Une solution après Bayrou : sortir de l’enfance de l’humanité pour dépasser le paradoxe capitaliste
« Ni l’Occident ni les BRICS ne peuvent résoudre le paradoxe capitaliste. La voie est ailleurs : placer l’apprentissage au cœur de notre avenir. »
Notre Premier ministre va sauter pour avoir cru que le problème du pays était la dette. Ses éventuels remplaçants, s’ils répètent le même conte fondateur de l’UE, ne feront guère mieux. Et si jamais c’était Lucie Castets, bien que soutenue par les Verts, elle n’est plus citée, au bénéfice d’Olivier Faure, qui ne semble pas vouloir travailler avec LFI. C’est regrettable : même si peu de choses changeraient sur le fond, revenir au plan serait une bonne chose. Mais faire « payer les riches » reviendrait surtout à augmenter les prix clients, car c’est d’eux que ces richesses sont extraites.
La solution possible est ailleurs, avant que des siècles d’évolution ne la réforment. Encore faudrait-il que les dirigeants du monde en prennent conscience — et je pense moins à l’Occident qu’au BRICS, qui faute de perspective future, pourraient être tentés d’établir la paix par la force. C’est vrai que les morts, eux, nous foutent la paix.
La solution momentanée n’est pas dans l’économie, mais dans l’existentialisme : cette philosophie, selon laquelle l’existence vécue de l’être humain dans le monde est la base de toute réflexion, doit être prise en considération avant son essence (l’inné), et laisse à chacun la liberté et la responsabilité de se choisir. Existentialisme chrétien chez Kierkegaard, existentialisme athée chez Sartre, de Beauvoir, Camus.
L’humanité, toujours dans son enfance
Entre l’Occident capitaliste et les BRICS, le monde semble condamné à une confrontation permanente. D’un côté, un système néolibéral arrivé à bout de souffle, qui ne survit que par l’endettement et la prédation. De l’autre, un bloc émergent qui conteste cette domination mais reproduit souvent les mêmes logiques. Ce face-à-face n’est pas seulement économique : il traduit un paradoxe profond, celui d’une humanité encore prisonnière de son enfance.
Bruno Bettelheim a montré que les contes de fées aident l’enfant à surmonter ses peurs et à grandir. L’humanité, depuis le néolithique, n’a pas fait autrement : pour apaiser ses angoisses, elle a inventé des récits collectifs — religieux, philosophiques, économiques. Ces récits, que nous appelons idéologies et que nous terminons volontiers en -isme, ont donné un sens au monde et justifié nos institutions.
Mais ils ont aussi enfermé l’humanité dans une dépendance infantile. Comme les prisonniers de la caverne de Platon, fascinés par les ombres, nous avons pris nos contes pour des réalités. Comme le rappelait Kant, sortir de la « minorité » suppose un effort : apprendre à penser par soi-même.
Capitalisme : l’adolescence prédatrice
Du silex au capital financier, une même logique s’est perpétuée : exploiter l’autre avec le moins d’effort possible. L’économie de pillage des cités-États a cédé la place à la colonisation, puis au commerce mondialisé et au capitalisme. Mais le principe reste identique : les plus forts s’approprient le travail des autres, tout en camouflant cette prédation derrière des contrats, des lois ou des marchés.
Le capitalisme moderne agit comme un adolescent : il veut tout, tout de suite, sans mesurer les conséquences. Il consomme ses ressources, accroît les inégalités et produit des armes capables de détruire la planète. Malgré nos prouesses technologiques, nous restons une civilisation infantile, obsédée par la consommation immédiate et incapable de donner un sens durable à la vie collective.
L’âge adulte qui nous attend
Saint Paul écrivait : « Quand j’étais enfant, je raisonnais comme un enfant… Quand je suis devenu homme, j’ai mis fin à ce qui était de l’enfant. » L’humanité doit accomplir ce même passage. Grandir, ce n’est pas abolir nos instincts, mais les dépasser. C’est reconnaître que la valeur ne réside pas dans l’accumulation du capital, mais dans la croissance du savoir et de la conscience.
Devenir adulte, ce serait fonder notre économie sur une valeur universelle et intelligible : l’énergie humaine réellement dépensée pour vivre et produire. Ce serait réduire le temps de travail grâce à la technologie, partager équitablement les innovations, et replacer l’apprentissage au centre de la vie.
Nietzsche voyait dans l’enfant la métaphore d’un nouvel avenir : celui qui ose créer. Mais nous n’avons pas encore accompli cette métamorphose. Nous restons bloqués dans une adolescence collective, fascinée par la puissance technologique, mais incapables de donner un sens à l’existence. Freud, dans Malaise dans la civilisation, l’avait déjà noté : nos pulsions archaïques resurgissent sans cesse, même sous le vernis de la culture.
Une voie pour sortir du conflit des blocs
Aujourd’hui, l’Occident et les BRICS s’affrontent dans une logique de domination qui n’est que la répétition de l’histoire. Chacun cherche à imposer son modèle économique, comme si l’humanité ne pouvait choisir qu’entre deux formes de prédation. Mais ce conflit ne sera jamais tranché, car il repose sur une erreur commune : croire que la valeur se réduit au profit et au pouvoir.
La véritable sortie du paradoxe capitaliste se trouve ailleurs. Elle passe par la reconnaissance de l’apprentissage comme activité centrale et par la rémunération de ce processus. Car apprendre, transmettre, créer collectivement du savoir, c’est la seule manière de donner un sens à l’existence humaine et de bâtir une civilisation adulte.
Conclusion
L’humanité est encore dans son adolescence : brillante par ses technologies, mais aveugle sur son avenir. Tant que nous resterons enfermés dans la logique infantile du profit, nous reproduirons les mêmes conflits : aujourd’hui entre l’Occident et les BRICS, demain sous d’autres formes.
Sortir de l’enfance, c’est franchir le pas vers une société de la connaissance. Une société qui rémunère l’apprentissage, qui libère le temps, qui transforme l’énergie humaine en valeur commune. Là seulement se trouve la possibilité d’un avenir partagé — au-delà des blocs, au-delà de la prédation, au-delà de la guerre.
Nous pourrions espérer que les dirigeants du BRIC fort de l’expérience de l’échec du communisme et du capitalisme mortifère pour l’espèce humaine avec son armement autodestructeur qu’il vivent aujourd’hui seraient capables de nourrir une réflexion existentielle sur le futur de l’humanité plutôt que de songer à seulement prendre la place de l’occident avant qu’eux-mêmes, dans le déroulement de l’évolution ne soit remplacée par le continent africain.
C’est seulement notre intelligence qui peut prendre la mesure de cela et non nos émotions. Les éléments de ce futur existent, il suffit de les assembler dans les siècles à venir, car c’est à cette mesure que se déroule l’évolution, loin de l’immédiateté infantile du capitalisme.




