mercredi 21 novembre 2018 - par Hamed

Une configuration mondiale nouvelle à l’orée 2030-2040 ? Vers l’après-dollar, la fin du pétrole cher et un protectionnisme mondial ?

Dans une interview de Pierre Grosseur par le magazine québécois « L’actualité », l’auteur avance que depuis 100 ans, les projecteurs mondiaux étaient braqués sur les États-Unis et l’Europe. Et aujourd’hui, selon l’historien français Pierre Grosser, spécialiste des relations internationales à Sciences Po Paris, la situation est en train de se retourner pour l’Occident qui perd de plus en plus sur le plan économique et stratégique mondial au profit de l’Asie.

« Dans son livre « L’histoire du monde se fait en Asie : Une autre vision du XXe siècle » (Odile Jacob), il rappelle la centralité de ce continent dans l’histoire mondiale du XXe siècle. Une position qui continue de s’affermir, au point que d’ici 20 ou 30 ans l’Europe et l’Amérique pourraient n’être que de simples périphéries. Et la question, dit-il, « est de savoir si la « transition » d’une hégémonie à une autre peut être pacifique ».

L’actualité a rencontré Pierre Grosser lors d’un de ses nombreux passages à Montréal. Il répond à ses questions :

«  En quoi l’Asie écrit-elle l’histoire du présent siècle ?

Elle l’écrit dans tous les domaines. En 2016, l’Asie représentait 66 % de la croissance mondiale. La Chine, l’Inde, le Japon et les 10 pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) tournent à plein régime.

« Projetez-vous en 2030 ou 2040 et il est fort probable que vous verrez l’Asie comme le centre du monde, et le reste — l’Europe, l’Amérique — comme de simples périphéries. »

Dans une quinzaine d’années, le produit intérieur brut de ce continent dépassera ceux de l’Amérique du Nord et de l’Europe combinés. C’est en Asie que les ventes d’armes ainsi que les budgets militaires augmentent le plus rapidement — l’Inde est d’ailleurs le plus important importateur d’armements au monde. C’est aussi en Asie que les rivalités géopolitiques sont les plus intenses : entre les deux Corées, entre la Corée du Nord et les États-Unis, entre le Pakistan et l’Inde, entre l’Inde et la Chine, entre la Chine et le Japon et, bien entendu, entre la Chine et les États-Unis. Plusieurs sont des puissances nucléaires. Projetez-vous en 2030 ou 2040 et il est fort probable que vous verrez l’Asie comme le centre du monde, et le reste — l’Europe, l’Amérique — comme de simples périphéries. Quel renversement de perspective en un siècle !

La Chine veut accélérer la construction de voies de communication et d’infrastructures afin de mieux se connecter au monde. Est-ce pour favoriser le commerce ou pour étendre son influence politique et militaire ?

Il est difficile de séparer l’économie, la politique et la sécurité. L’initiative « Une ceinture, une route » est un moyen de redynamiser les entreprises d’État chinoises, de recycler les surplus à l’étranger, de faire circuler sa monnaie dans le monde et de développer l’ouest de la Chine. Cela vise à stabiliser les pays frontaliers et à renforcer les régimes autoritaires d’Eurasie devant les risques de déstabilisation et ceux liés à l’extrémisme — le même principe a guidé les États-Unis en 1947 lorsqu’ils ont lancé le plan Marshall pour sauver l’Europe du chaos de l’après-guerre et de l’attrait du communisme. Cela permet de faire face au risque d’un blocus américain et de répliquer au « pivotage » des États-Unis vers l’Asie-Pacifique. La Chine étend de cette manière son influence et se crée des clientèles, mais au risque de se trouver entraînée dans nombre de conflits locaux et régionaux.

Les États-Unis ont un rapport ambigu avec la Chine. Ils rompent avec elle en 1949, puis renouent en 1972. Donald Trump promettait de la punir, soutenant qu’elle manipulait son taux de change pour favoriser ses exportations, puis il a fait volte-face. C’est déroutant pour les analystes ?

Les Américains se voyaient traditionnellement en protecteurs de la Chine par rapport aux ambitions des impérialistes, notamment les Russes et les Japonais. L’objectif était de la protéger de ces puissances qui voulaient freiner les exportations américaines en Chine et empêcher les idées américaines de féconder le pays. Dans les années 1930-1940, puis dans les années 1980, les Américains étaient persuadés que la Chine pouvait se transformer avec l’Amérique comme modèle — d’ailleurs, beaucoup pensent encore aujourd’hui qu’avec la prospérité économique, un peu de pression pour faire respecter les droits de la personne et l’afflux d’étudiants chinois dans les universités américaines, qui retourneront chez eux avec des « idées » américaines, la Chine se démocratisera. Sauf que l’économie américaine est devenue fort dépendante de la Chine. Le président Donald Trump a prétendu changer un jeu dans lequel les États-Unis sont perdants à long terme. Il s’aperçoit qu’il n’a guère de levier.

Les États-Unis ont construit un réseau d’alliances avec plusieurs pays de l’Asie-Pacifique. En même temps, ceux-ci se rendent compte que la Chine prend une place considérable dans leurs économies respectives. Le réseau d’alliances peut-il tenir ?

La situation est complexe. L’ANASE est composée de 10 pays aux systèmes politiques différents : monarchiques, capitalistes, communistes. Elle a des discussions avec tout le monde, et avec la Chine de plus en plus. Les États-Unis tentent de courtiser ces pays afin d’en faire un bloc plus cohérent pour contrer la Chine. Mais les Chinois sont habiles. Ils favorisent les relations bilatérales pour diviser l’ANASE. D’autre part, l’Australie, un solide allié des Américains, redoute la mainmise de la Chine sur ses ressources naturelles, sur son économie et même sur son système politique (dans ce pays, les étrangers peuvent contribuer aux caisses des partis politiques, et les Chinois investissent dans de nombreuses circonscriptions). En même temps, tous ces pays savent une chose : dans 1 000 ans, la Chine sera toujours leur voisine, mais dans 100 ans, personne ne sait si les États-Unis seront toujours présents en Asie.

La Chine est-elle en passe de ravir aux États-Unis le titre de leader du monde ?

La Chine semble se comporter en acteur responsable sur la scène internationale. En janvier dernier, à Davos, devant les leaders politiques et économiques de la planète, le président Xi Jinping a soulevé un tonnerre d’applaudissements lorsqu’il a défendu le libre-échange. Cela faisait tout un contraste après les déclarations incendiaires de Donald Trump contre les accords de libre-échange. Puis, Pékin a manifesté sa fidélité à l’accord de Paris sur les changements climatiques, au moment même où les États-Unis annonçaient leur retrait. À l’évidence, la Chine joue sur son pouvoir de convaincre pour amadouer le reste du monde, « acheter » des votes à l’ONU ou ailleurs et se tailler une belle réputation. Elle veut participer à la définition des règles du jeu. Mais elle n’est pas un modèle pour le libre-échange ni pour la défense de l’environnement – en dépit de certains progrès dans ce domaine, qui en font un leader des énergies renouvelables. Et ses prétentions territoriales en mer de Chine méridionale intimident ses voisins. À bien y regarder, la Chine ne veut sans doute pas et ne peut pas remplacer les États-Unis comme leader du monde. » (1)

Cette interview laisse certes penser que l’avenir appartient à l’Asie. Cependant, pour voir clair, il faut analyser la situation économique mondiale actuelle et la projeter sur les forces réelles qui l’activent. Sans cela, on ne pourra pas savoir ce qu’il en ressortira. Le problème n’est pas de se projeter sur 2030 mais sur comment évolueront les forces sous-jacentes qui orientent l’économie mondiale et donc les nations du monde. Certes, il faut aussi dire qu’il y a des signes qui se précisent sur ces forces et qui laissent entrevoir sur ce qui se prépare en changements à venir. D’ailleurs le discours du président américain abonde en ce sens, et certainement, ce discours n’est pas le sien, il n’est que la voix des stratèges américains qui anticipent à juste raison l’avenir. Et on comprend qu’ils sont les premiers concernés dans cette nouvelle configuration du monde qui est en train de s’asseoir progressivement, en rebattant l’ordre de puissance mondial imposé depuis 70 années par les États-Unis. 

Aussi se pose la question, l’analyse qui va suivre viendra-t-elle conforter la thèse de Pierre Grosser que l’Asie est appelée à être le centre du monde et les États-Unis et l’Europe au rang de « simples périphéries » ? La question ne se pose pas simplement sur le plan économique, mais se pose surtout sur les « leviers  » qui donnent la puissance sur tous les plans (économique, financier, monétaire, militaire). Et ces leviers qu’il faut dire complexe peuvent-ils être « partagés » ? Dans le sens que les leviers dont disposent aujourd’hui les États-Unis peuvent-ils être « étendus » demain à la Chine et à une Europe qui peut être « élargie  ». ? On sait très bien que toute union économique et monétaire n’est pas venue parce que les décideurs l’ont voulu, mais que ce sont les nécessités de la configuration géostratégique et géopolitique du monde qui ont dicté une union économique et monétaire autour d’un duopole de puissance, la France et l’Allemagne de l’Ouest. 

L’Europe l’a faite parce qu’elle avait à l’Est l’Union soviétique, la Chine et l’Inde, à l’Ouest les États-Unis. Deux grandes puissances et deux autres puissances démographiques en voie de l’être. Après le démantèlement de l’URSS, le même processus s’est posé pour la Russie et les quinze républiques qui constituaient l’ex-URSS. Certaines républiques ainsi que les pays de l’Europe centrale et orientale qui étaient des satellites de l’URSS ont rejoint l’Union européenne, d’autres ont formé, avec la Russie, la Communautés des États indépendants. Evidemment, les liens sont moins rigides au sein de la CEI qu’au sein de l’Union européenne, en particulier au sein de la zone euro. Mais il n’empêche que le monde évolue. 

 

1. La Banque centrale américaine (FED), maillon central dans l’éclatement des crises cycliques aux États-Unis et dans le monde 

 

 Pour comprendre la situation mondiale aujourd’hui, il faut rappeler les crises qui ont parsemé le monde depuis le début de la décennie 2000. Celle qui a provoqué le grippage de l’économie occidentale et a menacé l’économie mondiale a été la crise financière de 2008. Cette crise est venue à la suite de la crise immobilière en 2007, aux États-Unis. Donc de crise des créances hypothécaires à risque (subprimes), elle s’est ’est transformée en crise financière, en 2008. Elle s’est étendue à tout l’occident au point que par les pertes financières sans commune mesure sauf avec la crise de 1929, elle a provoqué à un certain moment un blocage des économies occidentales. En 2009, la quasi majorité des économies occidentales étaient en récession malgré les plans massifs financiers de sauvetage opérés par les quatre principales Banques centrales du monde, à savoir la Réserve fédérale américaine (Fed), la Banque centrale européenne (BCE), la Banque d’Angleterre (BoE) et la Banque du Japon (BoJ). La Banque centrale de la Chine ne faisait pas encore partie du consortium des grandes Banques centrales émettrices de monnaies internationales.

Cependant, la double crise immobilière et financière entre 2007 et 2008 a été précédée de la crise des valeurs technologiques en 2000, et elle-même précédée par les crises asiatiques et brésiliennes de 1997 et 1998, et ainsi de suite avec celles qui les ont précédées. Et le pilotage de la politique monétaire de la Banque centrale américaine a joué un rôle central dans le mécanisme des crises ?

Quel a été le puissant levier qui a provoqué la politique économique du « tout-construction sur le territoire américain » et la double crise qui a affecté douloureusement des millions de ménages américains, qui ont tout perdu, logements et économies, et se sont retrouvés du jour au lendemain à la rue. Que s’est-il passé ? Pour comprendre, il faut remonter à la crise qui a précédé la crise 2007-2008.

Ouvrons une courte parenthèse, l’économie américaine a ce paradoxe, elle est ponctuée historiquement toujours après une forte croissance par une crise économique et financière, puis de nouveau elle rebondit puis de nouveau la crise. Précisément, en 2000, l’économie américaine avait déjà subi une grave crise boursière. Le Nasdaq est passé de 4700 en février 2000 à 1200, au 3 septembre 2002. Le Dow Jones est passé de 11300 le 1er août 2000 à 7700, le 3 septembre 2002. Les indices boursiers américains Nasdaq et Dow Jones ont perdu respectivement 75 %, et 30 % de leur valeur, en deux années et demie. La Crise est devenue mondiale. Toutes les Bourses dans le monde ont dévissé dans le sillage de Wall Street.

Ce sont les valeurs technologiques – l’indice du Nasdaq – en avril et septembre 2000 qui ont atteint des cours complètement déconnectés de la réalité qui ont provoqué le krach de Wall Street. Il faut rappeler que la Banque centrale américaine (Fed) avait procédé, avant la crise, à un premier relèvement du taux d’intérêt court directeur en juillet 1999 de 0,25 point, l’amenant à 5 %. Puis, après 6 relèvements, à partir de cette date, le taux d’intérêt de la Fed est porté à 6,5 %, le 16 mai 2000 (dernier relèvement de la Fed à 0,5 %).

C’est cette politique monétaire restrictive de la Fed qui, en mettant fin à la spirale spéculative haussière, a provoqué l’éclatement des valeurs technologiques, en 2000. En restreignant les injections monétaires en monnaie centrale par la hausse du taux d’intérêt et du ratio des réserves obligatoires, donc en agissant sur la base monétaire (M0), la Fed a poussé le système bancaire par le renchérissement des prêts à freiner les crédits aux investisseurs.

Et comme les spéculateurs en bourse s’enrichissaient mais aussi en s’endettant aussi pour acheter toujours plus de valeurs boursières dont les cours ne cessaient d’augmenter, se trouvaient piégés par leur endettement, les taux d’intérêt ayant augmentés et que les banques répercutaient sur leurs clients. De la hausse boursière survient la baisse qui, par les ventes de valeurs s’accélérant, provoque la panique, et le krach boursier.

Précisément, la crise survenue, la Fed américaine doit prendre rapidement des mesures pour redresser la situation de l’économie américaine. Elle doit donc mener une politique monétaire expansionniste. Faciliter l’octroi des crédits par l’achat de valeurs sur le marché obligataire, des bons de Trésor, et baisser rapidement le taux d’intérêt court directeur. Le 3 janvier 2001, la Fed procède à la première baisse du taux d’intérêt directeur de 0,5 %, le ramenant de 6,5 % à 6 %. Sept baisses très rapprochées suivirent, et en sept mois, à partir de cette date, le taux d’intérêt directeur est ramené, le 21 août 2001, à 3,5 %.

L’attaque terroriste du 11 septembre 2001contre le World Trade Center survient. Le 17 septembre 2001, soit six jours après, le taux est baissé à 3 %. Il continue de baisser, et après 6 baisses, le taux d’intérêt atteint 1 %, le 25 juin 2003. Au total, la Fed a procédé à 13 baisses.

Le taux d’intérêt court directeur sera relevé d’un quart de point le 30 juin 2004, à 1,25 %. Après 17 hausses, le taux directeur de la Fed est porté à 5,25 %, le 29 juin 2006.

On comprend donc que c’est la Banque centrale américaine, d’abord par sa politique expansive, dans un premier temps, puis restrictive dans un deuxième temps, qui provoque la crise. Et commencent les corrections boursières pour « purger le système financier américain et mondial  » de la spéculation excessive en Bourse. Et aussitôt, après correction, c’est-à-dire des pertes massives pour les investisseurs comme des gains massifs pour d’autres, le cycle recommence. Et de nouveau une politique monétaire expansive de la Fed.

Cependant, en plus de la Fed, il y a les « aléas de l’histoire ». Comment alors comprendre la réaction de la Fed ? Qu’en est-il de l’économie américaine après cette série de baisses du taux d’intérêt directeur de la Fed jusqu’en 2004, année où le processus inverse a commencé, i.e. la hausse du taux d’intérêt. Pour cela, il faut repenser la politique extérieure américaine. Pourquoi les États-Unis ont attaqué l’Irak ? Et est-ce que la politique extérieure a influé sur l’économie américaine ? N’a-t-elle pas imposé aux décideurs de la finance américaine la « ligne économique » à suivre.

 

2. La crise financière de 2008 et les aléas de l’histoire

 

 Tout d’abord, il faut rappeler qu’avant même la fin de l’Union soviétique en décembre 1991, les États-Unis résolurent de construire un monde unipolaire. L’URSS en voie de délitement, restaient deux puissances qui s’opposaient à son leadership mondiale : l’Irak et l’Iran. Ils résolurent de s’attaquer d’abord à l’Irak. Sous le couvert de libérer le Koweït, les États-Unis, à la tête d’une coalition internationale, entrèrent en guerre contre l’Irak. Libérant le Koweït, ils imposèrent un embargo qui dura 12 années. En septembre 2000, le président irakien Saddam Hussein décida d’effectuer ses exportations pétrolières contre nourriture en euros au lieu de dollars. Les pays qui achètent du pétrole à l’Irak doivent donc vendre leurs dollars pour acheter des euros. Cette décision irakienne si elle s’étendait à d’autres pays comme l’Iran, ou à d’autres pays de l’OPEP qui seraient incités à le faire, porterait un lourd préjudice à la puissance du dollar. D’ailleurs un rush d’avions humanitaires a commencé à briser l’embargo anglo-américain sur l’Irak.

Jusqu’à ce que survienne l’attaque du 11 septembre 2001 contre les Tours du Word Trade Center, à New York. La réponse américaine est immédiate. Ils attaquent l’Afghanistan, en novembre 2001. Et, en 2003, malgré que les États-Unis n’aient pas reçu l’accord de l’ONU, ils attaquent l’Irak. Bagdad était prise, l’armée irakienne disloquée, le début euphorique de la victoire américaine fut vite contré par la montée en puissance de la résistance irakienne.

L’occupation de l’Irak qui ne devait pas poser de grands problèmes et se régler en quelques mois, en 2003, après avoir changé le régime politique irakien, s’est révélée au contraire extrêmement difficile pour l’armée américaine. Les troupes américaines progressivement se sont trouvées confrontées à une véritable guerre avec les groupes armés qui se sont organisés dans tout le territoire irakien. Et tout allait se jouer dans la durée. L’enlisement des forces américaines et les attaques quotidiennes de la résistance irakienne ont amené les médias occidentaux a comparé la guerre en Irak à la guerre du Vietnam.

Précisément, cette situation difficile dès la fin 2003 allait avoir des conséquences sur l’économie américaine. Les décideurs de la finance américaine notamment la Banque centrale américaine, la Fed, devait tout faire pour relancer l’économie, et par ce biais, soutenir l’effort de guerre. Cependant, la situation économique ne laissait pas entrevoir une reprise, les États-Unis venaient d’essuyer crise sur crise depuis 2000. Le marché des actions avec des crises boursières en cascade, entre 2001 et 2002, n’était plus porteur. Que restait-il pour booster la croissance ? Sinon l’immobilier. En effet, ce créneau apparaissait le seul à pouvoir doper la croissance. La construction de l’habitat très porteuse en création d’emplois conjuguée à une politique très favorable aux ménages américains pour accéder à l’achat de logement permettait de relancer l’économie américaine. Cependant, c’était insuffisant. Il fallait aussi booster la consommation qui a une grande part dans le PIB américain. Et c’est là où entre la décision des autorités financières et monétaires américains de créer des crédits dits « subprimes  ». Et seules les fortes dépenses des ménages américains pouvaient rehausser la croissance américaine.

Et, cela entre avec les « aléas de l’histoire » qui ont dicté pour ainsi dire la politique monétaire et financière américaine. A cette période l’Amérique était en guerre, et la situation des forces américaines en Afghanistan et en Irak n’était pas au beau fixe. Il fallait donner une image d’une Amérique en guerre qu’elle se portait bien économiquement. Et c’est la raison pour laquelle il a été décidé de faciliter aux ménages américains non solvables de devenir propriétaires de logements. Et c’est le crédit subprime qui va jouer ce rôle pour attirer les ménages, en particulier à faible solvabilité, qui cherchent à acquérir un logement. Si on regarde les couches sociales en Amérique, on constate vite que, avant ce crédit hypothécaire, l’accès aux crédits était très difficile pour les personnes issues d’une minorité. Aussi cette facilité a fait que les familles hispaniques et afro-africaines qui sont donc les populations les plus défavorisées vont être attirés par les crédits subprimes. Sauf que le prêt accordé par les banques était à taux variable. Ce qui signifie que si le taux directeur de la Fed monte, il est automatiquement répercuté sur l’emprunteur. Donc sur ces couches sociales fragiles. Et les banques qui prêtaient étant assurés au cas où les emprunteurs font un défaut de paiement, le bien immobilier est saisi.

C’est ainsi que le marché immobilier américain connut une effervescence, une forte croissance avec une hausse du nombre de propriétaires qui ont cru faire une bonne affaire, en investissant toutes leurs économies. Mais la situation ne s’arrêta pas là, la spéculation va entraîner une hausse des prix phénoménale des logements. Grâce aux liquidités injectées par la politique fortement accommodante de la Fed, le système financier fut pris d’une ferveur spéculative telle que personne n’y prit garde que le système pouvait dérailler. Ainsi les millions de ménages américains qui ont emprunté à faible taux d’intérêt mais variable vont voir le prix de leurs logements augmenter sur le marché immobilier. Poussés par les banquiers, et par l’enrichissement dû la réévaluation de l’immobilier, les ménages ont, en plus de l’emprunt immobilier, ont encore emprunté des crédits de consommation puisque les banquiers restent toujours assurés que la hausse des prix de leurs logements couvrira leurs prêts à l’immobilier et à la consommation. Et ce moyen permettait de doper la consommation américaine qui compte pour environ 70 % du PIB américain.

Et c’est ce que cherchent les décideurs américains pour doper la consommation américaine, et donc la croissance de l’économie. Sauf qu’une formidable bulle immobilière s’est développée. L’emprunteur n’a pas pris en compte que le marché immobilier peut se retourner ni que le taux d’intérêt pouvait se relever. Bien que les prêteurs, i.e. les banques américaines, ont cherché à se protéger d’un retournement du marché en titrisant les créances qu’ils détiennent en les transformant en crédits hypothécaires rentables, sans que l’investisseur acheteur ne sache qu’ils sont à risque. Et ces subprimes ont été disséminés par les banques entre elles et à travers le monde.

En 2007, lorsque la crise des prêts « subprimes » américains éclata, les conséquences étaient désastreuses pour les banques et les ménages. En effet, des millions de ménages ont perdu leurs logements et leurs économies. Ils se sont retrouvés à la ruse. De même, de nombreuses banques aux États-Unis et en Europe qui ont saisi les logements ont fait faillite (dépôt de bilan) parce que la vente des logements saisis qui ont perdu de valeur ne couvrait pas leurs engagements. Donc le système bancaire américain se trouvait lui aussi pris dans une débâcle financière. Chaque banque avait peur de prêter à l’autre ne sachant pas combien de créances hypothécaires à risque disposaient ces banques. Et c’est ainsi avec la raréfaction des crédits entre elle se bloqua le système financier américains. 

La crise immobilière se transforma en crise financière en 2008. En plus de nombreux rachats par la Fed américaine, le congrès américain approuva le plan Paulson de 700 milliards de dollars pour le sauvetage des banques américaines. Il demeure néanmoins que une des cinq grandes banques américaines d’investissements Lehman Brothers a, selon les médias occidentaux de 640 milliards de créances toxiques dans son bilan, et ne trouvant pas de repreneurs, fit faillite.

De nombreuses banques firent faillites aux États-Unis, durant cette période. Comme l’écrit le journal le Figaro : « Pendant que les États s'efforcent de gérer la relance économique, la crise fait encore des dégâts. Vendredi soir, les autorités de régulation américaines ont annoncé la fermeture de six nouvelles banques locales ou régionales, notamment AmTrust Bank, dans le nord du pays. C'est la quatrième plus grosse banque à mettre la clef sous la porte cette année aux États-Unis. Depuis le début de l'année, ce sont ainsi 130 banques qui ont fait faillite - contre 25 en 2008 - aux États-Unis. Du jamais-vu depuis 1992 ! » (2)

Le système bancaire européen est lui aussi touché par la crise financière américaine. Un fonds de sauvetage est mis en œuvre en Europe pour le sauvetage des banques. « Le plan de sauvetage européen du système financier dépasse déjà celui des États-Unis. D'après les chiffres annoncés hier à Paris, Berlin, Madrid ou Vienne, l'enveloppe globale mise à la disposition des banques par les principaux États membres de l'Union européenne (UE) s'élève déjà à plus de 1 700 milliards d'euros, soit 13,6 % du PIB européen. À lui seul, le couple franco-allemand met 840 milliards d'euros sur la table. À titre de comparaison, le plan Paulson prévoit une aide de 700 milliards de dollars, soit 520 milliards d'euros. Si l'on y ajoute les nationalisations des agences de refinancement hypothécaire Freddie Mac et Fannie Mae, de l'assureur AIG, le soutien aux fonds monétaires et les garanties de la Fed au rachat de Bear Stearns, le plan de sauvetage du systè me financier américain approche les 1 200 milliards de dollars, soit 8 % du PIB. » (3)

 

3. 166 pays du reste du monde couvrent gratuitement en richesses ce que ne créent pas les 31 pays émetteurs de monnaies internationales

 

On a vu globalement la crise immobilière et les conséquences qui ont survenu en 2008 puis les mesures prises par les Banques centrales occidentales. Mais il demeure que l’on doit comprendre pourquoi les États-Unis ont attaqué l’Irak et provoqué la crise immobilière et financière en 2007-2008. C’est cela qui n’est pas compris d’une manière rationnelle, en clair selon le principe de causalité. Est-ce simplement pour le pétrole ? Ou est-ce simplement parce que le dollar est la monnaie de facturation du pétrole des pays arabes ? Et comment les États-Unis veulent construire un monde unipolaire en ayant une emprise totale sur le pétrole du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ? D’où la nécessité de mettre au pas les pays récalcitrant à son hégémonie ? Les principaux pays visés sont bien sûr l’Iran, l’Irak et la Syrie. Et qu’est-ce qui détermine concrètement les États-Unis à opter pour cette voie ? Dans le sens ont-ils réellement les moyens pour arriver à leurs buts ? Ou ne font-ils simplement qu’accélérer l’histoire sans pour autant aboutir à leurs buts ?

Pour comprendre comparons un pays qui n’a pas de monnaie internationale et les États-Unis qui ont le dollar jouant comme « monétaire-centre » dans le système monétaire international. Un pays qui n’a pas de monnaie internationale, ce sont tous les pays du monde à l’exception des États-Unis, de la zone euro, du Royaume-Uni et du Japon, qui sont les quatre grands pays émetteurs de monnaies internationales. Ces pays ont été rejoints en octobre 2016 par la Chine. Le yuan est la cinquième monnaie dans le panier de monnaies qu’utilise le FMI pour fixer la valeur du DTS (Droits de tirages spéciaux) ou « papier-or », qui est un instrument monétaire international de cette institution.

Et ici, la convertibilité d’une monnaie hors des cinq grandes monnaies ne constitue pas un critère de monnaie internationale du fait qu’elle n’est pas utilisée dans le panier de monnaies du FMI. Hormis les cinq grandes puissances émettrices de monnaies internationales, il n’existe pas d’autres monnaies internationales servant de monnaie de réserve et de compte international. Le rouble russe, le won sud-coréen et la roupie indienne, par exemple, qui sont convertibles sur les marchés monétaires, restent déterminés internationalement par le panier des cinq grandes monnaies et éventuellement de l’or que ces pays détiennent. Donc, la valeur de ces monnaies reste liée aux réserves de change de ces pays et du stock d’or. En clair, le taux de change de leurs monnaies est la « photographie en valeur » de leurs réserves de change.

Prenons l’Algérie, et peu importe que le dinar algérien ne soit pas convertible. Pour importer des biens et services, et donc des richesses, l’Algérie doit exporter des richesses. Elle ne peut importer des richesses que « si ses exportations pétrolières – l’Algérie est un pays pétrolier – couvrent ses importations. » Si ce n’est pas le cas, elle enregistre un déficit commercial, donc elle doit « puiser dans ses réserves de change ». Si elles sont insuffisantes, elle doit « contracter des prêts auprès du FMI, ou auprès d’autres institutions internationales ». Il demeure cependant que si sa balance des paiements continue d’être déficitaire, et qu’elle est fortement endettée, l’Algérie est appelée inévitablement, si sa balance commerciale ne se redresse pas pendant un temps suffisant, à « subir un rééchelonnement supervisé par le FMI ». Ce qui sera extrêmement stressant sur le plan économique, politique et social.

Pourquoi les États-Unis qui enregistrent des déficits budgétaires, commerciaux et courants permanents ne sont pas inquiétés ? Et pourtant leur balance des paiements est équilibrée. Ces déficits qui sont structurels et n’inquiètent pas la superpuissance américaine obéissent à un processus qui est unique dans l’histoire. Les États-Unis comme tout pays du reste du monde exportent des biens et services. Cependant les exportations de richesses ne suffisent pas à couvrir les importations des États-Unis. Mais, comme le dollar est utilisé par tous les pays du monde, comme d’ailleurs l’euro, le yen, la livre sterling et le yuan chinois, la demande extérieure en dollar permet à la Fed d’émettre des liquidités internationales sans couverture productive, donc créées à partir de rien. Ce que les économistes nomment souvent ex nihilo. Donc ces liquidités monétaires émises deviennent comme des « marchandises monétaires » en quelque sorte puisque les pays du reste du monde qui n’ont pas de monnaies internationales en ont besoin pour « commercer ».

Au final, les États-Unis exportent de l’argent, ils émettent donc une « marchandise-argent », i.e. des dollars, en échange des richesses, donc des biens et services de leurs partenaires commerciaux. Une émission ex nihilo en excès, finançant leurs déficits courants, se traduira forcément par une dépréciation du dollar par rapport à l’euro, le yen, la livre sterling et le yuan. Dès lors, les quatre grandes monnaies internationales s’appréciant, l’Europe, la Chine et le Japon vont se retrouver pénalisés dans le commerce international. Ils exporteront moins de richesses et se trouveront en difficulté pour couvrir leurs importations. Si la Banque centrale américaine, i.e. la Fed, continue d’émettre des liquidités du fait de leurs déficits budgétaires et courants qui sont devenus structurels, les quatre monnaies internationales vont encore s’apprécier encore. La seule solution qui reste pour ces grandes puissances, pour éviter une perte de compétitivité dans le commerce international, est d’« émettre  » à leur tour des liquidités internationales. Qui deviennent aussi des « marchandises-argent », exportées vers les pays du reste du monde. Ainsi, nous aurons les cinq grands pays se trouvant à financer leurs déficits extérieurs par de la création monétaire ex nihilo. En clair, cela signifie qu’une partie de leurs balances commerciales, i.e. une partie de leurs importations provenant des pays hors des Cinq est couverte par leurs exportations de biens et services, l’autre partie par des liquidités créées ex nihilo. On aura alors 197 États reconnus par l’ONU moins l’Europe des 28, les États-Unis, la Chine, le Japon, soit « 166 pays du reste du monde qui couvrent gratuitement en richesses ce que ne créent pas les 31 pays émetteurs de monnaies internationales, qui sont, il faut le préciser, l’Europe des 28, les États-Unis, le Japon et la Chine. »

 

4. Qui aura la prééminence monétaire sur les États-Unis à l’orée 2030-2040 ? La Chine ou la zone euro « élargie » ? Transformant les USA en demandeurs de leurs monnaies

 

 Il est clair que les concertations entre les Cinq, puisqu’ils ont tous à gagner, visera à équilibrer les taux de change entre les 5 monnaies et à maintenir le taux d’inflation très bas (inférieur à 2 %) pour éviter des dysfonctionnements par la hausse des prix qui ne fera que provoquer des guerres monétaires, ce qui ne profitera à aucune de ces puissance, sinon à compartimenter l’économie mondiale en zones monétaires comme ce qui s’est passé dans les années 1930. Une dépression économique mondiale qui s’est terminée par une Deuxième Guerre mondiale. D’autre part, les 166 pays n’ont aucun regard sur les émissions monétaires des Cinq grandes puissances, ils n’ont pas le choix sinon à s’accommoder de la politique monétaire concertée et discrétionnaire des Cinq grandes puissances émettrices de monnaies internationales. Et ce sont ces grandes puissances qui piloteront le commerce international. 

Tout ce qui est tracé ici n’existe pas encore. Mais il existe une forte probabilité que c’est vers ce scénario que le monde va se diriger depuis que la Chine est devenue le cinquième membre du Fonds monétaire international, à compter du 1er octobre 2016. A moins qu’il existera des désaccords entre les Cinq, et on peut même pronostiquer sans l’ombre d’un doute que des désaccords vont certainement se produire, et qui seront dus essentiellement à la différence des tailles des puissances dans le commerce mondial. Ce sera la plus grande puissance exportatrice et importatrice qui cherchera à dominer les quatre ou cinq ou six autres puissances – si d’autres grandes puissances viendraient se joindre par leurs monnaies devenues internationales au groupe des Cinq. Ce qui créera des alliances au sein du groupe des Cinq et entraînera un compartimentage économique du monde.

Ceci étant, et bien que cette situation n’existe pas encore, si cette perspective à venir qui amènera les Cinq à se partager le « droit » d’émettre des monnaies internationales, ce qu’on appelle aussi le « droit de seigneuriage », il ne profitera donc pas seulement à la superpuissance américaine mais aussi aux autres grandes puissances occidentales. Il demeure cependant que ce sont surtout les États-Unis qui y perdront leur prééminence qu’ils ont aujourd’hui sur le plan économique, financier et monétaire à l’échelle mondiale. En effet, les États-Unis ne pourront « répercuter » leurs déficits extérieurs sur les 166 pays du reste du monde que ce qu’autorise leur taille en valeur dans le commerce mondial. Même processus pour les quatre grandes puissances qui ont des monnaies internationales.

Si, par exemple, la Chine ou la zone euro dépasse en valeur les États-Unis dans le commerce mondial, ce sera la Chine ou la zone euro qui aura la prééminence monétaire sur les États-Unis. Évidemment, la zone euro doit s’élargir à la Russie et aux autres pays de la CEI (Communautés des États indépendants) pour faire face à la Chine et à l’Inde. Une population qui passera de 500 millions à près de « 800 millions d’habitants » pour faire face au « 1,4 milliard de Chinois » et « 1,35 milliard d’Indiens ». Il est évident que le monde aura profondément changé dans les années allant de 2030 à 2040.

 « Les États-Unis peuvent devenir demandeur de cette monnaie qui supplantera le dollar pour leur commerce international. Il se peut même que les déficits extérieurs de la nouvelle puissance économique seraient répercutés sur les États-Unis. » Au final, toute puissance qui a une monnaie internationale ne pourra répercuter de déficits que ce qu’il lui permettra la taille en valeur de son commerce extérieur. Évidemment, si cette situation venait à survenir, les conséquences seraient désastreuses pour la première puissance mondiale. Une telle situation fera forcément descendre les États-Unis de leur statut de première puissance mondiale. Sans le financement extérieur de leurs déficits, les États-Unis seront obligés de restreindre leurs ambitions tant sur le plan intérieur que sur le plan géostratégique à l’échelle mondiale.

Sur le plan international, ils seront obligés de restreindre leurs importations, et seront obligés à les équilibrer avec leurs exportations et la nouvelle place qu’ils auront dans le commerce international. Se posera alors avec acuité « comme résorber leur dette extérieure vis-à-vis des pays du reste du monde. » Et les quantitative easing déjà travaillent dans ce sens. Ils perdront leur fonction de gendarme du monde, les guerres perdront tout intérêt puisqu’ils doivent les financer par eux-mêmes, même l’OTAN perdra de son intérêt. Les pays d’Europe devront alors assurer seuls leur défense, et tout recours à la puissance américaine par les pays d’Europe doit être monnayé. Les États-Unis, par manque de moyens financiers, ne pourront pas assurer la protection de l’Europe que si l’Europe mettra le prix. Donc la situation sera extrêmement complexe d’où alors la nécessité d’alliances très fortes voire même des unions économiques et monétaires. Et même une « Défense commune mais monnayée ».

Évidemment, les États-Unis ne sont pas encore là, mais les prémices se font sentir, et cette situation va s’opérer certainement à l’horizon de deux décennies, i.e. 2030-2040. Et combien même, elle ne le sera pas à cet horizon, c’est vers ce monde qu’une nouvelle reconfiguration géopolitique et géoéconomique changeant l’ordre mondial actuel que l’humanité va se diriger.

 

5. Les pays arabes doivent soutenir le dollar américain à tout prix par l’achat massif de bons de Trésor américain ?

 

 Qu’en est-il aujourd’hui pour les États-Unis sur le plan économique mondial depuis le début de la décennie 2000. Tout d’abord regardons les déficits extérieurs de la puissance américaine, ils ont explosé avec les dépenses de guerre menées en Afghanistan et surtout en Irak. En 2000, le déficit courant américain s’élevait à - 403,460 MDS (milliards de dollars). En 2001 : - 389,693 MDS, en 2002 : 450,802 MDS. En 2003, les déficits courants commencent à augmenter prodigieusement sous l’effet des dépenses militaires. En 2003 : - 518,747 MDS, en 2004 : - 631,590 MDS, en 2005 : - 745,246 MDS. En 2006, le déficit courant américain atteint un sommet, il est à 805,962 MDS. En 2007, le déficit courant se réduit mais reste toujours élevé, il est à - 711,033 MDS. En 2008 : - 681,391 MDS, en 2009 : - 372,522 MDS, en 2010 : - 430,102 MDS, en 2011 : - 444,593 MDS, en 2012 : - 426,197 MDS, en 2013 : - 349,544 MDS, en 2014 : - 373,796 MDS, en 2015 : - 434,603 MDS, en 2016 : - 451,692 MDS, en 2017 : - 466,248 MDS. (4)

Pour financer les déficits courants, les États-Unis ont besoin les montants en milliards de dollars par jour suivants. En 2000 : 1,1 MDS, en 2001 : 1,06 MDS, en 2002 : 1,23 MDS, en 2003 : 1,42 MDS, en 2004 : 1,73 MDS, en 2005 : 2,04 MDS, en 2006 : 2,2 MDS, en 2007 : 1,95 MDS, en 2008 : 1,86 MDS, en 2009 : 1,01 MDS, 2010 : 1,18 MDS, en 2011 : 1,22 MDS, en 2012 : 1,17 MDS, en 2013 : 0,96 MDS, en 2014 : 1,02, en 2015 : 1,19 MDS, en 2016 : 1,23 MDS, en 2017 : 1,28 MDS.

La question qui se pose : « Comment les États-Unis vont-ils financer leurs déficits courants puisqu’ils n’ont pas d’excédents et ne font qu’accumuler déficits sur déficits courants ? » Il est évident qu’ils doivent user de la planche à billet. Mais comme on l’a dit, s’ils usent de la planche à billet, le dollar va se déprécier sur les marchés internationaux et pousser les autres grandes puissances monétaires à faire de même, i.e. d’user de la planche à billet. Puisque le dollar qui se déprécie entraîne leurs monnaies s’apprécier, et ainsi, elles se trouveront à exporter moins et inévitablement à importer moins, compte tenu de la cherté de leurs monnaies induisant une perte de compétitivité. Au final, les États-Unis qui injectent des liquidités et les autres puissances monétaires font de même sera à somme nulle, du moins en faisant abstraction de leurs tailles dans le commerce mondial. Personne n’y gagnera.

Pour comprendre, regardons les pays de l’OPEP. C’est une organisation liant 15 pays producteurs de pétrole (7 en Afrique, 6 au Moyen-Orient et 2 en Amérique du Sud). Son objectif depuis sa création est de peser sur les cours du pétrole, et donc de les orienter à la hausse et maîtriser le système des quotas en cas de nécessité lors des baisses de prix. « Depuis 1982, l'OPEP dispose d'un système de régulation de la production et du prix de vente au moyen d'un montant total de production (légèrement supérieur à 30 millions de barils de brut par jour). Ce volume de production est défini en fonction des réserves des pays membres et est ajusté en fonction des besoins des pays consommateurs (le système de quotas de production par pays membre a été arrêté en 2011). [...]

Le fonctionnement de ce système de régulation est toutefois affecté par les fluctuations du cours du dollar, monnaie de transaction du pétrole : le pouvoir d’achat des pays producteurs diminue lorsque le cours du dollar baisse et inversement.

De plus, l’OPEP gère un instrument de quantification : le panier de l'OPEP (ORB) qui fixe un prix de référence à partir des prix de quinze pétroles bruts (un par pays membre) aux qualités différentes reflétant les principales exportations de bruts des pays membres (par exemple, l'« Arab Light » d'Arabie saoudite). Entre juin 2015 et décembre 2015, le prix moyen du pétrole au sein de ce panier a baissé de 44 % (pour atteindre 33,6 $ par baril en moyenne en décembre 2015). Il a depuis plus que doublé, atteignant 72,3 $/b en août 2018.  » (5)

Pour saisir le processus de hausses et de baisses du prix du pétrole, fixons la production des pays de l’OPEP par jour en moyenne à 30 millions de barils de jour. Prenons le cours du prix moyen annuel du baril de pétrole Brent à 28,52 dollars en 2000. (6) Pour assurer les transactions pétrolières des pays d’OPEP en dollar en 2000 au prix moyen annuel de 28,52 dollars le baril de Brent et à raison de 30 millions barils/jour, les États-Unis doivent émettre par jour le montant moyen de liquidités de 0,855 milliards de dollars.

En 2001, à raison de 24,35 dollars le prix moyen annuel du baril Brent et à raison de 30 millions barils/jour (5), la Fed américaine doit émettre 0,73 MDS. De même, en 2002, à raison de 24,95 dollars le baril, la Fed doit émettre de liquidités par jour de 0,748 MDS. En 2003, à raison de 28,89 dollars le baril, le montant émis par jour est de 0,866 MDS. A partir de 2004, les cours du pétrole augmentent fortement. En 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, à raison respectivement du prix moyen annuel du baril de pétrole Brent de 38,24 dollars, 54,41 dollars, 65,14 dollars, 72,46 dollars, 96,97 dollars (6), les liquidités émises en dollar par jour par la Fed pour les exportations pétrolières des pays de l’OPEP sont respectivement : 1,14 MDS, 1,63 MDS, 1,95 MDS, 2,17 MDS, 2,90 MDS.

En 2009, 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2015, 2016, 2017, à raison respectivement de 61,46 dollars le baril, 78,92 dollars, 111,22 dollars, 111,66 dollars, 108,64 dollars, 99,02 dollars, 52,36 dollars, 43,55 dollars, 54,25 dollars (6), les liquidités émises en dollar par jour par la Fed américaine pour les exportations pétrolières OPEP sont respectivement : 1,84 MDS, 2,36 MDS, 3,33 MDS, 3,34 MDS, 3,25 MDS, 2,97 MDS, 1,57 MDS, 1,30 MDS, 1,62 MDS.

Si on compare les besoins en liquidités en dollar par jour pour financer les déficits courants américains et les liquidités émises par la Banque centrale américaine par jour pour la facturation des exportations pétrolières des pays de l’OPEP, on constate que les montants sont très proches. Il existe donc une corrélation financière entre le financement des déficits courants et le financement des transactions pétrolières OPEP. En effet, en récapitulant, en 2000, on a un besoin de financement pour le déficit courant américain/jour (ou FDCA/jour) de 1,1 MDS et un financement des transactions pétrolières OPEP émis par la Fed (ou FTP/OPEP/Fed/jour) de 0,855 MDS. En 2001, corrélativement pour un FDCA/jour de 1,06 MDS et un FTP/OPEP/Fed/jour de 0,73 MDS. En 2002, un FDCA/jour de 1,23 MDS et un FTP/OPEP/Fed/jour de 0,748 MDS.

En 2003, un FDCA/jour de 1,42 MDS et un FTP/OPEP/Fed/jour de 0,866 MDS. En 2004, un FDCA/jour de 1,73 MDS et un FTP/OPEP/Fed/jour de 1,14 MDS. En 2005, un FDCA/jour de 2,04 MDS et un FTP/OPEP/Fed/jour de 1,63 MDS. En 2006, un FDCA/jour de 2,2 MDS et un FTP/OPEP/Fed/jour de 1,95 MDS. En 2007, un FDCA/jour de 1,95 MDS et un FTP/OPEP/Fed/jour de 2,17 MDS. En 2008, un FDCA/jour de 1,86 MDS et un FTP/OPEP/Fed/jour de 2,90 MDS. 

En 2009, 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2015, 2016,2017, on a respectivement pour un FDCA/jour de 1,01 MDS, 1,18 MDS, 1,22 MDS, 1,17 MDS, 0,96 MDS, 1,02 MDS, 1,19 MDS, 1,23 MDS, un FTP/OPEP/Fed/jour de 1,84 MDS, 2,36 MDS, 3,33 MDS, 3,34 MDS, 3,25 MDS, 2,97 MDS, 1,57 MDS, 1,30 MDS, 1,62 MDS.

Au vu des chiffres qui précèdent, on constate bien qu’il existe une corrélation entre les déficits courants américains et leur financement par l’usage de la planche à billet par la Fed et la nécessité d’adosser ces financements ex nihilo par jour aux facturations pétrolières des pays de l’OPEP. D’autre part, et là où il faut faire attention, « toute la masse monétaire émise par la Banque centrale américaine ex nihilo par jour n’est pas utilisée pour financer les déficits courants américains. Seule une fraction de cette masse monétaire va servir à financer les déficits courants. »

En effet, les pays exportateurs de pétrole utilisent une grande partie de leurs recettes pétrolières en dollars pour « financer leurs importations de biens et services ». Ce qui signifie que les produits importés hors des pays de la zone dollar par ces pays sont réglés en dollars convertis à la monnaie des pays qui leur vendent les biens et services. Donc, forcément, avec la masse des dollars convertis, le dollar américain se déprécie face aux autres grandes monnaies internationales (euro, livre sterling, yen et aujourd’hui yuan), et bien sûr face aux monnaies des pays du reste du monde.

On comprend pourquoi le taux de change euro/dollar est passé de 0,8362 dollar à 1,3577 le 3 janvier 2005, et à 1,5956 le 18 avril 2008 lors de la crise financière de 2008. (7) Précisément, pour prévenir une dépréciation erratique et extrêmement préjudiciable pour le dollar et pour le système monétaire international qui régit l’ensemble des transactions internationales. Et la stabilité du système monétaire international passe par la stabilité du dollar américain.

Un autre facteur qui pondère les fluctuations du dollar US sur les marchés, c’est le recours à l’augmentation du prix de l’or. Les déficits courants américains ont tellement augmenté au cours des années passées, qu’il est apparu que ni le cours du pétrole qui est rattaché au dollar américain, ni les excédents commerciaux des pays de l’OPEP, n’ont suffi à stabiliser le dollar en pondérant sa dépréciation sur les marchés. Précisément pour modérer la baisse du dollar américain par rapport aux autres monnaies mondiales, il était nécessaire d’augmenter d’une manière drastique le cours de l’once d’or. Libellé en dollar, la forte hausse du cours de l’once or oblige les investisseurs à absorber le surplus de dollars qui n’a pu être pondéré par la hausse du prix du pétrole, le placement des excédents commerciaux des pays d’OPEP et la dépréciation de la monnaie américaine sur les marchés. La forte hausse de l’once dollar évite une hausse du cours du prix u baril de pétrole, par exemple, à 200 dollars, ou plus. Et c’est la raison pour laquelle le prix de l’once d’or a flambé, passant de de 271,27 dollars le 26 mai 2000 à 401,31 dollars le 2 décembre 2003. Il passera à 691,18 dollars le 9 mai 2006, et à 969,15 dollars le 10 mars 2008. (8)

Il est attendu que tous les pays exportateurs de pétrole du cartel pétrolier, en particulier les pays arabes, doivent placer la grande partie de leurs excédents commerciaux. Le but cela va de soi est de prévenir une dépréciation continue du dollar. Une dépréciation du dollar sur les marchés monétaires au profit de l’euro, de la livre sterling, du yen et aujourd’hui du yuan chinois se fait au détriment des pays arabes qui perdent dans le change puisque les recettes pétrolières sont facturées en dollars. Par conséquent, pour les pays arabes, le placement de leurs excédents pétroliers en bons de Trésor américains ou dans le marché obligataire américain n’est pas un luxe ni n’est opéré pour plaire aux Américains, mais pour défendre le dollar qui est la monnaie-pivot du panier de monnaies qui détermine les monnaies domestiques des pays arabes.

Si le dollar se déprécie fortement, les pays arabes perdent beaucoup dans le change. S’il s’apprécie, il gagne beaucoup dans le change. Donc, au-delà des divergences sur le plan géostratégique qui peuvent survenir entre la première puissance du monde et les pays arabes, il existe un intérêt mutuel à maintenir le taux de change du dollar par rapport aux autres monnaies internationales stable et fort. Ainsi se comprend non seulement la dépendance économique et monétaire qui lie des pays arabes aux États-Unis mais que le dollar en tant que monnaie de facturation du pétrole OPEP leur assure toujours des prix élevés du baril, et ce en regard des déficits structurels de la balance courante américaine. Et malgré les fluctuations à la baisse du pétrole, dans le sens que le prix du pétrole a toujours tendance à rebondir après des baisses plus ou moins durables seront la conjoncture économique mondiale.

 

6. Vers l’après-dollar et la fin du pétrole cher

 

 Que pourrait-on dire de l’avenir des États-Unis et de la monnaie US ? Le dollar américain continuera-t-il à demeurer la monnaie de facturation du pétrole ? Avec l’avènement de la Chine devenue deuxième puissance mondiale en 2010, et toutes les prospectives occidentales la projettent pour être la première puissance mondiale à l’horizon 2030-40. Cette nouvelle situation du monde laisse présager qu’en devenant la première puissance économique du monde, le yuan aura alors l’ascendant sur le dollar américain.

Il faut regarder où se situe la force des États-Unis en tant que première puissance mondiale, et paradoxalement, cette force est aussi le « talon d’Achille de l’Amérique ». Parce qu’en fait la puissance américaine combien même elle est réelle, elle est aussi virtuelle parce qu’elle repose sur des leviers qui ne sont en réalité que des artifices, ne reposant pas sur un socle solide pérennisant l’économie américaine. Sa puissance économique nous apparaît qu’elle repose sur un « socle virtuel qui peut tomber sans crier gare », comme cela s’est produit en 2008 lorsque la crise financière a éclaté et a paralysé l’ensemble des économies développées et s’est étendue au reste du monde. Et seule la célérité de la Fed américaine suivie des grandes Banques centrales des autres pays développés, en injectant massivement des liquidités, ont sauvé l’économie occidentale et, se faisant, tiré l’économie mondiale du chaos qui la menaçait. Et ce grâce à la position dominante du dollar américain, en 2008.

Mais le monde est en train de changer. Regardons les masses de dollars injectées entre 2000 et 2008, pour assurer les transactions pétrolières des pays OPEP. Et l’on a pris que cette période. Il faut rappeler que la dette publique des États-Unis était, en 1990, de « 3233,31milliards de dollars », en 2000, de « 5674, 18 milliards de dollars », moins de « 60 % du PIB ». Aujourd’hui, en 2018, la dette publique américaine a explosé, elle est de « 21 516,06 milliards de dollars, 105 % du PIB », et cesse d’augmenter. (9) Sans compter les dettes des ménages et des entreprises américaines.

Quelle est la masse de liquidités la Banque centrale américaine a injecté entre 2000 et 2008 ? Si on prend les financements des transactions pétrolières par la Fed par jour ou le FTP/OPEP/Fed/jour de 2000 à 2008, à raison de 30 millions de baril de pétrole par jour, et s’accumulant (0,855 + 0,73 + 0,748 + 0,866 + 1,14 + 1,63 + 1,95 + 2,17 + 2,9), soit 12,989 MDS/jour et rapport é à 365 jours, la Fed aura injecté en 9 années : 4740 ,985 MDS

De même, les financements des transactions pétrolières par la Fed par jour ou le FTP/OPEP/Fed/jour de 2009 à 2017, à raison de 30 millions de baril/jour, et s’accumulant (1,84 + 2,36 + 3,33 + 3,34 + 3,25 + 2,97 + 1,57 + 1,30+1,62), soit 21,58 MDS/jour et rapport é à 365 jours, la Fed aura injecté en 9 années : 7876,7MDS

La Réserve fédérale américaine, i.e. la Banque centrale américaine aura injecté en 2000 et 2017 le montant incroyable de 4740 ,985 MDS + 7876,7MDS, soit : 12.617,685 MDS en 18 années.

On comprend les formidables réserves de change de la Chine, du Japon, des pays exportateurs de pétrole, parties presque de rien pour arriver à des volumes faramineux.

En 1999, les réserves de change de la Chine, de la Russie, de l’Arabie saoudite, de l’Inde, du Brésil, de l’Afrique du Sud, de l’Algérie étaient respectivement de 161,414 milliards e dollars, 12,325 MDS, 18,321 MDS, 36,005 MDS, 36,342 MDS, 7,497 MDS, 6,146 MDS.

Entre 1999 et 2008, elles explosent. Respectivement elles s’élèvent pour la Chine, la Russie, l’Arabie saoudite, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Algérie, à 1966 MDS, 426,279 MDS, 451,279 MDS, 257,423 MDS, 193,783 MDS, 34,07 MDS, 148,099 MDS.

En une décennie, entre 1999 et 2008, les réserves de change ont été multipliées pour la Chine par 12, pour la Fédération de Russie par 34, pour l’Arabie Saoudite par 24, pour l’Inde par 7, pour le Brésil par 5, pour l’Afrique du Sud par 4,5 et pour l’Algérie par 24.

En 2014, les réserves de change de la Chine passent de 1966 milliards de dollars, en 2008, à 3900 milliards de dollars. Les réserves de changes de la Fédération de Russie passent de 478,822 milliards de dollars, en 2008, à 386,216 milliards de dollars, en 2014. Il faut rappeler pour la Russie que les réserves de change s’élevaient en 2012, à 537,816 milliards de dollars. La diminution de ses réserves de change est liée essentiellement à la crise ukrainienne et l’annexion de la Crimée par la Russie, en 2014, les sanctions occidentales qui ont suivi et les attaques spéculatives sur le rouble ont fait fondre fortement les réserves de change de la Russie. Les réserves de change de l’Inde passent de 257,423 milliards de dollars, en 2008, à 325,081 milliards de dollars, en 2014. Les réserves de change du Brésil passent de 193,783 milliards de dollars, en 2008, à 363,57 milliards de dollars, en 2014. Les réserves de change de l’Afrique du Sud passent de 34,07 milliards de dollars, en 2008, à 49,122 milliards de dollars, en 2014. Les réserves de change de l’Arabie Saoudite passent de 451,279 milliards de dollars, en 2008, à 744,441 milliards de dollars, en 2014. Les réserves de change de l’Algérie passent de 148,099 milliards de dollars, en 2008, à 186,351 milliards de dollars, en 2014. En 2013, les réserves de change ont plafonné à 201,437 milliards de dollars. (10)

Nous arrivons au terme de cette analyse. Qu’est-ce qu’elle projette à l’horizon 2030-2040 ? Les faits sont là, il y a cette vision que les États-Unis touchent dans une ou deux décennies la fin de leur histoire de dominer le monde. L’URSS a éclaté à cause de sa débâcle économique dans les années 1980. Ce ne sera pas le cas pour les États-Unis, mais les États-Unis perdront certainement leur rang de première puissance du monde.

En effet, que peuvent faire les États-Unis si le dollar ne pourra plus dominer le monde ? Et prenons que les injections que la Fed a opéré depuis 2000, soit 12.617,685 MDS en 18 années pour financer les transactions pétrolières des pays de l’OPEP ? Que sont ces formidables liquidités ? Sinon que c’est de l’argent-dette. Les États-Unis injectent des masses de dollars, grâce aux transactions pétrolières des pays OPEP, pour financer leurs déficits courants. Ces déficits sont structurels et s’accumulent année après année, ce qui ne fait qu’augmenter leur dette vis-à-vis du reste du monde.

En clair, ces 12.617,685 MDS signifient que l’Amérique a importé des marchandises, des richesses du reste du monde, en créant de la monnaie internationale, en usant de la « planche à billet ». Certes une partie de ces injections monétaires sont compensées par les marchandises que ce soit de l’armement ou du matériel civil que des pays pétroliers importent des États-Unis. Mais supputons que seulement 25 % des liquidités injectées par la Fed a été utilisées. Il restera toujours 75 % de ces injections qui resteront toujours une dette, soit : « 9462,75 MDS ».

Si on ajoute à ce montant les placements des pays excédentaires pétroliers, chinois, japonais, russe... en bons de Trésor, obligations, actions, la dette américaine va encore augmenter. Et surtout que ces placements étrangers vont aussi financer une part des déficits courants américains. Et pousser les États-Unis à importer des marchandises made in china et made in Japan. Les États-Unis poussent la Chine et le Japon à la croissance, alors que eux, ils s’endettent. Le déficit de la balance commerciale est structurel pour les États-Unis. Leurs exportations égalent presque les exportations allemandes alors que l’Allemagne enregistre un excédent appréciable. En 2017, les données macroéconomiques de la Banque mondiale donnent pour les exportations américaines 1547 milliards de dollars et allemandes à 1448 milliards de dollars. (11)

Pour les importations de marchandises, les données macroéconomiques de la Banque mondiale donnent pour les États-Unis 2409 milliards de dollars, et pour l’Allemagne 1167 milliards de dollars. (12) L’Allemagne enregistre un excédent commercial de 281 milliards de dollars, alors que les États-Unis enregistrent un déficit commercial de 862 milliards de dollars. La France, par exemple, avec 535,186 milliards de dollars d’exportations en 2017 et 624,716 milliards de dollars d’importations, a enregistré un déficit commercial de 89,53 milliards de dollars.

Comparativement avec la Chine, en 2017, de 2263 milliards de dollars d’exportations de marchandises et 1842 milliards de dollar d’importations, son excédent commercial est de 421 milliards de dollars. Dans les exportations mondiales qui sont de 17,82 billons (17 820 milliards de dollars), les parts de la Chine, des États-Unis, de l’Allemagne et de la France sont respectivement 12,69 %, 8,68 %, 8,12 %, 3 %.

Ces données macroéconomiques nous donnent une idée de la puissance exportatrice américaine par rapport à la Chine et à l’Allemagne, et les excédents commerciaux que ces derniers enregistrent contrairement à l’Amérique. Dès lors, les 12.617,685 MDS en 18 années que les États-Unis ont injecté pour financer les transactions pétrolières et grâce auxquels ils ont financé leurs déficits courants et nous ne prenons que cette période récente, et non les décennies passées au cours desquelles ils ont fait de même, il se pose un problème de fond. Ces liquidités n’appartiennent pas aux États-Unis et ils vont encore augmenter dans les années à venir. Et même les placements des pays excédentaires aux États-Unis ne feront qu’augmenter leur dette extérieure.

Mais cette spirale haussière de la dette pose un dilemme pour les États-Unis. Une situation qui lui est aujourd’hui préjudiciable. Le financement des déficits courants profitent à l’Allemagne, au Japon... Et surtout à « la Chine qui exploite cette faiblesse commerciale américaine, et par les excédents commerciaux qu’elle a avec les États-Unis et le reste du monde, elle est en bonne voie pour rattraper économiquement les États-Unis. » De plus, en tissant une toile gigantesque sur tous les continents grâce à sa formidable puissance industrielle, ses réserves de change, depuis la baisse de près de 1000 milliards de dollars, sont passées de 3098 milliards de dollars en 2016 à 3236 milliards de dollars en 2017. (13) Donc les réserves de change de la Chine ont rebondi, et le yuan chinois qui a intégré le panier de monnaies du FMI est désormais une monnaie internationale. « Sauf qu’il faut dire dans cette ascension économique de la Chine, c’est qu’elle travaille, elle produit beaucoup de richesses, alors que les États-Unis ne font qu’émettre de la monnaie-panier pour financer leurs déficits commerciaux. Et là encore c’est la conjoncture internationale et l’évolution du monde qui le veut ainsi. Mais cette conjoncture va évoluer, et c’est cela que les puissances doivent prendre conscience. »

Et avec la stratégie de la « route de la soie », la Chine va encore rebondir, ce qui la rapproche de la puissance américaine sur tous les plans. Même la Chine cherche par son yuan à supplanter ou au mieux à partager le statut du dollar dans sa fonction de monnaie de réserve, de compte et de facturation des produits de base et énergétiques. Et la chine est présente dans tous les continents, et le nombre de ses partenaires économiques en Afrique, en Amérique du Sud, au Moyen-Orient, en Asie, ne cesse de grandir.

Forcément, cette situation fait de la Chine un concurrent redoutable pour les États-Unis. Et les décideurs américains prennent conscience que leurs déficits courants sont en train de profiter à la Chine. De même la hausse du prix de pétrole, combien même les importations pétrolières sont onéreuses pour la Chine, demeure une opportunité puisque la demande en hausse des pays du Moyen-Orient leur permet de doper leurs exportations. Alors que les États-Unis qui ne sont pas compétitifs, continuent à importer made in China et à creuser les déficits courants. Renforçant la puissance chinoise.

Il est évident qu’au fur et mesure que le yuan augmente son poids dans les réserves de change des pays du reste du monde, et prend de plus en plus d’importance dans le système monétaire et financier international et donc rivalise avec le dollar, la situation deviendra forcément difficile pour les États-Unis et les pays d’OPEP. D’autre part, la place du dollar, en tant que monnaie de facturation, est qui permet de répercuter ses déficits courants vers les pays du reste du monde, ne rendra pas service à l’Amérique qui ne fera que s’endetter, et à la Chine de profiter de son endettement. Avant 2000, la Chine n’avait pas ce poids qu’elle a aujourd’hui. Les États-Unis ont pu financer gratuitement leurs déficits extérieurs via le « pétrodollar », aujourd’hui l’équilibre économique mondial a changé.

Déjà l’Arabie saoudite a initié une réflexion sur l’après-pétrole. Une filiale de la Société générale écrit : « 8 novembre (Reuters) - Le principal organisme de réflexion conseillant le gouvernement saoudien étudie les conséquences possibles sur le marché du pétrole d'un éclatement de l'Opep, écrit jeudi le Wall Street Journal en citant des sources proches du dossier. 

L'étude ne signifie pas qu'un débat est en cours au sein du gouvernement saoudien sur une éventuelle sortie du royaume de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, précise le quotidien financier.

Aucun représentant de l'Opep n'était disponible dans l'immédiat pour une réaction. » (14)

Il est évident que les bouleversements à venir qui sont une réalité vont impacter l’équilibre monétaire mondial. Le monde se dirige inexorablement vers l’« après-dollar ». Le yuan va monter en puissance et le dollar va « décélérer ». De même, pour les déficits courants américains. Les États-Unis seront obligés de les diminuer dans les années à venir. Et on comprend que le protectionnisme que prône Donald Trump n’est pas seulement une stratégie mais une « politique de résistance » pour retarder l’avènement de la Chine, en tant que première puissance mondiale.

Les pays pétroliers doivent revoir leurs politiques économiques. Ils seront le maillon faible du jeu qui se joue entre les deux premières puissances économiques. Si le pétrole devient une simple matière première énergétique analogue aux autres matières premières, impacté par la fin du dollar, ce sera une nouvelle ère pour le monde. Forcément la configuration du monde va changer. Le monde arabe perdant de son importance, et les grandes puissances cherchant à s’ajuster dans les bouleversements à venir, tout sera possible en termes d’alliances et d’unions économiques dans le monde demain. Par exemple, les cinq pays du Maghreb chercheront à se regrouper en une Union économique. L’Europe au Nord cherchera à se rapprocher de l’Afrique pour se créer des débouchés. Si l’après-dollar est une réalité, l’après-euro l’est aussi. On ne doit pas perdre de vue que l’euro paradoxalement était tiré vers le haut grâce au dollar. Et l’Europe, grâce à l’euro, répercutait ses déficits courants sur le monde, mais à un degré beaucoup moindre que les États-Unis. L’euro avait lui aussi, en tant que deuxième monnaie internationale à l’échelle mondiale, le « droit de seigneuriage ». Donc si ce droit va forcément « diminuer » comme pour le dollar américain, partagé avec la Chine aujourd’hui, et avec l’Inde, la Russie demain, l’Europe doit donc compter sur sa compétitivité et ses débouchés dans le monde. Seul moyen d’éviter un fort taux de chômage. 

D’autre part, « rien ne dit que la Russie n’intègre pas l’Union européenne d’autant plus que l’on voit mal comment l’UE comme l’appelle Emmanuel Macron ou Angela Merkel à créer sa propre armée. » Et les capitaux qu’il faut réunir en Europe alors que cela gronde en Europe sur le plan économique. Et les « partis populistes » ont le vent en poupe et c’est à juste raison. La Russie comme voisine à l’Europe peut facilement s’intégrer à l’Europe, comme cela fut à l’époque tsariste. En fait, les causes de la faillite américaine couplée à la faillite européenne se trouve dans la grande confiance que l’Occident a mises sur la puissance de leurs monnaies internationales alors qu’au contraire, avec les délocalisations massives qu’il a opérées, elles ont été un « pain béni pour l’Asie ». Elles ont concouru à la montée en puissance de l’Asie qui menace de déclasser demain les États-Unis et l’Europe de leur rang de premières puissances du monde.

En réalité, ce sont les forces ordonnatrices herméneutiques de l’histoire, qui veut que le progrès s’étend progressivement à toute l’humanité. Une humanité qui est une, et combien divisible en elle-même, est aussi indivisible par son essence.

Compte tenu de la nouvelle situation internationale qui ne peut que fragiliser les autres nations, surtout qu’il n’y aura pas de « moteur tirant l’économie mondiale », et ces nations qui ne feront pas partie des Unions solides et qui seront ballotées et affaiblies, leurs gouvernements n’ont qu’une issue : « SE PRÉPARER » à l’«  après-dollar » et à la « fin du pétrole cher  », et à penser sérieusement à leur avenir et à leurs peuples. « A TISSER DES RELATIONS  » entre elles pour affronter le monde de demain qui sera probablement « COMPARTIMENTÉ par un PROTECTIONNISME d’un TYPE NOUVEAU ». 

 

Medjdoub Hamed
Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale,
Relations internationales et Prospective.
www.sens-du-monde.com

 

Notes :

1. « L’Occident a fait son temps  », par le magazine québécois L’actualité. Le 10 novembre 2017
https://lactualite.com/monde/2017/11/10/loccident-a-fait-son-temps/

2. « Cette année, 130 banques américaines ont fait faillite », par le Figaro. Le 7 décembre 2009
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2009/12/07/04016-20091207ARTFIG00416-cette-annee-130-banques-americaines-ont-fait-faillite-.php

3. « Un plan européen dépassant 1700 milliards d'euros », Le Figaro. Le 14 octobre 2008
http://www.lefigaro.fr/marches/2008/10/14/04003-20081014ARTFIG00378-un-plan-europeen-depassant-milliards-d-euros-.php

4. Balance courantes ($ US courant), États-Unis. Perspective Monde, Usherbrooke
http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/tend/USA/fr/BN.CAB.XOKA.CD.html

5. OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole)
https://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/opep

6. « Indices et statistiques »,. Le 14 octobre 2008
http://www.cnr.fr/Indices-Statistiques/Tous-les-indicateurs/Cours-du-Brent-date#haut

7. Cours EUR/USD SPOT
https://www.boursorama.com/bourse/devises/taux-de-change-euro-dollar-EUR-USD/

8. Cours de l’once d’or à Londres
https://www.gold.fr/once-or-londres/?begin_date=2000&compare_to=

9. Encours de la dette publique des États-Unis entre 1990 et 2018 (en milliards de dollars des États-Unis)
https://fr.statista.com/statistiques/550008/dette-publique-des-etats-unis/

10. Total des réserves (comprend l’or, $ US courants), par la Banque mondiale
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?locations=CN
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?locations=RU
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?locations=SA
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?locations=IN
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?locations=BR
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?locations=ZA
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?locations=DZ

11. Exportations de marchandises ($ US courants) – Allemagne, États-Unis
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/TX.VAL.MRCH.CD.WT?end=2017&locations=DE-US&start=1960&view=chart

12. Importations de marchandises ($ US courants) – Allemagne, États-Unis
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/TM.VAL.MRCH.CD.WT?locations=DE-US&view=chart

13. Total des réserves (comprend l’or, $ US courants)
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?locations=IN-CN

14. « L'hypothèse de la fin de l'Opep à l'étude en Arabie saoudite-WSJ », par Reuters•08/11/2018 à 20:28
https://www.boursorama.com/bourse/actualites/l-hypothese-de-la-fin-de-l-opep-a-l-etude-en-arabie-saoudite-wsj-4dddfc56303ed9fac0f45918e09b15c1

 



5 réactions


  • Zolko Zolko 21 novembre 2018 13:41

    Hum, pas mal d’erreurs dans ce texte :

     

    l’Europe (l’UE en fait) est déjà la première puissance économique mondiale. Et de loin.

    faire une armée Européenne ne représente pas un problème financier mais de volonté politique. Personnellement je ne suis pas certain de le vouloir en ce moment.

    je ne pense pas que la Russie ait envie de faire partie de l’UE. Je vois même plutôt la fin de l’UE telle qu’aujourd’hui. Et de l’€uro aussi.

    je ne vois pas en quoi la fin des petro-dollars amènerait le petrole pas cher

    rien n’est dit de l’évolution démographique des différents continents, ce qui affectera pourtant énormément les politiques régionales.


  • maQiavel maQiavel 21 novembre 2018 13:48

    Un protectionnisme mondial est nécessaire. 

    Les marchandises martienne et saturnienne doivent être taxées pour préserver l’industrie et les emplois terriens …


    • Balkanicus 21 novembre 2018 13:55

      @maQiavel

      Tout a fait d accord

      J ajouterais meme les plutoniens, bien qu il ne soit plus considerer comme une planete !


  • seken 22 novembre 2018 00:07

    Bonjour,

    Je vais tergiverser, pardonne-moi.

    Tu est fier de ton travail de récolte et de compilation de photos d’ombres de la grotte. Je sais qu’il est impossible de franchir cette fierté, ici et maintenant.

    C’est donc un message pour le futur toi, celui qui reviendra dans quelques années fouiller son propre passé, se souvenir de ses conviction,s de ses croyances passés.

    Je t’invite a oublier tout ce que tu sais et a t’interroger sur ce monde comme si tu n’en parlais aucune langue, comme si tu n’en maîtrisais « aucun sens ».

    Comme si tu étudiais une société xenos primitive, un super-insecte social terrestre. Passe le temps qu’il faut pour isoler les observations, des croyances.

    Tu ne dois pas attribuer d’office a un rituel le sens qu’il prétend socialement avoir. Essaye de voir ce qu’il fait vraiment, son processus, son bilan information-matière.

    Ta vison n’est pas fausse, elle peut être juste, mais incroyablement complexe par ce que tu n’a pas mis ton observateur a un endroit opportun, tu complique tout.

    Il y a un endroit sur terre d’ou tout le ’système’, tourne harmonieusement, et ce n’est pas les banques centrales. Trouve le soleil immatériel mon pote, trouve-le !

    Car si je te le dis, tu me croira pas. Tout collera, toutes les équation deviendrons plus simple, et te donnerons le même résultat qu’auparavant.

    Cordialement.


    • Hamed 22 novembre 2018 10:06

      @seken

      Bonjour Seken,

      Merci pour cette réponse philosophique. Vous dîtes : « 

       Tu est fier de ton travail de récolte et de compilation de photos d’ombres de la grotte. Je sais qu’il est impossible de franchir cette fierté, ici et maintenant. 

      C’est donc un message pour le futur toi, celui qui reviendra dans quelques années fouiller son propre passé, se souvenir de ses conviction,s de ses croyances passés.

      Je t’invite a oublier tout ce que tu sais et a t’interroger sur ce monde comme si tu n’en parlais aucune langue, comme si tu n’en maîtrisais « aucun sens ». »

      Vous avez raison sur toute la ligne dans le sens que je suis un humain comme vous l’êtes. Sauf que je ne peux oublier. Pourquoi ? Ma pensée qui me l’ordonne ! Ce n’est pas à moi d’oublier, mais à ma pensée de le faire.

      Donc, voyez-vous, je suis dans l’impossibilité de le faire à moins que votre pensée parle à ma pensée. Mais je constate que votre pensée est loin d’elle-même et de ma pensée. Par conséquent, je vous invite à parler à votre pensée, du moins si vous pouvez lui parler à travers bien sûr ma pensée et de lui dire qu’elle vous éclaire. Et non pas comme elle le fait aujourd’hui, elle ne veut pas vous éclairer, et pire elle vous dit de vous oublier comme si vous n’existiez pas. « 

       Alors que vous exisez. »

      J’espère que vous pouvez lui parler. En d’autres termes, vous opposez votre pensée à votre pensée.

      Merci pour le post. et vous n’avez rien fait pour être pardonné.


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