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Un amour interdit : la passion secrète d’Eleanor Roosevelt et Lorena Hickok - AgoraVox le média citoyen
vendredi 3 octobre 2025 - par Giuseppe di Bella di Santa Sofia

Un amour interdit : la passion secrète d’Eleanor Roosevelt et Lorena Hickok

Le 4 mars 1933, tandis que Washington s’enivre de l’investiture présidentielle de Franklin D. Roosevelt, 32e président des États-Unis, Eleanor, sa femme, s’isole dans une pièce aux rideaux tirés. Sous la lueur vacillante d’une lampe, elle trace des mots fiévreux : "Hick, mon amour, je rêve de t’enlacer, loin de tout ce tumulte". Cette lettre, adressée à Lorena Hickok, journaliste au regard perçant, n’est pas un simple écho de l’amitié. Elle révèle une passion secrète, un amour interdit qui unira les deux femmes pendant trois décennies. Première Dame visionnaire, championne des droits humains, Eleanor Roosevelt a redéfini son rôle public. Mais dans l’ombre, sa relation avec Hickok fut le feu qui forgea son audace

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Les indices d’une passion : bien plus qu’une amitié

Dans la pénombre des archives de la bibliothèque Franklin D. Roosevelt, un trésor oublié refait surface en 1978 : plus de 3 000 lettres échangées entre Eleanor Roosevelt et Lorena Hickok. Ces missives, léguées après la mort de Hickok, ne laissent aucun doute. "Je ne peux m’empêcher de t’aimer, et je t’adore", écrit Eleanor en 1933, son encre traçant des mots qu’elle n’osait murmurer à voix haute. Une autre lettre, plus audacieuse, évoque "le point tendre juste au nord-est du coin de ta bouche contre mes lèvres", révélant un désir physique aussi vibrant que leurs échanges intellectuels. Ces lignes, souvent écrites à la hâte sur du papier à en-tête de la Maison Blanche, ne sont pas celles d’une amitié platonique, mais d’une passion qui défie les conventions de l’époque.

 

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Lorena Hickok, journaliste chevronnée à l’allure masculine, n’était pas une simple confidente. Dès 1933, elle s’installe dans une chambre attenante à celle d’Eleanor à la Maison Blanche, une proximité qui intrigue les domestiques et les conseillers. Les deux femmes voyagent ensemble, du Maine aux routes poussiéreuses du Sud, partageant des escapades où elles échappent aux regards indiscrets. Eleanor porte une bague offerte par Hickok, un saphir discret mais lourd de sens, qu’elle ne quittera presque jamais. Ces détails, tirés des témoignages de l’entourage et des agendas d’Eleanor, brossent le portrait d’une relation qui transcende les normes de l’amitié.

 

 

Le mariage des Roosevelt, quant à lui, n’était plus qu’une façade. Après l’infidélité de Franklin avec sa secrétaire, Lucy Mercer, en 1918, Eleanor avait fermé la porte à l’intimité conjugale. Leur union, désormais un partenariat politique, laissait un vide qu’Hickok combla. Les lettres montrent une Eleanor libérée, émotionnellement et spirituellement, par cet amour. Si certains, à l’époque, chuchotaient sur la nature de cette "amitié", aucune archive ne suggère un scandale public. Un silence qui reflète autant la discrétion des deux femmes que les tabous de leur temps.

 

Don't Forget Me: Lorena Hickok's Unsung Oral History of the Great  Depression — Modern Homestead

 

Une muse pour une révolution : l’impact d’un amour

Lorena Hickok n’était pas seulement un refuge affectif pour Eleanor ; elle fut un catalyseur de son audace politique. Journaliste à l’Associated Press, Hickok avait couvert la Grande Dépression et connaissait les rouages du pouvoir. Dès 1932, elle encourage Eleanor à sortir du rôle décoratif de Première Dame. "Tu peux changer les choses", lui écrit-elle dans une lettre de 1933. Ce soutien donne à Eleanor la force de tenir des conférences de presse réservées aux femmes journalistes – une première historique – et de lancer sa chronique quotidienne, My Day, qui touche des millions d’Américains. Hickok, souvent dans l’ombre, relit ses brouillons, affine ses idées et lui souffle une confiance nouvelle.

 

Article clipped from The Evening News - Newspapers.com™

 

Cet amour fut aussi un baume. Eleanor, critiquée pour son apparence, moquée pour ses dents proéminentes et sa voix aiguë, trouvait en Hickok une validation inconditionnelle. "Tu me fais sentir que je vaux quelque chose", confie-t-elle dans une lettre de 1934, rédigée lors d’un voyage solitaire. Ce soutien émotionnel permit à Eleanor de braver les attaques sexistes et de s’engager pour les droits des Noirs, des pauvres et des femmes, défiant les attentes d’une société conservatrice. Hickok, avec son humour mordant et sa franchise, était son ancre dans la tempête.

 

52 Years Later, King's Words Demand Renewed U.S. Efforts Against Hatred and  Injustice | Freedom House

 

Mais la question de la bisexualité d’Eleanor reste complexe. Après Hickok, elle noua des liens intimes avec des hommes, comme son garde du corps Earl Miller ou son médecin David Gurewitsch. Ces relations, bien documentées, suggèrent une femme dont le cœur ne se limitait pas à un genre. Si le terme "queer" n’existait pas alors, il semble aujourd’hui le plus juste pour décrire cette capacité à aimer sans frontières. Les lettres à Hickok, cependant, restent uniques par leur intensité, marquant cette relation comme le pivot émotionnel de sa vie.

 

Un amour effacé : le silence de l’Histoire

Lorsque les lettres d’Eleanor et Hickok furent découvertes, elles provoquèrent un malaise. Dans les années 1970, certains archivistes et biographes, prisonniers des préjugés de leur temps, qualifièrent cet amour de "passion juvénile" ou d’"engouement passager". Cette minimisation reflète un phénomène plus large : l’homophobie intériorisée qui a longtemps effacé les récits LGBTQ+ de l’histoire. Les lettres, pourtant explicites, furent reléguées à des notes de bas de page, comme si l’amour d’Eleanor pour Hickok pouvait salir son image de sainte laïque. Ce silence historiographique, alimenté par une société hétéronormative, a occulté une vérité essentielle à sa vie.

À l’époque, la discrétion était une nécessité. Dans les années 1930, une relation homosexuelle ouverte aurait détruit la carrière d’Eleanor et entaché la présidence de Franklin. Les deux femmes, conscientes des enjeux, usaient d’un code implicite dans leurs lettres publiques et gardaient leurs moments d’intimité loin des regards. Franklin lui-même, selon des témoignages de proches, semblait tolérer cette relation, peut-être parce qu’elle stabilisait Eleanor dans leur mariage de façade. Les domestiques de la Maison Blanche, habitués aux allées et venues de Hickok, chuchotaient mais ne parlaient pas.

 

The Sad Truth About Franklin And Eleanor Roosevelt's Marriage

 

Aujourd’hui, le vent a tourné. Les archives, croisées avec des témoignages oraux et des journaux intimes, ont permis une réévaluation. Eleanor est de plus en plus reconnue comme une figure queer, une pionnière dont l’amour défiant les normes préfigure les luttes modernes pour l’acceptation. Cette réhabilitation, bien que tardive, redonne à sa relation avec Hickok la place qu’elle mérite : non un scandale, mais une source de force qui a nourri son combat pour un monde plus juste.

 

L’héritage d’un cœur rebelle

Eleanor Roosevelt n’était pas seulement la Première Dame qui a redéfini son rôle ; elle était une femme dont le cœur battait au rythme d’un amour interdit. Sa relation avec Lorena Hickok, tissée de lettres enflammées et de nuits partagées dans l’ombre de la Maison Blanche, fut le socle émotionnel de son courage politique. Sans Hickok, aurait-elle osé défier les conventions, sillonner le pays pour dénoncer les injustices, ou écrire des mots qui touchaient l’âme des opprimés ? Cet amour, bien que caché, fut une révolution en soi.

 

A woman holds a large printed version of the Universal Declaration of Human Rights.

 

Reconnaître cette facette d’Eleanor ne diminue pas son héritage ; elle l’enrichit. Elle nous rappelle que les héros de l’histoire sont humains, faits de passions et de contradictions. En aimant Hickok, Eleanor a défié les chaînes de son époque, prouvant que l’authenticité peut changer le monde. Son histoire n’est pas celle d’une étiquette – bisexuelle, queer, ou autre – mais celle d’une femme qui a aimé avec audace et dont les combats continuent d’inspirer.

 

 

L’histoire, souvent cruelle, a tenté d’effacer cet amour. Mais les lettres, jaunies par le temps, parlent encore. Elles murmurent que derrière chaque icône se cache un cœur, et que celui d’Eleanor, vibrant pour Hickok, battait pour la justice. C’est là son véritable héritage : une vie où l’amour, même secret, a forgé une légende.



13 réactions


  • Giuseppe di Bella di Santa Sofia Giuseppe di Bella di Santa Sofia 3 octobre 2025 11:36

    Comme d’habitude, les moinsseurs pathologiques sont à l’oeuvre. En moins d’une heure, déjà cinq votes négatifs ! C’est pas beau la haine. Je ne m’attaque jamais à l’être humain mais toujours aux idées. Ce n’est pas le cas pour tout le monde, visiblement.

    Que votre vie doit être triste pour agir ainsi. Finalement, je n’éprouve que de la pitié pour vous. Aucune haine, aucune rancune. 


  • juluch juluch 3 octobre 2025 12:09

    Savez pas pour cette relation, on connait plus la vie de son mari....lui meme mort à cote de sa maitresse apparemment.....


    • Giuseppe di Bella di Santa Sofia Giuseppe di Bella di Santa Sofia 3 octobre 2025 12:35

      Bonjour @juluch,

      Merci pour votre commentaire très intéressant ! Vous avez raison, l’histoire de Franklin Roosevelt éclipse souvent celle d’Eleanor, avec ses infidélités notoires, comme celle avec Lucy Mercer, qui était bien présente à ses côtés lors de sa mort par hémorragie cérébrale à Warm Springs en 1945.

      Eleanor apprit la nouvelle plus tard, ce qui raviva ses blessures. Pourtant, cette asymétrie historique met en lumière la force d’Eleanor : malgré tout, elle a bâti son propre legs, avec des relations profondes comme celle avec Hickok qui l’ont nourrie émotionnellement. C’est fascinant comment leurs vies entrelacées révèlent des vérités plus complexes !


  • Tolzan Tolzan 3 octobre 2025 12:13

    Étonnant ! Vous écrivez : déjà 5 votes négatifs en moins d’une heure ? Mais en me connectant à 11h50, donc 20mn après votre commentaire ci-dessus... je ne ne vois qu’un seul vote.... Finalement, on en arrive à se demander ce qui est fiable sur AV ? 

    Concernant cet article : restez en effet dans les secrets d’alcôve. Est-ce d’ailleurs de l’histoire, ou du rase-mottes historique, version Ici-Paris. On ne peut pas dire que vous apportez des analyses géopolitiques de haut niveau.... Continuez dans cette voie. J’attends avec impatience vos révélations sur les relations incestueuses entre Staline et sa fille, la fille secrète de Mao Tse Dong, les penchants homosexuels de Ceausescu, les cancers qui rongent actuellement Poutine, la pédophilie cachée de De Gaulle !!!!!!!


    • Giuseppe di Bella di Santa Sofia Giuseppe di Bella di Santa Sofia 3 octobre 2025 12:30

      Bonjour @Tolzan,

      Merci pour vore commentaire ! Je peux vous assurer qu’il y avait bien cinq votes négatifs lorsque j’ai posté ce commentaire. Désormais, il y en a six, dont un n’est pas négatif. C’est étranger que, lorsque vous avez consulté mon commentaire, il n’y avait qu’un seul vote. Encore un bug ? Il y en a un peu trop souvent, je trouve...

      Comme je vous l’avais dit, je me recentre totalement sur les méandres de l’Histoire. Mes articles ont trouvé leur lectorat et j’aime beaucoup vulgariser l’Histoire, comme Alain Decaux ou André Castelot. Ce sont ces deux historiens qui m’on donné ma passion pour l’étude du passé. Je vous remercie pour l’intérêt que vous portez à mes articles. Ca me touche. Même si nous ne sommes pas toujours d’accord sur certains sujets, vous savez faire preuve de dialogue et d’honnêteté intellectuelle. Ce qui est très rare sur AgoraVox. De plus, vous m’avez donné de très bonnes idées pour de futurs articles. Je n’avais jamais songé à les évoquer. Merci !


    • pemile pemile 3 octobre 2025 13:18

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia « Je peux vous assurer qu’il y avait bien cinq votes négatifs lorsque j’ai posté ce commentaire »

      Le plus probable est une erreur de Tozlan

      «  Désormais, il y en a six, dont un n’est pas négatif. »

      1,67 pour 6 votes, c’est plutôt 4 votes mauvais et deux votes excellents (4+6)

      L’article est maintenant à 1.57 pour 7 votes, donc un nouveau vote mauvais (11/7) !


    • charlyposte charlyposte 3 octobre 2025 14:06

      @pemile
      Sources ?


    • pemile pemile 3 octobre 2025 14:19

      @charlyposte «  Sources ? »

      De quoi ? Des règles d’addition, soustraction, multiplication, division ??!!


    • charlyposte charlyposte 3 octobre 2025 14:24

      @pemile
      En numérisation quantique si c’est possible ! smiley


    • Tolzan Tolzan 3 octobre 2025 14:38

      @pemile
      errare humanum est ! Donc, une erreur de ma part reste possible. Désolé dans ce cas. Actuellement, l’article a 2/5 de moyenne sur 11 votes. 


  • njama njama 4 octobre 2025 12:09

    Un bon article pour « Nous Deux » (Magazine) smiley


    • Giuseppe di Bella di Santa Sofia Giuseppe di Bella di Santa Sofia 4 octobre 2025 13:31

      @njama

      Votre comparaison à Nous Deux vise bas, mais elle rate la cible. Cet article n’a rien d’un roman-photo dégoulinant de mièvrerie. Il s’appuie sur des faits bruts : 3 000 lettres authentiques d’Eleanor Roosevelt et Lorena Hickok, exhumées des archives de la bibliothèque FDR, croisées avec des témoignages d’époque. Ce n’est pas du sentimentalisme de pacotille, mais une plongée dans une relation qui a galvanisé une icône historique. Si l’émotion vous fait penser à un kiosque à magazines, c’est peut-être que l’Histoire, avec sa chair et ses passions, est juste trop vive pour vous. 

    • njama njama 4 octobre 2025 21:43

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

      Nous Deux n’est pas non plus ras du caniveau, il y a de très belles histoires d’amour, dont certaines illustreraient bien la petite histoire dans le Grande... dont l’Histoire est faite... comme celle de votre article.


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