lundi 19 novembre 2012 - par Pelletier Jean

UMP : l’implosion

A la surprise générale les deux candidats à la présidence de l’UMP, François Fillon et Jean- François Copé se retrouvent au coude à coupe et se déclarent conjointement vainqueur de la compétition. Depuis hier soir l’embarras est total à droite.

Plusieurs cadors de l’UMP se sont essayés à faire le parallélisme avec le congrès de Reims du Parti Socialiste, pour tenter de minimiser l’impact de cette guerre fratricide. Ce matin, la situation ne connait pas d’éclaircie. Jean-François Copé sur RMC a réitéré qu’il était le vainqueur de l’élection, alors que François Fillon de son côté faisait savoir qu’il ne craignait pas le résultat de la commission, de contrôle électoral, puisque ses propres comptes le donnaient gagnant à quelques centaines de voix. C’est là que réside la différence avec le congrès de Reims, au petit matin la raison l’emporta au PS et Martine Aubry fût élu.

La commission fait face à un véritable case tête chinois, car ce sont pas moins de 6 fédérations : Alpes Maritime, Haute Saône, Haute Marne, Meuse, Ardennes, Val de Marne, qui restent indéterminées à cette heure. Sans compter les multiples contestations de bureaux de vote à Nice, dans les Bouches du Rhône, à Toulouse, à Paris.

Il est vrai que François Copé en se maintenant à la tête de l’UMP pour l’organisation de ces premières primaires dans son parti n’a pas facilité la tâche, être juge et partie en même temps cela reste maladroit. L’ancien premier ministre François Fillon a dû dans le 7ième arrondissement de Paris faire la queue pendant une heure et demie pour pouvoir voter. Même problème à Neuilly-sur-Seine. En fait dans toutes les villes où François Fillon était donné vainqueur, l’organisation a failli, pas assez de bureaux de vote : troublant !

François Copé les cumulent : pourquoi cette proclamation hier soir de victoire, alors que les votes étaient particulièrement serrés, pourquoi ne pas avoir échangé avec son challenger avant, pourquoi avoir lancé ses équipes sur toutes les ondes aux fins de proclamer la bonne nouvelle et fustiger systématiquement le camp Fillon ?

Alain Juppé a appelé ce matin au cessez le feu, lui qui avait guigné sur cette candidature sans être en mesure d’y aller, est en bonne position pour jouer les arbitres. Ils sont peu à l’UMP à ne pas s’être mêlé à la bataille, Nathalie Kosciusko Morizet en fait partie. Mais la plupart des responsables UMP se sont jetés dans la mêlée. Ce matin nombreux sont les militants de l’UMP qui déchirent leur carte.

Nadine Morano remporte la palme de la stupidité (il est vrai qu’elle y est régulièrement abonnée) en déclarant : "Le couac vient des instituts de sondages et des observateurs qui disaient que Fillon avait gagné". Eric Ciotti celle du pragmatisme : "C'est tout du moins un dysfonctionnement, qu'une formation comme la nôtre ne puisse désigner son président" et enfin Benoist Apparu celle du réalisme : "Nous aurons des sourires goguenards de la part du PS. Et ceux qui doivent encore plus se frotter les mains sont les centristes de l'UMP ... et plus encore Marine Le Pen qui va profiter du côté désespérant d'une soirée politique comme celle-là."

A gauche on ne s’exprime pas sur le sujet, pourtant on ne cache pas sa joie. Ouf un peu de répit pour Jean-Marc Ayrault et François Hollande. C’était inespéré, ils en avaient bien besoin. En même temps personne ne peut raisonnablement se satisfaire de ce tableau pitoyable de la principale organisation politique du pays. Le PS avait déjà, hélas, contribué à ce spectacle peu digne d’une démocratie apaisée.

Ce matin deux personnes politiques se frottent les mains avec des arrières pensés pas très saines : Nicolas Sarkozy qui tient là, peut être sa revanche et Marine Le Pen prête à tout ramasser pour s’engrosser de l’antiparlementarisme, l’antichambre du fascisme.



13 réactions


  • Fergus Fergus 19 novembre 2012 16:07

    Bonjour, Jean.

    Ce ne sont pas deux personnalités qui se frottent les mains aujourd’hui, mais... quatre. A Sarkozy et Le Pen, il convient en effet d’ajouter Hollande et Borloo.

    Le premier car les déboires de l’UMP lui donnent de l’air et contribuent à discréditer les accusations d’amateurisme venue des pieds nickelés de l’UMP.

    Le second parce qu’il peut, sauf erreur de stratégie et de communication, tirer les marrons du feu en attirant vers l’UDI une grande partie des modérés de l’UMP, écoeurés par les magouilles internes et l’extrême droitisation sur les positions de Buisson.

    Cordialement.


  • Pelletier Jean Pelletier Jean 19 novembre 2012 16:20

    Cher Fergus,

    Oui mais je voulais dire deux « mortifères » au sens méphistophélien du terme !

    Bien à toi.

    http://jmpelletier52.over-blog.com/ 


  • CARAMELOS CARAMELOS 19 novembre 2012 23:52

    Ils veulent nous le revendre leur SARKO ! La manip est un peu grosse !


  • Taverne Taverne 20 novembre 2012 09:01

    Avant de chercher à qui profite cette élection, il faut admettre qu’elle bénéficie avant tout à la démocratie interne du parti. Jusqu’ici l’UMP était un parti-marmite avec un couvercle dessus estampillé « respectez la pensée unique ! ». Que deux courants majoritaires aient pu s’exprimer librement est plutôt une bonne chose. Ce n’est plus comme du temps de Sarkozy...

    C’est sûr, c’est une humiliation que de poiroter une heure et demie dans un bureau de vote à cause de son adversaire. Mais bon, c’est du Copé. Du pas très franc, pas très subtil non plus.


    • wesson wesson 20 novembre 2012 11:26

      Bonjour taverne,


      « Que deux courants majoritaires aient pu s’exprimer librement est plutôt une bonne chose. »

      mais quels courants ? On avait juste une chicaya de cours d’école entre pipo et popi, mais sur le reste, la ligne politique était exactement la même. D’ailleurs, Fillon avait des propositions sur les étrangers encore plus à droite que celles de Copé. Bref, juste une différence de style.

      C’est d’ailleurs notable de voir que lors des primaires socialistes, il y avait des programmes réellement plus à gauche que le social-démocrate de centre droit qui est aujourd’hui président. La palette de discussion était réellement plus large. Prenez par exemple les propositions d’un Gérard Filoche, elles sont largement plus en accord avec le programme du FdG que avec celui du PS dont il fait partie. 

      L’UMP est incontestablement en train de glisser à l’extrême droite, et cela fait le consensus des 2 candidats. Rien à voir avec un débat d’idée, juste le choix d’un style. Et évidemment, après 5 ans de Sarkozysme, c’est le plus indécrottablement « m’as-tu-vu » qui a été choisi.

      Avec cette primaire, l’UMP vient d’éclater entre une ligne dure qui suivra Copé, et une ligne plus sociale qui ira voir du coté de Borloo, si il est en forme.... 

    • Pelletier Jean Pelletier Jean 20 novembre 2012 12:01

      @Taverne,

      J’entends bien ce que vous dites..... une première fois pour l’UMP, un essai de démocratie interne, mais justement, sans doute les militants UMP en attendaient un peu plus.
       

      http://jmpelletier52.over-blog.com/ 


    • Fergus Fergus 20 novembre 2012 13:04

      Bonjour, Wesson.

      Pas mieux !


  • BA 20 novembre 2012 11:03
    Mardi 20 novembre 2012 :

    Fillon : « Cette fracture est à la fois politique et morale ».

    A l’issue de la proclamation des résultats de la Cocoe, l’ex-Premier ministre a pris acte lundi soir de sa défaite face à Jean-François Copé pour la présidence de l’UMP, en soulignant la « fracture à la fois politique et morale » au sein du parti, ajoutant qu’il se prononcerait sur son propre avenir « dans les jours qui viennent ».

    « Je prends acte du résultat, j’aurais préféré m’en satisfaire (...) Au-delà des nombreuses irrégularités de ce scrutin que j’aurais pu contester, ce qui me frappe surtout ce soir est que la fracture qui traverse notre camp politique est désormais manifeste, cette fracture est à la fois politique et morale. La réduire et la dépasser, tel est l’objectif que désormais je m’assigne. Je ferai connaître dans les jours qui viennent les formes que prendront mon avenir et mon engagement politique », a-t-il déclaré depuis son siège de campagne parisien du 7e arrondissement.

    UMP : « Plus jamais ça » pour Laurent Wauquiez.

    « Plus jamais ça. C’était juste médiocre », a réagi mardi Laurent Wauquiez, soutien de François Fillon, au lendemain de la campagne pour la présidence de l’UMP, qui s’est soldée par la défaite de l’ancien Premier ministre face à Jean-François Copé.

    « Je ne suis pas fier parce que le spectacle qu’on a donné au cours des deux derniers jours était au fond aussi pitoyable que grotesque », a réagi sur Radio Classique le député UMP de Haute-Loire, en dénonçant « une somme d’irrégularités (...) à faire pâlir n’importe quelle démocratie naissante ».


  • 1871-paris 1871-paris 20 novembre 2012 12:27

    ont se croirai au theatre de guignole....


  • Luc le Raz Luc le Raz 20 novembre 2012 14:54

    Vu d’ailleurs...

    « France’s conservative opposition has turned the gun around and shot itself spectacularly in the foot....
    An immediate beneficiary of the near civil war appeared to be the National Front, the far-right party that, under the leadership of the charismatic Marine Le Pen, plans to exploit the splits in the UMP. »
    Washington Post).
     
    Bravo les gars !!


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