Un jeu dangereux

Les trois grands dirigeants vont se retrouver ensemble pour un sommet dont l'objet est maintenu à ce stade assez flou. Poutine, Trump et Xi Jinping vont se réunir pour ce qui ressemble de plus en plus à un second Yalta, à une entente tripartite afin de se partager le monde dans son ensemble. L'Europe est de fait mise hors circuit. Elle n'est pas conviée et va donc devoir subir les décisions qui vont y être prises, sans même avoir pu en discuter. Cela pourrait être vu comme un échec patent. Mais si elle n'est pas conviée à ce sommet, n'est-ce pas justement que son orientation politique et ses choix se trouvent à l'opposé de ces trois dirigeants. C'est finalement sa volonté de maintenir un pluralisme politique et la liberté de ses concitoyens qui fait sa différence.
Car les Etats-Unis, en dépit de leur histoire, s'enfonce de plus en plus avec Trump dans une forme d'autoritarisme sans contre-pouvoir affirmé. Le président Trump est en train de saper peu à peu l'ensemble des institutions existantes, qui sont la base de la démocratie américaine, y compris les médias, de les contraindre par des décisions brutales, qui ont pour objectif d'isoler et de soumettre les quelques opposants et de monter les citoyens américains les uns contre les autres dans une forme de guerre interne. Peu à peu, du fait des décisions parfois irrationnelles de Trump, les responsables des institutions américaines, y compris la justice, isolés et marginalisés se retrouvent devoir choisir entre une opposition de plus en plus précaire aux décisions de Trump et une forme d'allégeance à ce dernier et à son clan.
Quant à Poutine et Xi Jinping, leur politique est clairement celle de l'écrasement de toute forme de contestation de leur peuple. Le pire étant peut-être Poutine qui n'hésite pas à envoyer toute la jeunesse russe se faire massacrer pour ses délires d'extension et surtout d'asservissement de la population ukrainienne, qu'il a décidé de soumettre par tous moyens. On pourrait même parler de psychopathe à ce niveau d'agissement, la vie des russes n'étant pour lui qu'une variable dans sa volonté devenue délirante.
Ces trois personnages vont donc se rencontrer. Et il est de plus en plus clair qu'il va être question, à mots mesurés, et sous couvert du conflit ukrainien, de partage des zones d'influence, de répartition des matières premières, d'échanges technologiques, d'approvisionnement des matières énergétiques, de l'organisation des échanges économiques, ... Peut être leur but inavouable et inavoué sera également de soumettre l'Europe, de la rabaisser à tous les niveaux, de la dominer politiquement et économiquement. Il ne faut pas pas sous-estimer en ce sens, et cela est mal perçu en Europe, le désir de revanche de la Chine sur les puissances occidentales au vu de son histoire et de l'humiliation que la Chine a subi du fait de celles-ci, humiliation qui est profondément ancrée encore aujourd'hui dans l'esprit des chinois et de son dirigeant. Quant à Poutine, pour assouvir son désir immodéré de puissance, il s'appuie sur la prétendue décadence des valeurs occidentales et la soi-disant pureté et force de l'esprit slave.
L'Europe doit donc faire face à ses deux empires. Pourtant déjà des scissions sont apparues, notamment dans les pays de l'Est, scissions qui sont influencées et soutenues par les régimes russe et chinois. Quant aux pays de l'Ouest de l'Europe, ils sont peu à peu gangrénés par les partis d'extrême droite dont les responsables se sentent proches, souvent pour des raisons financières, du régime poutinien.
Nous nous trouvons donc sur une pente dangereuse mais là n'est pas malheureusement le pire.
L'OTAN dans son article 5 indique clairement que l'agression d'un pays membre de l'organisation constitue une agression de l'ensemble de ses membres et que ceux-ci doivent automatiquement venir en aide au pays agressé. Or, le principal pilier militaire et de loin dans l'OTAN, ce sont les Etats-Unis. Le président Trump par ses agissements, ses déclarations, ses réflexions contradictoires a clairement jeté un trouble sur sa position en cas d'attaque. En clair, il n'est plus très sûr que les Etats-Unis interviendraient pour soutenir un pays membre de l'OTAN qui serait attaqué. Et de fait, cette situation douteuse et hasardeuse pourrait inciter le président Poutine a intervenir militairement, dans les pays balte par exemple, avançant et prétextant une attaque imaginaire, simulée ou créée de toute pièce dans l'enclave stratégique de Kaliningrad. Mais finalement, que se passerait-il aux Etats-Unis ? Le président Trump, vu la situation, ne serait-il pas poussé par les hauts-gradés américains, par toute l'administration américaine à finalement intervenir militairement. Et là, bien sûr, ce serait la catastrophe totale car nous entrerions dans un conflit majeur avec la possibilité très haute d'utilisation d'armes nucléaires. Ce serait l'escalade finale.
Le jeu dangereux c'est donc cette incertitude qui laisse planer un doute quant à la réaction de l'adversaire. C'est le fait d'anticiper une réaction qui en fait n'est pas la bonne. Et Poutine, adepte du coup de poker, dans son délire de vouloir écraser, asservir et vassaliser les anciens pays du bloc communiste pourrait croire qu'une porte est ouverte et que son seul risque, très limité, serait une réaction des pays européens. Notre chemin s'oriente de plus en plus vers un tunnel qui nous mènerait tout droit à un désastre total car personne n'en sortirait vainqueur. Les seuls qui peuvent y mettre fin sont les oligarques russes qui ont toujours soutenu Poutine. Il est temps désormais qu'ils le poussent rapidement vers la sortie. Quant aux américains, ils doivent se rendre compte que les errements de leur président peut les mener vers leur propre fin.

