Un autre système est possible. Changer les règles avant les hommes.
Il faut parfois se prendre à rêver. Certains ne cauchemardent qu'en imaginant un deuxième 21 avril : Marine Le Pen au second tour. Mon cauchemar va arriver plus certainement : la France le 6 mai aura un président. « Le président est parti, vive le président ! ». Rien n'a changé. Nous avons toujours une pointe à la tête de la pyramide auquel nous prenons part, que nous soyons son socle où une strate intermédiaire. Et personne ne remet cette pyramide en question. Pourtant ce système d'organisation verticale de la société ne semble pas si bien marcher. D'aucuns ne remarque qu'on marche sur la tête. Mais personne ne veut voir que la pyramide est une toupie qu'il n'appartient qu'à nous de faire chanceler. Un jour viendra où elle tombera. Il nous faut pour cela tourner un peu la tête pour voir les choses comme elles sont.
La démocratie participative a fait son temps
Les hommes ne sont pas des bœufs. L'intelligence est inégale mais Descartes, ce symbole de l'esprit français disait que « le bon sens est la chose la mieux partagée du monde ». Chacun dispose d'une capacité à voir clair et à prendre des décisions raisonnables. C'est là un pré-requis de la démocratie : chacun entame le 217ème mois (12x18) de son existence avec le droit de participer au prochain scrutin. Celui qui a un QI de 150 n'a pas une voix comptant le double de l'attardé limité à 75.
Nous pourrions, dans un meilleur système, conserver ce principe, et même, l'affermir. L'affermir en combattant une contradiction de la démocratie : l'élection. Élire consiste à choisir le meilleur. Mais la démocratie veut que tous nous soyons égaux. Élire lire le meilleur. Le meilleur quoi ? Le meilleur hâbleur, le meilleur causeur. Celui qui sait serrer des mains dans les grands partis pour obtenir des postes d'importance croissante, et une visibilité sur les écrans télé. Savoir articuler les grands écarts pour plaire à ceux que l'on trompe. Par exemple, le président sortant plait aux agriculteurs en leur interdisant de ressemer leurs propres graines (qu'ils devront acheter), tout en assurant toute la population qu'avec lui elle sera protégée des OGM.
Plus les contradictions sont grosses, plus l'ami des riches vante le peuple, plus ça marche. Cela semble surprendre tout le monde, mais les sondages nous font considérer l'hypothèse de sa réélection. C'est peut-être une règle de psychologie collective. Les nazis avaient tout compris, Hitler lui-même "Un mensonge répété dix fois reste un mensonge ; répété dix mille fois il devient une vérité." Comme les journalistes sont de drôles de serfs, qu'ils mentent sans vergogne (un exemple : l'invention du discours belliqueux d'Ahmadinejad, et puis dans la même veine...) cela est dû, comme pour le système politique qui ne peut sortir que des ambitieux et des menteurs, au système de l'organisation de la presse lui-même – on sortira de ce système de tromperies qu'en sortant du système électoraliste et son frère siamois la libre expression Bouygues-téléguidée.
Quelques germes dans un corps pourri.
Le seul candidat à la candidature qui proposait de mettre fin à cette société verticale ne participera pas au grand round final. Totalement invisible pour ceux qui ne fouinent pas sur le net, François Amanrich avait pourtant récolté 489 signatures. Son leitmotiv était : finie la démocratie, ici la clérocratie. L'écouter – même si l'on ne pourra glisser son nom dans une urne – n'est pas vain.
Alors si voter est pour vous un réflexe hérité de la reproduction des comportements parentaux ou de l'endoctrinement réussi par l'école républicaine et son éducation civique, essayez tout de même d'apporter une importance particulière à ce que disent les candidats sur les institutions.
Cela est intéressant d'autant plus que les institutions connaissent une crise de légitimité. Le président sortant ne souhaite t-il pas quelques référendums pour donner une consistance à son éventuel second mandat ? Vous voyez dans les thèmes proposés l'ombre de Marine ? Toujours est-il que le principe de l'élection présidentielle au suffrage direct ne suffit plus. A droite et à gauche, pour utiliser une grille politique parlante mais désormais mauvaise, on parle de plus en plus par exemple du référendum d'initiative populaire. L'UMP lui-même avait passé une loi empruntant ce nom, mais avec un contenu tout à fait différent du principe, puisque le parlement était pris pour le peuple.
Si monsieur est difficilement bilingue (son anglais est terrible), son parti devrait éditer un dictionnaire de novlangue. Mais le président parle aussi la langue du peuple (un exemple parmi d'autre, trop ému par le sort de la planète : "Nous sommes la dernière génération qui peuvent sauver le monde"). Si avoir de la culture et connaître la grammaire ne sert plus à rien alors pourquoi lui plutôt qu'un autre ? Il n'y a pas en politique, c'est vrai, de meilleur.
A partir du débat sur la dette ou sur l'Europe, germent des idées ici ou là pour consulter directement le peuple. La critique du système est en vogue, réjouissons-en nous. On peut même voir avec un peu d'optimisme dans l'euphorie du beau-gosse démondialiste de 2011 comme une pointe d'espoir dans la candidature socialiste. Ce n'est pas cependant avec l'énarque fossoyeur des comptes de la Corrèze que l'on risque une crise cardiaque salutaire.
Les émanations de l'UMPS semblent un peu plus sérieuses. Le sénateur Mélenchon qui souhaite rembourser les banques ou Dupont-Aignan qui veut mettre debout la république en nous forçant à bénir ses institutions (obligation de voter) ont chacun des propositions signifiant un petit progrès.
Poutou, le français lambda
Je n'ai pas bien compris au début que le NPA choisisse un candidat si dépourvu de charisme, si vite déstabilisé. Et puis j'ai changé mes vues.
Il faut voir en Poutou non le candidat incompétent mais l'ouvrier éveillé. Si on peut lui reprocher de ne pas avoir de vision, comme les politiciens professionnels doucement aguerris à l'exercice des mandats et des babillages télévisuels, sa connaissance d'une certaine réalité en ferait un homme politique beaucoup plus utile qu'une bobo titulaire d'un MBA devant depuis longtemps ne plus voir arriver la fin de chaque mois de l'année avec anxiété (autrement dit, ne plus décortiquer les soustractions sur ses fiches de paie). Je fais là référence à Poutou reprenant Nathalie Kosciusko-Morizet sur l'utilisation du vocable traditionnellement impropre de "charges salariales".
Au-delà du message moyennement pertinent qu'il délivre, voilà l'intérêt du candidat Poutou : il ne veut pas être président mais montrer que tous, aussi cons et désintéressés du pouvoir que nous sommes, nous pouvons être de formidables hommes politiques. Jusque-là les politiques n'ont été que des animaux (je ne sais pas bien pourquoi on utilise la parabole du loup). Nous pouvons si nous le voulons, comprendre le système pervers et décortiquer les mensonges de ceux qui disent agir pour nous. Il s'agit d'un effort individuel et collectif à entreprendre.
Tout le monde s'il en a le temps et l'envie, peut se pencher sur les questions d'économie, de géopolitique, de société. C'est pour cela que nous n'avons pas besoin d'élus. La société n'a pas irrémédiablement la forme d'une pyramide. Il appartient à nous d'en faire un cercle - figure géométrique parfaite – dont nous pourrions tous un jour, pour une courte durée, être le centre. Ce serait au sort de choisir.
En attendant de renvoyer tous les ambitieux aux calendes grecques, on peut toujours espérer un progrès en votant pour l'apparatchik qui nous dit « Prenez le pouvoir » sur le fond rouge de la révolution. Moi je le vois mieux - quand je me souviens le voir répéter un mensonge bien connu, montrant ainsi patte blanche aux sionistes va t-en guerre - en pigiste de l'AFP.

