jeudi 14 novembre 2013 - par Jagermaster

Une chimie imposée ?

Après la 2e Guerre mondiale, la France incapable de nourrir sa population, a besoin de réformer sa production agricole. Dans le cadre du plan Marshall, les Etats-Unis vont initier l’Europe à la révolution chimique et productiviste de son agriculture et de l’industrie de l’agroalimentaire. Cela a permis et permet encore à des firmes telles que Monsanto ou Dupont de voir leurs produits chimiques présents à tous les stades de production, récolte, transformation, conservation et stockage des aliments. Aujourd’hui, grâce à la grande distribution, jamais la chimie et son cortège d’agents de synthèse n’ont été aussi présents dans notre alimentation. Notre corps est nourri mais sait il transformer ces nouveaux composants ?

« Force est de constater que partout dans le monde où une certaine forme d’alimentation industrielle s’est développée, partout ont émergé des maladies comme le diabète, l’obésité ou des cancers. »Dr Laurent Chevallier

L’impact de la nourriture provenant de l’industrie alimentaire sur notre santé est le sujet de nombreuses études. Entre la disparition des omégas 3 de la viande, le pain bourré de fongicide ou encore les métaux lourds dans les poissons ! Que reste-t-il de bon dans nos assiettes ?Le principe même d’une alimentation normale est remis en question. On risque le diabète et le cholestérol jusqu’à 30% de plus qu’une personne au « régime bio ».

Depuis l’avènement de l’élevage intensif, fini les prairies en fleurs et l’herbe verte, le bétail a pris la direction de l’usine. Les animaux ne mangent plus d’herbe mais un cocktail préparé par les soins de la génétique. L’herbe étant la principale source d’oméga 3, tout le bétail intensif en est alors privé. Résultat, l’équilibre oméga 3 / oméga 6 est rompu, il y a vingt fois plus d’oméga 6 que d’oméga 3par rapport à 1960. Les omégas 6 dans la viande sont alors nocifs car responsable d’inflammations ainsi que de la prolifération cellulaire. On sait que chez l’adulte cette prolifération fait le plus souvent croître le gras ou le cancer. L’industrie a sur ce point dénaturé la viande en la rendant impropre à une consommation saine et équilibrée pour des raisons essentiellement économiques afin de répondre aux prérogatives du marché mondial.

Les produits phytosanitaires sont quant à eux extrêmement répandus dans l’agriculture globale, chaque fruit ou légume qui reçoit ces produits en garde des traces. D'après certaines études, le taux de ces produits lors de la production des aliments par rapport au produit final n’est pas le plus préoccupant. C’est lors du stockage que les aliments sont soumis à une batterie de produits chimiques allant de l’insecticide au fongicide sans oublier les conservateurs. Ce cocktail fait grimper la toxicité du produit. Il a été prouvé par l’Inserm que sur une population d’agriculteurs cultivant à l’aide des produits phytosanitaires, une personne sur deux a contracté la maladie de Parkinson. La maladie de Charcot et d’autres maladies neuro-dégénératives sont aussi fortement soupçonnées d’être liées aux insecticides et aux fongicides de type organochloré. Ce sont ces mêmes produits qui se retrouvent dans toute notre alimentation dans des quantités cumulées qui sont de l’ordre de centaines de milligrammes par kilo de denrée, soit une place non négligeable quand on connait les effets à haute dose de ces produits.

Ces désordres chimiques dans notre alimentation se transforment bien souvent en maladies. On a pu voir le nombre de nouveaux cancers doubler en moins de 25 ans ainsi que l’obésité passer d’un américain sur vingt à un américain sur trois depuis 1985 dans certains états. David Servan Schreiber, neuropsychiatre, assure que la carte du cancer aux Etats-Unis dans 15 à 30 ans sera similaire à la carte de l’obésité actuelle. Cela représente un américain sur trois soit un désastre en santé publique mais surtout cela crée une corrélation inquiétante entre l’alimentation et la maladie. Nos enfants et la génération 1980 mangent de ce pain tous les jours, c’est presque deux générations qui sont touchées par la malbouffe et ses ravages tels que l’obésité infantile, l’hyper activité, et d’autres maladies jusqu’alors très rares, qui se répandent comme une trainée de poudre dans les pays commercialisant ces produits. L’argument de l’espérance de vie croissante semble désormais incompatible avec notre « régime chimique industriel ». Si des solutions ne sont pas misent en œuvre rapidement, nous pourrions connaitre le même sort qu’aux États-Unis actuellement et suivre une dynamique similaire en terme d’obésité, diabète, cancer ou encore en maladies neuro-dégénératives.

 

Devant le risque d’une catastrophe sanitaire à grande échelle, seules les associations et quelques coopératives se sont emparés du problème et proposent des solutions. Des produits sains et équilibrés réapparaissent grâce à une agriculture raisonnée. Néanmoins, ce type d’agriculture sacrifie la quantité pour la qualité et le rendement est parfois moitié moins élevé dans l’agriculture raisonnée ou bio. Pour éviter de retomber dans les pièges du passé il est impératif de trouver les moyens de réconcilier quantité et qualité.

 



17 réactions


    • philippe913 14 novembre 2013 17:01

      alors pourquoi, mais dites moi pourquoi, nos agriculteurs qui cultivaient bio avant tout ça, sont passé au chimique si ça leur a fait perdre en productivité et en rendements ?
      et pourquoi, alors qu’ils voient leur petits collègues qui font du bio produire plus et pour moins cher, ils n’y passent pas tous ? à part si ce que vous racontez c’est du bullshit ?

      concernant l’article, c’est bien gentil de mettre tous les maux sur l’alimentation, mais il y a peut être d’autres facteurs non ? (sédentarisation, changement des modes de vie, pollution de l’air, vieillissement de la population etc.) et j’aimerais bien avoir un lien vers l’article de l’inserm qui dit que 50 % des agriculteurs vont finir avec Parkinson.

      après vous dites : on sait que ci, on sait que ça, ben non, on en sait rien justement.
      http://www.lanutrition.fr/communaute/opinions/polemique-sur-les-omega-3-sont-ils-vraiment-efficaces.html

      un peu de mesure ne serait pas de trop.


    • Greenman Greenman 15 novembre 2013 15:15

      @Philippe

      concernant l’article, c’est bien gentil de mettre tous les maux sur l’alimentation, mais il y a peut être d’autres facteurs non ?

      Je vous rejoints sur les autres facteurs, j’ai vu récemment une conférence d’Etienne Desmurget sur la télévision (TV lobotomie), que je conseille à tour de bras depuis ! La télé aurait aussi sa part dans le diabète et surtout les problèmes cardio-vasculaires.
      Cependant, incriminer en premier lieu l’alimentation me paraît logique, pour la simple raison qu’elle fournit la plupart part des « matériaux » de base nécessaires aux renouvellements cellulaires (et que si on met du gasoil dans une essence, ça marche moins bien...).

      alors pourquoi, mais dites moi pourquoi, nos agriculteurs qui cultivaient bio avant tout ça, sont passé au chimique si ça leur a fait perdre en productivité et en rendements ?

      Quand ils sont passés à ces nouvelles méthodes, la terre était encore saine, enrichie par des centaines d’années de cultures/jachères successives. La chimie a donc probablement permis une amélioration visible, soutenu par des campagnes de pub dans ce nouvel et magnifique appareil qu’était la télé (les pubs de l’époque sur le sujet sont un « régal » !). Donc je pense que la chimie a enu ses promesses au début, elle a effectivement boosté la productivité et les rendements, pendant 10 à 20 ans, mais en bloquant le renouvellement de l’humus.


      Et pourquoi, alors qu’ils voient leur petits collègues qui font du bio produire plus et pour moins cher, ils n’y passent pas tous ? à part si ce que vous racontez c’est du bullshit ?

      La transition qu’évoque lyacon est effectivement à mettre dans la balance, j’ai qq agriculteurs dans mes relations (fruitiers / éleveurs), si ces derniers sont en train de s’y mettre, c’est une démarche à long terme, pour que le sols se régénèrent et pour qu’ils puissent garder de quoi subsister pendant la transition...

      Je ne peux pas résister à l’envie de remettre ce petit docu sur la permaculture qui date un peu, mais qui a contribué à m’intéresser de près à ce sujet !

      Comme dirait l’autre : Faites l’Humus, pas la Guerre !

      Merci à l’auteur pour cet article !


    • Xavxav 15 novembre 2013 23:23

      Cet été, j’ai visité un vignoble du bordelais de 100 ha qui venait d’obtenir son label AB. Il a commencé sa conversion il y a 15 ans. Il a expliqué cette durée exceptionnelle par la superficie, mais aussi à cause de la pollution des sols.


    • philippe913 18 novembre 2013 07:44

      vous avez écrit :
      "il a été prouvé par l’Inserm que sur une population d’agriculteurs cultivant à l’aide des produits phytosanitaires, une personne sur deux a contracté la maladie de Parkinson.« 

      et il est dit dans l’article dans votre lien :
       »les chercheurs ont alors estimé que les agriculteurs exposés aux pesticides avaient un risque presque deux fois plus élevé de développer la maladie de Parkinson que ceux qui n’en utilisaient pas"

      ça n’a RIEN à voir. Faites un peu plus attention à ce que vous écrivez.


  • Jagermaster Jagermaster 14 novembre 2013 16:25

    Je suis d’accord, c’est pour cela que j’ai introduit le mot « parfois », selon les sols et leurs utilisations préalable, "le rendement est parfois moitié moins élevé dans l’agriculture raisonnée ou bio".

    C’est vrai aussi pour le type d’espèce cultivée, certaine races de legumes/fruits produisent moins que d’autres, et nous amene à la fin de la diversité des espèces végétales pour privilégier les espèces les plus rentables.


  • Karol Karol 14 novembre 2013 17:10

    Merci pour rappeler la nocivité de cette agriculture industrialisée. L’homme doit absolument retrouver la maîtrise de cette acte fondamental qu’est celui de se nourrir. Il faudrait se donner comme objectif de ne manger que des produits dont on connait le mode de culture ou d’élevage et les cordonnées de l’agriculteur ou de l’éleveur.


  • Ruut Ruut 14 novembre 2013 17:31

    Il y aura 2 types de nourriture.
    Celle des très riche saine et gustative et celle des pauvres pourrie et tuant le peuple juste a la limite de la retraite.

    C’est un choix politique sordide.


  • Piotrek Piotrek 14 novembre 2013 20:11

    Depuis l’avènement de l’élevage intensif, fini les prairies en fleurs et l’herbe verte, le bétail a pris la direction de l’usine. Les animaux ne mangent plus d’herbe mais un cocktail préparé par les soins de la génétique

    Le bio à l’ancienne existe encore en Europe mais disparait peu à peu. En Pologne par exemple, il existe encore beaucoup de fermes familiales qui ont des petites cultures diversifiées, de la volaille, des vaches un cheval et du cochon. La ferme familliale fonctionne presque en petit écosystème fermé (le purrin des vaches devient de l’engrais pour les cultures, les déchets alimentaires nourrissent le cochon.. etc)

    Elles sont en train de disparaître car une grande majorité des hériters ne souhaitent pas reprendre l’affaire. Ceux qui le font recoivent des subventions massives de l’UE, il se modernisent et abandonnent complètement le système de la ferme familliale, rachètent les fermes aux alentours et passent à la monoculture lourdement chimique ou l’élevage industriel en battrie. Cela se passe en ce moment même.

    Dès lors une minorité des fermiers deviennent de riches industriels pendant que les autres deviennent des employés. Les consommateurs polonais ne réalisant pas le changement et sont persuadés dur comme fer qu’ils continuent à consommer des produits « fermiers »

    Moralité : les industriels sont souvent des mafieux, qui sous le couvert de la modernisation, exploitent les autorités publiques (quand elles ne sont pas tout simplement complices) dégradent non seulement la nature mais aussi désorganisent la société au profit d’un petit nombre.

    Et la vague bio, elle aussi n’échape pas à la règle, avec des labels spécialement crées pour nous faire croire qu’on retourne à une certaine authenticité.


    • Bilou32 Bilou32 14 novembre 2013 20:35

      Je partage a 100% . Je suis éleveur de brebis viande en label rouge, et je suis bien placé pour voir l’évolution des choses depuis mon installation en 1983. Passer au bio serait une hérésie. Et je vais sans doute me retirer du label. On ne me paie pas plus cher, et il y a vraiment trop de cotisations à payer. J’aurais ma conscience pour moi, celui qui bouffera un de mes agneaux sera sûr de ne rien trouver dedans de pharmaceutique ou OGM... j’ai encore un peu de conscience et de respect pour le consommateur ! La plupart de mes collègues sont moins scrupuleux... Sauf peut être à la Confédération Paysanne, qui est encore attachée a une forme d’agriculture paysanne (comme l’indique son nom !).

      Mais c’est difficile de tenir le coup, ces dernières années ont étés terribles pour les éleveurs, et cette fin d’année sera décisive ! Avoir bossé 30 ans pour se retrouver en position délicate çà fait quand même râler...


  • Pepe de Bienvenida (alternatif) 15 novembre 2013 09:45

    Et pourtant, nous sommes en train de manger notre pain blanc. Après les négociations du TAFTA, le grand marché transatlantique qui se prépare, nous serons le débouché US de produits d’une qualité encore bien inférieure. Notre immolation sauvera le « mode de vie non négociable » de l’Empire.


  • kéké02360 15 novembre 2013 19:14

    Tant que nous ne virerons pas les politiques qui résonnent en balance commerciale plutôt qu’en santé publique, nous aurons de gros problèmes de santé, d’environnement et de survie pour les quelques agriculteurs qui ont encore une conscience !!!!

    Le peuple Français n’a jamais été consulté et n’a donc jamais demandé que l’agriculture du pays nourrisse la planète !! Ce slogan est l’invention intéressée des lobbies relayé par les politiques, la FNSEA et même un service public comme l’ INRA ( payé par nous ), si c’est pas une honte !!! la preuve :

    http://www.npa32.fr/spip/spip.php?article571 

     


  • kéké02360 15 novembre 2013 21:09

    Pour lutter contre les pesticiculteurs, céréalkillers et autres cochonnericulteurs il n’y a pas d’autres moyens que l’alliance / consommateurs utilisant les circuits courts , produisant et achetant propre, vous pouvez refiler cette adresse aux producteurs et consommateurs de votre coin , c’est ici :

    http://www.mescarottes.com/ 

    si vous habitez les Ardennes vous avez encore mieux, tout vos produits bio ( commandés en ligne aux producteurs voisins ), livrés le même jour à la même heure au même endroit !!!!!!

    les Comptoirs bio, c’est ici :

    http://www.eco-territoires.fr/index.php?option=com_content&view=category&id=35&Itemid=68

    ou ici :

    http://www.comptoirspaysans.org/biocharleville 


    • Jagermaster Jagermaster 15 novembre 2013 21:17

      J’aimerais que vous modéreriez vos propos, souvent ces gens la n’ont pas le choix. Le systeme leur impose un mode de production qu’ils ne peuvent plus éviter du fait de leur rémunération. Le combat n’est pas contre les producteurs, mais contre ce système qui les asservit à un mode de production qu’ils ne cautionnent pas nécessairement !


    • Jagermaster Jagermaster 15 novembre 2013 21:29

      Vous avez néanmoins raison de nous proposer des alternatives à la toute puissance de la grande consommation. Merci


    • Jagermaster Jagermaster 15 novembre 2013 21:32

      De la grande distribution (toute mes confuses)


  • Xavxav 15 novembre 2013 22:46

    J’ignorais que la maladie de Charcot était soupçonnée d’être liée aux produits phyto-sanitaires. Serait-il possible de préciser les sources de cette information ?


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