samedi 1er août - par Jaouad Jaouani

Une urgence législative : comment le droit peut-il endiguer l’influence des Frères musulmans ?

Les récentes mesures prises par les États-Unis contre les Frères musulmans pourraient constituer un tournant dans la manière dont les États abordent les mouvements de l'islam politique. Au-delà de leur portée nationale, elles offrent un nouvel élan aux pays souhaitant renforcer la pression sur les organisations islamistes radicales présentes sur leur territoire et encouragent une coordination plus étroite sur les plans sécuritaires, du renseignement, juridique et médiatique afin de limiter leurs activités et de réduire leur capacité d'influence.

L'administration du président Donald Trump a ainsi intensifié sa politique de sanctions à l'encontre de l'organisation internationale des Frères musulmans en ciblant l'un de ses principaux réseaux de financement. Les mesures américaines visent notamment Mahmoud Al-Ebiary, secrétaire général de l'organisation, installé au Royaume-Uni, ainsi que trois personnes et trois entités accusées d'avoir apporté un soutien financier et matériel au Hamas.

Vers un front législatif arabe ?

Commentant la nécessité d'une réponse arabe coordonnée, le journaliste Fidaa Al-Halabi a appelé, dans une publication sur la plateforme X, à l'adoption de mesures d'urgence visant à instaurer des sanctions touchant les domaines de la diffusion audiovisuelle, des télécommunications, de l'édition et du financement contre toute institution, publique ou privée, qui soutiendrait des médias ou des plateformes numériques liés, selon lui, aux Frères musulmans ou aux courants djihadistes extrémistes.

Selon Al-Halabi, il devient également indispensable d'imposer des règles éditoriales strictes empêchant tout média de contribuer, directement ou indirectement, à la diffusion du discours des Frères musulmans et des mouvements djihadistes. Il estime que « la mise en place d'un système médiatique arabe coordonné permettrait de neutraliser le récit idéologique qui présente le djihad et l'extrémisme comme des choix acceptables auprès des populations de la région ». Il ajoute que « protéger l'opinion publique arabe est tout aussi essentiel que protéger les institutions nationales et les sociétés de nos pays ».

Lors d'une conférence organisée il y a quelques mois au Parlement européen sur la protection de l'Europe face à la montée de l'influence des Frères musulmans, l'imam Mohammad Tawhidi a affirmé que « les Frères musulmans, fondés il y a près d'un siècle, sont devenus la matrice du terrorisme djihadiste contemporain ». Il rappelle que plusieurs États, notamment les Émirats arabes unis, l'Égypte et Bahreïn, les ont déjà inscrits sur leur liste des organisations terroristes et interdit leurs activités, tout en estimant que « les démocraties occidentales continuent de faire preuve d'une tolérance particulièrement préoccupante à leur égard ».

Des zones grises qui préoccupent l'Europe

Si les sanctions américaines et les mesures législatives adoptées sous l'administration Trump ont considérablement restreint les activités des Frères musulmans aux États-Unis ainsi que dans plusieurs pays arabes, de nombreux observateurs estiment que cette nouvelle orientation de Washington pourrait inciter plusieurs États européens à clarifier leur position vis-à-vis de l'organisation en adoptant des mesures comparables.

Selon la plateforme Hafryat, plusieurs pays d'Europe centrale et orientale ont déjà entrepris un réexamen approfondi des dossiers concernant des associations, des organisations et des unions étudiantes soupçonnées d'entretenir des liens avec les Frères musulmans. L'objectif affiché est de prévenir toute forme d'implantation progressive au sein des universités et des structures de jeunesse.

Des rapports sécuritaires et politiques indiquent que les services de renseignement de la République tchèque, de la Slovaquie, de la Hongrie, de la Slovénie et de la Croatie considèrent désormais les activités des Frères musulmans comme une menace durable pour la sécurité sociétale. Selon ces analyses, l'organisation aurait profité, depuis les années 1990, du climat démocratique et de l'ouverture du monde universitaire pour construire progressivement des réseaux d'influence sous couvert d'activités civiles, éducatives et de défense des droits.

La même source affirme que l'organisation internationale des Frères musulmans s'appuie sur des réseaux transnationaux ainsi que sur des structures de façade opérant à l'échelle européenne. Parmi celles-ci figure notamment le Forum of European Muslim Youth and Student Organisations (FEMYSO), présenté comme l'un des principaux relais de cette stratégie. L'organisation est accusée d'avoir transformé certaines associations étudiantes présentes dans des universités de Prague, Bratislava, Budapest, Ljubljana et Zagreb en espaces de recrutement idéologique, favorisant l'adhésion au projet organisationnel au détriment des valeurs d'intégration et de citoyenneté.

Toujours selon Hafryat, plusieurs évaluations sécuritaires européennes anticipent l'adoption prochaine d'un ensemble de mesures juridiques et financières destinées à assécher les sources de financement de ces réseaux. Ces initiatives pourraient également conduire à un renforcement des dispositifs de transparence financière afin d'empêcher l'exploitation des failles juridiques pour promouvoir des agendas idéologiques, tout en protégeant les établissements universitaires et les organisations de jeunesse contre les tentatives de recrutement et de constitution de réseaux d'influence discrets.

Et la France ?

Pour Hazem Saïd, chercheur au Centre européen d'études sur le contre-terrorisme et le renseignement, la véritable question est désormais de savoir si la France et, plus largement, les États européens iront jusqu'à inscrire les Frères musulmans sur la liste des organisations terroristes.

Selon lui, le mouvement et ses différentes ramifications en Europe continuent de représenter une menace pour les sociétés européennes, en particulier pour la France, en raison de leur idéologie, de leur soutien présumé à des organisations telles que le Hamas, de discours considérés comme porteurs de haine et d'activités menées dans la discrétion à l'encontre des institutions démocratiques européennes. Ces préoccupations auraient conduit plusieurs gouvernements à renforcer progressivement les dispositifs destinés à limiter leurs activités.

Le chercheur estime que « la question des Frères musulmans et des réseaux de l'islam politique est devenue l'un des sujets les plus débattus en Europe au cours des dernières années », dans un contexte marqué par la montée des préoccupations sécuritaires, les débats sur l'intégration des communautés musulmanes ainsi que la volonté de préserver les principes démocratiques et la laïcité sur lesquels reposent les États européens.

Il ajoute que, parallèlement à la lutte contre les organisations terroristes violentes, plusieurs responsables politiques et services de sécurité alertent désormais sur les activités de mouvements religieux et politiques qui cherchent à étendre leur influence au sein des sociétés européennes par le biais d'actions religieuses, éducatives, sociales et politiques.

À titre d'exemple, le gouvernement français a consacré une grande partie de l'année 2025 à l'élaboration d'une stratégie destinée à répondre aux modes d'implantation attribués aux Frères musulmans. Cette réflexion s'est notamment appuyée sur un rapport gouvernemental indiquant que le mouvement exercerait une influence sur 139 lieux de culte, gérerait 280 associations sportives, éducatives et caritatives ainsi que 21 établissements scolaires, avec pour objectif de structurer durablement la vie des musulmans en France.

L'anthropologue française Florence Bergeaud-Blackler met également en garde contre l'expansion des organisations islamistes dans l'ensemble des catégories de la société européenne. Selon elle, ces organisations poursuivent une stratégie méthodique et de long terme et ont progressivement renforcé leur présence au sein de plusieurs institutions de l'Union européenne ainsi que dans différents États membres. Elle estime que certaines d'entre elles apparaissent désormais sous la forme d'organisations de lutte contre le racisme ou contre l'islamophobie, tout en poursuivant d'autres objectifs.

Le Centre européen d'études sur le contre-terrorisme et le renseignement rappelle enfin que « les services de sécurité européens considèrent, dans leur grande majorité, que les Frères musulmans disposent d'un réseau clandestin vaste et sophistiqué opérant à l'échelle nationale comme européenne, à travers des organisations de façade leur permettant de développer leur agenda sans être facilement identifiés comme appartenant à l'organisation ».

Le centre souligne également que, sous l'impulsion de plusieurs parlements nationaux, les services de renseignement européens ont commencé, dès 2014, à rendre publiques leurs évaluations concernant les activités et les risques liés aux mouvements de l'islam politique, en particulier ceux attribués aux Frères musulmans.

Au regard de ces évolutions, les récentes sanctions américaines pourraient marquer le début d'une nouvelle phase de coopération internationale contre les réseaux de financement et les structures d'influence liées aux Frères musulmans. Reste à savoir si les États européens choisiront de suivre cette dynamique en adaptant leur arsenal juridique et financier, ou s'ils continueront d'aborder cette question selon des approches nationales différenciées.



4 réactions


  • Octave Lebel Octave Lebel 1er août 19:13

    La chasse aux pigeons est ouverte toute l’année sur Agoravox. Heureusement les chasseurs un peu présomptueux se trompent souvent sur la nature du gibier.

    1/2. Il n’est pas inutile de savoir à qui on a affaire.

    « L’anthropologue française Florence Bergeaud-Blackler met également en garde contre l’expansion des organisations islamistes dans l’ensemble des catégories de la société européenne »

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Florence_Bergeaud-Blackler

    Extraits : « Spécialiste de l’islam radical, ses travaux portent sur les questions de la normativité islamique dans les sociétés sécularisées, sur le marché halal et l’influence qu’elle juge croissante des Frères musulmans en Europe. Ses travaux, en particulier l’ouvrage Le Frérisme et ses réseaux, ont suscité des controverses dans le monde médiatique et académique, certains de ses collègues relevant ses inexactitudes et la faiblesse de sa méthodologie et des intentions qui seraient plus polémiques que scientifiques, quand d’autres saluent son courage. Elle a reçu des menaces de mort sur les réseaux sociaux.Elle fonde par la suite le Centre européen de recherche et d’information sur le frérisme (Cerif), qui bénéficie d’un financement par Pierre-Édouard Stérin".

    → Pierre-Édouard Stérin

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre-%C3%89douard_St%C3%A9rin

    Extraits : « Son projet Périclès, dévoilé en 2024, vise à financer le Rassemblement national (RN) et d’autres structures pour favoriser une union des droites et permettre in fine la victoire idéologique et électorale de l’extrême droite. »


    • Julien30 Julien30 1er août 20:11

      @Octave Lebel

      Oula ça parle d’islamisme, vite le collabo LFI débarque comme d’habitude avec ses pavés imbitables que personne ne lit pour essayer d’enfumer et nous parler comme d’habitude de l’« extrême-droite », la traitrise à LFI ça vous connait !


    • La Bête du Gévaudan 1er août 20:50

      @Julien30

      oui... La gauche raciste pense que les arabes doivent subir éternellement le joug obscurantiste de l’islamisme... dans la tête des gauchistes, seuls les blancs ont droit à la liberté...

      pourtant, même au Burkina-Faso le gouvernement révolutionnaire commence à taper sur la charia et la débilité islamiste... les mecs en ont marre, même dans leurs propres pays...

      les derniers défenseurs des islamo-fascistes « Frères Musulmans » seront donc les militants de gauche, ah ah ah !

      Jadis la gauche soutenait l’esprit critique et l’émancipation intellectuelle... aujourd’hui, la gauche soutient l’embrigadement collectiviste et l’aliénation obscuranto-fasciste.


  • Octave Lebel Octave Lebel 1er août 19:26

    2/2. Heureusement plus personne n’ignore que l’islam politique est le grand pourvoyeur de violences et d’ordre autoritaire avec lequel les américains n’ont cessé de jouer avec les succès que l’on sait. Ils ont encore et toujours un bon nombre de bases dans des états avec un islam autoritaire au service des élites dirigeantes.

    « Au regard de ces évolutions, les récentes sanctions américaines pourraient marquer le début d’une nouvelle phase de coopération internationale contre les réseaux de financement et les structures d’influence liées aux Frères musulmans. Reste à savoir si les États européens choisiront de suivre cette dynamique en adaptant leur arsenal juridique et financier, ou s’ils continueront d’aborder cette question selon des approches nationales différenciées. »

    Le soutenant avec la volonté de contrôler les ressources et au premier chef le pétrole du Moyen-Orient. En protégeant les dirigeants arabes (installant les Saouds en 39 en Arabie entre autres ) et s’en servant afin de mieux contrer les régimes arabes s’émancipant du colonialisme après la seconde guerre mondiale en tentant de développer des sociétés laïques. L’islam politique a besoin en Europe et se nourrit de troubles politiques mais aussi d’idiots volontaires pour exister et espérer pouvoir se développer. Daesh est un enfant né du désordre de la seconde guerre d’Irak en entraînant tous les attentats que l’on sait. L’islam politique a besoin d’ idiots utiles comme on dit mais d’autres aussi tout simplement machiavéliques et/ou irresponsables. Avec la palme pour ceux de l’extrême-droite cherchant en permanence dans les sociétés occidentales à envenimer la situation en poussant ainsi des musulmans citoyens du pays au repli identitaire mais au-delà aussi une partie de ceux non musulmans qui y ont des racines. L’extrême-droite en France est responsable avec la droite dont Macron de cette permanente agitation électoraliste mais aussi d’avoir saboté la politique de la ville visant à démanteler la concentration dans des ghettos de pauvres et d’immigrés. Tout cela pour prolonger un système économique et médiatique dorénavant au service d’une oligarchie en installant confusion et divisions au sein de la classe populaire et moyenne. J’avoue que je trouve de plus en plus insupportable cet abaissement de la politique dont visiblement ces gens ont besoin pour exister et perdurer alors que tant de choses sont à faire. Je suis triste aussi pour ceux de nos concitoyens que ces gens ont réussi jusqu’ici à attirer ou enfermer dans un racisme primaire qui est par ailleurs plein de contradictions parce que ces gens sont aussi généreux et pleins de bon sens à l’occasion. Compliments aux pourvoyeurs de cette propagande devenant d’autant plus agressive et déjantée qu’ils voient leurs proies moins naïves qu’ils ne le supposaient leur échapper. Les excités de l’islam politique, peu nombreux en réalité dans nos sociétés mais dangereux et persévérants, se frottent les mains chaque fois que ce sujet est instrumentalisé politiquement avec le succès et la cohérence que l’on sait. Malgré des lois tous les 3 ans, il a fallu attendre la mort de Samuel Patty pour que des imans ne parlant pas le français ne puissent plus diriger de mosquées sur le sol français. Honte sur nos chers démagogues plus préoccupés de polémiques électoralistes que d’efficacité, courage et bon sens. Cependant que ces partenaires du malheur et de l’absurde ne se réjouissent pas trop vite, la grande majorité de nos concitoyens de toutes croyances et philosophie a compris parfaitement leurs petits jeux désormais. Ils sont obligés dorénavant de faire bricoler en urgence des sondages de la mystification pour essayer de pouvoir encore un peu exciter les esprits. Ils sont condamnés à terme à se retrouver côte à côte au musée des horreurs. Avouons qu’ils l’ont bien cherché.


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