Trois blocs et un élu
Mai 2027, c’est encore bien loin, mais sur nos antennes, c’est déjà là. En monarchie républicaine, on ne sera pas surpris par la place que tient l’élection présidentielle. Mais trop, c’est trop et l’article propose un schéma, une grille de lecture pour échapper à la saturation.
Dans les 12 mois à venir, on va entendre parler tous les jours de l’élection présidentielle de 2027.
J’en ai déjà ma dose, alors m’est venue l’idée d’une grille de lecture personnelle de notre monde politico-médiatique français. Du coup, je peux couper radio et télé pour les 12 mois à venir, et penser à autre chose.
Une grille composée de 3 blocs plus une exception.
Les trois blocs sont :
- le pétainiste
- le judéo-protestant
- le créole
L’exception c’est De Gaulle (avec Napoléon, plus Jeanne d’Arc sans remonter trop loin).
Le bloc pétainiste, dont Éric Zemmour est emblématique (Léa Salamé a manqué défaillir quand il a déclaré que Pétain avait sauvé des Juifs français), agrège l’essentiel de la droite vraiment de droite. Cela exclut l’essentiel des LR devenus socialo-centristes depuis 30 ans, après avoir quitté le gaullisme. C’est l’UDR de Ciotti qui constitue le noyau idéologique de ce bloc de droite.
Ce bloc n’est pas « fasciste ». Il peut compter des « résistants » (idéologiques/imaginaires) façon Mitterrand (celui de la guerre, à la fois pétainiste et résistant), des patriotes sincères sur le modèle du Le Pen pupille de la nation (cf. sa demande – refusée car trop jeune – de s’engager à 16 ans dans les FFI), des nostalgiques de la France puissance de Louis XIV et bien sûr des collabos par tempérament, ayant toujours besoin d’un maître-modèle auquel se référer, qu’il soit allemand ou soviétique autrefois, américain aujourd’hui.
Ce bloc a attiré vers lui une bonne partie de la classe ouvrière, exaspérée par la dérive des socialo-communistes vers le sociétal et l’immigration, ainsi que la classe moyenne en voie de prolétarisation, conséquence d’une mondialisation plutôt malheureuse. Ces mariages/agglomérations disparates un peu contre intuitifs reflètent une société en déséquilibre qui se cherche, sous pressions extérieures, une nouvelle structuration politique.
Un mot pour résumer ce bloc : France, mot que n’a pas pu ou pas su prononcer Lionel Jospin tout au long de sa campagne présidentielle perdue en 2002. Celui qui l’a battu était justement ce candidat aux FFI à l’âge de 16 ans, évoqué plus haut.
Le judéo-protestant, c’est le bloc centriste qui gouverne actuellement. C’est la start-up nation avec son premier de cordée jupitérien. C’est le mainstream européiste très orienté business, son vrai credo, avec l’Europe du Nord protestante comme centre de gravité. Toute critique un peu rude du capitalisme et de la banque est jugée antisémite, donc virtuellement interdite.
Ce bloc partage avec le pétainiste l’idée qu’Israël est une démocratie dont on aurait avantage à s’inspirer, tout en souhaitant un remplaçant à Netanyahou, un peu plus modéré question bombardements. Un atlantisme de combat, dont le bloc pétainiste s’est rapproché depuis la guerre en Ukraine, soutient une posture russophobe traditionnelle depuis le soviétisme. Russophobie naturellement renforcée depuis 2022 et l’Ukraine, mais surtout structurant aujourd’hui une UE en recherche d’identité et d’armée européenne (Russie : un ennemi structurant).
Mais ce bloc central se différentie franchement du bloc pétainiste par sa passion européiste radicale, privant la France de ses attributs souverains au profit d’une entité gazeuse sise à Bruxelles. L’européisme est en effet très modéré voire rejeté côté bloc pétainiste.
Mais c’est surtout une fracture idéologique issue de la dernière guerre qui sépare ces deux blocs : Pétain, c’est le mal absolu (au sens religieux) dont le bloc judéo-protestant ne saurait s’approcher d’aucune façon. Cette barrière structurante, défendue solidement en particulier par Chirac de son vivant, est en train de s’effriter sous l’effet de cette réorganisation de notre vie politique en 3 blocs (cf. l’article « débats » de Luc Ferry dans le Figaro du 7 mai dernier).
Le créole, c’est bien sûr Mélenchon et son combat contre l’islamophobie et pour l’immigration extra européenne. Compte tenu de la natalité, c’est l’avenir. La question palestinienne est le gouffre qui le sépare des blocs pétainiste et judéo-protestant, avant même toute question économique ou européiste. L’anticapitalisme du bloc créole se combine à son pro-palestinisme pour en faire le nouveau pôle de l’antisémitisme en France.
Rima Hassan est l’exacte symétrique d’Eric Zemmour. Tous deux veulent déplacer des populations, mais pas les mêmes, et pas dans le même sens. Combien de divisions chez les créoles ? Difficile à dire mais en progression. Cette communautarisation, cette polarisation de la vie politique dans notre pays est dramatique et menace, obère toute vision d’avenir.
A côté de ces trois blocs, il reste quelques gaullistes perdus dans la nature, des judéo-chrétiens de tradition catholique. Ils sont en voie de disparition politique.
Mais où sont donc les socialistes ? Ils s’éparpillent idéologiquement entre le centre euro-business atlantiste proche du Parti Démocrate US, entre le bloc créole mais en excluant absolument tous les pro-palestiniens, et les écolos pour certains.
Nos socialistes sont, comme les gaullistes et les communistes, en voie de disparition, d’autant que leur modèle idéologique, le Parti Démocrate US, est en difficulté aux USA. Cela rappelle l’effondrement du PCF quand l’URSS a disparu. Ces socialistes, on n’en a plus vraiment besoin en place publique, mais ils s’accrochent.
En 2027, lequel de ces trois blocs nous offrira un président ?
Le créole est à exclure. Même s’il parvient par chance au second tour, Mélenchon sera battu par le candidat finaliste issu de l’un des deux autres blocs. Il faudra attendre encore 10 à 15 ans pour qu’un Mélenchon du futur ait une chance de l’emporter.
Cela se jouera donc entre le bloc pétainiste et le bloc judéo-protestant (entre un profil à la Ciotti et un profil à la Estrosi). L’avantage est au profil « Ciotti » me semble-t-il, en pensant à Meloni (viva Italia) et à sa récente victoire aux municipales de Nice.
Jupiter a disparu et n’a pas été remplacé. Edouard et Philippe, l’un avec la barbe et l’autre sans, ne feront pas l’affaire. Une Sarah aurait eu une chance, plaçant enfin une femme au sommet, mais elle est occupée ailleurs (Natacha Polony n’est pas sur les rangs, malgré un vrai potentiel).
Avec ces idées en tête, peut-être caricaturales et sûrement discutables, j’ai l’esprit tranquille pour un an. Quoi qu’il se passe, j’ai ma boîte à outils avec ma grille de lecture, et plus rien ne peut me prendre au dépourvu, sauf surprise improbable (la guerre ? Lire P.Lellouche à ce sujet).
De toute manière, je ne vote plus, me jugeant trop vieux et laissant ce geste citoyen aux jeunes qui doivent exprimer leur désir d’avenir (pas facile avec la communautarisation à toute berzingue du pays).
J’en appelle à un vote massif des jeunes, vote dont je soutiendrai le résultat, quel qu’il soit : l’essentiel est d’avoir un objectif, de savoir ce que l’on veut.
Car le pays est en danger, menacé d’éclater, n’ayant comme ciments que sa langue, son territoire et sa culture forgée au cours des siècles. Ces ciments permettront-t-ils de maintenir le pays debout ?
Question sans réponse pour le moment, à moins d’un miracle, un général sorti de nulle part (surtout pas d’un plateau télé) qui brouillerait tout le système. Cela me rappelle que j’aurais dû voter pour un général au lieu de le combattre dans la rue, il y a plus d’un demi-siècle de cela : un regret.



