Un fil à la patte
Vous avez échappé à : une pelote emmêlée, ou bien : un petit tour d'horizon, ou bien : vous avez attrapé le pompon, vous avez droit à un tour gratuit ; et mille autres choses encore. La pelote emmêlée insiste sur le fait qu'il faudrait mettre ce fil en écheveau, c'est beau un écheveau, et c'est utilisable ; quant au tour gratuit, c'est toujours ce que l'on nous promets, ce que l'on nous offre ou ce que l'on nous impose, tout dépend du tour ! Mais il s'agit bien d'un tour d'horizon ! Un fil à la patte, est pure fantaisie.
Il est des semaines comme ça, où le téléphone sonne plus souvent qu'à l'ordinaire, souvent à des heures inhabituelles à vos habitués ; mais vous grimpez les escaliers quand même, on ne sait jamais. Tout commence par un silence suivi de près par un brouhaha feutré ; expérimenté, vous raccrochez. Mais avant d'avoir acquis cette précieuse expérience, vous attendiez avant d'entendre un voix accentuée vous dire : Madame Machin ? Oui ; ou bien « Pourrais-je parler à Madame Machin ? » ' C'est moi-même ! ».
Je ne sais pas vous, mais chez moi c'est quatre-vingt dix fois sur cent des sous-fifres d' EDF qui veulent me vendre des économies d'énergie ou bien des panneaux solaires bien sous tous rapports. Il m'arrivait, et pendant longtemps, de pousser l'humanisme jusqu'à entendre un humain derrière le débit monotone du discours, de répondre aux questions mais d'informer le plus vite possible que, pour autant que je sache, je ne pouvais pas faire mieux en matière d'économie d'énergie ; quand j'étais d'humeur acerbe, j'énumérais mes fenêtres et portes en double vitrage, ma ouate de cellulose au grenier, mon épouvantable radinerie qui me fait éclairer la où je suis et là où je suis seulement, etc ; quand j'étais de bonne humeur, je les faisais rire, j'ai fais rire plus d'une fois les nanas qui voulaient me vendre la soupe de leur exploiteur ; mais il m'arrivait d'être molle ou morose, la proie idéale, et j'avais beau expliquer que je me chauffais au bois, la donzelle me donnait un rendez-vous gratuit avec un de leur conseiller-expert qui, vous en avez de la chance, sera sur votre commune la semaine prochaine. C'est entièrement gratuit ! J'en ai vu deux ou trois dans ma carrière de pigeon ; le dernier qui est venu, en fait, était venu de Nîmes tout exprès, plus de cent bornes aller-retour quand même, et après que je lui eus expliqué le topo, il admit que c'était con comme mode de pub ou bien qu'il y avait des couacs ! Depuis, je ne veux plus faire rire ni faire montre d'humanité, quand il y a une seconde de silence quand je décroche, je raccroche ; une fois au nez de mon avocat, mais ça s'est bien terminé.
C'est rien ce petit fil, un agacement, parfois qui frise l'agression mais on s'en remet ; n'empêche, si on tire le fil sur lequel funambulent ces nanas, des fois des mecs aussi, eux je les situe bien du côté de Madagascar, on tire le fil de toute notre organisation capitaliste. Je m'en tiendrai à remarquer que la consommation voudrait être provoquée par une culpabilisation, comment vous n'êtes pas écolo ? une non-défense à une agression, c'est un duel sans avertissement et, que vous soyez pris entre la poire et le fromage ou en plein remplissage de feuille d'impôts, le combat est inégal, un abus de faiblesse, on pousse le bouchon jusqu'à ce que vous cédiez, une poudre aux yeux et une arnaque, vous vous enrichirez avec vos panneaux. Un jour, une experte est venue, et très pro, m'a fait un devis d'isolation de mon atelier, six fois plus cher que ce que j'ai fait, en mieux !! Sans compter que ces gens-là vous prennent pour des cons ! Pas eux, Jocelyne ou Nabila, mais ceux à qui elles obéissent. Nous arrivons donc au volet deux : jusqu'où sommes-nous capables d'aller pour tenter de gagner trois sous, ce qui en l'occurrence n'est pas gagné ? Le volet trois, c'est que les forfaits illimité du téléphone ne sont pas qu'un gain, les autres savent en profiter aussi. Cela a augmenté le PIB mondial, avec ces millions de relais dont certains disent qu'ils ne sont pas si inoffensifs qu'ils n'en ont pas l'air, ces centaines de satellites qui sont autant d'étoiles innommables dans notre ciel …
Le volet quatre c'est que non, nous ne sommes pas dans une production qui tend à satisfaire la demande mais dans une pollution à multiples visages ! Le volet cinq, c'est que le malgache bac+3 est mal payé pour vendre un truc dont il n'a rien à foutre : à Madagascar ils logent dans des cahutes !
Le volet six c'est que cela ne me réconcilie pas avec la mondialisation.
Ce sont les petits faits du quotidien qui nous titillent ou nous agacent qui, au fond déterminent une bonne part de nos inclinations politiques. Il est vrai que les adaptés au système inscrivent leur numéro de fixe sur une liste orange, et le tour est joué. Là aussi, il y a un nœud à démêler : le système économique pose des pièges, les malins les déjouent : est-ce une manière intelligente d'opposer une réaction efficace, car, on n'en finit plus ! Cependant, chacun est bien convaincu d'être le plus malin , le tuyau d'ailleurs ne circule guère ; vous me direz, quand vous marchez dans un bois, il faut parfois se plier sous une branche, parfois lever le pied ! Que les autres se démerdent.
Mais là, il s'agissait d'intrusions ponctuelles mais régulières, dans notre train-train . Il est d'autres intrusions que l'on ne ressent que si on les connaît.
Par exemple, la nourriture. Certes tous les gens en surpoids ou obèses s'aperçoivent bien qu'ils sont en surpoids ou obèses et aussi que leurs parents ou grands-parents, que d'autres autour d'eux ne le sont pas. Il y a tous ceux qui ont des accidents cardiaques ou vasculaires à la cinquantaine et s'aperçoivent bien que d'autres n'en ont pas ; mais jamais il vont demander aux minces en bonne santé, comment se fait-il que vous soyez minces et en bonne santé ? On se vit chacun chez soi chacun pour soi comme un tout indépendant du reste. C'est maman qui avait du cholestérol, papa du diabète, tante Irma qui était bossue, il y a, toujours, une bonne raison. Or, il n'y a aucune hérédité irrémédiable, ou, la sachant, il y a des solutions.
Les Français mangent entre quatre-vingt et cent dix kilos de viande par an en moyenne, selon les sources. Cette viande, est grasse – cholestérol, surpoids- elle est malsaine : animaux entravés, torturés, drogués – cancer, maladie nosocomiale à la première hospitalisation- et cela, commence à se savoir, mais, il ne s'agit plus là d'être le plus malin, -sauf les riches bobos informés qui mangent bio, font du sport en montagne et se soignent, en prévision, par les médecines parallèles-, il s'agit , non seulement de savoir, mais de prendre des décisions en fonction de ce savoir. Et jamais vous n'irez dire à votre voisine qui a le cancer du sein à quarante six ans que c'est la faute de sa bouf, il y a tant d'autres facteurs... vous n'avez aucune autorité à prévenir qui que ce soit du danger qu'il court à remplir son caddy de saloperies, et du reste, je pense que c'est interdit par la loi comme entrave aux bonnes affaires ! De toutes façons, on ne vous écouterait pas. Alors, vous voyez les gens grossir, puis maigrir inexplicablement et vous suivez leur enterrement sans avoir rien dit. La protection infantile dont on se pare, une fois l'information passée le seuil de la porte, est de penser : ça n'arrivera pas à moi ! Ou, je n'y peux rien, c'est comme ça ! Et bien voilà, encore un fil de tiré : la fatalité est bien plus forte que la conscience et on ne peut pas décemment dire qu'elle est plus confortable car se payer un cancer, avec parfois trois rémissions suivies de récidives, ce n'est pas plus facile que s'arrêter de manger n'importe quoi ! Mais le système est là qui veille et qui dit si fort le contraire de ce que vous n'osez pas dire doucement, que vous faites bien de la boucler ! Surtout qu'il aurait fallu l'ouvrir avant, bien avant !
Ce fil là est le témoin parfait de toutes les ignominies de notre système, il touche à tous nos sens, à tous les instants de nos vies, à tous les coins de la planète, et bien sûr, il abîme tout ça ! Esclaves et maîtres, malades et médicaments, transports dans tous les sens, il y a un peu de Brésil, un peu de France, un peu d'Allemagne dans votre bifteck, mais aussi d'un pays à pétrole, de celui du pavillon sous lequel est armé la cargo qui ramène les OGM, pardon, le tourteaux de soja, la nationalité de tous ceux qui bossent ici ou là, de bas en haut de la chaîne ! C'est fou hein, tout ça pour une vache ! « faut-i' avoir pas de honte » aurait dit n'importe quelle grand-mère ! Non, c'est ben vrai.
Ce qui me frappe le plus, c'est la bêtise des gens qui se croient intelligents pourtant et qui n'arrêtent pas le processus au niveau où ils sont : consommateurs, producteurs, esclaves, transporteurs, abatteurs, etc. Les bruits courent mais ils courent trop vite pour qu'on puisse les rattraper, les stopper et en faire sa musique. Quand on pense que l'armée norvégienne, en décidant de ne pas donner de viande le lundi, et le lundi seulement, à ses bidasses, économisera 150 tonnes de viande par an ; on voit qu'un individu déterminé et bien placé est plus efficace que ma soupe sans lard ! Il est donc primordial de bien choisir ses élus pour espérer un moindre mal sous peu. Et imaginons que l'exemple serve, ce qui n'est plus le cas depuis longtemps, mais imaginons, que toutes les cantines, les restaurants, les hôpitaux, les chantiers... du monde entier fassent de même, et puis, plus tard, dans le secret des cuisines, les citoyens, cela ferait moins de déforestation, moins de transports, un peu plus d'air pas vrai ? Et c'est quoi, ne pas manger de viande le lundi ?
L'argent permet tout ; ce qu'il ne permet pas n'est plus à la mode, on le néglige ou on l'ignore. Ainsi, chacun à son niveau, le passage à l'acte de ses rêves est à portée facile. Je rêve d'aventure au Kenya ou de cow-boys dans le Montana : je me paye un 4X4 que je revends un peu plus tard quand je m'aperçois que la bête coûte en entretien et je prends bien soin de dire : jamais utilisé en 4X4, ce qui, semble-t-il est un mieux ! Bah ! Le 4X4 a été longtemps le bouc émissaire pour tous ceux qui n'avaient pas ces rêves ou qui n'avaient pas les moyens de l'illusion ; pour ma part je le confonds avec une goutte d'eau dans la mer.
Sinon, dans nos campagnes du sud, nous avons le rêve d'être cavalier : ah, le bonheur de chevaucher librement sur les chemins sur les sentiers, qu'on est beau et haut à cheval ; fifille est une passionnée, ma femme en rêve depuis toute petite, on achète un cheval. Ça tombe bien, devant la maison il y a un pré de cent ares, il y sera au poil et je le verrai le matin, depuis ma fenêtre, avant de partir à l'école ou au turbin. Un cheval, c'est simple, il suffit de lui donner à bouffer pour qu'il soit content ; alors c'est du mauvais foin, une ou deux fois par jour, ou au contraire des gâteries à n'en plus finir ; le premier part à l'équarrissage après avoir vécu quelques années de grande détresse, le deuxième aussi, après une fourbure. C'est pas de chance, hein ! Et puis il y a tous les autres que les bonnes âmes associatives récupèrent pour donner un peu de bonheur à ces vieux chevaux que l'on jette littéralement ou à ceux que la SPA a repérés comme étant abandonnés. Le cheval comme le chien, sont des produits de consommation ; aucune éducation n'est faite nulle part, aucun savoir n'est dispensé, aucun contrôle exercé. Cela fait encore un peu plus de malheur autour de nous et il se peut que ça plombe l'ambiance.
Mais on peut tout se payer avec de l'argent : des bêtes, des femmes, des ventres, des boys et bien sûr des enfants, mais ça, c'est plus discret.
« De quoi tu te mêles ? Ils ont bien le droit, on vit dans un pays libre quoi ! T'as qu'à aller vivre en Corée du nord si t'es pas contente » ! Voilà, c'est fait, la liberté c'est l'argent et si on trouve à redire, on est pire que Staline.
Quand un système est complètement et à tous les étages compromis dans la corruption, dans l'ignorance et dans l'absence totale de morale ou de décence, le mal est fait et j'ai bien peur qu'il soit risible de vouloir y remédier ; les petits révolutionnaires de salon, au fond, affichent leur humanisme en disant que c'est injuste que tout le monde n'ait pas « le pouvoir d'achat ». Point barre ! Non, il y a, au détour d'une phrase, et si vraiment on a le temps, une petite évocation du point de retour que nous atteignons dans le traitement que nous réservons à la vie ; quelquefois, ceux qui se sentent ou sont vraiment lésés, se mettent en marche, pour une heure seulement. D'autres, qui n'ont que l'énergie de la jeunesse et rien dans la tête, s'approprient facilement votre bien, en tirent quelques sous et s'occupent comme des héros qui bravent le danger.
Je ne vous ferai pas l'injure de finir ce tour d'horizon par le constat de l'état de notre eau, de notre air, de notre terre et de notre feu de l'atome : nos quatre éléments, qui nous déterminent. Bravo, on a mis toutes ces conneries ésotériques et obscurantistes à bas, en moins de deux !
L'argent n'est même plus un métal, bientôt nous n'aurons plus besoin de bois pour le matérialiser, il sera tout virtuel ! C'est pas écolo ça ? Le rien, ça ne peut pas faire de mal !! Si ?
Il est bien évident que le capitalisme est ancré dans nos têtes depuis si longtemps qu'on a du mal à oser penser autrement ; et si ce n'est pas le capitalisme qui laisse ses empreintes, c'est la féodalité, qui l'épouse très bien du reste ; pourtant, il y a plus d'un siècle, il y en a eu des penseurs, des acteurs qui avaient l'intuition et le savoir idoines. On les lit, on les connaît, on les approuve ! Alors ?
La seule pensée politique qui ne souffrira aucune critique, hors celle d'être utopique mais si le but n'est pas utopique, le chemin ne sera pas long qui nous rendra prêts à la compromission, la seule pensée donc est l'anarcho-socialisme ; passer le monde actuel par ce prisme est concluant, l'intransigeance alors ne tolère aucune entorse, même pour soi ! Mais cela interdit les rivalités d'egos, les jalousies, et cela nous oblige à nous laisser piller nos idées, se faire dépouiller de nos plus belles envolées, car ne subsistent aucune ambition de gloire, aucun désir de reconnaissance, aucune personnalisation dans nos luttes, juste un bras-le- corps, toutes nos forces au service de notre générosité fraternelle. Cela exige un nettoyage de fond en comble de nos mentalités et non plus quelques mesurettes bien à propos.
Que certains en prennent de la graine, cessent de se tromper de combat, mais je ne nommerai personne.



