mercredi 6 septembre 2017 - par rosemar

Un documentaire bouleversant : le racisme dans les colonies fascistes d’avant-guerre...

Un documentaire historique diffusé sur ARTE nous montre la virulence du racisme qui sévissait dans les années 30.
 
Dans l'Italie fasciste de cette époque, de nombreux habitants du village de Borgo, poussés par la misère ou l'esprit d'aventure, ont émigré dans les colonies de "l'Empire italien d’Afrique" : la Libye, l'Érythrée, l'Éthiopie et la Somalie.
 
Le documentaire retrace cette épopée qui semblait promettre un Eldorado à ceux qui fuyaient leur patrie. Mais, au bout de l'aventure, ce fut souvent la désillusion...
La guerre, la chute du régime précipitèrent le retour de ces exilés : la plupart d'entre eux rentrèrent chez eux ruinés.
 
À partir de lettres trouvées dans un tiroir, de fragments de son passé familial, de photos, de témoignages, Loredana Bianconi fait le récit émouvant et poignant de cette période de l'histoire dont on parle peu.
 
"C'était à Rome en 1936 : Mussolini annonce la conquête de l'Ethiopie".
Une propagande tapageuse incite alors les italiens à rejoindre ces terres lointaines : de l'eau abondante, des mines d'or, des terres fertiles...
 
La narratrice raconte une histoire familiale, celle de son oncle parti en Afrique... elle revient à Borgo, le village italien de sa famille, pour vider la maison de sa mère et fermer la porte une dernière fois.
 
Elle découvre, alors, enfoui dans un tiroir un petit paquet noué par un ruban : photos, cartes postales, et lettres écrites par le frère de sa mère, parti à 25 ans dans les colonies d'Afrique... un oncle qu'elle n'a pas connu...
On est ému par ces lettres qui témoignent d'un déchirement face à l'exil, des lettres qui parlent d'amour, de tendresse, des lettres qui restituent toute une époque.
 
"Borgo, 5 février 1937... Chère maman, laissez-moi encore vous appeler ainsi, même si en ce moment je vous donne le plus grand chagrin de votre vie, la vie m'était devenue insupportable avec la pensée continue de "comment survivre ? et pas de travail du tout..."
"J'ai décidé de partir pas pour fuir mais pour trouver du travail, pour commencer une nouvelle vie loin de Borgo... Pardon, maman, pardon, j'ai un coeur, et c'est pour moi une telle douleur de devoir partir qu'il semble se casser... embrassez pour moi mon père, mes frères et mes soeurs... et pardon..."
 
C'est la misère qui pousse les gens à partir, à quitter leur pays pour trouver un Eldorado... Le voyage en bateau se présentait alors comme idyllique : confort, piscine, transats...


 
Des témoignages de ceux qui ont vécu cet exil se succèdent et viennent compléter les lettres de l'oncle de la narratrice : on entend la belle langue italienne aux sonorités éclatantes, on entend des mots familiers, une langue qui chante...
 
L'arrivée en Afrique fut d'abord un éblouissement, mais bien vite les immigrés découvrent la misère, la saleté des femmes, des enfants, et bien sûr la méfiance, le racisme.
"Nous nous sommes arrêtés pour manger, raconte une femme qui a vécu cet exil : dans ce restaurant, j'ai vu que c'était un noir qui cuisinait, je n'en avais jamais vu et je n'ai rien mangé, car voir ce noir en cuisine..."
Un autre témoignage dans une lettre : "ici, si un chauffeur écrase un noir, il doit seulement payer une petite amende..."
 
Partout dans ces colonies, des monuments à la gloire de Mussolini, des villages rebaptisés. La plupart de ces exilés vivaient entre eux et ne connaissaient pas les autochtones.
 
Mais l'Eldorado rêvé se révélait souvent plein d'âpreté : manque d'eau pour se laver, chaleur étouffante, hurlements d'animaux sauvages pendant la nuit, absence de distractions, malgré des salaires plus importants qu'en Italie...
L'ambiance était militaire : propagande fasciste, police coloniale, sécurité nationale, milice armée jusqu'aux dents.
"Le climat, les maladies, tout était plus difficile dans ce pays si différent."
"Les noirs accomplissaient les travaux les plus durs, ils allaient pieds nus, ils avaient les mains et les pieds entaillés, des pieds qui s'infectaient.
Les gardiens fascistes les méprisaient et les provoquaient, ne leur épargnant aucune cruauté.
Noirs et blancs étaient séparés dans les autobus : nos parents ne voulaient pas qu'on les fréquente", raconte un autre témoin de cet exil.
On entend aussi ces propos terribles :
"Notre sang ne doit pas se mélanger avec le sang noir, pour ne pas nous infecter, nous les conquérants de l'empire..."
On perçoit un tableau saisissant et terrifiant du racisme exacerbé qui régnait dans ces colonies africaines.
 
Et puis l'heure du retour a sonné en raison des rumeurs de guerre.
"20 mai 1941 : les Anglais sont arrivés sur le chantier, ils nous ont tous embarqués : nous avons voyagé dans des cars vers des camps de concentration."
"Septembre 1943 : nous avons appris que le fascisme est tombé en Italie, que le pays s'est rendu aux alliés...", raconte un autre témoin.

Ceux qui sont rentrés ont retrouvé le village de Borgo en ruines, anéanti par la guerre.
 
Ce documentaire s'achève, de manière poignante, avec la dernière lettre de l'oncle de la narratrice...
"Cette lettre de l'oncle date de 1948 : quelques lignes, accompagnées d'une photo : lui, sa femme noire et son fils... il écrit alors qu'il entend rester en Afrique, et quand il aura assez d'argent, il viendra bien sûr présenter sa petite famille à sa mère."
Et sa mère lui adresse, alors, par courrier ces mots terribles : "Si tu dois venir nous couvrir de honte devant tout le village avec un fils noir, reste où tu es."
Elle utilise ce mot : "honte", maudissant, ainsi, son propre fils comme s'il était un pestiféré.
"Mon oncle ne donna plus jamais de nouvelles de lui...", conclut alors la narratrice...
 
On voit s'exprimer dans la lettre de cette mère un racisme d'une violence inouïe...
Ce document diffusé sur ARTE révèle un monde où le mépris et le rejet des populations noires s'exprimaient avec la plus grande virulence.
 
Depuis, sans doute, les mentalités ont évolué, mais hélas le racisme, le rejet, la peur restent encore bien vivaces à l'égard des étrangers, de tous ceux qui viennent d'ailleurs, de tous ceux qui sont différents...
 
 

Le blog : 

http://rosemar.over-blog.com/2017/09/le-racisme-dans-les-colonies-fascistes-de-l-avant-guerre.html

 

 
https://www.arte.tv/fr/videos/057865-000-A/colonies-fascistes/
http://www.programme-tv.com/television/377677691/colonies-fascistes.html

 



20 réactions


  • foufouille foufouille 6 septembre 2017 17:25

    "C’est la misère qui pousse les gens à partir, à quitter leur pays pour trouver un Eldorado... Le voyage en bateau se présentait alors comme idyllique : confort, piscine, transats..."
    de nos jours, c’est juste pour se refaire les dents.


    • rosemar rosemar 6 septembre 2017 18:30

      @foufouille

      Oui, enfin, certains quittent encore leur pays pour fuir la misère et la pauvreté...

    • foufouille foufouille 7 septembre 2017 08:09

      @rosemar
      vu le prix du passeur, c’est impossible.
      seul un bourgeois peut avoir l’équivalent de 30000 en cash.


  • ZenZoe ZenZoe 6 septembre 2017 19:06

    Moins bouleversant mais bien plus rigolo, le sketch de Muriel Robin sur ce sujet épineux : Félix le noir. Je ne le mets pas en lien, j’imagine que tout le monde le connait, il est vraiment drôle.
    Dans la même veine, le sketch de Fernand Raynaud sur le boulanger italien, un classique.

    L’humour fait beaucoup plus pour la lutte contre le racisme bête et méchant qu’un millier d’articles dégoulinants à mon avis.


  • pipiou 6 septembre 2017 20:55

    Parce que dans les colonies pas fascistes d’avant-guerre c’était différent ?


    • rosemar rosemar 6 septembre 2017 20:57

      @pipiou

      Mais personne n’a dit que c’était différent...

    • Bernie 2 Bernie 2 6 septembre 2017 23:22

      @onesime leufeross

      Vous êtes dur avec Jocelyne, elle s’est rattrapée sur engeance. Bon, elle s’est loupée sur son pari, mais cova aurait pu être là.

      Franchement, j’ai tenté le doc, pourtant c’est ce que je préfère les docs, mais là, j’ai été rapidement tenté de m’abonner à bein sport, tellement je fus captivé. Pour dire, je déteste franchement le sport.


    • Abou Antoun Abou Antoun 7 septembre 2017 00:02

      @pipiou
      Complètement !
      Au Congo ex-belge on a introduit la pomme frite, c’est quand même autre chose que le macaroni.
      Les Français en AOF/AEF favorisaient le développement personnel d’artistes locaux (pub Ya’bon), on reconnaît là une grande mission civilisatrice.


    • pipiou 7 septembre 2017 00:16

      @rosemar

      Alors pourquoi préciser « fascistes » ?


    • pipiou 7 septembre 2017 00:25

      @Abou Antoun

      A propos de Belges j’ai récemment appris un passage peu glorieux de leur histoire, un peu trop passé sous silence :

      Arthur Conan Doyle, 1909 : « Beaucoup d’entre nous en Angleterre considèrent le crime qui a été commis sur les terres congolaises par le roi Léopold de Belgique et ses partisans comme le plus grand crime jamais répertorié dans les annales de l’humanité. Je suis personnellement tout à fait de cette opinion »


    • Abou Antoun Abou Antoun 7 septembre 2017 00:53

      @pipiou
      Oui, voici comment agissaient les ’démocrates’ :
      Affaire des mains coupées.


    • Et hop ! Et hop ! 7 septembre 2017 15:11

      @pipiou : C’était même comme ça aux USA jusque’ l’époque de Kennedy : bus réservés aux blancs (ou aux noirs), bancs publics, cafés, restaurants, écoles, avec des pancartes « Interdit aux nègres ».


      Donc ça n’a rien à voir ni avec le fascisme, ni avec le colonialisme.


    • rosemar rosemar 7 septembre 2017 22:30

      @pipiou

      tout simplement, parce que le documentaire évoque les colonies fascistes de Mussolini : c’est un documentaire historique.

  • nono le simplet 7 septembre 2017 08:18

    concernant la colonisation française et le racisme lire absolument le triptyque de Max Gallo L’Empire en 3 volumes « l’envoûtement, la possession, le désamour » 


  • Graal 7 septembre 2017 10:37

    C’est bien touffu, tout ça, malgré votre titre !

    De quoi voulez-vous parler, au juste ? Des italiens miséreux contraints d’émigrer (comme aujourd’hui en sens inverse), de l’esclavagisme des populations locales, du racisme latent chez les italiens fascistes … ?

    Un vieux prof me disait :  »Méfiance quand un sujet s’impose à vous facilement.  »Méfiance quand un sujet s’impose à vous facilement. Digérez-le, d’abord. Ne vous contentez pas d’un premier jet ".


  • Olivier 7 septembre 2017 11:12

    Ah oui c’est vrai, combattons le « rejet et la peur de l’autre », que nous puissions bénéficier de leur bienveillance dont a eu un aperçu au Bataclan, à Nice et à Barcelone !


    Je pourrais dire que ces propos sont simplement de l’aveuglement idéologique ; mais au vu de ce qui s’est passé, et comme souvent avec ceux qui se proclament humanistes, je me demande s’il n’y a pas chez vous une trouble complaisance envers ces populations, qui nous haïssent et qui ne viennent chez nous que pour compenser leur échec à développer leur propre pays.

  • francesca2 francesca2 7 septembre 2017 17:31

    Depuis, sans doute, les mentalités ont évolué, mais hélas le racisme, le rejet, la peur restent encore bien vivaces à l’égard des étrangers, de tous ceux qui viennent d’ailleurs, de tous ceux qui sont différents...


    Aujourd’hui les colons font exactement la même chose ; ils viennent, s’installent, colonisent des quartiers et des villes, imposent leur modus vivendi d’aliens et pratiquent l’endogamie. 
    A part la fachosphère tout le monde trouve ça très bien...


  • microf 7 septembre 2017 21:14

    L´homme blanc, le cauchemard de l´homme noir.


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