mardi 29 janvier 2013 - par Emile Mourey

Une autre façon d’interpréter l’évangile de Jean

Si l'idée d'une "parole" qui descend dans le monde a "engendré" une réflexion plutôt positive pour l'évolution de la Société, il n'en reste pas moins que les textes évangéliques qui en sont la trace, comme ceux de l'Ancien testament d'ailleurs, doivent être interprétés dans le contexte de leur époque. Pour mieux comprendre cet article, relisez : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-christ-est-il-ressuscite-a-128903

Selon la première épître de Jean, la "Parole" est bien descendue dans la "chair" du monde. Le prologue de l'évangile de Jean l'a proclamé. Les Juifs de Jérusalem - les siens - ne l'accueillent pas au contraire de la communauté essénienne (ma traduction s'inspire de celle de M. Tresmontant pour les mots soulignés et de la Bible d'Osty pour les extraits de texte ; les guillemets et les parties en italiques rajoutées et explicatives sont de moi). C'est ainsi que nous avons "connu" Jésus lorsqu'il s'est "manifesté" au sein de la communauté (la grande communauté essénienne est conseil de Dieu, même s'il existe un conseil restreint permanent). C'est ainsi que Jésus a souffert, portant avec les membres de la communauté la bonne parole dans le monde jusqu'au sacrifice de sa - leur - vie. Il est - ils sont - le Fils de Dieu, Fils de l'homme, que le Père a envoyé au monde pour le sauver et nous sauver. Témoins que nous avons été de son - leur - amour pour nous jusqu'au sacrifice suprême, nous savons enfin, par ce sang versé qui lave nos péchés, que Dieu nous aime. Dieu, personne ne l'a vu, mais lui nous l'a fait connaître. il  nous a donné de Son esprit. C'est ainsi que Dieu est en nous et qu'Il y demeure si nous continuons à nous aimer les uns les autres. C'est ainsi que nous aurons la vie éternelle.

Ce Jésus qui s'est "manifesté" et qui peut se manifester encore, il faut se tenir toujours prêt à l'accueillir. Dans l'évangile de Jean, premier évangile et non quatrième, il nous a promis la vie éternelle. Ayons confiance, car il se tient, dans le ciel, à la droite du Père, et il sera pour nous un avocat (Paraclet), même s'il nous arrive de pécher.
 
... l'esprit que vous avez reçu de lui demeure en vous... demeurez-en lui, pour que, s'il vient à se manifester de nouveau - Jésus - nous ayons de l'assurance, et non pas la honte de nous trouver loin de lui lors de sa venue.
 
... Voyez quel amour nous a donné le Père... Nous savons que si, Lui, vient à se manifester - le Père - nous serons semblables à Lui, parce que nous Le verrons comme Il est.
 
Les exégètes se sont assez peu intéressés à ce texte pourtant capital. Est-ce parce qu'on ne peut le comprendre vraiment qu'en le projetant sur un ciel astrologique auquel nous ne croyons plus ? (Voyez la vision d'Ezéchiel dans la ciel de Gourdon !) Dommage ! Car la question qu'il fallait poser, par delà les siècles, à l'auteur de cette épître - un peu trop évasive - est la suivante : « Cet esprit de Jésus s'est-il révélé dans le membre par excellence d'une communauté ? » Nous reformulons notre question d'une manière plus traditionnelle : « Jésus/individu s'est-il révélé comme Dieu ou fils de Dieu en ressuscitant - dans un corps humain - comme on le lit, semble-t-il, "littéralement" dans l'évangile de Jean ? » A la lecture de l'épître précitée, il ne semble pas. L'auteur n'évoque nulle part le miracle capital de la résurrection du Christ qui sera pourtant le fondement de la foi de saint Paul. Il ne parle, en ce qui concerne Jésus, que de "manifestations". Pour lui, l'événement capital sera le moment où le Père, en personne, se manifestera. Nous Le verrons alors comme Il est, et notre joie sera grande de constater que nous sommes semblables à Lui.
 
Première observation : quelque cinquante et cent ans après la publication des évangiles, volontairement ou non, les Pères de l'Église ont orienté l'Église dans une interprétation qui me semble un peu trop simple. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/comprendre-l-avant-de-l-evangile-108545
 
Leur première erreur est d'avoir écarté le Protévangile de Jacques en le rangeant dans les écrits apocryphes alors que son auteur commence pourtant son texte en précisant qu'il l'a écrit à la mort d'Hérode, c'est-à-dire, en l'an - 4, soit plus de 30 ans avant l'évangile de Jean. Leur deuxième erreur est de ne pas avoir compris que l'épître dite de Jacques accompagnait ce protévangile, l'épître étant le volet dogmatique, le protévangile, le volet historico-allégorique-prophétique, l'ensemble constituant le livre de Jacques que cite Origène. Il s'ensuit que le Jésus, Christ, de cette épître était bien dans le ciel avant d'en descendre et qu'il y est retourné après avoir "goûté" la mort comme l'explique l'épître aux Hébreux http://www.bibracte.com/ma_lecture_de_la_bible/l_epitre_aux_hebreux_est_un_texte_essenien.html. A cela s'ajoute le fait que ces mêmes pères de l'Eglise ont pris pour argent comptant les récits de l'enfance de Luc et de Matthieu, alors que ces deux évangélistes se sont inspirés du Protévangile ainsi que d'autres textes également considérés comme apocryphes. Or, Jacques, dans son Protévangile, présentait ces récits sous forme d'allégories http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/les-evangiles-sont-des-textes-49157
 
Deuxième observation : dans mon interprétation, l'évangile de Jean est un récit d'un genre très particulier dont la dernière partie est une prophétie annonçant une persécution. http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/histoire-du-christ-acte-i-jean-dit-59067
 
Récit historico-allégorique dans son ensemble, cet évangile se termine sous forme d'une "prophétie probable" (prophétie facile à faire, le processus romain qui conduisait le condamné depuis son arrestation jusqu'à sa mise en croix étant bien connu). De même, l'auteur, ou les auteurs de cet évangile, n'ignorait pas que, plusieurs siècles auparavant, le Livre de Daniel avait été écrit ainsi : une première partie relatant sous forme allégorique la résistance du peuple hébreu exilé à Babylone, se poursuivant ensuite par l'histoire des Maccabées, puis s'achevant, comme écrite au présent, par une partie prophétique annonçant le grande victoire finale contre les fils des ténèbres (dernière partie prophétique qui, bien évidemment, ne s'est pas réalisée comme annoncée).
 
Il s'agit de l'évangile d'une communauté essénienne des bords de la mer Morte du nom de Jean, dont le porte-parole surnommé le Baptiste a confié la direction du mouvement à un Jésus non encore révélé mais présent dans un conseil galiléen venu de Nazareth. Conseil légitime de par sa filiation, Jésus l'inspire de même que Yahvé, présent au sein du peuple d'Israël, inspirait jadis son action. Tout cela, je l'ai expliqué en détails dans mes ouvrages. Curieusement, aucun exégète ne s'est interrogé sur le fait que la mort de Jean n'y est pas indiquée alors que l'évangile suivant la relate, pourquoi ? L'explication que je propose est que cet évangile de Jean est, comme je viens de le dire, l'histoire d'une opposition avant la crucifixion prévisible de ses membres. Or il apparaît que cette opposition au pouvoir en place n'est pas montée sur la croix comme prévu mais qu'elle a été décimée par le glaive (cf. l'emprisonnement de Jean-Baptiste à Macheronte et sa tête présentée à Hérodiade sur un plat d'argent).
 
Par ailleurs, comment expliquer le témoignage de Marc écrivant qu'Hérode Antipas écoutait Jean-Baptiste avec plaisir mais qu'après l'avoir entendu, il ne savait pas quoi penser (Mc 6, 20) ? Quelle était donc la pensée de ce Jean-Baptiste, de surcroît personnage historique cité par Flavius Josèphe ? Faire surgir le Fils de Dieu dans toute sa gloire en faisant monter sur la croix toute une communauté sainte ? Car, enfin, Dieu ne pouvait pas laisser mourir son Fils qui s'y trouvait. Où bien, à défaut, prophétiser sa résurrection en esprit dans une autre communauté, trois ans après ? Et en effet, trois ans après, paraît l'évangile de Marc, puis pour terminer, l'évangile de Matthieu sur lequel se fondera l'Église de Pierre. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/histoire-du-christ-acte-ii-de-marc-63314
Remarque : professeur émérite à la compétence unanimement reconnue, Claude Tresmontant n'a jamais pu ouvrir le débat qu'il souhaitait face aux exégètes, notamment allemands. Bien que je m'inspire de ses traductions, mais alors qu'il voit en Matthieu le premier évangile, je propose les dates suivantes : vers l'an 30 celui de Jean, celui de Marc vers l'an 33, celui de Luc vers l'an 38 et Matthieu vers l'an 48. En tant qu'historien, aigri ou raté d'après certains commentaires, je n'ai pas à juger concernant la certitude de la présence de Dieu qui s'exprime dans ces textes. Je laisse aux philosophes le soin d'en débattre entre eux. http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2009/04/04/01006-20090404ARTFIG00195—luc-ferry-face-au-chris-tianisme-.php
 
 


37 réactions


    • Emile Mourey Emile Mourey 29 janvier 2013 11:24

      @ fatale

      Bonjour,
      En effet, les manuscrits de la mer Morte interdisaient tout contact entre les fils de la lumière et ceux des ténèbres, mais ces écrits sont antérieurs aux évangiles. L’évangile de Jean, à mon sens, est une évolution de la pensée essénienne, voire une révolution, ou tout au moins une réforme. C’est au concile d’Antioche, vers l’an 48, que fut décidé de porter la parole de l’Evangile aux nations.                        

    • ARMINIUS ARMINIUS 29 janvier 2013 11:44

      Un ami allemand ayant fait des études de théologie ne se posait plus la question de savoir si Jésus avait passé quelques années de sa vie chez les Esséniens, pour lui cela était un fait acquis et correspondait au trou de quelques années relevé dans son emploi du temps...il m’avait donc convaincu d’un fait qu’il considérait comme historiquement vrai...depuis à chaque fois que je me penche sur l’histoire passionnante du christianisme je relativise un max à cause de la vision souvent excessive, des différents rapporteurs qui par intérêt ( quel qu’il soit) ont largement contribué à la falsifier...


  • Deneb Deneb 29 janvier 2013 10:48

    Jean aurait donc prevu la mort de Jesus sur la croix ? Il est assez évident que Jesus est un personnage de fiction crée par Jean, une belle histoire dont Paul de Tarse s’est emparé pour asseoir son pouvoir, transformer le gentil Jesus en un monstre cosmique vaguement menacant, symbolisé par son propre cadavre ensanglanté.
    L’évangile de Jean est toutefois intéressant parce qu’il démontre que le fondement de la civilisation était le langage, le Verbe. Le Verbe est un bien commun, celui qui ne le possède pas ne peut posséder. Sans le Verbe, pas de propriété. Posséder, c’est savoir l’exprimer en premier lieu. Le déclarer et le prouver, par le Verbe. Et Dieu le Verbe, c’est ce qui nous lie, notre interface sociale : Le Verbe, à l’époque de Jean. Les livres, à l’époque de Guttenberg. Internet, à notre époque. La noosphère règle nos vies de plus en plus, une des rares constantes dans l’Histoire. La noosphère, est-ce Dieu ? D’après Ray Kurzweil, en 2040 nous allons finalement le créer - une humanité interconnecté aura crée un cerveau artificiel dont les capacités de cognition auront dépassé celles de l’humain. Un surhomme virtuel, au service de l’humanité, car création humaine. La singularité.


    • geo63 29 janvier 2013 11:11

      Bonjour,
      La noosphère est bien sûr une notion longuement présentée par Pierre Teilhard de Chardin, scientifique (auvergnat) authentique et théologien qui a eu des ennuis avec le Vatican qui l’a écarté d’une chaire au Collège de France (?), difficile à comprendre mais d’une haute réflexion qui essaie d’expliquer le monde qui nous entoure.


    • Deneb Deneb 29 janvier 2013 11:30

      Teilhard de Chardin, à l’instar d’Einstein, qui a uni la masse et l’énergie, a de son côté uni la matière et l’esprit. Cette vision matérialiste lui a valu les foudres de Vatican.


    • Emile Mourey Emile Mourey 29 janvier 2013 12:01

      @Deneb et geo63

      Je confirme. Comme je l’ai écrit par ailleurs, à 20 ans, j’ai trouvé chez Teilhard de Chardin une pensée qui prolongeait l’éducation religieuse que j’avais reçue tout en lui donnant une autre orientation. Aujourd’hui, je ne sais pas, étant devenu très sceptique avec l’âge. En revanche, ce dont je suis persuadé, c’est que si les philosophes laissent aux exégètes et aux religieux l’exclusivité de répandre leurs « révélations divines » à partir de textes fondateurs que personne ne remet en question, ce n’est pas la noosphère qui va nous apporter la parousie, mais le chaos des affrontements avec, en plus, une atmosphère qui sera devenue irrespirable.

    • Deneb Deneb 29 janvier 2013 13:00

      Je confirme. Comme je l’ai écrit par ailleurs, à 20 ans, j’ai trouvé chez Teilhard de Chardin une pensée qui prolongeait l’éducation religieuse que j’avais reçue tout en lui donnant une autre orientation. Aujourd’hui, je ne sais pas, étant devenu très sceptique avec l’âge. En revanche, ce dont je suis persuadé, c’est que si les philosophes laissent aux exégètes et aux religieux l’exclusivité de répandre leurs « révélations divines » à partir de textes fondateurs que personne ne remet en question, ce n’est pas la noosphère qui va nous apporter la parousie, mais le chaos des affrontements avec, en plus, une atmosphère qui sera devenue irrespirable.

      Les textes fondateurs sont écrits à une époque où la connaissance de l’écriture était quelque chose de très rare. N’importe quel écrit était sacré. Alors qu’aujourd’hui on écrit à chaque seconde des giga-octets. La loi de la nature fait que l’on obtient quelque chose de viable par une production généreuse et une sélection sévère. Tandis que ses textes, pourquoi sont-ils sacrés ? Par la grandeur de leur message ou parce que des hommes du pouvoir ont trouvé leur message exploitable pour gérer les foules ?
      Vous parlez du chaos des affrontements ? N’oubliez pas que Jesus est venu pour apporter le glaive. Et je trouve les affrontements dans la noosphère bien moins effrayants que des affrontements avec les vrais armes. De plus, la singularité n’est pas la parousie : on n’attend pas quelqu’un, mais quelque chose. Une nouvelle pomme à croquer, peut-être.


    • Deneb Deneb 29 janvier 2013 13:04

      J’ai posté un peu vite, sans mettre les guillemets autour de votre texte, pardon Emile


    • Emile Mourey Emile Mourey 29 janvier 2013 13:20

      @ Deneb

      Pas grave. Vous avez raison de préciser : plutôt combattre par la plume que par l’épée, c’est pour cela que je demande aux philosophes d’être un peu plus présents dans le débat public.

    • Hermes Hermes 29 janvier 2013 14:11

      Bonjour amis philosophes,

      les textes sacrés ont toujours dit : n’intérprétez pas, soyez vous-même là maintenant tout de suite, faites l’expérience du présent en enlevant toute justification à vos peurs. Mais il a fallu expliquer, réexpliquer, imager, faire des métaphores, personnaliser, sacraliser etc.... jusqu’à s’y perdre, et trouver justification à son incapacité à vivre en paix.

      Sur internet chacun peut donner son point de vue, et avoir l’illusion de détenir une part de savoir, d’être moins ignorant... « Etre », maintenant, dépasse pourtant tout entendement, et ne demande aucune explication ni aucune justification . Au fond de nos coeurs se trouve une vérité simple qui ne demande aucune preuve. Du coup le Golem noosphérique saura tout sur ce qui n’est en réalité rien.

       La noosphere est un joli mot pour désigner la prison du mental dans laquelle la conscience tourne en rond. L’intelligence et l’information sont comme une drogue qui garde sous dépendance le narcissique moderne.

      Bonne fin de noojournée, et qu’elle soit singulière . smiley


    • ffi ffi 29 janvier 2013 16:23

      Enfin bon, quand on fait mention de la noossphère, c’est que l’on fait référence au démiurge du Timée de Platon (le noos qui organise le chaos originel).
      C’est ce que l’on appelle de la Gnose.

      Or il n’y a pas, en christianisme, ce dualisme gnostique,
      Dieu crée tout l’existant par sa parole (pas de chaos originel, tout est créé ex-nihilo).
       
      Donc, il n’y a rien d’étonnant à ce que Teillard de Chardin fut considéré comme hérétique au Vatican...

      De mon point de vue, la pensée grecque a de gros défauts, en particulier cette fâcheuse tendance à élaborer de grands systèmes idéologiques. La pensée Grecque est sensible à l’essence des choses et recherche d’abord à déterminer l’essence universelle par l’abstraction.
       
      La pensée Juive, au contraire, est sensible à l’existence, celle du Dieu créateur, et c’est bien l’existence concrète qui y mène la danse.

      Le christianisme est la synthèse de ces deux pensées. L’existence Divine (le Père) crée de sa volonté propre par son intelligence (le Fils) ce qui spécifie l’essence des choses. Saint Thomas d’Aquin fait cette synthèse : « En Dieu, l’essence et l’existence sont réunies ». Cela dit, il faut toujours mettre l’existence avant l’essence, le concret avant l’abstrait, le bon sens avant les grands principes.


    • Gollum Gollum 29 janvier 2013 17:43

      A ffi : Dieu crée tout l’existant par sa parole (pas de chaos originel, tout est créé ex-nihilo).


      Contradictoire avec Genèse : Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Or la terre n’était que solitude et chaos ; des ténèbres couvraient la face de l’abîme, et le souffle de Dieu planait à la surface des eaux. Dieu dit : « Que la lumière soit ! » Et la lumière fut. Dieu considéra que la lumière était bonne, et il établit une distinction entre la lumière et les ténèbres. Dieu appela la lumière jour, et les ténèbres, il les appela Nuit.

      Il ressort de ce texte un dualisme très net. Dieu crée la Lumière. Les Ténèbres sont déjà là. Et il sépare les deux.

    • Deneb Deneb 29 janvier 2013 20:38

      Le golem noosphérique tournant dans sa cage de mental ? Pas mal !


    • ffi ffi 29 janvier 2013 23:51

      Dieu crée bel et Bien la terre et le ciel, à partir de rien du tout.
      Ces choses sont créées dans un état d’indifférenciation.
      Il les organise ensuite, et c’est ce point qui permet l’union avec le noos grec.

      Les ténèbres sont les choses créées en absence de lumière.
      A la surface de la terre, dans l’abîme, ces ténèbres, c’est le ciel sans lumière.

      En effet, au départ, toutes choses sont créées par Dieu, mais sans lumière.
      Toute chose est donc d’abord dans les ténèbres, toute terre est dans un ciel sans lumière.
      Lorsque la lumière est créée, là ou elle se répand, c’est le jour.
      Là où elle ne se répand pas, c’est la nuit.
       
      Rien n’indique donc que des ténèbres préexistaient à Dieu dans ce passage de la genèse.


    • Gollum Gollum 30 janvier 2013 10:53

      A ffi : Dieu crée bel et Bien la terre et le ciel, à partir de rien du tout.

      D’accord.

      Ces choses sont créées dans un état d’indifférenciation.
      Il les organise ensuite, et c’est ce point qui permet l’union avec le noos grec.

      Là je dois dire que cela m’amuse car c’est en contradiction avec le discours des créationistes (dont vous faites partie et que vous soutenez) qui nous expliquent doctement qu’ils refusent l’évolution car Dieu a créé un monde parfait. Et là, la notion de tolu et bohu, donc d’un chaos à mettre en forme, invalide complètement cette vue des choses. Je tenais à souligner cette incohérence.

      Les ténèbres sont les choses créées en absence de lumière. 

      Donc ce sont bien des choses créées. Par qui ? smiley

       Nulle part dans le texte on nous dit d’où sortent ces Ténèbres.


      A la surface de la terre, dans l’abîme, ces ténèbres, c’est le ciel sans lumière.

      En effet, au départ, toutes choses sont créées par Dieu, mais sans lumière.
      Toute chose est donc d’abord dans les ténèbres, toute terre est dans un ciel sans lumière.
      Lorsque la lumière est créée, là ou elle se répand, c’est le jour. 
      Là où elle ne se répand pas, c’est la nuit.

      J’entends bien que vous voulez dire que ces Ténèbres sont un pur nihil. Qu’elles n’ont donc pas d’existence réelles. Figurez-vous que c’est exactement comme cela que les cathares concevaient la force opposée à Dieu, comme un pur nihil. Le péché étant le résultat de l’absence de Lumière non répandue dans l’âme par Dieu. Au fil du temps, la Lumière finit par envahir toute la totalité des âmes d’où le fait que les cathares étaient comme les musulmans complètement contre le libre-arbitre et pour la prédestination. Exactement comme les Ésséniens d’ailleurs qui insistaient particulièrement sur la dialectique fils de la Lumière et fils des Ténèbres, tous les deux prédestinés dès la conception. On en trouve des traces chez Jean, notamment dans l’Apocalypse avec cette notion des élus, élus dont le nom est inscrit sur le livre de Vie de l’Agneau dès les origines.

      Rien n’indique donc que des ténèbres préexistaient à Dieu dans ce passage de la genèse.

      Et rien n’indique le contraire. On a même plutôt la sensation inverse...  smiley


    • Gollum Gollum 30 janvier 2013 10:57

      J’ai envie de rajouter que si la Terre n’est pas d’emblée créée parfaite mais qu’elle est d’abord informe et vide c’est précisément à cause de ces Ténèbres qui s’opposent à la Lumière divine et qui empêchent l’Univers d’accéder à sa perfection tout de suite. D’où la nécessité du temps afin qu’une mise en forme s’opère. Mise en forme au niveau de la matière et ensuite des âmes.


    • ffi ffi 30 janvier 2013 16:07

      J’entends bien que vous voulez dire que ces Ténèbres sont un pur nihil

      Non. Ténèbres : 1.A. - Absence (quasi) totale de lumière, naturelle ou artificielle, dans un espace matériellement délimité en général et évoquant un corps, une matière, un contenu sensible.

      J’entends les Ténèbres comme une zone de l’espace sans lumière.
      Comme la création de l’espace précède la création de lumière, au commencement tout l’espace créé est dans les ténèbres.
       
      Pour ce qui est de la lumière divine en l’esprit, il s’agit de la grâce.
      Il n’y a pas de prédestination. C’est la parabole du semeur.
      Il faut que la terre soit bien fertile pour que la graine germe.
      Il faut que l’esprit soit bien disposé pour que la grâce opère.
      Potentiellement, par essence, tout esprit est susceptible de recevoir efficacement la grâce.

      Mais les aléas de l’existence font que cela n’est pas réalisé pour tous.

      C’est un changement de disposition interne qui en éloigne  :

      Vous serez tout oreilles et ne comprendrez pas, vous regarderez de tous vos yeux et vous ne verrez pas, car le cœur de ce peuple s’est épaissi, ils sont devenus durs d’oreille, ils ont fermé les yeux, de peur qu’ils ne voient de leurs yeux, n’entendent de leurs oreilles, ne comprennent avec leur cœur, et qu’ils ne se convertissent.
       
      L’élection n’est pas le résultat d’une essence abstraite prédéfinie, mais le résultat de l’existence concrète quand elle est vertueuse, plus de la miséricorde pour les repentis.


    • ffi ffi 30 janvier 2013 16:31

      Note : Je ne sais pas ce que vous entendez par « le discours des créationnistes ». C’est une tournure fort imprécise, donc en pratique invérifiable.
       
      Le modèle Aristotélicien est handicapé car il lui faut penser une essence première universelle, qui doit se spécifier successivement par accidents pour engendrer toutes les essences secondes puis à nouveau par accidents engendrer tout l’existant actuel. Mais l’intérêt est qu’il met au point certaines opérations logiques pour remonter par l’abstraction de l’existant à l’essence.

      Le modèle juif ne souffre pas de ce handicap : L’unité de tout le détail de l’univers repose sur l’acte de création de l’existence première, Dieu, qui crée chaque chose selon son espèce.

      Personnellement, je me basais sur le travail de Saint Thomas d’Aquin, lorsqu’il fait la synthèse de la pensée Aristotélicienne (où tout découle de l’essence première) et de la pensée juive (où tout découle de l’existence première). Saint-Thomas réunit l’existence et l’essence en Dieu. Dieu crée l’existence des choses en spécifiant leur essence.

      On retrouvera ceci encore chez Leibniz pour qui :
      1) Essence (pensée grecque) :
      - Les vérités éternelles, nécessaires, sont dans la région des idées de Dieu et dépendent de son entendement (lois naturelles et physiques).
      2) Existence (pensée juive) :
      - les vérités contingentes, ou de fait, se font selon le choix du meilleur et dépendent de Sa volonté (lois surnaturelles et morales).


    • Gollum Gollum 31 janvier 2013 11:01

      Bon on va pas polémiquer éternellement, d’autant plus que ce n’est pas le sujet de l’article.

      J’entends les Ténèbres comme une zone de l’espace sans lumière.
      Comme la création de l’espace précède la création de lumière, au commencement tout l’espace créé est dans les ténèbres.

      Bien d’accord. Mais pourquoi au début n’y a t il pas perfection donc lumière ? J’entends lumière dans son sens aussi bien matériel que spirituel... Vous n’y couperez pas. Au début est le néant, l’absence d’être, et c’est cette absence d’être qui possède sa dynamique propre que l’on appelle Satan, l’adversaire de la Lumière. D’où le fait qu’au début la création n’est pas parfaite et qu’il y a un abîme. Cela va dans le même sens que la présence du Serpent dans le jardin d’Eden dès le début. 

      Pour ce qui est de la lumière divine en l’esprit, il s’agit de la grâce. 

      Bien d’accord.

      Il n’y a pas de prédestination. C’est la parabole du semeur.
      Il faut que la terre soit bien fertile pour que la graine germe.

      Déjà contradictoire. La terre bien fertile pour recevoir la grâce c’est déjà de la prédestination..

      Il faut que l’esprit soit bien disposé pour que la grâce opère.

      Bien d’accord. Et par quel miracle l’esprit sera t il bien disposé si ce n’est par grâce et par prédestination ? smiley

      Potentiellement, par essence, tout esprit est susceptible de recevoir efficacement la grâce.

      Sauf que l’Esprit souffle où il veut selon les prédispositions divines..

      Mais les aléas de l’existence font que cela n’est pas réalisé pour tous.

      C’est un changement de disposition interne qui en éloigne :

      Oui et ces changements d’où viennent-ils ? Du libre-arbitre selon vous j’imagine..


      Vous serez tout oreilles et ne comprendrez pas, vous regarderez de tous vos yeux et vous ne verrez pas, car le cœur de ce peuple s’est épaissi, ils sont devenus durs d’oreille, ils ont fermé les yeux, de peur qu’ils ne voient de leurs yeux, n’entendent de leurs oreilles, ne comprennent avec leur cœur, et qu’ils ne se convertissent.
       
      Très bonne citation. Je pourrai vous sortir celles, nombreuses, dans l’Ancien Testament, où il est clairement indiqué que ces durcissements de cœur sont opérés par Yahvé lui-même, ce qui anéantit le libre-arbitre.. 

      Il y a aussi celle du Christ qui dit qu’il parle en paraboles afin de ne pas être compris de ceux du dehors et afin qu’ils ne se convertissent point.. Le fait que vous ne l’ayez pas choisi est d’ailleurs assez révélateur.. Parce que cette citation là va à l’encontre de l’image que vous vous êtes faite des choses...

      L’élection n’est pas le résultat d’une essence abstraite prédéfinie, mais le résultat de l’existence concrète quand elle est vertueuse, plus de la miséricorde pour les repentis.

      Ce n’est plus une élection dans ce cas. Mais juste la rétribution des mérites. Dans l’Apocalypse l’élection est bien définie comme étant faite dès les Origines. Donc dès le début.

      Ce pourquoi les élus ne peuvent pas être séduits par Satan et l’Antéchrist car leur victoire leur a été déjà donnée. L’Apocalypse dit clairement que les élus ne peuvent être séduits...


    • ffi ffi 31 janvier 2013 17:21

      La perfection, ça vient du latin perficare qui signifie, littéralement, « faire au travers ».
      Au début, il n’y a pas perfection, car Dieu fait un premier jet.
      Il faut que Dieu opère à nouveau, et alors il « fait au travers » de ce premier jet, il le perfectionne, et encore à nouveau, et ainsi de suite jusqu’à la perfection.

      Vous êtes trop dans les systèmes catégoriques grecques : vous faites découler l’élection de l’essence. Or celle-ci découle de l’existence, des choix de la personne, quand ceux-ci correspondent à ce qu’attend Dieu.
       
      Comment Yahvé endurcit-il les coeurs ?
      C’est que la loi morale existe et s’applique sur les esprits.

      Les personnes qui font des fautes morales en subissent les conséquences (dépression, remords) : ils en souffrent moralement. S’ils cherchent à s’en disculper, pour ne pas se regarder en face, il sombrent dans le déni, leur coeur s’insensibilise, et ils récidivent dans le péché (le péché est un esclavage). Tous les écrits sur les vices et les vertus montrent très bien ces mécanismes. L’actualité le confirme tous les jours (récidive, criminels en série). La loi morale fait que celui qui faute devient esclave de ses péchés.
      En cela, il perd sa liberté, son libre-arbitre.

      Il n’y a pas prédestination, il y a habitus, c’est-à-dire une tendance à conserver les mauvais penchants (comme par addiction). Donc il y a bien un coté fatal. Mais cette « fatalité » ne dépend pas d’une essence, mais des aléas de l’existence. Un jeune homme qui ne connaîtra jamais aucun toxicomane ne sombrera pas dans la toxicomanie. En revanche, un jeune homme qui grandit là où la toxicomanie est une habitude de son entourage y sombrera sûrement.

      C’est en cela qu’il faut voir la terre bien disposée ou pas.
       
      Mais il peut y avoir aussi conversion radicale. Cela exige beaucoup de larmes. On peut se référer aux écrits de Saint-Augustin pour une illustration.
       
      Satan a déjà perdu, car il n’a pas la puissance de Dieu.
      Puisque Dieu veille, il a posé à priori le principe de l’élection.
      Par contre, on ne peut prédire qui sera élu à priori,
      car cela dépend aussi des choix et de Dieu et des hommes.

      Poser le principe de l’élection à priori (le choix des meilleurs),
      ne doit pas être confondu avec l’idée d’une prédestination des élus.
      Sinon, autant donner leur nom, leur prénom, leur date de naissance, leur lieu de naissance tout de suite et ne pas faire jouer les siècles...
       
      Ce n’est pas parce que je pose à priori le principe de l’élection du président de la république au suffrage universel, que cela revient à la prédestination de certains d’être élus président...
       
      C’est contraire au bon sens et hérétique.
      Mais je t’accorde que c’est un point sur lequel et les juifs et les protestants et les musulmans s’accordent, encombrés qu’ils sont par les systèmes catégoriques et essentialistes grecques.


    • Shawford42 31 janvier 2013 17:24

      Sam Gabégie et Shawford 42eme, première : « tournez » 


      >>>>

      « Faut que j’t’explique encore ffi ? »

    • ffi ffi 1er février 2013 00:47

      Que veux-tu m’expliquer ?


    • Shawford42 1er février 2013 00:50

      T’as pas suivi le script,depuis le début de la soirée, trop tard.


      C’est de toute façon dans nos échanges des derniers jours chez VV. Fais toi violence, va les retrouver. 

      Candidat suivant !

    • ffi ffi 2 février 2013 00:07

      Vu que tu en es à 120 messages par jour, admets qu’il est difficile de te suivre.
      Arrives-tu à te suivre toi-même, où bien te précèdes-tu ?


    • Agoranymous42 2 février 2013 00:10

      J’ai fait une petite crise ces deniers temps c’est vrai smiley


      J’espère que c’était pour la bonne cause.

      Ce soir je me sens pas en état d’en rajouter, mes excuses.

      J’espère être d’attaque demain, ou tout fondu et alors tant pis.

      Bonne fin de soirée en tout cas smiley

    • Emile Mourey Emile Mourey 5 février 2013 14:53

      @parkway

      Non, je n’ai jamais pensé à BHL mais s’il voulait soulever la question, pourquoi pas ? 

  • MKT 29 janvier 2013 11:34

    Votre remarque est très juste.

    Chaque texte doit être analysé dans son contexte.

    Mais que sait on aujourd’hui du contexte de cette période ?


  • Antenor Antenor 29 janvier 2013 11:49

    A titre personnel, je trouve que l’Evangile de Jean lu directement à la suite du Protévangile de Jacques, manque de substance. On ne comprend pas de quoi Jésus parle. Il faut au moins avoir lu avant l’Evangile de Marc et surtout l’apocryphe de Thomas qui complète ce dernier.

    http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Apocryphes/thoma02.html

    Le but de l’Evangile de Jean me semble être de donner une toile de fond cosmogonique aux lecteurs païens de l’Evangile de Marc et de l’apocryphe de Thomas.


    • Emile Mourey Emile Mourey 29 janvier 2013 12:41

      @ Antenor


      Lire les logias de Thomas avant l’évangile de Jean, oui, mais en les liant à « Jacques le Juste » (logia 12) aussitôt après la diffusion de son Protévangile. Le « Jésus qui dit » est le Jésus qui est encore dans le ciel comme le dit l’épître de Jacques. Les logias sont des sentences morales comme les rabbis de cette époque les enseignaient. La logia 16 « Quand vous verrez celui qui n’a pas été enfanté de la femme, prosternez-vous et adorez-le, car celui-là est votre Père » confirme ce que dit l’épître de Jean. C’est le Père qu’on espérait voir apparaître dans les nuées. S’il existe des rapprochements entre ce que disent certaines logias et les évangiles, ce n’est pas parce que Thomas les auraient pris aux évangiles mais le contraire. Marc n’arrive qu’après Jean et reprend des éléments de Jean et de Thomas.  

    • Antenor Antenor 30 janvier 2013 11:35

      @ Emile

      Peut-être pourriez-vous écrire un article présentant dans une première partie les principaux arguments de M. Tresmontant qui place Marc en premier et dans une seconde partie vos contre-arguments en faveur de Jean.


    • Emile Mourey Emile Mourey 30 janvier 2013 12:19

      @ Antenor

      Erreur de ma part. Tresmontant place Matthieu en premier avant l’an 36, Jean en second vers l’an 36, Luc dans les années 40-60 et Marc dans les années 50-60. Il part du principe que Matthieu est le plus complet et que les évangiles suivants auraient supprimé ou adouçi des passages pour ne pas trop heurter les païens qui entraient dans l’Eglise.

  • Fred94 29 janvier 2013 11:55

    Je poursuis en soulignant qu’effectivement le but de la séparation du corps et de l’esprit est endoctrinale car sans cette séparation, l’église n’aurait pu affirmer son emprise sur le corps. Cette séparation est aussi utilisé par nos politiques et nos commercants occidentaux par le biais de Descartes. Pour les religieux, il est évident qu’il n’y a pas de séparation entre la matière et l’éther (monde des idées, noosphère,...) qui sont en dialogue. 

    Je crois également qu’avec internet, nous allons créer une supraconscience mais ce serait une erreur de s’en réjouir ou de se reposer dessus en le considérant autrement que comme un outil.
    L’homme ne fait, à mon avis, pour le moment, que retourner vers l’Eden en voulant créer Dieu et le paradis originel qu’il a en image. Hélas, cette lubie passéiste nous fait regarder en arrière et freine notre aventure. 

  • Ruut Ruut 29 janvier 2013 14:54

    Bizarre le père as été vaincus par le dragon.


  • Ruut Ruut 29 janvier 2013 14:55

    - > Quand vous verrez celui qui n’a pas été enfanté de la femme
    Cela signifie que tout enfant provenant d’un vagin artificiel est Dieu ?


  • Dwaabala Dwaabala 29 janvier 2013 21:39

    Bonjour, Monsieur Emile Mourey.
    Je suis bien incapable de me mêler de ces affaires-là mais vous dire bonjour je le peux et répéter avec celui qui vous passionne :
    Le vent souffle où il veut et tu entends son bruit, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va.


  • Emile Mourey Emile Mourey 29 janvier 2013 22:03

    @Dwaabala

    Merci. Bonjour aussi à vous. A partir de vos articles, j’ai pu retrouver votre site et vous souhaite bon courage. 

  • chmoll chmoll 30 janvier 2013 06:39

    é bé quelle histouère , sacré jeannot vas


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