Un dernier verre de Rom ?
Le dernier verre de "Rom"
Les dernières joutes verbales au Conseil européen laisseront des traces indélébiles mais surtout en France. Les hiérarques européens n’en ont déjà plus le souvenir.
Seuls les journalistes appointés par leurs médias respectifs en rajoutent pour justifier leur temps d’antenne.
Viviane Reding, vice-présidente de la Commission européenne, Commissaire à la Justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté, a adressé ses excuses à l’État français.
Elle avait affirmé que "le traitement réservé aux Roms par les autorités françaises n’avait pas d’équivalent en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale".
Comparaison légèrement hâtive que celle-ci !
Il y a 50 ans, les juifs ne recevaient pas d’argent pour quitter le territoire français et on ne les renvoyait pas dans leur pays d’origine, puisque de pays d’origine, ils n’avaient pas.
L’Europe les livrait aux nazis qui les gazaient après avoir, de surcroît, confisqué tous leurs biens au grand bénéfice, notamment, de la Caisse des Dépôts et Consignations, actuelle propriétaire, entre autres, d’une grande marque de restauration rapide.
Tout occupés à stigmatiser la “politique raciste de la France”, les médias ne se sont pas interrogé sur le racisme et la xénophobie qui règnent dans les anciens pays de l’Est vis-à-vis des Roms.
Roumanie et Hongrie sont des pays d’Europe qui aident des haines ancestrales à prospérer sur leurs territoires. Juifs et Roms ont souvent été traités en parias dans ces sociétés-là.
Pas toujours ! Au XIXe siècle, il y eut des décrets qui donnèrent des droits aux Juifs hongrois. Et la Hongrie reste le seul pays européen à avoir eu des parlementaires Roms. Ce qui donne quelques raisons d’espérer !
Nul besoin de remonter à la seconde guerre mondiale, n’en déplaise à la Commissaire européenne à la Justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté.
Si la stigmatisation est une faute politique, les gouvernements roumain et hongrois qui s’en rendent coupables depuis des décennies sont les premiers fautifs.
En Roumanie, la stigmatisation des Roms est un sport national. Pardi, ils volent les enfants pendant que les Juifs distribuent de l’eau-de-vie trafiquée, celle qui rend aveugle.
Cette xénophobie-là, se disait-on, finirait une fois Ceaucescu enterré.
Mais foin d’angélisme ! Il n’y a pas mieux qu’un régime totalitaire pour engendrer des monstres pendant quelques générations.
Le racisme « anti-Roms », les mesures vexatoires, les viols se perpétuent, aujourd’hui comme depuis la nuit des temps.
Un petit voyage en Roumanie, dans les Carpates, en Moldavie et les alentours ruraux de Iasi, serait utile aux dirigeants français qui prennent des décisions "à la con" autant qu’aux journalistes qui commentent férocement ce "passage à vide" (pour le moins) de notre actuel gouvernement.
Ici, en France, personne n’est xénophobe vis-à-vis des Roms. Ah non alors !
Il y a juste quelques petits problèmes inhérents à une société dite moderne.
Pour Hortefeux, il faut des contrôles fiscaux pour vérifier si ces gens-là, avec leurs grosses cylindrées, sont des contribuables honnêtes.
Peut-on juste faire remarquer à notre ministre de l’Intérieur que, pour tracter une caravane pouvant accueillir une grande famille, une « Twingo » est à peine suffisante ?
Peut-on juste lui faire remarquer que, si les Français dépensent en moyenne 115 000 euros pour devenir propriétaires, il n’est pas anormal que la famille des gens du voyage en dépensent 40 pour rouler en toute sécurité ?
Peut-on, sans lui manquer de respect, affirmer que les maires des communes de notre doux pays, renâclent à l’idée de faire construire des aires décentes pour les accueillir ?
Non parce qu’ils n’ont plus d’argent, cela se saurait, mais parce que, électoralement, l’investissement est risqué.
Peut-on ensuite, et sans être traité de nazi xénophobe ou de franchouillard pétainiste, dire aux gens du voyage qu’ils sont libres de voyager en France et toutes les routes départementales, voire nationales, à condition que leur entretien soit assuré par tous, utilisateurs et contribuables, gens du voyage compris ?
Ils sont également libres de s’arrêter sur les rares espaces mis à leur disposition sans pour autant embarquer, le jour de leur départ, la tuyauterie, les robinets et tout ce qui peut encore se monnayer.
C’est compliqué la vie, n’est-il pas ?
Il faut en vouloir à cette opposition et à cette majorité, qui ne comprennent décidément rien à rien, qui confondent Roms, Tziganes, forains, gens du voyage et autres exotiques en quête d’un abri pour la nuit.
Maintenir la confusion, le brouillard, c’est chercher à s’assurer la fidélité d’un peuple qui n’a pour réflexion existentielle qu’à deviner qui va être le grand gagnant de « Secret Story ».
Mais il faut être honnête. Les Français voyagent, eux aussi.
Ils ont pu voir cet été les putains harassées orner les bords de route nationale entre Carcassonne et Béziers, une tous les 100 mètres, assise toute la journée sur une chaise pliante, sous le soleil mordant, à attendre le chaland, l’excité du matin, l’éjaculateur précode de l’après-midi.
Et il entend alors Desproges lui susurrer à l’oreille : « Avez-vous touché du doigt le fin fond de la bassesse au front des marchands de femmes accroupies ? »*.
Il y a, parmi les Roms, des patriarches maquereaux qui n’hésitent pas à vendre leurs filles pour quelques billets, afin de construire en Moldavie des palais seigneuriaux.
Il y a des « mères maquerelles » qui contemplent sans pleurer l’infirmité de leur enfant, parce que, s’il boite, il attirera la pitié de ces idiots de gadjots au pied de qui il va faire la manche. Parfois, elles encouragent leurs enfants à voler, certaines de leur impunité en cas d’arrestation.
Et il y a tous ces petits effrontés qui arpentent le sol, au cul des voitures françaises, dans les déchetteries, prenant sans vergogne dans les coffres, les appareils usagés, les métaux, le cuivre, tout ustensile ayant encore quelque valeur marchande et que nous jetons nonchalamment.
Et alors ? Où est le problème ? Il faut bien qu’ils vivent.
Certes, mais les employés de ces lieux appartenant à de grandes multinationales spécialisées dans la « valorisation » de nos déchets, risquent à tout moment de se faire virer parce qu’ils ne font plus le chiffre de l’année dernière.
Leurs petits chefs de service ne veulent pas savoir qu’ils risquent de se faire casser la figure par trente membres d’une famille si, par malheur, ils chassent les fameux Roms de ces lieux de récupération.
Les intellectuels parisiens, journalistes et sociologues, ne peuvent pas savoir cela. Ils ne vont jamais dans les déchetteries. Ils se contentent de sortir la poubelle le soir, en rentrant d’un plateau TV épuisant.
L’employé de la déchetterie, en contrat précaire et sous-payé, se couchera en maudissant les gens du voyage en général et en se promettant de voter « Front national » la prochaine fois.
L’actionnaire de ces multinationales, ces fleurons de l’industrie française, s’endormira, heureux, confiant et repu.
Surfant sur cette mésentente profonde et cette cassure du lien social, un seul force la marche. Mine de rien, il est bien près de réussir son pari.
Scénario politique « improbable » ?
Sarkozy, avec ses effets de manche contre l’Europe, ses « malentendus » avec Merkel et sa grosse colère contre Barroso, vient juste de s’approprier une grande partie des électeurs de droite ou de gauche qui a voté NON au dernier référendum consacré à l’Europe.
Bien joué ! Le résultat est que l’Europe est en train de flancher face au Président français. C’est elle qui s’aplatit, comme, avant elle, la gauche française qui, sur ce terrain, n’avait plus le soutien de ses électeurs.
Les Roms, outils indispensables à cette reconquête d’un électorat de droite déboussolé, continuent à être expulsés.
Les autres benêts dans l’affaire sont les associations diverses des droits de l’homme, les syndicats et les médias.
Deux mois qu’il traîne tout le monde dans la mélasse. Et tout ce petit, tout petit monde, a marché au pas pendant l’été.
Résultat : Sarkozy, ces derniers jours, vient de récupérer l’une des dernières niches qui peut encore lui apporter son soutien en 2012, les antis-traité européen du dernier référendum.
Même de gauche, leurs représentants pourront plus difficilement aller contre leurs fonds de commerce "urnicatoires", De De Villers à Chevènement. Ils vont certainement apprécier la passe d’armes de ce vendredi entre Sarkozy et toute l’Europe réunie.
Rien de tel que la devise "Seul contre tous" pour unifier un pays !
Quand on vous dit que Sarko est une « bête politique » !
Lors, au lieu de hurler avec la meute, cliquez ici, apprenez quelques mots de cette belle langue Rom proposée par Bernadette Capdevielle sur Primo, précipitez-vous vers un campement de fortune de nos invités et allez le réciter avec eux jusqu’à ce qu’ils se fassent embarquer.
Juste pour refuser l’idée que "parler ne suffit plus".
Paul Lémand
* Pierre Desproges au Musée Grévin, textes de scène, Ed. du Seuil, p.101

