toute la nuit. Au matin, ils avaient recréée les mêmes rôles. Deux exploiteurs, deux exploités, un souffre douleur, un autonome. Et on a obtenu encore le même résultats en réunissant six exploités dans une même cage, six autonomes, ou six souffre douleur.

    Puis l’expérience a été reproduite avec une cage plus grande contenant deux cents individus. Ils se sont battus toute la nuit, le lendemain il y avait trois rats crucifiés dont les autres avaient arraché la peau. Moralité : plus la société est nombreuse plus la cruauté envers les souffre douleur augmente. Parallèlement, les exploiteurs de la cage des deux cents entretenaient une hiérarchie de lieutenants a fin de répercuter leur autorité sans même qu’ils aient besoin de se donner le mal de terroriser les exploités.

    Autre prolongation de cette recherche, les savants de Nancy ont ouvert par la suite les crânes et analysés les cerveaux. Or les plus stressés n’étaient ni les souffre-douleur, ni les exploités, mais les exploiteurs. Ils devaient affreusement craindre de perdre leur statut privilégié et d’être obligés d’aller un jour au travail.

    Bernard Werber (Encyclopédie du savoir relatif et absolu)


    Conclusion, il faut traiter les exploiteurs pour guérir l’humanité !


    • César Castique César Castique 25 mai 2016 15:18

      «  Et on a obtenu encore le même résultats en réunissant six exploités dans une même cage, six autonomes, ou six souffre douleur. »

      « Conclusion, il faut traiter les exploiteurs pour guérir l’humanité ! »



      Conclusion : la conclusion est bidon, puisque n’importe quel sextet, aléatoire ou non, finit par se hiérarchiser de la même manière.



    • straine straine 25 mai 2016 16:13

      @César Castique
      L’expérience de Didier Desor démontre que les rats dominés sont moins stressés, dans la deuxième phase de son étude, il constata que lorsqu’on enlevait aux ’exploiteurs’ leurs ’ravitailleurs’, ils se laissaient mourir. Sauf si on leur injectait des anxiolytiques pendant la période d’adaptation à l’eau, le groupe d’exploiteurs se mettaient à plonger sans chercher à créer une structure sociale du type ’dominant’ ’dominé’.
      D’où ma conclusion : « il faut traiter les exploiteurs pour guérir l’humanité ! »
      Honi soit qui mal y pense smiley


    • maQiavel maQiavel 26 mai 2016 14:09

      @straine
      En fait, dans 99% des expériences le même scénario se répète. L’on aurait donc pu croire que cela se passe toujours ainsi ; ce n’est pourtant pas le cas : en effet, dans 1% des cas tous les rats du groupe expérimental sont plongeurs !


    • straine straine 26 mai 2016 16:14

      @maQiavel
      [...] dans 1% des cas tous les rats du groupe expérimental sont plongeurs !

      Une explication neurologique, environnementale, alimentaire ?
      Ou simplement une exception dans la programmation de l’ADN pour mettre en évidence la différence ? 


    • pemile pemile 26 mai 2016 17:02

      @straine « Or les plus stressés n’étaient ni les souffre-douleur, ni les exploités, mais les exploiteurs »

      Oui, mais il a été d’abord prouvé que les rats qui ne plongent pas sont les plus anxieux. En prenant 6 rats et en en traitant 3 avec des anxiolytiques, 100% des rats traités plongent et 100% des rats non traités ne plongent pas.

      PS : dans les expériences de Desor, il n’y a que trois groupes : transporteur exploité, transporteur autonome et non transporteur voleur, et pas de souffre-douleur, non ?


    • straine straine 26 mai 2016 19:03

      @pemile
      la physiologie associée aux sciences quantiques donne de surprenants résultats smiley
      il me semble que comme il avait choisi que des exploiteurs ; Forcément il en découle que chacun à reçu une dose d’anxiolytique, pour ce qui concerne le nom de chaque groupe, J’ai remarqué des variantes en fonction du narrateur smiley


    • pemile pemile 26 mai 2016 19:50

      @straine « il me semble que comme il avait choisi que des exploiteurs ; Forcément il en découle que chacun à reçu une dose d’anxiolytique »

      Non, il n’y a pas d’exploiteurs définis. Ceux qui plongent sont juste les moins anxieux du groupe, ce que montre l’expérience avec anxiolytiques.

      Pour ce qui est des souffres-douleurs, c’est un groupe inventé par Werber, non ? Et qui, en tout cas, n’apparait pas dans la plupart des expériences de Desor.


    • pemile pemile 26 mai 2016 19:54

      @straine " il constata que lorsqu’on enlevait aux ’exploiteurs’ leurs ’ravitailleurs’, ils se laissaient mourir. Sauf si on leur injectait des anxiolytiques"

      Non, les exploiteurs finiront pas plonger et ne se laisseront pas mourir.

      Le test avec anxiolytiques est un test distinct, qui démontre juste que dans un groupe les premiers à plonger sont les moins anxieux.


    • Paul H0CH0N (---.---.137.11) 26 mai 2016 22:04

      @pemile
      Le test avec anxiolytiques est un test distinct, qui démontre juste que dans un groupe les premiers à plonger sont les moins anxieux.

      Autre conclusion de l’étude : les rats les plus stressés étaient... les exploiteurs ! Lorsqu’on leur enlevait leurs « ravitailleurs », ils se laissaient mourir. Mais si on leur injectait des anxiolytiques pendant la période d’adaptation à l’eau, tous se mettaient à plonger et aucune structure sociale ne se mettait en place. http://www.lesmotsontunsens.com/sciences-homme-est-rat-homme-3185


    • Paul H0CH0N (---.---.137.11) 26 mai 2016 23:05

      @pemile
      Non, il n’y a pas d’exploiteurs définis.

      fo bien pouvoir dire qu’il est ce qu’il est au moment ou il est ce qu’on dit qu’il est et au moment ou on dit qu’il est ce qu’il est personne n’oblige personne a penser qu’il n’est jamais autrement au moment ou on a dit qu’il est comme sa fo de tout pour faire le monde


    • pemile pemile 26 mai 2016 23:41

      @Paul H0CH0N "les rats les plus stressés étaient... les exploiteurs ! « 

      NON ! Les rats les plus anxieux n’osent pas plonger, point !

       »Lorsqu’on leur enlevait leurs « ravitailleurs », ils se laissaient mourir."

      NON c’est faux ! Regardez la vidéo tournée sur les travaux de Desor !


  • AmonBra QAmonBra 25 mai 2016 21:26

    @ l’auteur

    Té vé Victor, moi aussi je bois à la santé d’Étienne, mais, tu me pardonneras, je préfère une Vodka triple distillée et bien frappée au pastaga.

    @ straine

    (. . .) "leur injectait des anxiolytiques pendant la période d’adaptation" (. . .)

    Je connaissais l’édifiante expérience, entièrement d’accord pour le traitement restant a définir, mais pendant la période d’adaptation à quoi ?

    Une nouvelle société où l’exploitation de son prochain, sous quelques formes que ce soit, soit rendue impossible structurellement et, de plus, sanctionnée exemplairement ?


  • straine straine 26 mai 2016 00:12

    "Je connaissais l’édifiante expérience, entièrement d’accord pour le traitement restant a définir, mais pendant la période d’adaptation à quoi ?"

    Pendant la période d’adaptation ou le sujet devra fournir l’effort nécessaire pour se substanter.
    Pour l’improbable cas ou le patient reprendrait goût à se sustenter, je ne verrais aucune objection à l’étêtage comme ultime remède ; Il me semble que cette méthode en aurait refroidi quelques uns par le passé   smiley


  • maQiavel maQiavel 26 mai 2016 00:14

    Ah ,la servitude volontaire ...


  • Jo.Di Jo.Di 26 mai 2016 01:04

      
     
    « La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? »
     
     Parisot
     
     

    « Le mariage, le manger, l’habit du multiethniqué sont divers, pourquoi pas la norme du travail ?  » 
     
     Gôôôchiste
     
     


  • Samson Samson 30 mai 2016 16:32

    "Mais, à la vérité, c’est bien pour néant de débattre si la liberté est naturelle, puisqu’on ne peut tenir aucun en servitude sans lui faire tort, et qu’il n’y a rien si contraire au monde à la nature, étant toute raisonnable, que l’injure. Reste donc la liberté être naturelle, et par même moyen, à mon avis, que nous ne sommes pas nés seulement en possession de notre franchise, mais aussi avec affectation de la défendre."

    Merci Victor ! Au côté des œuvres complètes de Machiavel et quelques autres, le Discours de la Servitude Volontaire est de longue date un de mes livres de chevet.
    A lire et relire sans modération !!! smiley


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