Un acte de bravoure (affaire Mamoudou Gassama) ne suffit pas pour faire un citoyen !
C'est l'histoire sentimentale de l'année. Un enfant en pleurs suspendus à un balcon, un brave migrant qui vole à son secours, une récompense disproportionnée (non pas une régularisation, mais ici une naturalisation !). Tous les ingrédients d'un conte de fée en Macronie, pour mieux faire oublier la question des migrants et de l'immigration clandestine, ainsi que le reste de l'actualité.
Mamoudou Gassama, jeune malien de 22 ans, est certainement un brave garçon. Acrobate de talent, sportif, il n'est pas à la portée de tout le monde d'escalader des balcons. Altruiste, il n'a rien calculé en volant au secours du garçonnet, par ailleurs aussi secouru par son voisin immédiat. Acte de bravoure spontanée ou effet de foule ? C'est toujours difficile à dire. Mamoudou méritait donc une récompense pour sa prouesse. Une médaille de la ville de Paris, par exemple.
Mais obtenir directement une naturalisation (et sans l'avoir demandée en plus !) avec entretien à l'Elysée chez notre président qui pourtant s'affiche "régulateur" du problème migratoire, cela fait désordre. A la rigueur, le sauvetage du gamin pouvait justifier un élément d'une demande de... régularisation sur le territoire français, et rien de plus, car Mamoudou est d'abord un immigré clandestin, donc entré illégalement sur notre territoire. Il ne vient pas d'un pays en guerre, n'est pas en mauvaise santé ni persécuté par le pouvoir malien, donc il n'avait rien à faire en France.
D'ailleurs son pays d'origine profiterait davantage de ses talents que la France. Paiera-t-on moins d'impôts grâce à lui ? Versera-t-on moins d'aides sociales en tout genre ? Le chômage baissera-t-il ? A priori, notre acrobate n'est ni médecin ni ingénieur. Il bosse "au noir" dans le bâtiment, comme beaucoup de sans-papiers, et profite des largesses de nos pouvoirs publics à l'égard de ces entreprises de patrons véreux qui préfèrent exploiter le petit peuple plutôt que de le former, bénéfices obligent.
Le Mali devra donc se passer de ses services, comme de beaucoup de ses jeunes qui préfèrent émigrer vers la foire aux allocations qu'est l'hexagone, plutôt que de construire un avenir au pays de leurs ancêtres. La naturatisation de Mamoudou n'est rien d'autre que de la basse démagogie, alors que tant d'immigrés de longues dates qui ont bossé plusieurs années en France n'arrivent pas à se faire naturaliser. On en connait tous. Faire preuve ponctuellement de bravoure physique, cela nous est tous arrivé. Travailler bravement et avec assiduité pour obtenir un titre, c'est une autre histoire.
D'ailleurs, rappelons qu'il existe une voie pour les sportifs comme Mamoudou qui souhaitent devenir français en cinq ans : un engagement dans la légion étrangère. Là, on forme des hommes, on risque sa vie au quotidien sur des terrains d'actions. On y apprend la langue française et les lois de la république. Un contrat d'engagement pour Mamoudou aurait été une récompense acceptable... qu'il aurait sans doute acceptée avec enthousiasme. A moins qu'il ne soit, comme beaucoup de jeunes africains, un réfractaire au service militaire de son (ex) pays...
Cette histoire risque de faire jurisprudence. Il ne suffit pas de sauver un gamin ou de secourir un petit vieux pour faire un citoyen, l'émotion ne se marie pas avec la raison et les réalités : les bandes qui harcèlent le XVIIIème arrondissement parisien (drogue, prostitution, squats), qui ont submergé Calais et tous ces gens qui ne recherchent en rien à s'intégrer en Europe. La naturalisation de notre bonhomme, c'est de la naiveté mariée à de l'inconscience, ou simplement un coup de pub' médiatique pour faire humaniste.
On ne résoudra pas la pauvreté en Afrique par l'émigration de sa jeunesse. On n'intégrera personne dans une Europe en crise, rongée par le capitalisme sauvage. On ne fait que flanquer les pauvres les uns contre les autres au nom du "vivre ensemble", sans projet collectif. Dernière chose : personne n'a précisé les origines des parents négligents de l'enfant défenestré. Si ses parents sont français, seront-ils frappés d'indignité nationale ? S'ils sont immigrés, seront-ils expulsés ? Puisque la politique se mêle des faits divers, on peut tout envisager.
Mamoudou Gassama est donc désormais membre à part entière du pays des droits de l'homme. Tant mieux pour lui. Mais il n'est pas sûr que l'intérêt général y trouvera son compte si les naturalisations se font à l'émotionnel plutôt qu'au mérite...
Des migrants maliens de Montreuil, à la station Robespierre, ou les conséquences de la suppression des frontières :




